Homélie pour les obsèques de M. Arnaud de Lassus Saint Geniès

20170126ArnauddeLassusB.jpg30 janvier 2017

Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il,
Bien chers enfants et petits enfants,
Chers amis et proches,
Mes biens chers frères,

Nous voici réunis pour accompagner à son éternité Arnaud de Lassus. Il est décédé muni des sacrements de l’Eglise, après une vie donnée dans de nombreux engagements. Tout à l’heure, au canon de la Messe, le prêtre prononcera au nom de l’Eglise ces mots: « Memento Domine … souvenez-vous Seigneur de vos serviteurs et servantes qui nous ont précédé, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix. »
Les africains disent que lorsqu’un ancien meurt, c’est comme si une bibliothèque brûlait. Nos anciens contataient également, de manière lapidaire ; « Homo humus, fama fumus… » L’homme, si grand soit-il, est poussière – Son souvenir, sa réputation se dissipent peu à peu comme fumée.
Cependant il est juste, il est convenable de notre côté d’évoquer la figure du cher défunt encore si proche. C’est un devoir de piété et de reconnaissance. Aussi me permettrez-vous d’abord d’évoquer avec vous son souvenir.
Avec Lui, souvenons-nous de l’éternité de Dieu vers lequel nous allons. Enfin, souvenons-nous de Lui devant Dieu.
Le souvenir d’Arnaud de Lassus coincide avec celui des engagements nombreux et féconds.
Engagement dans le mariage et la famille.
Arnaud de Lassus a épousé le 28 octobre 1950 Agnès de Chaumont Quitry. Ils ont vécu quelques 65 ans de mariage, jusqu’au décès de son épouse, le 27 juin 2015. De ce mariage sont venus 7 enfants, dont un religieux prêtre, Dom Dysmas, Prieur de Chartreuse, ministre général de l’Ordre et une fille carmélite du couvent de Créteil, Soeur Aude de la Vierge Marie.
Puis… 28 petits enfants et 32 arrière petits enfants, dont 3 prêtres, 1 séminariste, 1 religieuse. Quelle abondance de vocations! Certes, l’appel vient de Dieu et il est authentifié par l’Eglise – mais il est aussi préparé, et « les familles sont la bonne terre qui fait germer le bon fruit des vocations » (1).
Engagement au service de la France.
Diplômé de l’Ecole Polytechnique, il servit 17 ans comme Ingénieur en chef de l’armement jusqu’en 1961. A cette date, il choisit de se tourner vers un autre service, tout aussi fructueux et fécond pour son pays.
Engagement au service de la Chrétienté.
Il collabora avec Jean Ousset à la Cité Catholique, avant de cofonder l’Action familiale et scolaire en 1979. On sait la fécondité et le rayonnement de ces deux oeuvres pour le service de Dieu, de l’Eglise, de la vérité.
Infatigable pèlerin de Chartres, il avait, à 93 ans, repris une fois encore la route, accomplissant courageusement cette démarche de foi, de prière, de pénitence, de piété filiale envers Notre Dame. Sa jeunesse, avant d’être une période de la vie, était d’abord un état d’esprit, une qualité d’âme.
Arnaud de Lassus était très engagé pour soutenir les instituts sacerdotaux et religieux. Parmi eux, l’institut de la Ste Croix de Riaumont. Une longue amitié de 50 ans le liait à vous, mon Père ; amitié née lors des congrès de Lausanne. Il rendait de nombreux services au village de Riaumont, offrant statue, croix de procession, bois de charpente… accueillant les camps scouts dans sa propriété. Il a suivi avec fidélité les épisodes joyeux ou douloureux de votre oeuvre.
Arnaud de Lassus a eu toute sa vie la passion de la verité, la faim et la soif de Dieu. Il recherchait le service humble et courageux de la verité (2), reçue puis transmise. Sa vie intellectuelle, ses nombreux travaux, son souci de former et de transmettre en sont le reflet, et le trop plein fécond. J’ai pour ma part puisé avec bonheur dans ses articles, solidement préparés et construits. Il était vigoureux dans sa pensée, et dans la dénonciation de certaines erreurs à la mode. Mais il tenait tout autant une grande et délicate charité envers les personnes. On sait (un peu) ce que ce service de la verité peut supposer de contradiction. On sait ce qu’il comporte de risques, ce qu’il exige de précision, de nuance, de bienveillance et de fermeté. Avec humilité, il acceptait de confronter sa pensée à celle des autres, faisant toujours relire et corriger ses travaux.
Il demandait peu pour lui-même, heureux de ce qu’on lui donnait ; de même il se plaignait rarement.
Ceux qui nous ont précédés dans le passage de la mort corporelle sont un rappel salutaire pour nous. Ils nous précèdent,… donc nous les suivons.
Chers proches, votre peine est bien légitime à l’heure de ce passage. Elle rejoint celle du Sauveur. Il fut touché de compassion devant la veuve de Naïm. Il pleura sur la mort de son ami Lazare et la peine des saintes Marthe et Marie. Il fut « triste jusqu’à la mort » devant sa propre mort.
A travers cette peine, il est bon de vivre de foi et d’espérance – de ne pas se laisser « submerger par la tristesse, comme si l’on était sans espérance » (St Paul, Epître). La mort n’est pas le dernier mot de la vie, elle en est l’avant dernier. Arnaud de Lassus a voulu se préparer à cet « avant-dernier mot ».
Enfin, souvenons-nous de Lui devant le Seigneur.
« Tout ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur où que vous soyez » (3). Ce sont les dernières paroles de Sainte Monique à son fils prêtre. C’est sans doute la dernière et plus chère volonté d’Arnaud de Lassus. C’est pourquoi nous offrons pour lui la Sainte Messe…
Cette messe qu’il aimait tant, et d’un amour de choix - profond et solide. Un amour « en acte » - il servait la Messe et y assistait encore aux dernieres années de sa vie terrestre. Un amour fort et lucide – il voulut défendre les raisons profondes d’un attachement légitime à la liturgie romaine en forme extraordinaire. Attachement non seulement esthétique mais doctrinal et théologique. Il citait notamment le constat célèbre du Cardinal Journet en 1975 ; " La liturgie et la catéchèse sont les deux mâchoires de la tenaille avec laquelle on arrache la foi ". Son instinct de la foi le fit s’agenouiller malgré l’infirmité lorsque je lui portais la sainte communion. Cet exemple vaut, je le crois, bien des sermons sur la réalité de la Présence du Seigneur dans le Saint Sacrement.
La communion eucharistique est mémorial de la Passion du Seigneur, plénitude de grâce dans l’âme et gage de gloire future (4). Alors nous demandons maintenant pour lui cette entrée dans la gloire, cette demeure du ciel.
« Deus lassus, loenu lassus - Dieu de là haut, daignez nous loger là-haut ! »
C’est la fière et juste devise de votre famille. Elle rejoint le chant de l’Eglise:
Recordare Jesu pie…
« O très miséricordieux Jésus,
souvenez-vous que je suis la cause de votre venue, et qu’en ce grand jour je ne sois pas perdu » (5).
« pour vos fidèles, Seigneur, lorsque la demeure de cette vie terrestre est dissoute, une autre demeure éternelle est préparée au ciel » (6).
Nous nous tournons pour finir vers la Très Sainte Vierge. « Recordare Virgo Mater, O Vierge Mère, Souvenez-vous…». Arnaud de Lassus avait envers elle une tendresse virile (7), une fidélité profonde! Il priait chaque jour le Rosaire. Il avait entre les mains le chapelet remis par le Bx Pie IX à ses ancêtres.
C’est à elle que nous vous recommandons maintenant, ô notre cher défunt; puissiez-vous voir votre Rédempteur face à face, goûter le bonheur de contempler la verité en tout son éclat, et obtenir les douceurs de la vue de Dieu (8). Ainsi-soit-il.

Références :
1. Benoit XVI, Lourdes, septembre 2008.
2. Benoit XVI.
3. Sainte Monique (+387), citée in "Confessions" de Saint Augustin.
4. Saint Thomas d’Aquin, antienne "O sacrum convivium".
5. Séquence "Dies irae" du Missel romain.
6. Préface des défunts, Missel Romain.
7. Charles, Cardinal Journet, Entretiens sur la Vierge Marie.
8. Prière auprès des mourants, Rituel Romain.