En route vers Chartres prix du roman jeunesse du festival du livre chrétien 2019 à Toulon

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Sur les trace de Charles Péguy, voici une nouvelle de la petite Philippine sur le thème du pèlerinage de Chartres qui a remporté le prix du roman jeunesse du festival du livre chrétien 2019 à Toulon.

Philippine, petite pèlerine de Chartres de 11 ans, a choisi de faire le récit du pélé de Chartres qu’elle a déjà fait 4 fois et qu’elle espère faire toute sa vie.


En route vers Chartres !

Demain, le Pèlerinage commence, les sacs et les gamelles ont été préparés minutieusement, nous sommes à Paris et tout se passe comme prévu. 

Avant de démarrer cette histoire, je vais me présenter, je m’appelle Isaure, j’ai 11 ans et je vous raconte toute cette aventure. Après moi, il y a mes deux frères jumeaux, Clément et Mayeul, ils ont 8 ans et ensuite, Roseline mais elle, ne vient pas car elle est trop petite, elle n’a que 4 ans. Mes parents s’appellent Pierre et Mathilde, papa est chef du chapitre : « Sainte Catherine de Sienne » et il est aussi chef d’entreprise. Maman, elle, est vétérinaire et reste à Toulon pour garder Roseline. 

Mon oncle Georges et sa femme tante Joséphine ont quatre enfants. Il y a tout d’abord Camille, une vraie adolescente, après il y a Ombeline, elle a mon âge, je ne la vois pas très souvent mais quand nous nous retrouvons, nous nous amusons bien,  puis un garçon, Paul-Augustin, il a 9 ans et s’entend vraiment bien avec les jumeaux. Et la petite dernière, Justine, a l’âge de Roseline, mais attention, Justine a un mois de plus ! Elle est insupportable car elle se croit toujours plus forte que tout le monde mais bon, cette fois, j’ai décidé de faire des efforts pour être gentille avec elle. Pour les autres personnages, vous verrez au fur et à mesure. 

Je dormais paisiblement en rêvant gaiement de toute la longue journée qui était devant moi jusqu’à ce que le réveil sonne, à cinq heures du matin. Dring ! Je saute d’un bond de mon lit et pars prendre un petit-déjeuner rapide et efficace, papa est déjà dans la cuisine et Mayeul aussi. Monsieur Telles, le très bon ami de papa qui nous a gentiment accueillis est lui aussi prêt à partir avec ses deux enfants, François et Hermine. 

Dès que tout le monde est bien réveillé et prêt à partir, nous y allons. Nous nous dirigeons vers la cathédrale de Paris, le lieu de départ, bannière, drapeaux et croix en mains, prêts à commencer ce pèlerinage, attendu depuis si longtemps. Arrivés devant la foule de pèlerins, nous accrochons nos bracelets, cette année ils sont jaunes, pour participer au pèlerinage. Après la magnifique messe pour bien commencer la journée, nous retrouvons nos amis et cousins que nous n’avions pas vus depuis si longtemps, c’est le début du pèlerinage.

Nous marchons du côté des champs, entourés de centaines de chapitres qui marchent comme tous les pèlerins, depuis Notre Dame de Paris jusqu’à Notre Dame de Chartres. Nous avançons depuis quelques heures, en chantant des cantiques à la Vierge, tout notre chapitre chante pour donner meilleur goût à cette marche. Nous attendons la pause pour se reposer et déguster notre déjeuner. Nous ne pensons pas au chemin si compliqué à parcourir mais, en récitant le chapelet, il n’y a que la voix de Dieu qui entre en nous. La longue colonne des pèlerins s’arrête, la pause serait-elle déjà là, tout près de nous ? Et non… le chemin continue, le chef  de chapitre se remet à son poste, tout devant, Clément porte haut la croix, c’est lui qui guide le chapitre, il est très concentré en récitant le chapelet, moi, j’aime bien rester devant car je suis à côté de papa alors je peux parfois choisir les chants ou même les entonner au mégaphone, je m’amuse bien, avec ma cousine, nous parlons de l’école, de nos amies et de toute notre vie.

– Je vais aller demander un en-cas à maman, me lance très gentiment ma cousine, donc, à tout à l’heure !

 Je décide de ralentir pour voir ce qui se passe derrière et je vois Justine, qui marche d’un pas nonchalant vers la belle Notre Dame.

 Comme prévu, je prends une voix douce et gentille pour lui parler :

– Alors, c’est compliqué le pèlerinage, hein ? 

– Pas du tout, c’est super facile, me coupa-t-elle d’une voix grave, peut-être pour toi mais moi, j’y arrive très bien et même que, si tu veux, je peux me dépêcher et ce soir, on Mais se retrouve à Notre Dame de Chartres, tu veux ? 

Je lui réponds « oui » en plaisantant. Elle, ne rit pas du tout et s’enfuit en courant. Quand je retrouve Ombeline, elle grignote une barre de céréales vitaminées, c’est indispensable pour reprendre des forces pour le pèlerinage, nous reprenons notre conversation en marchant. Le chapitre s’arrête une fois encore, avec ma cousine, nous allons devant pour voir ce qu’il se passe. Effectivement, nous sommes arrivés à la pause déjeuner.

 Nous nous asseyons et, pour la première fois, je vois Justine sourire, je sors mon sandwich de mon sac et me mets à côté de Ombeline. Il faut se dépêcher car nous n’avons pas beaucoup de temps. Trente minutes plus tard, nous reprenons la marche. L’après-midi, le chef de chapitre nous fait un topo sur le thème de la sainte Vierge.

 Vers 18 heures, nous arrivons au bivouac. Il faut alors retrouver nos sacs parmi des milliers et ça, c’est la chose la plus compliquée du pèlerinage ! Après avoir longuement cherché, nous retrouvons toutes nos affaires. Les tentes sont vite dépliées et nos sacs de couchage vite sortis. Ce soir, je dors avec Ombeline et Justine. Nous préparons un apéro pour notre groupe « Sainte Catherine de Sienne ». Les parents parlent et nous, on mange car il y a pleins de chips et autres petits gâteaux sucrés et salés ou même sucrés-salés. 

 Nous nous amusons bien avec ma cousine, mais quand arrive le moment d’aller chercher l’eau chaude pour nos Bolinos (bols avec des pâtes ou avec du riz, pratique pour un pèlerinage), il y a moins de monde. Avec les jumeaux, Ombeline et Paul-Augustin nous allons chercher l’eau bouillante qui nous servira de chauffer nos Bolinos avec des pâtes. Quand nous revenons, nous dinons, il faut toujours attendre quelques minutes avant de manger nos Bolinos car sinon, ils ne sont pas cuits. Après notre délicieux diner, nous allons à la veillée. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de gens car il n’est pas très tard et la veillée n’a pas encore commencée.

Les scouts arrivent, ils sont de plus en plus nombreux à chanter. La petite pièce de théâtre sur un saint commence, cette année, c’est sur Saint François d’Assise, son histoire est magnifique mais, malheureusement, nous ne restons pas jusqu’au bout. Il est très tard quand nous retournons à nos tentes. Justine, elle, a les yeux très ouverts comme si elle n’était même pas fatiguée, mais nous voyons bien qu’elle va bientôt s’endormir. 

La nuit est courte, pourtant, le matin, quand nous nous réveillons, mes cousines et moi, nous avons bien envie de marcher. 

– Amis pèlerins, Bonjour, il est cinq heures, c’est l’heure de se réveiller, crie un monsieur dans son mégaphone, maintenant, il est cinq heures cinq et je vois encore des tentes, beaucoup de tentes qui ne sont pas pliées !

Je peux vous dire que ce monsieur, il nous réveille. Je saute en sursaut de mon sac de couchage mais Ombeline et Justine ne l’ont même pas entendu ou du moins, elles ne se sont pas levées. Je m’habille en quatrième vitesse puis, quand mon sac de couchage est rangé et que je suis bien réveillée, je les réveille. D’abord, Ombeline, elle, elle est très facile à  réveiller, il suffit de la sortir de sa chaude couverture et le tour est joué. Puis, sa sœur :

– Justine, c’est l’heure de se lever, il faut aller petit-déjeuner comme ça tu auras beaucoup de force pour marcher toute cette longue journée, commençai-je pour ne pas l’effrayer, 

– Mais, tu vas arrêter de crier dans mes oreilles, j’ai envie de dormir, moi !

 Alors là, c’est à mon tour de sursauter !

Nous sortons de la tente, ou plutôt, je sors de la tente, mes cousines ont décidé de rester à bouder dans leur coin si chaud, elles ne sont pas encore habituées à une nuit si courte, ce n’est que leur premier pèlerinage après tout ! Avec papa, nous allons chercher des chocolats chauds qui réchaufferont les petits êtres glacés et qui les réveilleront de leur monde de rêve ! 

Après avoir mis nos sacs dans les camions, nous partons. D’abord, avec tout le chapitre, nous nous réunissons, nous choisissons quels seront nos premiers chants. Dès que nous devons partir, nous y allons. Les trois premiers kilomètres sont tranquilles, mais dès que le quatrième arrive, nos pieds sont lourds et l’envie de chanter n’est plus beaucoup en nous. Heureusement, la pause déjeuner arrive vite et dès que nous voyons les premiers pèlerins assis, nous ne pensons plus du tout à nos malheureux pieds enfermés depuis ce matin dans leurs chaussures si peu confortables. Nous nous asseyons, prenons nos sandwichs et mangeons.

Hélas, cette pause est trop courte et quand arrive le moment de repartir, je n’ai pas encore fini. Je range tout en désordre dans mon sac à dos et garde dans ma main, ma compote. La plupart de notre chapitre fait pareil que moi alors, je comprends que ce n’est pas parce que j’ai trop parlé que je suis en retard mais c’est effectivement parce que la pause est trop courte ou alors, tous les pèlerins ont trop parlé. En tout cas, quand la longue et magnifique marche reprend, je suis prête à marcher. Les chants, nous en connaissons la moitié par cœur mais pour le chemin, vu que l’on ne marche pas toujours sur le même, on ne le connaît pas par cœur.

            – Je vous salue Marie, pleine de grâces, chante Mayeul dans le mégaphone, … 

Dès que le rosaire est dit, le chef de chapitre raconte l’histoire de la sainte patronne du chapitre, « Sainte Catherine de Sienne ». Le soir, arrivés au bivouac, nous cherchons nos affaires puis quand tout est trouvé, nous furetons dans le lieu de camps pour trouver un endroit suffisamment grand pour tout le chapitre. Enfin, quand il est choisi, nous nous installons. Avec mes deux petits frères, nous montons gaiement la tente. Cette nuit, oncle Georges et tante Joséphine ont décidé de dormir en famille alors nous avons une tente en moins, ils l’ont laissée plié car elle ne sert à rien, pourtant, quand je vais les voir dans leur tente, ils sont assez serrés mais bon, c’est eux qui décident.

 Avec les jumeaux, nous nous amusons bien dans la tente. A l’heure du diner, nous en sortons et nous sommes tous les trois imbattables aux batailles de duvet, en même temps, nous venons de nous entrainer pendant à peu près dix minutes  à ce jeu alors, c’est tout, nous sommes imbattables. Ce soir, nous allons chercher la soupe car ils nous en servent aux cuisines. Avec mes frères, nous nous perdons, …une fois, deux fois, trois fois, alors nous décidons d’aller voir du côté des chapitres adultes, là où il y aura surement notre grande cousine, Camille pour nous guider. Nos mains glacées et nos estomacs affamés ne nous aident pas. Heureusement, nous trouvons une patrouille de scouts :

– Vous savez où c’est la soupe ? Ose Clément, nous cherchons depuis des heures et on a très faim, nous…vous pouvez nous montrer où on la trouve ?

– Mais bien sûr les petits nains, dit un grand garçon qui n’a pas l’air d’avoir peur de nous, on va vous y conduire, ma patrouille et moi, et par la même occasion, on va en prendre un peu, hein, les gars ?

Clément, Mayeul et moi, nous sommes interloqués, et Mayeul me regarde avec un air de dire « il ne fallait pas demander à eux, ce n’est pas les bons ». Ils nous conduisent à l’endroit convenu et nous laisse entre des milliers de pèlerins.

– Bonjour madame, pourrions-nous avoir de la soupe, s’il-vous-plait, disons en cœur Mayeul et moi. 

– Malheureusement les enfants, vous êtes arrivé trop tard, il n’y en a plus, je suis confuse…

Alors là, je peux vous dire que j’ai failli tomber dans les pommes, avec mes frères, nous nous sommes regardés comme si on venait de savoir qu’on était frères et sœur, alors, quand nous sommes revenus dans notre chapitre, papa a compris qu’il s’était passé quelque chose de bizarre, et c’était vrai. Nous avons mangé les restes de tous les repas du chapitre, et, à la fin, on n’avait plus faim.

– Les enfants, vous voulez venir à l’adoration avec moi, nous n’y resterons pas longtemps, juste le temps de remercier Dieu pour cette excellente journée. 

Nous sommes très content d’assister à cette adoration, l’endroit est si tranquille et si silencieux que j’ai failli m’endormir, papa m’a donné un petit coup de coude sans faire exprès alors je me suis à moitié réveillée. Quand nous rentrons dans nos tentes, la couronne du silence se dresse sur nos yeux, ils s’apaisent, s’apaisent…

Le lendemain, le monsieur nous réveille encore en nous criant dans les oreilles avec son mégaphone. Toute la matinée, nous avons des petits yeux, en plus du soleil qui nous fait mal. Aujourd’hui, c’est le troisième et dernier jour de ce formidable pèlerinage, après le déjeuner du dernier jour, la coutume est de marcher pieds nus jusqu’à Notre Dame de Chartres, cette année, vu qu’il n’y a pas maman, je décide de le faire. Les jumeaux me suivent, il n’y a qu’Ombeline et Paul-Augustin qui n’osent pas, ils trouvent que c’est trop sale et dégoutant. En revanche, leur petite sœur, elle, elle a du courage, et peut être même un peu trop, elle ne demande même pas son avis et commence à partir comme si de rien n’était, vers la plus belle des cathédrale du monde, Notre Dame de Chartres. A peine voyons-nous les flèches que nous commençons à courir. 

– Chartres sonne, Chartres t’appelle, gloire, honneur au Christ Roy…

Ce chant, quel merveille, il est magnifique, quand nous commençons à voir des personnes arrêtés devant Notre Dame, nous commençons à sourire. Nous souriions déjà avant, mais il ne faut pas pleurer d’être déjà arrivés alors nous sourions tous. Cette année, allons-nous nous retrouver à l’intérieur ou à l’extérieur de la cathédrale pour la messe finale ? 

Nous sommes dehors, mais pas n’importe où, nous sommes juste devant l’immense porte. La sainte messe commence, beaucoup de personnes parlent ou dorment. Je regarde mes pieds, hélas, je crois avoir touché un bout de verre pointu car mon pied droit saigne lamentablement laissant apparaître une belle couche de sang sur ma chaussette que j’avais vite remise avant la messe. 

La communion approche, je serre les dents en me levant, j’ai mal, heureusement, quand je reçois la sainte communion, je ne pense qu’à Dieu qui entre en moi, sans doute pour me donner le courage de marcher quelques petits mètres pour atteindre notre place. Dès que la messe se finit, nous partons. Il faut se dépêcher car les sacs sont difficiles à retrouver. Tout le monde fait la queue, qui n’est plus une queue mais un troupeau de biquettes rentrant du pâturage. Nous partons en direction de Paris pour redormir encore une nuit chez les Telles puis retourner dans notre adorable chez nous, la ville de Toulon le lendemain.

Nous arrivons  à Paris en séchant une petite larme triste qui signifie la séparation entre le fabuleux pèlerinage et moi. Pourtant, comme dirait le cardinal Sarah, le pèlerinage se continue toute l’année et il ne finit jamais alors, oui, il a raison !

– Jubilate Deo, Jubilate Deo, Alléluia, Alléluia… Jubilate Deo, chantons nous dans la gare de Montparnasse, Jubilate Deo, Alléluia, Alléluia… 

Nous rentrons dans l’appartement des Telles en marchant, croix haute et drapeaux derrières, décidément, nous sommes prêts pour le prochain pèlerinage, que Roseline fera surement ! Nous nous couchons vers vingt heures car nous sommes très fatigués après ce beau pèlerinage, je dors avec mes deux frères, nous nous amusons bien cette nuit-là. Le lendemain, le réveil, c’est papa, mais il sonne très tôt car nous devons prendre le train pour revenir à Toulon. Nous allons à pieds jusqu’à la gare de Lyon, nous n’avons même pas le temps de bavarder qu’un monsieur siffle le départ de notre moyen de locomotion. Nous rentrons en vitesse dans ce train. Papa ne nous a pas mis en première classe car nous sommes trop nombreux et trop bruyant, nous sommes dans une voiture avec presque que des familles. 

– Nous arriverons en gare de Marseille Saint-Charles dans une heure et demie, dit avec un petit accent du sud le conducteur du train, et notre dernière gare, Toulon, Toulon !

Une heure et demie plus tard, nous sommes à Toulon, nous descendons du train, un peu dur de se séparer de ce Très bon pèlerinage. Maman et Roseline nous attendent patiemment devant la gare, nous sommes quand même très contents de leur raconter cette grande aventure, à laquelle hélas, peu de personne ont la joie de participer.

– Les enfants, dès que vous arrivez, vous aller ranger vos affaires, comme ça, nous ne parlons plus de sacs, nous allons nous remettre au travail !

Voilà comment se termine cette magnifique aventure, à nous les grandes randonnées cet été !

J’ai moi-même participé à ce pèlerinage et cette année, c’était mon quatrième. C’est vraiment un bon moyen pour sentir vraiment la présence de Dieu en nous et je vous conseille fortement de le faire !