Hommage à Jean Madiran

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Je crois que plus que tout, c’est là le principal héritage que nous laisse le frère Jean-Baptiste : sa grande passion pour le Christ, qu’il partageait avec son ami Dom Gérard, et son grand désir de diminuer, de s’effacer, dans la simplicité et la discrétion, pour faire croître le Seigneur en sa majesté… Le voilà désormais exaucé ! Il nous a indiqué le chemin de l’Espérance.

Abbé de servigny

Prononcée mercredi 18 septembre à l’occasion de la messe de Requiem célébrée en la chapelle Notre-Dame des Armées à Versailles

Homélie Prononcée mercredi 18 septembre à l’occasion de la messe de Requiem célébrée en la chapelle Notre-Dame des Armées à Versailles.

Jean Madiran nous a quittés, il y a un peu plus d’un mois et demi, d’une manière presqu’inattendue, après une longue vie, une vie bien remplie au service des siens, de son pays, de l’Eglise… une vie d’homme avec son mystère, ses grandeurs mais aussi ses ombres, une vie que nous confions au Seigneur des miséricordes.

Je ne vais pas ici faire un hommage supplémentaire à Jean Madiran, d’autres l’ont déjà fait et bien fait. La magnifique homélie du père abbé du Barroux lors de la messe des funérailles, le 5 août dernier, a été largement diffusée sur internet. Ce soir je voudrais juste évoquer celui qui fut ici, pendant de si nombreuses années, un simple paroissien, fidèle et discret, accompagné de son épouse Michèle.

Beaucoup de gens ont connu Jean Madiran par ses très nombreux écrits, par ses interventions, ses prises de position restées quelquefois célèbres, mais nous c’est surtout l’humble paroissien du milieu de la nef que nous avons connu. Et c’est lui, celui que beaucoup de paroissiens n’avaient même pas remarqué, cet homme humble et fidèle, que je voudrais évoquer ici.

A Notre-Dame des Armées, il venait, tel un disciple, chercher Dieu et Dieu seul, il venait se nourrir de l’Ecriture sainte, recevoir le catéchisme, vivre la messe. C’était devenu sa paroisse, sa « paroisse d’exil » comme il aimait à dire avec une pointe d’humour, mais aussi avec tout ce que cela signifiait pour lui qui était tellement éloigné de l’esprit moderne : la paroisse où il s’était enraciné, il y venait recueillir les bienfaits du Seigneur, il s’y reconnaissait des devoirs. Car il y avait chez lui quelque chose de l’ancien temps, d’Ancien Régime pourrait-on dire, d’avant le libre examen et la modernité, d’avant l’émancipation de la raison oublieuse des droits de Dieu, d’avant l’autonomie revendiquée de la liberté dévoyée. Oui, Jean Madiran était certes par ses écrits un lutteur, un polémiste, mais je crois qu’il était d’abord un disciple qui savait mendier, qui savait écouter, oh ! pas seulement le maître de Martigues, mais d’abord Celui qui est doux et humble de cœur, ce Maître qui s’est fait serviteur, obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix. Oui, sans qu’il n’y ait en lui rien de convenu, il y avait chez Jean Madiran une docilité profonde, un grand respect de Dieu, de l’ordre, de l’Eglise, quelque chose même d’anachronique et d’incompréhensible en notre temps troublé de post-modernité.
« Ecoute, ô fils, les préceptes du Maître et incline l’oreille de ton cœur », ce disciple de saint Benoît, qui avait grandi à l’école d’André Charlier avait appris, par la vertu de piété, à être d’abord un fils docile, un disciple obéissant, un mendiant qui reçoit tout du Seigneur, pour apprendre à devenir, comme dans la parabole, un serviteur fidèle. Il voulait vivre cette authentique liberté qui exige avant tout de se renoncer, de s’oublier et de se laisser dépouiller. « Mon joug est doux et mon fardeau léger », dit le Seigneur.

Je crois que l’on ne peut pas comprendre la personnalité et l’itinéraire de Jean Madiran, ses choix audacieux, courageux, parfois incompris, ses positions quelquefois inattendues, à contre-courant bien souvent, si l’on oublie qu’il était aussi frère Jean Baptiste dans l’oblature bénédictine. A l’image de son saint patron, il pouvait user à certains moments d’une voix forte, menaçante parfois. Comme lui, il savait même manier l’invective : « engeances de vipère », mais surtout il voulait montrer et témoigner de la grandeur de l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde… jusque dans notre monde blessé par l’ingratitude et l’impiété.

Je crois que plus que tout, c’est là le principal héritage que nous laisse le frère Jean-Baptiste : sa grande passion pour le Christ, qu’il partageait avec son ami Dom Gérard, et son grand désir de diminuer, de s’effacer, dans la simplicité et la discrétion, pour faire croître le Seigneur en sa majesté… Le voilà désormais exaucé ! Il nous a indiqué le chemin de l’Espérance.

Gérald de Servigny p+