Lundi 20 septembre 2021

Hommage à Didier Raynal par Xavier Hennequart

Cher Didier,

Tu nous a quitté le 31 juillet 2021. La Providence ne pouvait pas mieux choisir comme jour de nouvelle naissance au ciel pour que tu rejoignes le chapitre céleste des pèlerins de Chartres :

  • Un samedi, jour réservé à notre maman du ciel, la Très Sainte Vierge Marie, dont tu étais grand dévot. La bannière de Notre Dame de la route, chapitre que tu avais fondé dans le Val d’Oise, recouvrait ton cercueil lors de la messe traditionnelle de requiem célébrée dans ta paroisse à Butry sur Oise ce vendredi 6 août 2021. Un ami proche avec qui tu récitais fréquemment à distance le chapelet m’a dit combien tu portais dans la prière la souffrance des autres en particulier.
  • Fête de sainte Ignace. Soldat du Christ infatigable, toi aussi Didier tu t’es employé toute ta vie à vouloir transmettre le bon Dieu autour de toi. Ton bâton de pèlerin lui aussi disposé sur ton cercueil était là pour nous rappeler que notre vocation c’est non seulement désirer le ciel mais aussi de montrer le chemin du ciel.

A l’image de Marthe et Marie, tu as œuvré comme chef de chapitre puis comme fontainier des années totalement dévoué et fidèle dans l’ombre du pèlerinage.

Cher Didier, voici que tu rejoins le « porteur d’eau vive », Notre Seigneur Jésus-Christ, désormais tu n’auras plus jamais soif et tu seras rassasié à jamais.

Te voici pèlerin pour l’éternité, merci pour tout ce que tu nous a apporté et continue à intercéder pour cette belle œuvre de Notre Dame de Chrétienté dans ce monde plein d’adversité certes mais aussi sous la protection de Notre Dame.

Notre Dame de Chartres, priez pour nous.

Notre Dame de la Sainte Espérance, convertissez nous !

 

 

jeudi 16 septembre 2021

Hommage à Jean-Pierre Hachard ( Abbé Le Roux

Alors que l’abbé Coiffet était tout juste hospitalisé à l’hôpital Mignot, j’ai pu avoir une belle conversation avec lui au sujet des personnes qui l’avaient marqué au cours de ses riches années de dévouement sacerdotal. Nous n’avons pas pu terminer cet échange. Cela aurait été trop long et il était déjà bien fatigable. Cependant, très vite il a mentionné « Les Hachard… fidèles et solides… », avec sa moue légendaire. Dans la mémoire de l’abbé Coiffet, impossible de séparer Jean-Pierre de son épouse Badou, toujours ensemble. Il en va de même pour moi qui les ai bien connus pendant onze années de ministère à l’Immaculée Conception de Versailles. Ensemble, à la messe en semaine, à l’adoration, pour les cours de doctrine, les moments paroissiaux de réjouissance et de peine, les conduites… même les plus difficiles pour amener leur voisin et vieil ami Jean-Marie Sorlot, à la messe tant que c’était encore possible.

Mais c’est Jean-Pierre qui nous a quittés le premier, vaincu en son corps au terme d’une période éreintante. La COVID l’aura touché par deux fois, après l’avoir affaibli, elle l’a emporté
 . Il a su faire face en vrai chrétien sans oublier l’époux, le père et le grand-père qu’il était. Il a pu y faire face entouré des siens, nourri et secouru par tous les soins que l’Eglise du Christ peut apporter à celui qui s’approche de la dernière rencontre. Merci encore au personnel de l’hôpital pour sa bienveillance et son humanité. Il a eu le temps de conscience suffisant pour dire au revoir à chacun des siens et partir l’âme en paix. On dit souvent que l’on part comme l’on a vécu… et c’est vrai. Tout le monde n’est pas appelé à être le bon larron. Le pari serait risqué. Autant chercher tout au long de la vie à devenir le fidèle et solide serviteur qu’a cherché à être notre ami Jean-Pierre Hachard, fils respectueux de l’Eglise, conscient de ses défauts et de son fort caractère. Les fruits de  ce dévouement d’homme et de chrétien fidèle et imparfait continuent de rayonner : sa grande famille, Notre-Dame des Armées, les Scouts du Chesnay, Notre-Dame de Chrétienté, l’Institution Saint-Pie X de Saint-Cloud, l’Immaculée Conception… sans oublier tous les menus services et innombrables bricolages...
Au nom de beaucoup qui sont passés par Versailles ou qui y sont encore, merci Jean-Pierre Hachard… Merci les Hachard. Chacun à notre place, consciemment ou inconsciemment, nous vous devons tant.

Abbé LE ROUX

Appel de Chartres n° 250

» Téléchargez le numéro 250 de l'appel de Chartres (juin 2021)

Un numéro de 11 pages.

Au sommaire:

  • Edito de Joseph Darantière
  • En Vous Seigneur, j'ai espéré: Abbé Alexis Garnier, aumônier de NDC
  • Un heureux anniversaire? Essai sur les 50 ans du Missel de Paul VI: Cyril Farret d'Astiès
  • Pourquoi je suis attaché à la Forme Extraordinaire du rite Romain: Un fidèle
  • Portrait de pèlerin: Notre-Dame de Chrétienté Espagne
  • Hommages

mercredi 08 septembre 2021

Lettre aux catholiques du monde entier

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Quel père, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? (Mt 7, 9) 

Chers Frères et Sœurs dans le Christ, 

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris la décision du pape François d’abroger les principales dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum promulgué par le pape Benoît XVI, le 7 juillet 2007. Après des décennies de divisions et de querelles, ce Motu Proprio fut, pour tous les fidèles catholiques, une œuvre de paix et de réconciliation. 

Rome viole la parole donnée par le pape Benoît XVI, avec brutalité et intransigeance, bien loin de l’accueil fraternel tant vanté.

La volonté affirmée du pape François, dans le Motu Proprio Traditionis Custodes du 16 juillet 2021 est de voir disparaître la célébration de la messe de la Tradition de l’Eglise. Cette décision nous plonge dans la consternation. Comment comprendre cette rupture avec le Missel traditionnel, réalisation « vénérable et antique » de la « loi de la foi », qui a fécondé tant de peuples, tant de missionnaires et tant de saints ? Quel mal font les fidèles qui souhaitent, simplement, prier comme le firent leurs pèresdepuis des siècles ? Peut-on ignorer que la messe tridentine convertit de nombreuses âmes, qu’elle attire des assemblées jeunes et ferventes, qu’elle suscite de nombreuses vocations, qu’elle a fait surgir des séminaires, des communautés religieuses, des monastères, qu’elle est la colonne vertébrale de nombreuses écoles, œuvres de jeunesse, catéchismes, retraites spirituelles et pèlerinages ? 

Beaucoup d’entre vous, frères catholiques, prêtres, évêques, nous avez fait part de votre incompréhension et de votre profonde douleur : merci pour vos nombreux témoignages de soutien. 

Favoriser la paix de l’Église afin de construire l’unité dans la charité, mais aussi amener les catholiques à renouer avec leur propre héritage en faisant découvrir au plus grand nombre les richesses de la tradition liturgique, trésor de l’Église, tels étaient les buts poursuivis par Summorum Pontificum. Le pape émérite Benoît XVI voit son œuvre de réconciliation détruite de son vivant. 

Dans une époque imprégnée de matérialisme et déchirée par les divisions sociales et culturelles, la paix liturgique nous apparaît comme une nécessité absolue pour la foi et la vie spirituelle des catholiques dans un monde qui meurt de soif. La restriction drastique de l’autorisation de célébrer la Messe selon sa forme traditionnelle fera resurgir la méfiance, le doute et annonce le retour d’une querelle liturgique déchirante pour le peuple chrétien. 

Nous l’affirmons solennellement, devant Dieu et devant les hommes : nous ne laisserons personne priver les fidèles de ce trésor qui est d’abord celui de l’Église. Nous ne resterons pas inactifs devant l’étouffement spirituel des vocations que prépare le Motu proprio Traditionis Custodes. Nous ne priverons pas nos enfants de ce moyen privilégié de transmission de la foi qu’est la fidélité à la liturgie traditionnelle. 

Comme des fils à leur père, nous demandons au pape François de revenir sur sa décision, en abrogeant Traditionis Custodes et en rétablissant la pleine liberté de célébration de la messe tridentine, pour la gloire de Dieu et le bien des fidèles. Du pain plutôt que des pierres. 

                         Le 8 septembre 2021, en la fête de la Nativité de la Très sainte Vierge Marie    

Bernard Antony, Président de l' AGRIF
Xavier Arnaud, Forum catholique
Victor Aubert, Président d'Academia Christiana
Moh-Christophe Bilek, Notre Dame de Kabylie
François Billot de Lochner, Président Fondation de Service politique
Benjamin Blanchard, Délégué général de SOS Chrétiens d'Orient
Anne Brassié, Journaliste et écrivain
Jacques Charles-Gaffiot, Historien d'art
Thibaud Collin, Professeur agrégé de philosophie
Laurent Dandrieu, Journaliste
Yves Daoudal, Journaliste - Directeur de Blog
Marie-Pauline Deswarte, Docteur en Droit
Stéphane Deswarte, Docteur en Chimie
Cyrille Dounot, Docteur en droit, licencié en droit
canonique
Alvino-Mario Fantini, The European Conservative
Claude Goyard, Professeur des universités
Max Guazzini, Avocat
Michael Hageböck, Summorum Pontificum Freiburg
Maike Hickson, Docteur en Littérature, écrivain
Robert Hickson, Professeur, écrivain
Michel De Jaeghere, Journaliste et essayiste
Marek Jurek, Ancien pdt de la Diète de Pologne
Peter Kwasnieswki Ecrivain
Philippe Lauvaux, ULB Paris Assas
Pierre de Lauzun, Haut fonctionnaire Ecrivain
Massimo de Leonardis, President International Commission of
Military History
Anne le Pape, Journaliste
Christian Marquant, Président de Paix Liturgique
Michael Matt, The Remnant
Roberto de Mattei, Ancien président du CNR (CNRS italien)
Jean-Pierre Maugendre, Renaissance Catholique
Philippe Maxence, Rédacteur en Chef de L'Homme Nouveau
Charles de Meyer, Président de SOS Chrétiens d'Orient
Paweł Milcarek, Christianitas
Jean-Marie Molitor, Journaliste
Martin Mosebach, Ecrivain
Hugues Petit, Docteur en Droit
Philippe Pichot-Bravard, Docteur en Droit
Jean-Baptiste Pierchon, Docteur en Droit
Hervé Rolland, Vice-Président de ND de Chrétienté
Reynald Secher, Historien
Jean Sévillia, Journaliste, Historien, Ecrivain
Henri Sire, Ecrivain, compositeur, chercheur
Jeanne Smits, Journaliste - Directrice de Blog
Jean de Tauriers, Président de Notre Dame de Chrétienté
Guillaume de Thieulloy, Editeur de presse
Jérôme Triomphe, Avocat
Philippe de Villiers, Ancien ministre, écrivain

mardi 07 septembre 2021

Motu proprio Traditionis custodes  Le père Augustin-Marie Aubry répond aux questions de Présent (entretien paru le 4 septembre 2021) 

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  • Avez-vous été surpris par le contenu du motu proprio Traditionis custodes ? 

 

Oui, mais au risque de vous surprendre, je vous dirais que je l’ai reçu dans la joie. Non dans la joie d’une bonne nouvelle, mais dans cette « joie parfaite » dont parle saint François d’Assise, quand vous sentez que tout s’écroule et que le cœur ne tient plus que par une grâce puissante du Saint-Esprit. J’ai médité sur le sort de Job, j’ai rendu grâces à Dieu de pouvoir connaître l’amertume de celui à qui on retire ce qui lui est le plus cher : le culte divin, la sainte liturgie. Et j’ai prêché en ce sens : souvenez-vous de la fin, gardez la paix du cœur, battez-vous dans l’honneur et la dignité pour transmettre ce que vous avez reçu. 

 

  • Reconnaissez-vous vos fidèles dans le portrait de catholiques méfiants, tournés uniquement vers le passé ? 

 

La réalité est souvent plus intéressante que la caricature (même si j’apprécie les dessins humoristiques, ceux de Chard par exemple). Quand je pense aux fidèles qui fréquentent notre couvent, je ne vois pas de membres d’une association de reconstitution historique, mais des hommes et des femmes, des jeunes et des anciens, qui veulent vivre avec sérieux et profondeur leur vie chrétienne. Sur ce chemin, le grand nombre a découvert la liturgie traditionnelle et y a trouvé la source rafraîchissante et toujours abondante pour pèleriner jusqu’au ciel. Un élément qui échappe à la discussion sur le motu proprio, c’est l’immense vertu apostolique de la liturgie traditionnelle : elle attire et convertit. 

 

  • La liturgie traditionnelle constitue-t-elle le cœur de votre vie religieuse ? 

 

Vous touchez un point important. La liturgie traditionnelle met en lumière, plus nettement que le nouvel ordo, la dimension sacrificielle de la messe. La vie religieuse, c’est-à-dire l’état de vie constitué par les vœux publics de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, est pour une grande part un renoncement, une offrande, un sacrifice. La messe, et l’office divin qui l’entoure comme un écrin enchâsse sa perle, ont donc une profonde affinité avec la finalité de notre vie. Nous nous sommes offerts à Dieu, pour son service, et cette offrande est incorporée à la grande offrande du Christ, « le grand-prêtre des biens à venir » (Hb 9, 11). Notre sacrifice d’hommes dans son sacrifice d’Homme-Dieu. Le royaume de Dieu, dit l’évangile (Mt 13, 46), c’est comme celui qui trouve une perle fine et qui vend tout ce qu’il possède pour l’acheter. Comme religieux, nous avons tout donné pour la messe.  

 

  • Avez-vous déjà la certitude de recevoir une visite apostolique disciplinaire, visant à mettre en œuvre les déclarations du motu proprio ? 

 

Dans cette affaire du motu proprio, qui a vu le jour le 16 juillet dernier, mais qui s’élaborait dans les officines et les coulisses depuis des années, nous n’avons aucune certitude. Le texte est tombé comme un aérolithe et n’est pas particulièrement le fruit d’un dialogue bilatéral.  

Qu’en sera-t-il des décrets d’application ? Il serait hélas ! dans la logique du texte de l’été de barrer tout ce qui peut permettre que vive et se développe la liturgie traditionnelle, il serait dans la logique du texte de stopper les entrées des candidats aux séminaires et noviciats, il serait dans la logique du texte de bloquer les ordinations. Cette logique de mort programmée est-elle la logique de l’évangile ? 

 

  • Quel peut être le rôle des laïcs dans les circonstances actuelles ? 

D’abord, vivre toujours plus profondément de la liturgie traditionnelle. Il faut faire mentir ceux qui estiment à tort qu’elle est un objet mort, une curiosité de musée. C’est en vivant de cette liturgie que l’on manifeste qu’elle est vivante, et qu’elle est la vie de nos vies. Donc, pas de paresse à la messe, mais adoration, louange, action de grâces et joie spirituelle de vivre les mystères du Christ. S’édifier de sa présence et de son sacrifice et le faire rayonner dans nos vies, notamment par les œuvres de miséricorde envers les plus démunis. 

Ensuite, adopter la juste attitude dans le combat qui commence : dignité et fermeté. Fermeté, car on défend un bien commun de toute l’Église ; dignité, car un noble combat ne souffre pas d’âmes viles. Il est capital en l’occurrence de fuir le zèle amer, de garder le respect des personnes et de cultiver le sensus Ecclesiæ. 

Enfin, manifester par tous les moyens compatibles avec la foi et les bonnes mœurs notre attachement aux « pédagogies traditionnelles ». Il sera important dans les prochains jours et semaines que les laïcs fédèrent leurs actions autour des associations et mouvements qui vont œuvrer pour que le trésor de la liturgie traditionnelle reste accessible à tous les fidèles. 

 

  • À tous les fidèles ? 

Oui, la messe pour tous. Les Instituts érigés depuis le motu proprio Ecclesia Dei, qui forment des prêtres pour le rite antique, doivent pouvoir continuer sans entrave leur mission, non pour une « réserve d’Indiens », mais pour le bien de tous, dans la paix de l’Église. C’est le sens du communiqué des Supérieurs daté du 31 août. À un niveau plus fondamental, la liturgie traditionnelle est un élément indisponible du patrimoine de l’Église. Sa légitimité, reconnue canoniquement en 1988 après une période de déni, et renforcée en 2007 par Summorum Pontificum, est d’abord un fait ecclésial et une donnée théologique. Personne n’a le pouvoir de la supprimer. En ce sens, il est conforme au sens catholique de prier pour l’abrogation de Traditionis custodes.  

Une note positive pour finir. Le drame du 16 juillet a été l’occasion d’une belle manifestation de charité ecclésiale. Une partie notable de l’épiscopat et du peuple chrétien a été stupéfaite de ce motu proprio. Une vague d’intérêt pour le rite traditionnel, et de solidarité pour les prêtres qui le célèbrent, s’est manifestée. Des fidèles pratiquants du rite de Paul VI ont rejoint les communautés où se célèbre la liturgie traditionnelle. Cela traduit, dans une société individualiste qui fait naufrage, l’étonnante vitalité du corps ecclésial. 

Lundi 06 septembre 2021

Quelle sera notre rentrée après le motu proprio Traditionis Custodes ?

Quelle est l’ambiance pour cette rentrée de Notre-Dame de Chrétienté ?

Une ambiance particulière et studieuse en raison du motu proprio Traditionis Custodes du 16 juillet 2021. Après réflexion, ne représente-t-il pas exactement ce que pense le monde catholique progressiste, aujourd’hui à la tête de l’Eglise ? Les traditionalistes attachés à la messe tridentine sont durement sanctionnés mais ils avaient été épargnés de manière providentielle depuis le motu proprio Summorum Pontificum de 2007. L’Eglise a-t-elle, pendant ces temps de paix, condamné les erreurs doctrinales, liturgiques, pastorales commises ces dernières décennies ? L’enseignement magistériel de Jean-Paul II et Benoît XVI, largement utilisé dans les différents enseignements du pèlerinage de Chartres, a bien rectifié certains sujets mais peut-on dire que les « expériences » des années soixante ont été clairement condamnées par la plus haute autorité de l’Eglise ? Les catholiques s’indignent à juste titre de Traditionis Custodes mais la déclaration d’Abu Dhabi du 4 février 2019, où le Pape justifie la diversité des religions, n’est-elle pas encore plus inquiétante ? 

Quelles conséquences aura ce motu proprio sur Notre-Dame de Chrétienté ?

Nous avons reçu de nombreux messages d’encouragement après ce motu proprio. Je remercie encore une fois tous nos amis, clercs et laïcs, de tous les bords de l’échiquier, pour tous ces soutiens que je vois comme les fruits de Summorum Pontificum. 

Le pèlerinage de Chartres est né en 1983, a grandi très régulièrement avec les années pour atteindre des chiffres de participation extrêmement élevés en 2019. La période Covid a montré l’attachement au pèlerinage de milliers de familles qui ont su organiser des pèlerinages locaux. Le pèlerinage réunit ainsi aujourd’hui des catholiques dits traditionalistes pour la plus grande part, mais la croissance de ces dernières années vient des milieux « observants » selon la dénomination de Yann Raison du Cleuziou. Je ne crois pas que Traditionis Custodes arrêtera ce mouvement.

Cet été, dans une paroisse du sud de la France lors d’une messe en forme ordinaire concélébrée par un évêque et son curé à l’occasion d’une manifestation régionale réunissant beaucoup de monde, pas toujours catholique et pour certains, manifestement éloignés de la pratique religieuse. Aucun enseignement sur la Sainte Eucharistie, aucun avertissement, aucune précaution avant la communion où les fidèles ont tous été invités ! Devant de tels scandales, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de réaction traditionaliste au sein de l’Eglise ?

Quel intérêt de classer le monde traditionaliste en catégories d’ailleurs très contestables comme l’a fait récemment le mensuel La Nef ? Le problème est bien davantage de savoir ce qu’est la foi catholique. Un traditionaliste n’est rien d’autre qu’un catholique voulant rester fidèle à la foi de son baptême face au relativisme des temps présents. 

Faire de tous ces sujets autour de la tradition à la suite de Traditionis Custodes une histoire de réception ou non des textes de Vatican II éloigne du sujet de fond qui est, je le répète, la foi. 

Laissons les théologiens commenter sans se lasser les textes et interprétations de Vatican II et son fameux esprit printanier. Nous sommes des catholiques de base, nous vivons en 2021 dans une Eglise que nous aimons et voulons servir. L’étude des différentes interprétations de Vatican II ne sont vraiment pas utiles à la vie spirituelle des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté qui vivent dans le monde post-chrétien et post-conciliaire (églises vides, séminaires vides, ignorance religieuse des catholiques, société déchristianisée, cathophobie, scandales au sein de l’Eglise, lois contre nature). 

Certes, il est vrai qu’un pèlerin de NDC devrait se renseigner, se cultiver, lire les textes du Concile et aussi beaucoup d’autres livres. Cela va de soi. Il serait bien aussi de faire un doctorat de théologie (avec thèse sur les bienfaits de Vatican II, évidemment) pour pouvoir en parler avec la science requise. 

Mais il se trouve que notre pèlerin de NDC a charge de famille, quelques enfants, un travail, divers engagements associatifs (dont le pèlerinage de Chartres). Il est un peu occupé en fait et puis aussi légèrement inquiet. Quand notre pèlerin a trouvé pour sa famille une paroisse, de bons prêtres, un catéchisme solide, une école catholique, des troupes scouts, des activités spirituelles enrichissantes, le plus souvent : il est dans une paroisse traditionaliste (pas uniquement Dieu soit loué !) et pour tout ce dont il bénéficie, il remercie le Bon Dieu et les prêtres qui se dévouent. 

Le problème est que ce catholique de terrain vient d’apprendre avec Traditionis Custodes qu’il faisait partie d’une espèce en voie d’extermination et que cette entreprise était souhaitée et encouragée par le Pape François. Il est devenu très perplexe.

NDC a-t-elle des initiatives en préparation ?

Le pèlerinage 2022, bien sûr. Il faudra peut-être davantage craindre les foudres administratives anti-Covid que l’autoritarisme clérical ! 

Nous aurons rapidement à décider de la poursuite ou non des pèlerinages régionaux, immenses succès en 2021. Nos pèlerins doivent bien comprendre que l’association NDC engage sa responsabilité dans l’organisation de tels pèlerinages et doit donc rester vigilante.

L’édition 2022 sera particulière : notre quarantième anniversaire ! Les églises seront-elles ouvertes ou fermées aux pèlerins ? Nous verrons bien mais je reste optimiste. Les pèlerins seront là et s’adapteront aux contraintes Covid et vaticanes. 

Le 8 octobre 2022, notez bien la date, NDC organisera un grand événement où tous nos amis seront invités, comme je vous l’avais annoncé le dernier dimanche de Pentecôte. Une grande personnalité de l’Eglise, fidèle ami du pèlerinage, sera avec nous à Dieu ne plaise.

Avez-vous une dernière demande particulière ?

Dans ces moments délicats nous devons faire un triple effort spirituel, intellectuel et de pédagogie. 

D’abord, spirituel car sans vie intérieure, nos actions perdent leur sens. Mais aussi intellectuel car même si nous manquons de temps, nous devons par l’effort de l’intelligence comprendre nos choix liturgiques, pastoraux, doctrinaux, qui forment un tout. Nous devons aussi savoir expliquer nos choix. Cet effort pédagogique est très exigeant et réclame beaucoup de qualités ; elles peuvent s’acquérir. Apprenons à faire aimer ce que nous croyons. 

 

Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous, 

Saint Joseph, protégez l’Eglise, 

Notre-Dame de Chartres, protégez-nous.

 

Jean de Tauriers

 

Un guide sur la doctrine sociale de l’Église recommandé par le Cardinal Sarah

Olivier Vandame : La Doctrine Sociale de l'Eglise | Livres en famille

Nier l’existence de Dieu et le fondement de la Doctrine Sociale de l’Église qu’on appelle la loi naturelle conduit indubitablement au désordre, au relativisme, à l’égoïsme, à un monde néolibéral à la dérive car sans boussole.

Aussi la parution avant l’été de l’ouvrage « La Doctrine Sociale de l’Église » écrit par Jean de Saint Chamas (U) et Olivier Vandame, aux éditions du Jubilé, est une excellente nouvelle.

Ce guide est rédigé dans un style très accessible et à la portée de tous. Il ne s’agit pas d’une présentation intellectualisée mais bien au contraire très concrète puisque partant des réalités observées, pour analyser les points qui marchent ou ne marchent pas et pourquoi, puis en dégager les enseignements, pour s’appliquer à les mettre en œuvre ensuite dans la vie quotidienne.

 

Ce guide de plus de 800 pages est une somme impressionnante d’informations. Il est très structuré et facile d’utilisation car très pédagogique.

Pour chaque thème abordé, les auteurs commencent par :

  • Décrire la notion à l’aide de ce qu’en disent le Catéchisme de l’Église Catholique, le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église et la Bible.
  • Recenser les réalités constatées, avec en prime un résumé à la fin de chaque chapitre.
  • Tirer de ces réalités les enseignements à retenir.
  • Suggérer des applications possibles : « Que puis-je faire moi aujourd’hui ? »

Des références bibliographiques sont aussi proposées pour aller plus loin.

L’ouvrage expose de façon très compréhensible tous les principes de la Doctrine Sociale de l’Église (DSE), avec des citations de nombreux textes du magistère depuis le pape Léon XIII jusqu’à nos jours :

  • Nous sommes uniques, dignes et d’une valeur inaliénable.
  • Nous servons le bien commun.
  • Nous avons besoin les uns des autres et nous disposons de biens (communication mutuelle des biens).
  • Nous poursuivons des buts (principe de finalité).
  • Nous formons des sociétés, car nous avons besoin les uns des autres (principe de réalisme social).
  • Nous assumons des responsabilités (principe de subsidiarité).
  • Nous sommes guidés par nos intérêts, accorder intérêt et devoir (principe de gouvernement).

Ce guide passe ensuite en revue des valeurs fondamentales révélant l’homme à lui-même :

  • La liberté, conquête de l’intelligence et de la volonté.
  • L’autorité au service des libertés.
  • La dignité du travail.
  • Les aspects individuels et sociaux de la propriété.
  • La sollicitude pour les pauvres et les faibles.

Il ne s’agit pas de théories fumeuses ou de jus de cerveau, les deux auteurs témoignent dans leurs riches expériences que la DSE cela marche et porte de nombreux fruits dès lors qu’elle est mise en application.

Ce guide nous engage à passer à l’action et à combattre le démon : le démon du découragement, le démon de la défiance, le démon de la zizanie.

Il décortique très bien la spirale infernale pouvant paralyser notre agir à faire le bien :

Doute, soupçon è Crainte, peur è Repli sur soi

Ces manœuvres sont diaboliques car elles attaquent chacune des 3 vertus théologales :

  • La doute tue la foi.
  • La peur va à l’encontre de l’espérance chrétienne.
  • Le repli sur soi est la négation de la charité , de l’amour en actes.

L’ouvrage montre qu’instaurer une spirale positive et vertueuse est possible par la restauration de :

la confiance è courage è ouverture aux autres.

Ces conditions indispensables permettent ainsi de généraliser peu à peu une pratique du progrès permanent, un maillage d’initiatives bienveillantes.

Pour reprendre la célèbre méditation des deux étendards de saint Ignace, chaque homme créé libre doit se déterminer et choisir :

  • Soit ignorer Dieu et préférer le malin, mortel ennemi de notre nature humaine.
  • Soit se mettre au service de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Tous appelés à être des ministres du Christ Roi, Il faut donc que le Christ règne sur nos intelligences, nos volontés, nos cœurs. Alors seulement nous pourrons, là où nous sommes placés, avec nos modestes dons et talents reçus, travailler à l’extension du règne de Jésus-Christ pour le bonheur de tous car Jésus est la voie, la vérité, et la vie.

Achetez ce guide, son prix est très modique (25 € soit le prix de 2,5 paquets de cigarettes), c’est un excellent investissement pour un développement durable.

Lisez-le, comme le recommande vivement le cardinal Robert Sarah dans sa préface :

« Je souhaite que ce ouvrage soit lu aussi bien des prêtres que des fidèles, en particulier les plus jeunes, et qu’il ait la diffusion qu’il mérite dans les paroisses, les mouvements catholiques laïcs engagés dans la promotion humaine et chrétienne, et aussi sur les lieux de travail, en particulier au sein des syndicats professionnels et dans le cadre de la formation permanente des employés , des cadres et des chefs d’entreprise, de même que dans les lycées, facultés, grandes écoles et instituts d’enseignement professionnel. »

POUR LA LIBERTE DE LA MESSE TRADITIONNELLE HUITIEME MANIFESTATION PACIFIQUE DEVANT LA NONCIATURE APOSTOLIQUE EN FRANCE

Ce premier samedi de septembre, de 12h à 13h, plus de 75  manifestants battaient le pavé avenue du Président Wilson à Paris, devant la nonciature apostolique. Les propos du Pape, dans un entretien qu’il vient d’accorder à une radio espagnole et qui circule sur les réseaux sociaux, n’étaient pas fait pour les apaiser : la possibilité pastorale donnée par Summorum Pontificum, dit le Saint-Père au journaliste espagnol, « se transformait en idéologie » ! Les manifestants ont au contraire répété que leur attachement à la messe tridentine était un attachement de Foi. Leur « instinct de Foi » les pousse à défendre la liberté de vivre leur religion selon le mode immémorial qui a soutenu la Foi de leurs pères et qui a été reconnu par Benoît XVI. Où sont les idéologues, du côté de ceux qui veulent conserver une lexorandi millénaire, où du côté de ceux qui font du passé liturgique et dogmatique de l’Eglise de Rome table rase ?

 

Interview de rentrée de Jean de Tauriers

Quelle est l’ambiance pour cette rentrée de Notre-Dame de Chrétienté ?

Une ambiance particulière et studieuse en raison du motu proprio Traditionis Custodes du 16 juillet 2021. Après réflexion, ne représente-t-il pas exactement ce que pense le monde catholique progressiste, aujourd’hui à la tête de l’Eglise ? Les traditionalistes attachés à la messe tridentine sont durement sanctionnés mais ils avaient été épargnés de manière providentielle depuis le motu proprio Summorum Pontificum de 2007. L’Eglise a-t-elle, pendant ces temps de paix, condamné les erreurs doctrinales, liturgiques, pastorales commises ces dernières décennies ? L’enseignement magistériel de Jean-Paul II et Benoît XVI, largement utilisé dans les différents enseignements du pèlerinage de Chartres, a bien rectifié certains sujets mais peut-on dire que les « expériences » des années soixante ont été clairement condamnées par la plus haute autorité de l’Eglise ? Les catholiques s’indignent à juste titre de Traditionis Custodes mais la déclaration d’Abu Dhabi du 4 février 2019, où le Pape justifie la diversité des religions, n’est-elle pas encore plus inquiétante ?

Quelles conséquences aura ce motu proprio sur Notre-Dame de Chrétienté ?

Nous avons reçu de nombreux messages d’encouragement après ce motu proprio. Je remercie encore une fois tous nos amis, clercs et laïcs, de tous les bords de l’échiquier, pour tous ces soutiens que je vois comme les fruits de Summorum Pontificum.
Le pèlerinage de Chartres est né en 1983, a grandi très régulièrement avec les années pour atteindre des chiffres de participation extrêmement élevés en 2019. La période Covid a montré l’attachement au pèlerinage de milliers de familles qui ont su organiser des pèlerinages locaux. Le pèlerinage réunit ainsi aujourd’hui des catholiques dits traditionalistes pour la plus grande part, mais la croissance de ces dernières années vient des milieux « observants » selon la dénomination de Yann Raison du Cleuziou. Je ne crois pas que Traditionis Custodes arrêtera ce mouvement.
Cet été, dans une paroisse du sud de la France lors d’une messe en forme ordinaire concélébrée par un évêque et son curé à l’occasion d’une manifestation régionale réunissant beaucoup de monde, pas toujours catholique et pour certains, manifestement éloignés de la pratique religieuse. Aucun enseignement sur la Sainte Eucharistie, aucun avertissement, aucune précaution avant la communion où les fidèles ont tous été invités ! Devant de tels scandales, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de réaction traditionaliste au sein de l’Eglise ?
Quel intérêt de classer le monde traditionaliste en catégories d’ailleurs très contestables comme l’a fait récemment le mensuel La Nef ? Le problème est bien davantage de savoir ce qu’est la foi catholique. Un traditionaliste n’est rien d’autre qu’un catholique voulant rester fidèle à la foi de son baptême face au relativisme des temps présents.
Faire de tous ces sujets autour de la tradition à la suite de Traditionis Custodes une histoire de réception ou non des textes de Vatican II éloigne du sujet de fond qui est, je le répète, la foi. Laissons les théologiens commenter sans se lasser les textes et interprétations de Vatican II et son fameux esprit printanier. Nous sommes des catholiques de base, nous vivons en 2021 dans une Eglise que nous aimons et voulons servir. L’étude des différentes interprétations de Vatican II ne sont vraiment pas utiles à la vie spirituelle des pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté qui vivent dans le monde post-chrétien et post-conciliaire (églises vides, séminaires vides, ignorance religieuse des catholiques, société déchristianisée, cathophobie, scandales au sein de l’Eglise, lois contre nature).
Certes, il est vrai qu’un pèlerin de NDC devrait se renseigner, se cultiver, lire les textes du Concile et aussi beaucoup d’autres livres. Cela va de soi. Il serait bien aussi de faire un doctorat de théologie (avec thèse sur les bienfaits de Vatican II, évidemment) pour pouvoir en parler avec la science requise.
Mais il se trouve que notre pèlerin de NDC a charge de famille, quelques enfants, un travail, divers engagements associatifs (dont le pèlerinage de Chartres). Il est un peu occupé en fait et puis aussi légèrement inquiet. Quand notre pèlerin a trouvé pour sa famille une paroisse, de bons prêtres, un catéchisme solide, une école catholique, des troupes scouts, des activités spirituelles enrichissantes, le plus souvent : il est dans une paroisse traditionaliste (pas uniquement Dieu soit loué !) et pour tout ce dont il bénéficie, il remercie le Bon Dieu et les prêtres qui se dévouent. Le problème est que ce catholique de terrain vient d’apprendre avec Traditionis Custodes qu’il faisait partie d’une espèce en voie d’extermination et que cette entreprise était souhaitée et encouragée par le Pape François. Il est devenu très perplexe.

NDC a-t-elle des initiatives en préparation ?

Le pèlerinage 2022, bien sûr. Il faudra peut-être davantage craindre les foudres administratives anti-Covid que l’autoritarisme clérical !
Nous aurons rapidement à décider de la poursuite ou non des pèlerinages régionaux, immenses succès en 2021. Nos pèlerins doivent bien comprendre que l’association NDC engage sa responsabilité dans l’organisation de tels pèlerinages et doit donc rester vigilante.
L’édition 2022 sera particulière : notre quarantième anniversaire ! Les églises seront-elles ouvertes ou fermées aux pèlerins ? Nous verrons bien mais je reste optimiste. Les pèlerins seront là et s’adapteront aux contraintes Covid et vaticanes.
Le 8 octobre 2022, notez bien la date, NDC organisera un grand événement où tous nos amis seront invités, comme je vous l’avais annoncé le dernier dimanche de Pentecôte. Une grande personnalité de l’Eglise, fidèle ami du pèlerinage, sera avec nous à Dieu ne plaise.

Avez-vous une dernière demande particulière ?

Dans ces moments délicats nous devons faire un triple effort spirituel, intellectuel et de pédagogie. D’abord, spirituel car sans vie intérieure, nos actions perdent leur sens. Mais aussi intellectuel car même si nous manquons de temps, nous devons par l’effort de l’intelligence comprendre nos choix liturgiques, pastoraux, doctrinaux, qui forment un tout. Nous devons aussi savoir expliquer nos choix. Cet effort pédagogique est très exigeant et réclame beaucoup de qualités ; elles peuvent s’acquérir. Apprenons à faire aimer ce que nous croyons.

Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous,
Saint Joseph, protégez l’Eglise,
Notre-Dame de Chartres, protégez-nous.


Jean de Tauriers
Président NDC

jeudi 02 septembre 2021

Communiqué des Supérieurs généraux des communautés "Ecclesia Dei"

 

« La miséricorde de Dieu sur toute chair »
(Si 18, 13)

 

Les Instituts signataires veulent avant tout redire leur amour de l’Eglise et leur fidélité au Saint-Père. Cet amour filial se teinte aujourd’hui d’une grande souffrance. Nous nous sentons soupçonnés, mis en marge, bannis. Cependant, nous ne nous reconnaissons pas dans la description donnée par la Lettre d’accompagnement du motu proprio Traditioniscustodes du 16 juillet 2021.

 

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché… » (I Jn 1, 8)

Nous ne nous considérons aucunement comme la « vraie Église ». Au contraire, nous voyons en l’Eglise catholique notre Mère en qui nous trouvons le salut et la foi. Nous sommes loyalement soumis à la juridiction du Souverain Pontife et à celle des évêques diocésains, comme l’ont montré les bonnes relations dans les diocèses (et les fonctions de Conseiller presbytéral, Archiviste, Chancelier ou Official qui ont été confiées à nos membres) et le résultat des visites canoniques ou apostoliques des dernières années. Nous réaffirmons notre adhésion au magistère (y compris à celui de Vatican II et à ce qui suit) selon la doctrine catholique de l’assentiment qui lui est dû (cf. notamment Lumen Gentium, n° 25, et Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 891 et 892) comme le prouvent les nombreuses études et thèses de doctorat faites par plusieurs d’entre nous depuis 33 ans.

Des fautes ont-elles été commises ? Nous sommes prêts, comme l’est tout chrétien, 
à demander pardon si quelques excès de langage ou de la défiance vis-à-vis de l’autorité ontpu s’introduire chez tel ou tel de nos membres. Nous sommes prêts à nous convertir si l’esprit de parti ou l’orgueil a pollué nos cœurs.

 

« Accomplis tes vœux au Très-Haut » (Ps 49, 14)

Nous supplions que s’ouvre un dialogue humain, personnel, plein de confiance, loin des idéologies ou de la froideur des décrets administratifs. Nous voudrions pouvoir rencontrer une personne qui sera pour nous le visage de la Maternité de l’Eglise. Nous voudrions pouvoir lui raconter la souffrance, les drames, la tristesse de tant de fidèles laïcs du monde entier, mais aussi de prêtres, religieux, religieuses qui ont donné leur vie sur la parole des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI. 

On leur avait promis que « toutes les mesures seraient prises pour garantir l’identité de leurs Instituts dans la pleine communion de l’Église catholique [1] ». Les premiers Instituts ont accepté avec gratitude la reconnaissance canonique offerte par le Saint-Siège dans le plein attachement aux pédagogies traditionnelles de la foi, notamment dans le domaine liturgique 
(sur la base du Protocole d’accord du 5 mai 1988 entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre). Cet engagement solennel a été exprimé dans le Motu Proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988 ; puis de façon diversifiée pour chaque Institut, dans leurs décrets d’érection et dans leurs constitutions approuvées définitivement. Les religieux, religieuses et prêtres engagés dans nos Instituts ont prononcé des vœux ou émis des engagements selon cette spécification. 

C’est de cette manière que, confiants dans la parole du Souverain Pontife, ils ont donné leur vie au Christ pour servir l’Eglise. Ces prêtres, religieux et religieuses ont servi l’Église avec dévouement et abnégation. Peut-on aujourd’hui les priver de ce sur quoi ils se sont engagés ? Peut-on les priver de ce que l’Eglise leur avait promis par la bouche des Papes ?

 

« Sois patient envers moi ! » (Mt 18, 29)

Le pape François « invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église » (Amoris Laetitia, n° 312). Nous sommes désireux de confier les drames que nous vivons à un cœur de père. Nous avons besoin d’écoute et de bienveillance et non de condamnation sans dialogue préalable. 
Le jugement sévère crée un sentiment d’injustice et produit les rancœurs. La patience adoucit les cœurs. Nous avons besoin de temps.

On entend parler aujourd’hui de visites apostoliques disciplinaires pour nos Instituts. Nous demandons des rencontres fraternelles où nous puissions expliquer qui nous sommes et les raisons de notre attachement à certaines formes liturgiques. Nous désirons avant tout un dialogue vraiment humain et miséricordieux : « Sois patient envers moi ! »

 

« Circumdata varietate » (Ps 44, 10)

Le 13 août dernier, le Saint-Père affirmait qu'en matière liturgique, « l'unité n'est pas l'uniformité mais l'harmonie multiforme que crée l'Esprit-Saint [2] ». Nous sommes désireux d'apporter notre modeste contribution à cette unité harmonieuse et diverse, conscients que comme l’enseigne Sacrosanctum Concilium « la liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise et en même temps la source d’où découle toute sa vertu » (SC, n° 10).

 

Avec confiance, nous nous tournons tout d’abord vers les évêques de France afin qu’un vrai dialogue soit ouvert et que soit désigné un médiateur qui soit pour nous le visage humain de ce dialogue. « Il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations… Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde imméritée, inconditionnelle et gratuite » (Amoris Laetitia, n° 296-297).

 

Fait à Courtalain (France), le 31 août 2021

 

M. l’abbé Andrzej Komorowski, Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre

Mgr Gilles Wach, Prieur Général de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

M. l’abbé Luis Gabriel Barrero Zabaleta, Supérieur Général de l’Institut du Bon Pasteur

Père Louis-Marie de Blignières, Supérieur Général de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

M. l’abbé Gerald Goesche, Prévot Général de l’Institut Saint-Philippe-Néri

Père Antonius Maria Mamsery, Supérieur Général des Missionnaires de la Sainte-Croix

Dom Louis-Marie de Geyer d’Orth, abbé de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

Père Emmanuel-Marie Le Fébure du Bus, abbé des Chanoines de Lagrasse

Dom Marc Guillot, abbé de l’abbaye Sainte-Marie de la Garde

Mère Placide Devillers, abbesse de l’abbaye Notre-Dame de l’Annonciation du Barroux

Mère Faustine Bouchard, Prieure des Chanoinesses d’Azille

Mère Madeleine-Marie, Supérieure des Adoratrices du Cœur Royal de Jésus Souverain Prêtre

 

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[1] Note d’information du 16 juin 1988, in Documentation Catholique, n° 1966, p. 739.

[2] Videomensaje del Santo Padre Francisco a los participantes en el congreso virtual continental de la vida religiosa, convocado por la CLAR, 13-15 août 2021.