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Notre-Dame de Chrétienté - pèlerinage de Pentecôte de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres

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Le pèlerinage 2014

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Sermon du lundi


SERMON DE MGR WLADIMIR
Père abbé des Chanoines réguliers de la Mère de Dieu
lors de la Messe pontificale de clôture, le lundi de la Pentecôte 2002




Chers Pèlerins des Béatitudes,

Dans la lumière de ce Message évangélique d’une étincelante nouveauté, vous avez marché, courageusement marché jusqu’au terme, jusqu’à ce sanctuaire incomparable où vous attendait la Vierge maternelle, Son Cœur pour vous largement ouvert, comme le symbolisent ces portes accueillantes, franchies par la houle chatoyante de vos bannières, aux échos de votre foi, vibrante de chants et de joie.

Les Béatitudes – ce fleuron de l’Evangile – ne furent donc pas pour vous, en ce jour, une simple lecture, une théorique méditation où l’âme, d’elle seule occupée, s’apprêterait à savourer de pieuses consolations.

De ces Béatitudes vous avez fait vos guides pour la marche, vos provisions de route pèlerine, trésors spirituels désirés, cherchés puis accueillis, les laissant vous informer et, peu à peu vous transformer, pour les partager ensuite avec un plus grand nombre, vous refusant à garder frileusement pour vous seuls une révélation si définitivement nouvelle. Ainsi laborieusement découvertes, ou approfondies, à longueur de kilomètres et au poids des fatigues supportées, les Béatitudes vous ont appris, ou rappelé, le secret de cette liberté unique qui jaillit en l’âme ouverte à la suave loi de Jésus-Christ.

« Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux. »

Le Fils de Dieu en Personne ne voulut pas posséder ici-bas même une pierre pour y reposer sa tête. Sa richesse, son trésor, c’était son Père, le Bien infini. Refuserions-nous de le suivre sur cette voie de riche pauvreté ? Au Royaume des Cieux – apanage des pauvres en esprit – refuserions-nous de faire servir généreusement nos biens temporels et les quelques talents de notre esprit, de notre cœur ? Aurions-nous moins de générosité que, par exemple, ces personnes égarées dans les sectes et qui n’hésitent pas à leur consacrer de larges parts de leurs intérêts matériels et intellectuels ?

Unissons donc nos efforts pour garder vivante et transmettre sans complexe la jeunesse inaltérable de la foi, sa doctrine invariable, la sacralité intacte de la liturgie, l’ordre fécond de sa grande discipline ; telle est bien la mission des pauvres en esprit, puisqu’ils préfèrent se dévouer à la « splendeur de la vérité » plutôt que de s’exposer à l’admiration des consommateurs de nouveautés.

C’est pourquoi la béatitude des doux – ceux-là mêmes qui posséderont la terre – convient, elle aussi, aux pauvres en esprit, serviteurs de la vérité. Que deviendrait en effet la fidélité militante sans la douceur, cette fleur, ce fruit de la charité reine des vertus, faute de laquelle n’en subsisterait aucune autre ?

« Œil pour œil, dent pour dent » fulminait jadis le Testament ancien, en une sentence où, seule, résonnait la justice. Mais voici que, dépassant les bornes de la sagesse des hommes, une justice plus haute, éclatante d’éternelle nouveauté chanta, pour l’Alliance Nouvelle, la béatitude des doux : « Bienheureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre. »

Quel équilibre, mes Frères, en cette parole où s’harmonisent et se complètent la douceur et la force !

Evangélique, la douceur n’est donc pas la résignation à perdre ce qu’en justice on doit tenir et même, s’il le faut, reconquérir. Telle est la béatitude même du Cœur humain de Dieu, tout ensemble humble et magnanime : « Apprenez de Moi que je suis doux et humble de cœur » enseignait ce même Jésus qui, pour affermir plus tard les siens s’écriera, sans pour autant se contredire : « Courage, mes petits enfants, j’ai vaincu le monde. »

Douceur impavide qui, jamais, ne cède rien de ce qui tient à l’essentiel d’une cause sainte.

Douceur de source divine, veillant sur l’héritage reçu, le défendant avec vigueur si nécessaire, mais qui n’emprunte rien à la violence ou à la haine, vaillance sans mépris, libre de cette suffisance qui, de la vérité elle-même, dissimule parfois la beauté.

« Mes frères, s’écrie saint Augustin, retenez bien ceci pour le pratiquer et le prêcher avec une imperturbable douceur : aimez les personnes, exterminez les erreurs sans vous enorgueillir ; puisez votre assurance dans la vérité, combattez pour elle sans dureté. Priez pour ceux dont vous réduisez à néant l’argumentation et à qui vous montrez leurs torts. » (Contra litteras Petiliani, I, 31)

Sagesse admirable, mes Frères, que nous pourrions peut-être résumer ainsi : « Abattons les erreurs, ne déshonorons pas les personnes. »

Cette douceur, inébranlable en sa bonté comme en ses combats, cette béatitude venant à bout des injustices à force de prières, de persévérance et de sacrifices, cette vertu de courage patient, nous devons la vouloir pratiquer, mes Frères, non seulement envers nos contradicteurs, mais bien plus encore entre nous, dans nos rapports mutuels.

De la béatitude évangélique des doux, faisons notre commune devise. Aucune mollesse n’en résultera, mais bien plutôt une unité intelligente et lucide, laquelle ne saurait se confondre avec l’uniformité, dont personne ne veut.

Cette unité loyalement partagée, ne voyez-vous pas, mes Frères, qu’elle peut, seule, nous armer d’une force humblement invincible ?

« Qu’ils soient un ! »

Cette imploration du Sauveur à Son Père qui L’exauce toujours, voici qu’elle s’impose à nos cœurs comme un commandement d’autant plus sacré qu’il vibre du désir le plus fervent et de la plus ardente soif de notre Rédempteur :

« Qu’ils soient un ! »

Habités par la douceur des forts, et forts de notre unité, maintenons alors en leur place – laquelle est seconde – nos idées et nos opinions personnelles ; sachons parfois relativiser nos goûts et ne conférons pas l’infaillibilité à tous nos jugements, à toutes nos interprétations.

« Qu’ils soient un ! »

Mais pour y parvenir, tenons bien en sa place – laquelle est première – la fidélité inaltérable à l’essentielle vérité sans jamais l’affadir, sans la diminuer en rien.

Mes Frères, sacrifions-nous pour l’unité, faute de laquelle ne serait ni sauvée, ni gardée vivante et libre la grande Tradition doctrinale et liturgique qu’en raison de sa richesse intrinsèque, nous servons et aimons, animés de ce que la plus haute autorité de l’Eglise, notre Saint-Père le Pape, a qualifié solennellement de « justes aspirations » ; oui, justes, mes Frères.

Pour cette justice-là, vous avez donc peiné, chers Pèlerins, au long de ces chemins de Chrétienté qui, dans le sillage de Charles Péguy, vous menaient en certitude jusqu’à « la flèche irréprochable et qui ne peut faillir. »

Recrus de fatigue mais à présent comblés de joie, vous avez peiné, représentant ici, en rangs serrés, la foule bien plus nombreuse encore de celles et de ceux qui forment avec nous, en France et en bien des pays, notre grande famille d’esprit au sein de l’Eglise catholique.

Qu’elles soient mortification des corps ou broiement des cœurs, nous ne regrettons pas nos souffrances passées et présentes pour l’Eglise ; nous ne refusons même pas de devoir souffrir encore pour cette Mère bien aimée et, parfois, par certains de ses membres.

Non, de cela, nous ne nous plaignons pas, car : « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés. »

Au cours des années passées, que de fois n’avons-nous pas pleuré, mes Frères, affamés et assoiffés que nous étions de simple justice dont, souvent, on refusa de nous rassasier ?

Privés parfois de nos humbles droits d’enfants de l’Eglise, et en cela « souffrant persécution » - selon que le professe la huitième béatitude – nous sommes néanmoins demeurés dans la barque de Pierre, bienheureux de ne la déserter jamais.

On parla de nous en mal, nous brocardant du qualificatif d’intégristes­ –­ nous ne tenions pourtant à rien d’autre qu’à notre condition irréfutable de catholiques – on condamna même nos intentions et nos œuvres, eh bien ! malgré les larmes que tant d’inimitiés nous faisaient verser, nous n’avons jamais douté de la bienheureuse exhortation du Christ : « Réjouissez-vous et exultez parce que votre récompense est grande dans les cieux. »

Ainsi donc, mes Frères, bienheureux sommes-nous… Oh ! Non pas, certes, à la manière des élus valeureux, désormais citoyens de la gloire, mais selon le mode terrestre, parcourant en chrétiens, quoique pauvres pécheurs, nos chemins de sainteté, chargés de la déconcertante croix des exclusions « fraternelles ».

Nous ne nous regardons pas pour cela dispensés de la béatitude des pacifiques, car eux seuls « seront appelés fils de Dieu. »

Avec patience donc, mêlons nos larmes au Sang rédempteur dont s’empourpra la Croix, sans nous abandonner au découragement, moins encore à l’esprit de revanche.

La prière des larmes est précieuse aux yeux de Dieu et pleurer n’est pas geindre. Aurait-on oublié les larmes de Jésus-Christ au tombeau de Lazare ? Ce sont elles, pourtant, épanchées avec la prière du Maître, qui rappelèrent de la mort l’ami enseveli et firent rouler la pierre lourde, le rendant ainsi à la lumière.

Nous n’ignorons pas que quelques-uns, nous refusant même la qualité d’étrangers – auxquels s’ouvriraient volontiers leurs bras – nous traiteront encore, parfois, en exclus. Nos âmes en pleureront, mais : «bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.»

Elle ne ment pas, mes Frères, cette prophétie de consolation. N’avons-nous pas commencé d’éprouver, par exemple, la bienveillance de Rome ?

Ici même, en ce haut lieu, voilà juste une année, un éminent Cardinal ne célébrait-il pas pour nous la vénérable liturgie ?

Et toujours ici, à Chartres, nous nous réjouissons de l’accueil réservé à notre amour de l’Eglise par l’Evêque du diocèse, en sa cathédrale.

Citerai-je encore une autre cathédrale, celle de Würtzburg en Allemagne, où, récemment, je m’honorais de chanter la Messe pontificale selon le rite antique.

Et bien d’autres lieux, en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique, maintenant ouverts à nous, après les jours terribles des refus de jadis…

Sans doute, certains lieux se fermeront-ils encore aux écoles catholiques qu’il faudrait pouvoir ouvrir pour vos enfants si nombreux…

Sans doute, plusieurs se heurtent-ils aux portes de chapelles ou d’églises jusqu’à ce jour maintenues fermées à leur soif de Dieu, à la ferveur de leurs prières…

Sans doute, des prêtres zélés s’entendront-ils interdire encore, ici ou là, le service de Dieu et des âmes, pour « délit » de tradition…

Sans doute, vous pleurez, parfois, de tristesse ou de honte, parce que des couvents et des monastères, vides de leurs anciennes vocations, sont vendus pour des usages profanes, après qu’ils furent refusés aux jeunes filles, aux jeunes hommes qui viennent grossir les rangs de nos Communautés…

Sans doute, sans doute…

Mais ne l’oublions pas : «bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.» Larmes versées, prières persévérantes, sacrifices multipliés, pèlerinages de pénitence joyeusement consentie, tout cela devrait-il rester infécond ?

Ah ! Mes Frères, chassons loin de nous ces doutes, ces tentations de lassitude, ces pensées de démission. Nous serons consolés ! Demeurons fermes dans la fidélité, mais humblement, comme des fils et comme des frères, non comme des juges. Point de concessions inutiles, mais point d’implacables exigences…

Croyons de vive et pleine foi, Frères chrétiens, croyons à la toute puissance suppliante de la prière sous ses multiples formes et, notamment, la prière à la Vierge Médiatrice de toutes grâces, irrésistible au Cœur de son divin Fils.

Croyons plus loin, plus haut que les contradictions opiniâtres et les refus obstinés.

Croyons en l’Eglise que nous aimons et qui nous aime.

Laissons aller et s’élever notre confiance filiale bien au-dessus, bien au-delà des ostracismes tenaces, lesquels ne partagent pas avec l’Eglise la promesse de durer toujours !

Récemment encore, au Brésil, émus et joyeux, ne l’avons-nous pas vue, cette Mère attentive, se pencher avec une généreuse bienveillance sur certains de ses fils un moment éloignés, puis les ramener en son sein, garante loyale de leurs « justes aspirations ».

Confiance donc en l’Eglise, Patrie de la justice, Mère de miséricorde et Maîtresse de vérité. Confiance résolue parce que divinement suscitée : « nous serons consolés », affirme le Sauveur.

Envers ceux qui, fervents d’unité autant que de vérité, ne se sont jamais écartés d’elle, envers ceux dont il n’est nul besoin de faciliter le retour puisqu’ils ne sont jamais partis, l’Eglise maternelle ferait-elle preuve d’une moins efficace et sage bonté ?

Que la prière de notre grande Famille se fasse incessante, mes Frères, que nos demandes, inlassablement renouvelées, fortes de notre unité, et toujours respectueuses, répondent aux promesses de Notre-Seigneur : « Priez sans jamais vous lassez, demandez et vous recevrez ; frappez et l’on vous ouvrira »

Une telle confiance ne doit rien à la naïveté ; elle ne ressortit d’aucun optimisme béat.

C’est bien plutôt une confiance surnaturellement fondée, qui ose précéder, avec une filiale assurance, la réalisation de notre espérance, et l’exaucement de nos « justes aspirations », selon le désir – si clairement formulé – de notre Saint-Père le Pape.

Oui, mes Frères, la sollicitude pastorale du Siège Apostolique, à laquelle nous savons que souhaitent s’unir des Evêques diocésains, saura bien alors ouvrir une voie canonique « large et généreuse » à la paisible implantation de nos diverses œuvres. Car le leur refuser toujours, ne serait-ce pas, inavoué autant que délibéré, le parti pris de les abandonner à une mort certaine, alors même qu’elles ne cessent de recevoir, de la divine Providence et visiblement, tous les moyens de leur croissance et de leur développement ?

Au contraire, Dieu – notre Père qui est au cieux – connaît tous nos besoins et l’Eglise, -- notre Mère qui est sur la terre – se veut absolument dévouée à son dessein de vie.

Confiance donc : après les larmes vient la consolation.

Confiance : nous serons exaucés car, plutôt qu’aux hommes, mieux vaut se confier au Seigneur : Dieu est fidèle.

Chers Pèlerins des Béatitudes, sur vos chemins de sainteté, entendez la parole d’un grand Apôtre de notre temps, Mgr Vladimir Ghika :

« Heureux sont ceux qui ont désiré aimer davantage et qui ont voulu aimer ce qu’il est difficile d’aimer, car la terre leur sera moins petite et le ciel leur sera plus grand. »

Ainsi-soit-il !


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