les fioretti
du pèlerinage

« audivimus eos loquentes nostris linguis magnalia dei »
nous les entendons exprimer en notre langue les merveilles de Dieu
Epitre de la messe du dimanche de la Pentecôte ( Actes 2 . 1 -11) 

Cet ouvrage constitue le premier regroupement de témoignages fournis par les pèlerins jusqu’en avril 2016.
Sous l’impulsion de Jean de Tauriers, président de Notre Dame de Chrétienté, ces témoignages ont été rassemblés et mis en forme par Pierre Vaquié, assistant, à l’occasion du pèlerinage de 2016.
Ouvert le dimanche 3 avril 2016, dimanche de la Divine Miséricorde
 

Les derniers témoignages sur le pèlerinage de Chartres

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12 novembre 2021

Sur les trace de Charles Péguy, voici une nouvelle de la petite Philippine sur le thème du pèlerinage de Chartres qui a remporté le prix du roman jeunesse du festival du livre chrétien 2019 à Toulon. Philippine, petite pèlerine de Chartres de 11 ans, a choisi de faire le récit...

1 - à l’origine du pèlerinage, une jeunesse ardente et inspirée

Merci de nous accueillir aujourd’hui sur le parvis de Notre – Dame de Chartres ; tu fais partie des fondateurs au même titre que d’autres qu’on ne peut pas tous citer. Est-ce que tu pourrais nous rappeler simplement l’origine de ce pèlerinage ?

– Eh bien, tu dois savoir que l’idée est née lors d’une université au Mesnil-St- Loup (le village du Père Manuel), organisée par le Centre Charlier. Le Centre Charlier, le Père Manuel, ce sont des noms qui veulent déjà dire beaucoup pour nous. Et donc, les jeunes du Centre Charlier, et les moins jeunes, ont décidé d’organiser un pèlerinage qui s’est tout de suite appelé « de Chrétienté » parce qu’on a toujours voulu combattre pour la cité chrétienne. 

Plusieurs inspirations ont procédé à ce pèlerinage : Péguy bien sûr (Charlier était ami de Péguy) mais également (à l’époque, on était quand même dans une crise très profonde de l’Eglise) et le MJCF entretenait la tradition catholique.

Moi-même, j’étais scout et je me suis beaucoup inspiré évidemment de la tradition scoute. Je suis d’autant plus heureux que cette année c’est Mgr Marc Aillet qui va célébrer et prêcher. Or, nous étions de la même génération. Nous avons participé à des camps-route ensemble, à la génération des routiers- pilotes et aux scouts d’Europe, notamment.

 Et puis, aussi, je revenais de Czestochowa où, là, il y avait un pèlerinage extraordinaire qui nous a beaucoup marqués. Quelques jeunes revenaient émerveillés de ce pèlerinage qui associait la marche d’un peuple au sort de la nation. 

Donc voilà l’inspiration de ce pèlerinage. Il a évidemment beaucoup évolué, beaucoup grandi ; mais je voudrais dire qu’en tant que l’un des co-fondateurs de ce pèlerinage, pour moi, il est resté le même. Une expression de Jean Ousset aussi qui nous tenait à cœur, disait : « semper idem ». Je peux dire, je pense, que c’est le même pèlerinage, de Chrétienté.

Merci pour ces quelques mots. On va en rester là pour aujourd’hui.

C’est moi qui vous remercie. Longue vie au pèlerinage ! Merci.

Un fondateur

2 - le pèlerinage, c’est d’abord un étonnement et un émerveillement, une gratitude

C’est à ce moment que je découvris l’ampleur du pèlerinage et son rayonnement. Premier étonnement admiratif. Qui étaient ces marcheurs ? Que cherchaient-ils ? Je me trouvais à ce moment à hauteur de Cernay-la-ville, là où commence véritablement la Beauce ; loin devant moi les premiers chapitres et loin derrière les suivants. Leurs bannières claquant au vent, ces chapitres denses et compacts, s’avançant résolument dans le grand vent de la Beauce, constituaient un spectacle splendide et grandiose. De plus, cheminant à la hauteur des chapitres, je participais à leurs chants, leurs prières, leurs méditations. Ce que j’entendais  était d’une grande piété et d’une profonde science théologique et spirituelle. Je n’en croyais pas mes oreilles. J’ai connu à ce moment une admiration et un éblouissement d’une telle intensité que je le ressens encore.   

Un responsable du Service d’Ordre

Avec mon épouse, retour complet à la foi en 2002 avec une première messe traditionnelle et premier pèlerinage de Chartres. Nous avons débuté avec la messe du dimanche de Pentecôte en forêt de Rambouillet. Impression d’un camp de croisés partant libérer les Lieux Saints. Ce fut une première impression extraordinaire. Puis nous avons eu la chance de rentrer dans la cathédrale de Notre Dame de Chartes. Ce fut presque l’extase. Une émotion considérable nous a saisis notamment lors de la procession des bannières portées par des dizaines de pèlerins accompagnés par les chants de plusieurs milliers de pèlerins. 

Un pèlerin.

C’est votre premier pèlerinage ?

Non c’est mon 3e pèlerinage et à chaque fois je suis ravi de pouvoir vous rejoindre.

Pourquoi venez-vous ici ?

Un ami chapelain a attiré notre attention sur le pèlerinage. Et dès la première fois que je suis venu, j’ai été tellement impressionné que j’ai ressenti le besoin impérieux de revenir tous les ans. Il faut dire que nous n’avons pas ce type de pèlerinage en Allemagne. Donc c’est unique ici.

Pourquoi venir prier trois jours ici ?

C’est évidemment très intéressant de pouvoir vivre sa foi et c’est un plaisir de faire ce voyage et de rentrer en soi, de rentrer en action de grâce, et de passer du temps avec Dieu, de passer un peu de temps à réfléchir. Il faut savoir passer du temps à rendre grâce.

Votre opinion sur ce pèlerinage ?

Je trouve que cette organisation est exceptionnelle, avec une logistique organisée pour tant de gens. C’est un challenge de pouvoir s’occuper de tous les pèlerins à la fois et de subvenir aux besoins de chacun. Je suis étonné qu’on puisse organiser aussi bien une si grande réunion de gens avec tous les problèmes que ça engendre.

Comment le faire connaître à des amis ?

Je le présenterais  probablement de la manière suivante : d’abord à cause de l’organisation impressionnante parce que vraiment tout tourne rond. Et puis on voit tant de choses. Et enfin parce qu’on voit tant de gens de toute nationalités et de tous horizons. Tous les gens sont bons mais vient leur foi de manière différente. On apprend cependant que quand on est catholique, on n’est jamais vraiment différent des autres parce qu’on partage la même foi.

La messe en latin ?

C’est intéressant car ça n’existe pas chez nous ou bien il faut aller très loin pour y assister. Mais ça change. ! 

Un jeune pèlerin allemand 

3 - le pèlerinage, c’est ensuite une organisation impressionnante, intelligente et prévenante, portée par plusieurs centaines de bénévoles, professionnels accomplis, attentifs et recueillis

Ça fait trente ans que je participe au pèlerinage dont vingt-cinq ans dans la logistique. J’ai d’abord fait le pèlerinage comme simple pèlerin ;  je l’ai fait pour moi. Cinq ans à marcher puis vingt-cinq ans dans la logistique. je suis au service des pèlerins ; c’est important pour moi. Il faut avoir marché pour se rendre compte à quel point la logistique et les différents services doivent être au service du pèlerin. 

Ben, un responsable logistique

Ce qui m’a toujours émerveillé c’est l’esprit de charité qui règne au sein de la  logistique pour l’avoir bien connue puis dirigée. Voir un gardien d’immeuble travailler de concert et dans la bonne humeur avec un chef d’entreprise et un colonel, c’est la charité en acte. Le pèlerinage de Chartres c’est la rencontre très improbable de personnes d’origines sociales différentes, de talents divers, de niveaux de responsabilités ou d’états de vie hétérogènes et pourtant cela fonctionne parce que tout le monde est là pour travailler ensemble au bien commun que constitue ce pèlerinage 

Un responsable logistique

On n’insistera jamais assez sur l’ampleur et l’efficacité de l’organisation – dont on ne voit, d’ailleurs, pendant le pèlerinage, que le dessus de l’iceberg -. Comme ils ont du mérite ces pèlerins du ravitaillement, pèlerins du transport des sacs, pèlerins de l’électricité, pèlerins du secrétariat, pèlerins de la cuisine et même – excusez la précision – pèlerins des latrines. Le montage d’un bivouac est celui d’une petite ville. Même les poteaux électriques (de six mètres de haut) et les canalisations sont installés pour la circonstance; mais en trois heures, il ne restera plus un papier par terre. 

C. pèlerine de ND de Fourvière.

4 - le pèlerinage pour répondre à des aspirations spirituelles profondes

Vous êtes rassemblés ici pour montrer à nos contemporains que la vie est un pèlerinage, que nous ne sommes pas installés sur cette terre, mais que nous sommes véritablement en pèlerinage vers la maison du Père, vers cette demeure où nous serons définitivement un jour quand le Seigneur le voudra. Et ça, pour moi, c’est très important.  Surtout dans un monde qui a tendance à s’installer de plus en plus dans les valeurs matérielles.  

Un recteur de cathédrale

Je suis libanais et je viens du Liban. Je suis venu en France pour mes études et je viens participer à ce pèlerinage dans le but de bien connaitre les chrétiens d’Occident autant que pour nous faire connaitre d’eux. C’est donc une très belle opportunité pour nous de découvrir cet aspect de la France, de l’originalité de la France, la fille ainée du christianisme    

Un pèlerin libanais

Oui, cela a du sens de faire un pèlerinage, au moins pour ces milliers de pèlerins qui aujourd’hui ont cheminé. Oui, ça a du sens parce que, finalement, un pèlerinage c’est une évocation de notre parcours sur terre. Un pèlerinage, rappelle aussi que, comme le peuple de Dieu, dans la Bible, on ne croit pas simplement avec sa tête, on croit aussi avec ses pieds, on croit avec tout son corps, avec tout l’engagement de sa vie.    

Un évêque

Athée de confession (ou plutôt devrais-je maintenant employer le terme d’agnostique), non baptisé et en couple depuis plusieurs années avec une catholique, le pèlerinage de Chartres a été pour moi une expérience nouvelle et très enrichissante. À la recherche de Dieu et poussé par l’amour, je suis parti arpenter les chemins sinueux menant à la cathédrale. Au fil de rencontres, de témoignages, de messes, de prières et de chants entonnés, j’ai pu retrouver charité, fraternité et bienveillance dont j’avais perdu toute trace depuis trop longtemps. Immersion totale dans cette marche au sein du chapitre Sainte Madeleine, dont je suis sorti grandi et heureux. Aujourd’hui (bien que toujours sur mon chemin de croix, à la recherche de ma foi), ce petit moment passé avec Notre Dame de Chrétienté m’a amené plus profondément à me questionner et à aller au fond des choses. Une très belle histoire que je souhaiterai activement renouveler. 

VG 23 ans

Je voudrais apporter ce simple témoignage : nous avons fait le pèlerinage 3 fois avec mon mari au début de notre mariage puis nous avons eu nos enfants. 

CD

5 - le pèlerinage ou les merveilles cachées des conversions

A l’approche du pèlerinage, je lance quelques invitations à mes jeunes collègues. A tous…sauf une ! La jeune femme a en effet du tempérament, et je me dis que certes si elle se convertit, elle convertira à son tour tout le service… Mais si le pèlerinage la scandalise, je n’aurai plus qu’à aller travailler ailleurs ! Or, voici qu’on frappe à la porte de mon bureau ; c’est elle : « tu sais, je crois que je vais faire le pèlerinage auquel tu m’as invitée »« oups, pensais-je, mais je ne l’ai pas invitée ! » Et pourtant, elle vient. Suspens. Parfaitement accueillie par mes animatrices, elle tombe à genoux dès la première messe dans les bois… et se confesse le lendemain !  Ce qu’elle s’était pourtant juré de ne jamais faire. Sa conversion sera aussi profonde et définitive qu’instantanée. 

Un chef de chapitre

Le double poids de l’adolescence et de la prépa maths-sup se faisait sentir, et la tentation d’envoyer promener la religion aussi. Mais ma marraine de confirmation me harcèle pour que je m’inscrive à ce pèlerinage. En colère, je décide de ne pas partir, et pourtant, au milieu de la nuit, je me lève, et sans savoir pourquoi, j’y vais. Sur la route, je rencontre plein de jeunes surtout pour m’amuser. Pourtant, je trouve la messe sacrée : si Dieu est quelque part, c’est ici ! Mais non encore converti, je repère un prêtre qui confesse en voiture – quelle aubaine – et me voilà à bord, mais ce prêtre lit dans mon âme et me dit tout ce que j’ai fait ! Mais non encore converti, à la vue des flèches de Chartres, je saisis la bannière pour la gloriole. Mais Chartres est loin ! Je peste, d’autant qu’à l’arrivée, je dois la porter pendant toute la messe. J’ai perdu mon chapitre, je rentre furieux à la maison. Et pourtant, arrivé au bas de l’immeuble, je suis converti ! Allez comprendre la grâce… et pourtant, 25 ans  après, cela tient toujours. 

Un pèlerin

Je revois cette personne, voyant passer le chapitre enfants, qui nous a suivis et qui est venue me revoir, juste après le pèlerinage. Elle s’était est convertie. Elle était fille de communistes, pas baptisée et elle m’a demandé le baptême en m’expliquant que la prière des enfants l’avait complètement sidérée, qu’elle avait compris qu’il fallait qu’elle se convertisse.  

Un prêtre, aumônier du pèlerinage

6 - le pèlerinage, c’est pour beaucoup le baume de la confession

J’ai plusieurs souvenirs bouleversants, comme la confession d’une personne qui ne s’était pas confessée depuis plus de trente ans et qui revenait à la foi après un détour dans le bouddhisme. Ou celles d’adultes qui n’avaient reçu que le baptême et qui se confessaient pour la première fois. Parmi ceux-ci, une jeune fille à qui la Providence a voulu que ce soit moi qui donne sa première communion à la messe qui a suivi, alors qu’il y avait des centaines de communiants et des dizaines de prêtres. Pour le reste, pour tout le reste, c’est le merveilleux secret absolu de la confession.   

Un père dominicain, aumônier du pèlerinage

Je confesse dans les bois pendant la messe du samedi. A perte de vue, des arbres et des pèlerins assis en tailleur. Des files de pénitents s’improvisent ça et là et je ne chôme pas. Pourtant, je remarque une jeune femme appuyée contre un arbre à plusieurs dizaines de mètres, soit totalement hors de mon périmètre d’influence, et qui me tourne le dos. Pourtant, une petite voix  me dit qu’elle est pour moi, ou plutôt que le Bon Dieu veut cette âme. Je récite donc un demi Je vous salue Marie, au terme duquel le pénitent suivant s’est agenouillé. Mais je remarque que la dame a avancé d’un arbre, me tournant cependant toujours le dos. Au terme de la confession, je redis un demi Ave,  un nouveau pénitent s’agenouille…et ma dame s’est encore avancée d’un arbre. Je redis un troisième demi Ave, un pénitent tombe à genoux à mes côtés, ou plutôt une pénitente, car c’est elle ! Ce fût une confession lourde, belle, nécessaire. Merci Marie !

Lorsque Dieu agit sur le genou de son prêtre…pour transmettre sa miséricorde !

Un prêtre

Née dans une famille chrétienne et aimante, j’ai pu grandir avec une ribambelle de frère et sœurs sous le regard du Seigneur. 

Ma scolarité a été cependant plus difficile, au collège, quand affirmer sa foi, et ses convictions étaient un combat quotidien. Puis au fil des ans, ma foi s’est étiolée, j’en venais même à douter de l’existence de Dieu, pourtant si présent, je ne ressentais rien, j’avais l’impression qu’il m’avait abandonné. C’est en 3e où je fis pour ma première fois l’expérience du pèlerinage de Chartres: tant de chrétiens rassemblés dans une joie vraie et recueillie, tous ces gens qui croyaient, heureux de l’affirmer dans les chants tout au long de la route, et ces messes si belles ! et surtout cette vraie confession comme je n’en avais plus fait depuis longtemps: ce furent des larmes de joie et le cœur apaisé que je pus finir mon pèlerinage. J’ai fait en ces jours de Pentecôte, non seulement l’expérience du Christ, mais aussi et surtout la découverte de son amour. Merci pour l’organisation de ce beau moment, qui nous permet de respirer, et de repartir chargés d’espérance dans notre vie de tous les jours.

E.R 18 ans

Depuis des années, le bon Dieu m’attendait, patiemment, et il a changé ma vie. Il a suffi que je fasse quelques pas librement vers Lui.

Il y a presque 30 ans déjà et j’en verse encore quelques larmes en écrivant ces lignes, et je rends grâce à Dieu d’avoir mis sur ma route ces vrais amis qui m’ont invité au pèlerinage.

Un pèlerin

Sur la route de Chartres, j’ai recouvré ma dignité de chrétien en confessant l’inavouable, j’ai pleuré de joie devant l’immensité du pardon, j’ai découvert le goût de la prière intense porté par tant de ferveur, j’ai retrouvé mon honneur de vivre en renouant avec mes rêves de jeunesse.

Chaque année, ce cheminement de Pentecôte est une communion totale avec la Trinité et la Vierge. 

Ce pèlerinage est aussi important que mon épouse, mes enfants, ma famille.

NT

7 - le pèlerinage et les grandes décisions qui orientent la vie

Je vous livre mon témoignage qui est tout à fait ordinaire, mais qui a changé ma vie : je savais depuis quelques années que le Bon Dieu ne m’appelait pas au sacerdoce, mais je me préoccupais un peu trop de mon image et de mon avenir. Habitué du pèlerinage, j’y suis allé cette année-là dans un esprit différent, pour servir et lâcher prise à la Providence. Quelle ironie! Alors que je m’efforçais de m’oublier dans mon service quotidien, sans me soucier des regards et sans rechercher quoique ce soit, j’ai rencontré celle qui est devenue ma fiancée ! Je ne m’en suis pas tout de suite rendu-compte, mais c’est plus tard que j’ai réalisé que l’effort d’abandon que j’avais fait en cette Pentecôte, et que depuis j’essaye de maintenir, avais permis à l’Esprit-Saint de m’apaiser et à ma future femme d’entrer dans ma vie. Sous la protection de Marie et avec la grâce de son Fils nous comptons construire un foyer chrétien ancré dans le Roc ! Deo Gratias !  

P J 27 ans

« Oh mon Père, vous me reconnaissez ? » Assis dans le TGV, j’avoue que non… « Vous m’aviez parlé de l’oraison, durant un pélé de Chartres, il y a 3 ans ! ».  Je revois la scène, les chemins boueux et le ciel éclairci, la promesse de lui poster des documents sur l’oraison pour prolonger cet échange entre deux confessions ; puis ma surprise de n’avoir jamais eu de réponse. « Cela a changé ma vie…et je viens de rentrer au Carmel ! ». 

Un religieux

A la fin d’un pèlerinage un jeune de 24 ans – que j’appellerai Jacques –  me demanda la permission de témoigner. Il  prend le micro et la voix prise de sanglots il dit “ Merci, j’ai tout compris mais j’ai tout à faire ;  priez pour moi”.

Jacques va revenir quatre ans de suite au pèlerinage ; il vivait en concubinage ; il se droguait ; il n’avait pas de travail. Progressivement, il a arrêté de se droguer ; puis s’est séparé de son amie ; puis s’est remis au travail. La quatrième année, il m’a annoncé qu’il avait la vocation ; il est rentré à Triors  pour devenir moine. Plus tard, son père m’a dit que sa femme faisait des adorations nocturnes pour la conversion de leur fils.

Un Dimanche après-midi, sous le soleil de plomb, je devais faire une méditation sur le Cœur de Miséricorde du Bon Dieu. Impossible d’exposer la théorie ; je leur dit « je vais vous raconter une histoire vraie » : un pécheur se confesse d’un péché mortel et le prêtre plein de bonté l’encourage dans la persévérance d’une vie droite. Rasséréné, plein de courage, le pénitent tient bon mais, soudain, c’est la rechute. Tout contrit, il va se confesser et le prêtre l’encourage à nouveau mais le pénitent retombe à nouveau. Mais, le prêtre lui dit qu’il ne peut pas lui donner le pardon. Alors ils entendent tous les deux une voix qui leur dit :” Eh bien moi je te pardonne car j’ai donné mon sang pour toi ». Le pénitent voit alors la main de Jésus se détacher de la croix pour lui donner l’absolution”

 Alors un Dominicain qui écoutait derrière moi me dit : «  Quelle belle histoire et comme elle fait réfléchir et  méditer le confesseur que je suis “.

Un chef de chapitre

8 - les petits miracles de la charité qui illuminent le pèlerinage

30 Irakiens blessés lors des attentats de Bagdad, nous étions dans des hôpitaux  de Paris. Nous étions visités par des groupes d’irakiens arrivés en France avant nous ; il y avait aussi des groupes français catholiques venus nous  voir et nous faire visiter Paris. On nous a alors proposé de venir sur les routes de Chartres  voir le pèlerinage. Ce pèlerinage, c’est quelque chose qui ne nous est pas du tout familier. On n’a pas du tout ça en Irak. C’est très étrange pour nous de voir ces gens qui marchent, qui chantent vraiment pendant toute la marche malgré tout le mal aux pieds. C’est impressionnant. En fait, c’est la foi. On gardait les yeux bien ouverts pour voir ce qui se passait. C’était magnifique malgré la météo qui était terrible. ça me rend de la joie en fait et je sens que je suis protégé. J’ai échappé au danger qui nous menaçait  tous les jours en Irak. 

Georges, pèlerin irakien

Discussion avec un prêtre, au bivouac du soir de Choisel. Il me raconte qu’il a vécu ce samedi un moment étonnant. Le matin, juste après le périphérique parisien, les chapitres défilent devant une jeune fille qui vient de sortir de chez elle. Elle doit avoir vingt ans, son visage est éprouvé. Elle repère un « brassard jaune » et demande si elle peut se joindre. Etonné, le chef de chapitre l’accepte et répond à ses questions en marchant. Elle demande si elle peut voir un prêtre, mais prévient qu’elle n’est pas catholique… « Je suis d’une famille musulmane, ce n’est pas pour me confesser, c’est pour lui parler ». Le prêtre va lui parler, longuement, de Dieu et de la vie. Ce prêtre me dit au bivouac : « Elle est rentrée chez elle rayonnante et m’a promis de ne jamais plus y penser ». « A quoi ? « , lui dis-je.  » Elle était sortie de chez elle pour aller se suicider… »

Un ancien président

Un jeune homme prend sa bicyclette pour se balader tranquillement sur les routes de Beauce un week-end de Pentecôte. Mais voici qu’il doit céder le passage à un chapitre, puis deux puis trois ! Au bout d’un bon moment, il demande ce qui se passe. Les jeunes d’un chapitre lui expliquent qu’ils se rendent en pèlerinage à Chartres. Et le jeune homme de laisser son vélo dans le fossé (il le récupérera quelques jours plus tard) et de partir avec eux. C’était il y a 20 ans. Et depuis, il n’en a raté aucun !

Un pèlerin

Le vendredi du pèlerinage nous recevons les commandes faites aux fournisseurs – en 2010, j’étais directeur de la logistique – dont les 70 bouteilles de gaz nécessaire pour les 3 jours du pèlerinage pour chauffer la soupe du soir et les boissons chaudes du petit déjeuner.

N’ayant pu être présent sur le terrain pour des raisons professionnelles, je suis prévenu malheureusement trop tardivement le soir que les bouteilles de gaz n’ont pas été livrées.

En ce vendredi soir de Pentecôte, le fournisseur est fermé et le numéro d’urgence nous indique qu’il dispose que de gaz propane et pas de gaz butane nécessaire.

Aussi, je décide d’organiser un plan B en libérant un véhicule de transport loué et de dédier une personne dès le samedi matin de Pentecôte pour rechercher les 70 bouteilles de gaz manquantes en contactant les stations de services et les grandes surfaces autour du premier lieu de bivouac situé à Choisel. 

Au bout de 7 contacts infructueux ne proposant que 2 ou 3 bouteilles de gaz chacun, la personne de NDC tombe sur une grande surface près de Choisel expliquant qu’il a 70 bouteilles de gaz disponibles et que cela fait 3 semaines qu’il les a en stock, qu’il ne comprend pas pourquoi son fournisseur ne vient pas les reprendre alors qu’il n’en a pas besoin.

Cette anecdote vécue est révélatrice de la protection du ciel pour notre pèlerinage. La Providence aime visiblement l’œuvre Notre Dame de Chrétienté!

En 2014, on peut aussi signaler l’orage (alerte orange communiquée par la mairie de Gas) qui a tourné autour du bivouac de Gas sans éclater sur place. Par contre, le lendemain il a été signalé de nombreux dégâts autour, des caves inondées, de nombreux véhicules endommagés par la grêle, et notre bivouac resté intact…

XR, un cadre logistique du pèlerinage

9 - la messe, cœur du pèlerinage : adoration et réparation

Il y a moins deux caractéristiques à ce pèlerinage : d’abord il est porté par la forme traditionnelle du rite, du rite romain. C’est une forte caractéristique de ce pèlerinage. Ensuite une autre caractéristique, c’est un pèlerinage pour tout le monde : il y a des jeunes, des vieux, des moyens, des familles, des enfants, des parents, alors que beaucoup de pèlerinages sont pour les étudiants pour telle catégorie d’âge ou de profession.

Un évêque

 J’avais entrainé une nièce à Chartres. A la fin du pélé, je lui demande “Peux-tu me dire ce qui t’a le plus intéressé ? ”

“Ce qui m’a le plus touchée, me répondit elle, c’est lorsque tous les gens se mettent à genoux devant le Saint Sacrement Oui vraiment c’est le sens du sacré ».

Une pèlerine

L’après-midi du dimanche de Pentecôte, la route est lourde, mon chapitre n’en peut plus. 

Or, le chef de région arrive et me demande d’annoncer à mes ouailles que toute la nuit, on adorerait le Saint-Sacrement (c’était la première année où on le faisait). 

Comme je ne veux pas me faire lyncher, je lui dis de prendre lui-même le micro.

 Et surprise, mes petits-gars aux pieds brisés et à la voix cassée sautent de joie, et on organise un relais toute la nuit.

 « Quand j’aurais été élevé de terre, avait promis Jésus, j’attirerai tout à moi. »

Un chef de chapitre

Un peu plus tard, en fin d’après-midi, dans les derniers kilomètres avant Gallardon,  je marchais à hauteur du dernier chapitre comme mes fonctions me le recommandaient. Le soir était venu. L’ombre gagnait ce vallon calme et verdoyant. Nous étions l’arrière garde du pèlerinage et nous avions conscience de participer à quelque chose d’unique. Cette étape du pèlerinage est toujours rude pour les corps mais si intense pour l’âme.

C’est à ce moment que s’éleva une voix de jeune fille ; sa méditation portait sur la fécondité de la virginité consacrée. J’en fus stupéfait. En pleine débâcle post-conciliaire j’entendais comme une synthèse facile et vibrante de ce qu’on peut trouver de meilleur chez les Pères de l’Eglise et dans la littérature spirituelle. Où étais-je tombé ? Qui étaient ces gens capables de restituer avec autant de facilité et de grâce un des sommets de la réflexion chrétienne. C’était ma famille et elle était belle. 

PAV

10 - le pèlerinage, c’est l’expérimentation qu’une société chrétienne, inspirée par le décalogue et les béatitudes, est possible ; elle est libératrice et bienfaisante

Waouh ! Ils sont tous différents. En fait à chaque moment, il y a un petit bonheur. Il y a le départ, les petits moments de silence, les passages par les forêts, les messes en plein air, la vie de chapitre et l’arrivée à Chartres. Quand même Chartres c’est exceptionnel ! C’est faire une retraite. C’est être déconnecté, c’est prier et partager avec ses frères et ses sœurs. C’est très « communal » ou « communautariste ? ». C’est une vraie bulle d’oxygène. Ce matin je marche avec les allemands (rires)…Non, mais c’était chouette. Parce que j’ai rien compris chez les allemands. Ce n’est pas facile de prier toute une journée. Pour prier toute une journée, il faut faire Chartres.  

Un pèlerin irlandais

Diriger pendant six ans cette communauté improbable de 10 000 personnes, toute une ville, en rase campagne pendant trois jours, cela vaut bien un commandement de division d’infanterie mais avec bien davantage encore. Ce «  bien plus », c’est le grand vent de la route de Chartres qu’on ne peut inventer ni raconter mais qu’il faut expérimenter. C’est le meilleur que je souhaite à tous.  

Un  ancien président

Au cœur de tous ces pèlerinages, depuis le premier jour, nous demandons au Bon Dieu de restaurer la chrétienté en France. Reconnaissons-le, cette demande est incompréhensible aux yeux du monde actuel, relativiste et athée. Et pourtant, cette demande est essentielle aux yeux de Notre Dame de Chrétienté.  

Un président

C’est mon 4° pèlerinage. Je viens de Dublin en Irlande

La première raison était de savoir si j’étais capable de le faire en raison de mon âge. Donc je voulais essayer. La raison religieuse était qu’en me donnant de moi-même, avec la douleur que les gens peuvent ressentir en faisant cela, je pourrai obtenir réparation spécialement pour les choses qui se passent en ce moment dans mon pays. Pour ma famille, mes amis, pour ceux qui m’ont demandé de prier pour eux, et quelques soit leur situation. Je pense que nous sommes 20 dans le chapitre.

Je pense que c’est important de remercier Dieu de tout ce qu’Il m’a donné durant ma vie ; j’ai 66 ans et je le remercie pour cela et j’exprime ma reconnaissance  pour Ses bienfaits dans le monde, présents, passés et futurs. Et nous savons que des gens luttent contre l’Eglise et je veux m’offrir pour combattre ces forces qui s’opposent à l’Eglise.

C’est le seul pèlerinage dont j’ai entendu parler. Je sais qu’il y a des pèlerinages en Irlande mais quand je vais à la messe du dimanche dans ma paroisse, les gens font la publicité pour ce pèlerinage-là, sinon je n’en aurais jamais entendu parler.

J’expliquerai ce que cela représente, combien les gens qui y viennent sont dévoués. Je suis très impressionné pour la classe d’âge, surtout les jeunes des gens de ce pèlerinage. Et j’essaierai de les convaincre de venir s’ils le peuvent et se dépasser sur ce pèlerinage.

Oui je suis parti de Notre-Dame de Paris. Ce matin je n’étais pas très bien j’ai dû prendre un bus mais les autres années je pouvais tout faire.

Je vais marcher jusqu’à la fin et je pense pouvoir être capable de marcher demain et lundi.  

Stammering Irish

11 - marche religieuse de tout un peuple,le pèlerinage témoigne d’une immense espérance

Pour moi, premier pèlerinage en 1986 avec les chapitres-adultes. Pendant plusieurs années, jeunes mariés, nous avons marché avec ces chapitres. Et puis ensuite quand nos enfants ont eu l’âge, nous avons fait le pèlerinage avec les chapitres enfants. Depuis 2009, je fais partie de l’organisation et je m’occupe de la communication du pèlerinage, donc tout ce qui est nécessaire pour faire rayonner et faire connaître le pèlerinage aussi bien à l’intérieur pour les pèlerins, anciens, actuels et futurs, que pour l’extérieur. C’est un pèlerinage international puisque nous avons entre 800 et 1000 pèlerins étrangers qui viennent non seulement de l’Europe (Angleterre, Allemagne, Suisse, Espagne), mais aussi des États-Unis, du Canada et même d’encore plus loin. Nos pèlerins viennent là poussés par un effort de conversion personnelle, mais aussi pour que cette conversion s’enracine dans une société qui la favorise : c’est ce qu’on appelle la Chrétienté. 

Un responsable Communication

Mon émotion est intense. Cette foule immense, silencieuse et déjà fourbue est inondée de la grâce de Dieu en même temps que de la pluie. Il est midi, et il fait si sombre qu’on se croirait dans la nuit. Les femmes baissent la tête sous leurs capuches dégoulinantes, de fatigue ou de recueillement. Les hommes ont presque tous retiré leurs couvre-chefs et se laissent tremper le visage comme pour un second baptême. Les porteurs de bannières se tiennent bien droit, leurs étendards pendouillant et gouttant comme des serpillières. Certains ont le regard vague, mais on voit leur bouche marmonner de confuses prières. Je songe aux messes de 1793, dans les mêmes forêts et dans les mêmes nuits, le même isolement du monde et la même communion. Quelques jeunes gens arborent d’ailleurs avec romantisme une écharpe blanche à la ceinture. Tournant les yeux on distingue un chapitre “La Roche-Jacquelin” et un autre “Cathelineau”, dont les mémoires se trouvent ainsi sanctifiées. 

Un pèlerin du chapitre de Lyon

Avec joie, notre communauté renouvellera l’excellente expérience pèlerine parmi les Anges gardiens à la Pentecôte ; vous nous donnez là une belle occasion de déployer nettement la dimension missionnaire (quoique cachée !) de notre vie contemplative. Un grand merci à vous !

[…] Le livret a permis aux moniales de découvrir d’elles-mêmes ou d’approfondir leur connaissance du pèlerinage de Chrétienté à la Pentecôte, son sérieux, sa solidité, son élan missionnaire, son rayonnement, son ancrage ecclésial, la compétence et la générosité des organisateurs animées de la charité au service de Dieu et des autres. Elles en furent édifiées, tout simplement !

Sœur P-M, abbaye d’Argentan

12 - le pèlerinage, c’est enfin la communion des Saints, celle à laquelle nous croyons

Je me souviendrai toujours d’Alain, un garçon venant d’un tissu familial tout à fait en décomposition, vraiment très défavorisé ; je me souviens l’avoir accompagné pendant son  catéchisme ; il l’avait suivi avec application et je l’encourageais en lui promettant « si tu es assez fort en catéchisme, tu feras ta première communion pendant le pèlerinage », Et quand je le lui ai annoncé qu’il allait la faire dans la cathédrale, il est devenu radieux et devant moi, il a fait une pirouette, un soleil, vous voyez ! J’étais époustouflé, je trouvai ça sidérant. Arrivés à Chartres, on s’est faufilés ; on nous a laissés rentrer dans la cathédrale et il a reçu la communion des mains du cardinal Hoyos. C’était en juin et puis fin juin cet enfant est mort, rappelé à Dieu, il est mort très peu de temps après avoir fait sa première communion.  Voilà je rêve toujours de ce petit bonhomme très défavorisé qui recevait la communion comme un prince dans le cœur de la cathédrale, des mains d’un cardinal. J’ai prié pour lui, pour que sa vie et sa mort portent des fruits. On a des chances d’avoir un intercesseur là-haut, quelqu’un qui sait l’importance qu’a vraiment le pèlerinage parce que pour lui, ça a été décisif.

Un prêtre éducateur, aumônier du pèlerinage

Je garderais pour la fin l’épisode le plus gracieux. J’étais, ce lundi midi, à hauteur du chapitre Enfants. La grande statue de la Vierge Marie du pèlerinage avait été posée à même le sol dans une bonhomie toute familiale  – la Mère au milieu de ses enfants -. On déjeunait gaiement autour. C’est toujours un des bons moments du pèlerinage.

 Je vis alors un petit bonhomme de trois ans s’approcher de la statue, se hisser sur la pointe des pieds et donner un gros baiser sur la joue de la statue. Cela dura deux secondes et  personne n’y prêta attention sauf moi, je pense.

J’en fus émerveillé car cet enfant traduisait par ce geste de tendresse tout ce qu’il devait intuitivement ressentir, comme souvent le font les enfants, sensibles à l’atmosphère qui les entoure. Il exprimait la joie naturelle de cet immense repas champêtre et la reconnaissance surnaturelle implicite que nous éprouvions tous pour  « La Mère » présente au milieu de nous. C’était, pour moi, comme un cadeau, une indication et une réponse précise à une profonde supplication.

J’y vis aussi le rappel de l’importance de l’innocence, celle de Notre Seigneur dans son immolation ; la nôtre aussi au bout de trois jours de souffrances et de pénitence. Je ne cesserais de témoigner ici de la profonde transformation du pèlerinage entre la samedi matin et le lundi à l’entrée dans la cathédrale ; une communauté dont une grande partie de ses membres est en état de grâce devient facile à vivre ; c’est l’antichambre du paradis. 

Un cadre du pèlerinage

J’ai vécu de pèlerinage avec joie cette année encore, en union avec tous ceux qui marchaient. Le livret me convient bien. J’aimerais effectivement pouvoir prier avec les “anges gardiens “ de Paris si cela était possible.

Laval (Carmel)

Merci de votre courrier du 7 juillet dernier. Oui, la communion des saints est bien réconfortante, dès ici-bas !

 Bien sûr, recontactez-nous l’an prochain !

  En grande communion dans la prière.  

Sr Mir, prieure, des pèlerins des « Anges Gardiens »