16h, nous arrivons au bivouac de Choisel.

Un « schtroumpf » nous accueille et nous guide, et, avec la sainte patience qui les caractérisent, essaye de faire comprendre à notre vaillant chauffeur l’épineux concept du garage en épis-cul. Après moults gesticulations, essayant de nous faire comprendre par d’amples mouvements des bras qu’on ne se gare pas forcément dans le sens d’une droite rectiligne, et ce toujours avec le sourire, Frédéric, cet homme providentiel qu’un hasard calculé nous a mis sur la route, se raconte.

Frédéric est au service de la circulation et commence cette année son premier pèlerinage de Chartres, en tant que bénévole.

Ancien gendarme mobile, son accent fleure bon le sud chantant, nous faisant vite oublier la froidure de pluie, nous transportant joyeusement auprès de ses comparses Tropéziens. A la retraite, comptant sur toutes ces personnes qui travaillent maintenant pour lui (moi, toi, vous, lui, elle), lui qui était si peu disponible trouve enfin le temps de s’engager à Notre Dame de Chrétienté. Il apporte dans ce service une expertise professionnelles résultant de ces 30 années d’expérience. Etre bénévole, c’est vivre le pèlerinage, faire le pèlerinage, mais autrement. La fatigue est aussi présente, le levé est plus tôt, le coucher est plus tard, les responsabilités sont là, et même si un roulement existe, il faut se relayer de jour comme de nuit. Cependant, Frédéric, notre novice du pèlerinage compte bien expérimenter l’année prochaine le pèlerinage, mais cette fois de l’autre côté, celui de la marche.

Mais comment un gendarme de 30 ans de carrière, une fois à la retraite, décide de se lancer dans du bénévolat pour le pèlerinage de Chartres, et quel pèlerinage ! Très doucement il nous parle de son attachement pour Charles Péguy, et de sa volonté de suivre sa trace, et nous assomme d’un très simple, mais évocateur « j’aime bien tout ça ». Et puis aussi, installé en région parisienne, c’était une belle occasion avant de retourner dans ce sud enchanté qui manque tant à cette fin de journée.

Devant tant de confiance, de calme et de simplicité, nous cherchons à savoir si cet homme d’ordre a rencontré des difficultés depuis le début de ce pèlerinage, lui arriverait-il de perdre son calme ? Et que nenni-que nenni fut sa réponse… D’un calme olympien, il sut nous garer, et d’un même calme olympien, il garera le monde. Cependant, non sans humour, il nous avoue qu’il lui arrive d’être saisi par la tentation de prendre le volant de certains conducteurs, non pas pour récupérer les catho-mobiles, et autres voitures marquées aux écus divers et variés de l’ensemble de la chrétienté, mais pour garer rapidement des voitures particulièrement dociles et compréhensives, comme la nôtre.

Pour son premier pélé, Frédéric reste impressionné par l’organisation, la logistique, son expérience certaine reste enthousiaste et très agréablement surprise par la logistique, mais aussi par la responsabilité et la conscience des pèlerins « 10 000 personnes, aucun déchet, du jamais vu ».

Nous le libérons enfin et le regardons partir au loin, s’avancer tranquillement vers les voitures arrivantes et leur expliquer à elles aussi le rangement en épi-cul...