“Historiquement incorrect” de Jean Sévillia


Historiquement incorrectVoici un livre qui rassemble les grandes controverses que notre époque feint de croire incorrectes. Elles continuent d’avoir cours cependant, ouvertement ou sous le manteau, sur beaucoup de grands sujets qui nous tiennent vraiment à cœur. Certains thèmes en litige remontent au siècle des Lumières, d’autres à la Révolution, beaucoup sont d’une actualité brûlante.
C’est le mérite de l’auteur d’avoir accepté d’en parler en honnête homme et en historien et non en partisan. Pour ce faire, il a utilisé pour chacun des chapitres une méthode symétrique particulièrement didactique et intéressante. Ainsi, qu’ils proviennent d’un vieil antagonisme ou d’une moderne confrontation, tous sont abordés à partir d’une actualité récente et Jean Sévillia en analyse successivement le bien et le mal-fondé historiques en se référant à de nombreux auteurs cités. Puis il en tire une conclusion synthétique éclairante. Les lecteurs ne seront donc pas étonnés de voir aborder à la suite :

  • Le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi.
  • Ce que l’Occident médiéval doit aux Arabes et ce qu’il ne leur doit pas.
  • Galilée, l’Eglise et la science.
  • Colonisation : la France est-elle coupable ?
  • Nous ne comprenons plus la Grande Guerre.
  • La Seconde Guerre mondiale au prisme de la solution finale.
  • Le Vatican contre Hitler.
  • Chrétiens et Juifs à travers l’histoire.
  • Identité nationale, identités françaises.
  • La France et l’islam : une longue confrontation.

A ces libellés le lecteur jugera de l’intérêt passionnant de tous les sujets. Ne prétendant pas les analyser tous, je reviendrais seulement et brièvement sur le premier chapitre traitant du Jésus de l’histoire et du Christ de la foi.
Sans remonter à Renan, Jean Sévillia cite d’abord deux livres de très grande diffusion écrits sur Jésus, publiés assez récemment, celui de Frédéric Lenoir, philosophe, spécialiste reconnu de toutes les religions, et celui de Jacques Duquesne qui, lui, s’affirme catholique. Il ne conteste pas la liberté des auteurs à porter un jugement, mais il constate le profond fossé qui existe entre ces écrits et les Evangiles pris en leur totalité pour créer de toutes pièces « un Jésus au goût du jour ». Sévillia devient plus mordant avec les émissions d’Arte diffusées en pleine semaine sainte 1997 où les réalisateurs de la série passent « Jésus à la moulinette », sans aucune prudence éthique, laquelle pourtant semblerait due à nombre d’auditeurs étant donné la période considérée. Ainsi écrit-il : « Dans une époque sécularisée, ou l’emprise chrétienne sur la société ne fait que décroître, il est singulier de constater à quel point certains s’acharnent à détruire ce qui reste d’influence du christianisme ». Mais ces critiques, si justifiées soient-elles, seraient insuffisantes sans une véritable démonstration quant aux faits historiques attestant la vie, les faits et gestes de Jésus. Or les récentes découvertes archéologiques comme les récits les plus anciens viennent tous confirmer l’existence même du Christ, pour qui nous possédons une documentation plus abondante que pour beaucoup de personnages de l’Antiquité dont pourtant nul ne nie l’histoire.
Jean Sévillia entre alors dans les détails circonstanciés d’une vaste démonstration appuyée sur les écrits de nombreux auteurs, chercheurs et savants en exégèse. Depuis le XIXe siècle ils ont abordé la question positivement ou négativement pour savoir, par exemple, qui a écrit les évangiles et à quel moment. « On n’en finirait pas d’aligner les arguments. Le Jésus de l’histoire, pour autant que l’histoire soit étudiée sans préjugés, n’entre pas en contradiction avec le Christ de la foi », induit notre auteur. Après la lecture du Jésus de Jean-Christian Petitfils, on est frappé de constater à quel point ces deux auteurs, sortant un ouvrage le même mois de la même année, se rencontrent du point de vue strictement historique sur ce sujet qui est le centre de la foi de beaucoup d’entre nous. Les démonstrations s’enchaînent et corroborent les Ecritures, même si, en pragmatiques, ces historiens laissent parfois la lecture théologique un peu en dehors. Mais cette approche scientifique n’en a que plus de chance de faire une percée chez les sceptiques ou les détracteurs du temps.
Pour en revenir à Jean Sévillia, l’ensemble de son livre est tout autant démonstratif sur les autres chapitres. Avec ce sens de l’équité historique, il laisse la place aux arguments opposés, soit pour les recevoir, soit pour les réfuter magnifiquement. Les conclusions qu’il apporte sur chacun des sujets devraient porter plus qu’à la réflexion. C’est un ouvrage à méditer avant qu’il ne soit trop tard.

REMI FONTAINE


Article extrait de Présent n° 7527 du vendredi 27 janvier 2012