jeudi 08 avril 2021

Chartres 2021 : les inscriptions sont ouvertes!

Chers amis,

Après les mesures gouvernementales sur le nouveau confinement, nous adaptons les modalités que nous avions retenues pour notre prochain pèlerinage de chrétienté des 22, 23 et 24 mai 2021.

Les régions Ile de France et Centre qui devaient pèleriner de Paris à Chartres sont désormais invitées à s’inscrire aux initiatives locales de leurs régions organisées par les Chefs de chapitres.

Les inscriptions sont ouvertes ce vendredi 9 avril, les tarifs maintenus à 9 euros pour recevoir le livret du pèlerin. Nous vous remercions de vous inscrire aussi nombreux que possible.

A la fin du confinement (fin avril) nous verrons avec les autorités si des pèlerins peuvent marcher de Paris à Chartres et, si oui, combien. Vous serez informés des décisions prises dès que possible.
Ces dispositions tardives s’expliquent évidemment par la complexité de la situation actuelle.

Restez bien en relation avec Notre-Dame de Chrétienté par le site www.nd-chretiente.com, par téléphone (01 39 07 27 00) ou avec votre hiérarchie régionale.

Et, surtout, aidez-nous par vos prières et vos inscriptions pour que "chrétienté continue" !

Notre-Dame de Chartres, priez pour nous,
Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous.


Notre-Dame de Chrétienté

mercredi 07 avril 2021

La Semaine AQUINAS - 7 jours pour quitter la confusion des idées

Pourquoi la Semaine AQUINAS ?

Chacun d’entre nous est confronté en permanence à un virus pire que le Covid : la confusion des idées. À tout moment, à tous niveaux, dans tous les esprits… Toutes les distinctions structurantes de la pensée – homme et femme, vie et mort, bien et mal, homme et animal, nature et liberté, nature et grâce, personne et société, etc… longue est la liste ! – sont aujourd’hui remises en question. Face à ce naufrage de la pensée humaine, la Semaine AQUINAS propose 7 jours de formation pour sortir de la confusion des idées et entrer dans une compréhension profonde du réel.

 

Et concrètement ?

La Semaine AQUINAS est une Université d’été qui offre aux étudiants et jeunes pros (jeunes gens et jeunes filles de 18 à 35 ans) une réponse doctrinale aux grandes questions qui agitent les esprits à la lumière de la sagesse chrétienne transmise par saint Thomas d’Aquin.

AQUINAS, c’est une semaine de formation riche (histoire des idées, philosophie, théologie), solide et abordable pour sortir de la léthargie intellectuelle. C’est aussi une semaine de rencontres entre intervenants et participants, tous animés par une même exigence de vérité, pour prendre le temps de poser les problèmes, de les étudier et de les résoudre. C’est enfin une semaine de vacances studieuses et détendues, dans le cadre idéal d’un cloître normand, avec la messe quotidienne (forme extraordinaire, rite dominicain), rassemblant des jeunes gens et jeunes filles venus de toute la France.

 

Pouvez-vous en dire un peu plus sur le contenu ?

Le thème de l'édition 2021 sera la "nature" (dans tous ses sens). L'objectif est de répondre à l'idéologie du gender et d'affronter les enjeux liés au transhumanisme. Le programme est composé de conférences pour apprendre, de tables rondes pour débattre, de témoignages d’acteurs de “terrain” pour vérifier cette réflexion toute simple : Les idées mènent les hommes. Les idées folles mènent à la ruine, les idées vraies mènent à la lumière. Les conférences seront données par des pères de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier et des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre. Entre autres intervenants, nous serons heureux d’accueillir Emmanuel Brochier, doyen de l’Institut de Philosophie Comparée (IPC) et maître de conférences.

 

Que diriez-vous à un jeune qui réfléchit à s’inscrire ?

Je lui dirais ceci en me mettant à sa place : « Si je ne viens pas à Aquinas, je stagne au niveau zéro du marécage intellectuel qui me sert de culture personnelle, je reste solitaire dans mon trou à me morfondre sur les malheurs des temps, sans comprendre ni les causes ni les effets des modes intellectuelles qui agitent le monde… Mais si je viens à Aquinas, je sors de la confusion des idées, je construis un réseau d'échange et d'amitié autour d’un socle d’idées et de valeurs communes pour comprendre le réel. »

En résumé : Sors de ton confinement intellectuel. Viens à AQUINAS pour quitter la confusion des idées. Inscris-toi maintenant !

+++

La Semaine AQUINAS est organisée par la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier avec le concours de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

·      du 25 juillet au 1er août 2021

·      à l’Institut Croix-des-Vents à Sées (Normandie)

·      125 €/personne tout compris

 Inscription en ligne

jeudi 25 mars 2021

Recollection des chefs de chapitre d'Ile de France

Cette année, c’est au Bon Conseil dans le 7e arrondissement de Paris que se sont retrouvés les chefs de chapitre d’Ile de France le 7 mars. Les buts de cette journée sont multiples : profiter de ce temps de carême pour faire une récollection, tisser des liens entre les différents chefs de chapitre et bien sur en savoir davantage sur l’édition du pèlerinage de Chartres 2021 tout en préparant les méditations du prochain pelerinage.

La journée débute par la messe célébrée par l'abbé de Massia en présence de plus de soixante-dix de chefs de chapitre. Le thème du pèlerinage ne saurait cependant nous faire oublier le saint à qui notre année est confiée : c’est donc sur Saint Joseph que prêche le célébrant.

La matinée se poursuit par un rapide moment de convivialité autour d’un petit déjeuner, première occasion de se retrouver après une longue pause. Chacun échange sur la tournure que prit son pèlerinage l’année précédente malgré ces temps d’épidémie.

Avant d’entendre les topos spirituels, le responsable IDF vient nous donner un grand message d’espérance, tentant de rassurer ceux qui doutent encore de l’existence de notre pèlerinage cette année. Le reste de la journée sera consacré à l’approfondissement du thème de notre marche : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », grâce aux abbés Damaggio, de Massia, Garnier et au père Chalufour. C’est pour nous l’occasion de saisir davantage notre devoir de connaitre Dieu et de proclamer la Vérité. Pour cela, nous sont rappelés les moyens qui nous sont donnés pour nous unir à Lui en particulier la Messe et les sacrements, grâce à l’Eglise qui est la médiation entre Dieu et les hommes. Et c’est de cela que vit notre âme pour avancer vers le ciel, dans une union toujours plus intime avec Dieu.

Nous avons également l’honneur d’avoir une intervention de Jean de Tauriers, président de l’association et Louis de Lestang, directeur de pèlerins et de rappeler toutes les actions proposées par Notre Dame de Chrétienté et de rentrer davantage dans le détail de l’organisation du pèlerinage à venir…qui aura bien lieu !

Cette journée conviviale s’achève par le salut du saint sacrement, où nous pouvons d’ores et déjà confier nos chapitres et notre marche. Nous repartons sanctifiés, rassurés, et plein d’espérance !

Un chef de chapitre

mercredi 17 mars 2021

Adieu « Humanae vitae ». Son fossoyeur arrive ( tiré de Diakonos.be)

(s.m.) Je reçois et je publie.  L’auteur de la note, Thibaud Collin, est professeur de philosophie au Collège Stanislas de Paris et a publié des essais importants sur les théories du « gender », le mariage homosexuel et la laïcité politique.  Son dernier livre, datant de 2018, s’intitule : « Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ? ».

Le point de départ de sa réflexion, c’est la récente nomination de Philippe Bordeyne, 61 ans, théologien moraliste, recteur de l’Institut catholique de Paris, comme président de l’Institut théologique pontifical « Jean-Paul II » pour les Sciences du mariage et de la famille, en remplacement de PierAngelo Sequeri.

Il entrera en fonction en septembre.  Et cela marquera une volte-face radicale de l’Institut qui porter le nom de Jean-Paul II, mais qui est toujours plus éloigné de l’enseignement du pape qui l’a fondé et de son prédécesseur Paul VI.

Le tremblement de terre qui a chamboulé l’Institut en 2018 est l’œuvre de son Grand Chancelier, l’archevêque Vincenzo Paglia, sur mandat du Pape François, visiblement au grand dam du pape émérite Benoît XVI.

Mais le président Sequeri était resté en place – un théologien d’une valeur reconnue et non suspect de conservatisme – pour porter courageusement la flamme d’une interprétation de l’encyclique « Humanae vitae » de Paul VI fidèle à son sens originel :

> Surprise. Un des hommes de François défend “Humanae vitae”

Mais aujourd’hui, ce dernier garde-fou vient de tomber.  Bordeyne se bat depuis des années pour le dépassement de cette encyclique et une nouvelle approche de la théologie de la famille qui, pour lui – et selon lui, pour le Pape François également – « ne s’arrête pas au triangle petit-bourgeois d’un père, un mère et des enfants », mais qui « est le lieu où chaque individu grandit comme une personne en relation », et donc « mépriser les famille différentes, ce serait aussi mépriser ce travail de socialisation » (interview à « La Croix », 8 avril 2016).

La parole au professeur Collin.

Mais alors qu’on l’appelle Institut « Amoris Laetitia »

par Thibaud Collin

La nomination annoncée de Mgr Philippe Bordeyne, actuel recteur de l’Institut Catholique de Paris, au poste de président de l’Institut Jean-Paul II est la dernière étape de la refondation opérée par Mgr Paglia et par le Pape François de cette institution explicitement voulue par saint Jean-Paul II et fondée par Carlo Caffarra. Cela confirme que cette refondation est bien une révolution.

La riche réflexion du pape polonais sur le corps sexué, le mariage et la famille peut être perçue comme une réponse au fiasco de la réception de l’encyclique de saint Paul VI “Humanae vitae”. Non que ce texte porte sur l’intégralité de ces sujets, loin s’en faut, mais il peut être considéré comme la pierre de touche de toute la doctrine de l’Église sur la sexualité et le mariage. La mentalité contraceptive à laquelle s’oppose l’encyclique est en effet objectivement la condition de possibilité de la légitimation sociale de l’avortement, des technologies de la procréation et de toutes les revendications LGBTQ.

Or la refondation de l’Institut Jean-Paul II entreprise depuis quelques années par Mgr Paglia, passant par le limogeage d’une bonne partie de ses professeurs et la nomination de théologiens comme Maurizio Chiodi  et Gilfredo Marengo, ne prend clairement plus “Humanae vitae” comme pierre de touche. Ce texte est désormais vu comme trop « abstrait » et « théorique » ; le statut qu’il lui est accordé en fait un idéal, quand bien même on le qualifierait de « prophétique »… autant dire un bibelot que l’on pose sur la cheminée pour la décoration et auquel on ne touche plus.  La nomination de Philippe Bordeyne confirme ce changement de paradigme. Qu’on en juge sur pièces. Voici ce que Mgr Bordeyne dit dans un texte écrit à l’occasion des synodes de la famille de 2014 et 2015 :

« L’encyclique ‘Humanae vitae’ enseigne que les méthodes naturelles de maîtrise de la fécondité sont seules licites. Il faut toutefois reconnaître que la distance entre la pratique des fidèles et l’enseignement magistériel s’est creusée. Est-ce pure surdité aux appels de l’Esprit ou le fruit d’un travail de discernement et de responsabilité chez les couples chrétiens soumis à la pression de nouveaux modes de vie ? Les sciences humaines et l’expérience des couples nous enseignent que les rapports entre désir et plaisir sont complexes, éminemment personnels et donc variables selon les couples, et qu’ils évoluent dans le temps au sein du couple. Devant le devoir moral impérieux de lutter contre les tentations de l’avortement, du divorce et du manque de générosité face à la procréation, il serait raisonnable de renvoyer le discernement sur les méthodes de régulation des naissances à la sagesse des couples, en mettant l’accent sur l’éducation morale et spirituelle permettant de lutter plus efficacement contre les tentations dans un environnement souvent hostile à l’anthropologie chrétienne. »

« Dans cette perspective, l’Église pourrait admettre une pluralité de chemins pour répondre à l’appel général à maintenir l’ouverture de la sexualité à la transcendance et au don de la vie.  (…) La voie des méthodes naturelles impliquant la continence et la chasteté pourrait être recommandée comme un conseil évangélique, pratiquée par des couples chrétiens ou non, requérant la maîtrise de soi dans l’abstinence périodique. L’autre voie, dont la licéité morale pourrait être admise et le choix confié à la sagesse des époux, consisterait à user des méthodes contraceptives non abortives. S’ils décident d’introduire cette médecine-là dans l’intimité de leur vie sexuelle, les époux seraient conviés à redoubler d’amour mutuel. Celui-ci est seul à pouvoir humaniser l’usage de la technique, au service d’une écologie humaine de l’engendrement ». (“Synode sur la vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et monde contemporain 26 théologiens répondent”, Bayard, 2015, p. 197-198). »

Ce texte est un condensé de ce que nombre de théologiens et d’épiscopats ont dit à propos de la norme éthique rappelée par saint Paul VI et fondée par saint Jean-Paul II anthropologiquement dans les catéchèses sur la « théologie du corps » et moralement dans « Veritatis splendor ».

Désormais la boucle est bouclée : l’esprit ecclésial des années ’70 a fini par gagner Rome ! Mais pourquoi la « distance » s’est-elle « creusée » si ce n’est parce que la plupart des pasteurs n’ayant pas pris à bras le corps cette bonne nouvelle sur la régulation des naissances identifiée à un fardeau insupportable ne l’ont jamais vraiment transmise à ceux qui leur étaient confiés ? Dès lors, pourquoi parler de « surdité » aux appels de l’Esprit comme si effectivement la voix de Celui-ci avait rejoint les oreilles des fidèles ?

La réalité est que la plupart de ceux-ci n’ont eu vent de la doctrine de l’Église sur ce sujet que par les media mainstream. Le travail de transmission n’ayant pas été fait, il n’est pas étonnant que l’appropriation n’ait pas eu lieu.

On a donc beau jeu de dire que ce texte n’ayant pas été reçu, il serait peut-être nécessaire de le passer au tamis des sciences humaines et de la « sagesse » des couples. Raisonnement circulaire qui permet de le liquider discrètement. Faire de la régulation naturelle des naissances l’objet d’une option révèle que le sacrement de mariage n’est plus perçu comme orienté vers la sainteté à laquelle tous les baptisés sont appelés.

Comment ne pas voir que ces affirmations relativisent gravement l’enseignement magistériel et induit en erreur les couples de bonne volonté qui ne voient dès lors cette norme éthique non pas comme une voie de bonheur mais comme un idéal quasi inhumain ? La doctrine de « Humanae vitae » exige bien sûr d’être incarnée dans une pastorale et une « éducation morale et spirituelle » mais celle-ci n’a pas à être mesurée par les sciences humaines, par nature incapables de saisir la vérité du langage des corps. La finalité de l’éducation est la subjectivation adéquate, c’est-à-dire la réalisation libre du vrai bien humain.

Les pasteurs et les laïcs engagés dans la pastorale du mariage doivent donc travailler à rendre aimable le bien à réaliser dans les actes libres, actes par lesquels les époux signifient dans le langage du corps la vérité de leur amour conjugal. Affirmer qu’il faudrait laisser à la conscience des couples le choix de la méthode de régulation révèle que la norme éthique est vue de manière extérieure et non pas comme engageant la personne dans son entièreté, bref de manière déjà technique : un peu comme si je me demandais : « Je dois aller à tel endroit ; vais-je prendre le vélo ou la voiture ? » D’où l’expression ô combien révélatrice « d’humanisation de la technique par l’amour » ! Alors que justement l’introduction de la technique vient brouiller le don de soi en faisant de l’union des corps une sorte de mensonge puisqu’il ne signifie plus objectivement la communion des époux. Le sommet de la confusion est atteint quand on indique que cette humanisation de la technique doit être mise au service de l’écologie humaine !

Seule la vertu de chasteté, intrinsèquement liée au bien de la communion conjugale et source de la continence temporaire mais ne s’y réduisant pas, peut sauvegarder, dans l’unité de la personne corps et âme, la vérité de l’amour. Seule la chasteté hisse la vie sexuelle des époux à la hauteur de la valeur de la personne et évite de réduire celle-ci à ses seules valeurs sexuelles. Dans le champ de l’amour, la technique ne peut et ne pourra jamais remplacer la vertu.

Il est enfin étonnant de penser la contraception comme une sorte de rempart à l’avortement ; toutes les études montrent au contraire que le progrès de la mentalité contraceptive encourage de facto l’avortement, sans compter qu’aujourd’hui nombre de pilules sont aussi abortives.

Bref, la nomination de cette figure managériale qu’est Philippe Bordeyne confirme que l’Institut Jean-Paul II, en pleine hémorragie d’étudiants, devrait par honnêteté intellectuelle changer de nom. On pourrait l’appeler, par exemple, l’Institut « Amoris laetitia ».

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Pour être averti de la sortie de chaque nouvel article, cliquez ici pour vous inscrire à la Newsletter de Settimo Cielo.

Lundi 15 mars 2021

Homélie pour le Dimanche de Laetare

http://www.nd-chretiente.com/dotclear/public/.France_Eure_et_Loir_Chartres_Cathedrale_nuit_02_s.jpg

Sermon pour le 4ème dimanche de carême 2021

 

Mes frères,

Nous sommes encore, je le reconnais, bien loin de la Pentecôte, mais en ce dimanche joyeux de Laetare c’est du pèlerinage de Chartres dont je voudrais vous parler un instant ce matin. Hélas, l’année dernière ce pèlerinage, en raison de l’épidémie, n’avait pas eu tout le faste des années précédentes… et nous sommes à vrai dire pour cette année encore dans l’incertitude…

Mais une chose demeure pourtant certaine : ce pèlerinage est un moment important pour notre vie personnelle et pour la vie de l’Eglise. Pour beaucoup(et j’en suis d’ailleurs), il a été l’occasion de découvrir le monde de la tradition avec la beauté de ses rites, la solidité de sa doctrine ainsi que cet enthousiasmeconquérant des marcheurs et du clergé, lesquels sont des signes d’espérance et de renouveau. 

Alors pourquoi vous parler du pèlerinage de Chartres en ce jour ? Toutsimplement parce qu’il y a selon moi un lien assez clair entre la liturgie de ce dimanche et un moment particulier du pèlerinage que vous connaissez certainement, et qui est celui de l’arrivé au bivouac de Gas, le dimanche soir. 

Depuis la veille, depuis cette fraiche matinée passée en partie à traverser Paris, vous avez marché, chanté et prié ; d’abord avec joie et entrain et puis, en fin de journée, à force d’avoir enchaîné les kilomètres sous un soleil de plomb ou sous une pluie battante, vous avez commencé à sentir la fatigue et pour certains même l’usure. Le lendemain matin, à une heure où tous les coqs de toutes les fermes de France dorment encore, vous avez entendu retentir le Gloria de Vivaldi à travers les immenses enceintes de la sono, et vous avez entendu aussi cette voix anonyme -heureusement pour elle !-, prononçant gravement la phrase rituelle qui lance la journée, cette phrase que nous redoutons tous du fond de nos duvets : « Amis pèlerins, bonjour ! Il est cinq heures ; Je vois encore des tentes debout ! ».

Durant la journée du dimanche, vous avez marché avec courage, toujours en lutte contre les éléments, et tandis que les chapelets s’égrenaient et que votre pauvre corps accumulait les courbatures et les ampoules, vous avez eu degrandes joies spirituelles certes, mais aussi des déceptions et des déconvenues, surtout si vous avez cru naïvement les indications du service d’ordre : « La prochaine halte ? A peine à 200m, juste au bout du chemin ! ». 10 km plus tard,vous êtes enfin arrivés au bivouac de Gas, et vous avez ressenti une impression étrange, impression qui s’apparente peut-être, en tout cas je l’espère, à celle du dimanche de Laetare, ce dimanche en rose qui marque une halte bienfaisante dans notre carême.

Et d’abord, c’est cette ambiance de joie, la joie des retrouvailles après l’effort ; parfois même il vous arrive de rencontrer des personnes que vous n’avez pas vues depuis des années, et qui sont à peu près dans le même état que vous. 

Tout ce petit monde boîte, sourit et chante dans cette grande crevasse beauceronne qui se remplit peu à peu de pèlerins fourbus, le visage buriné par le soleil, et qui peuvent enfin se reposer et savourer une boîte de conserve et un sandwich écrasé lesquels, en cette soirée unique, sont  attendus comme un menu de chef étoilé…

Mais cette joie a aussi une autre dimension : en cette journée du dimanche, nous avons suivi la belle Messe de la Pentecôte, qui nous a rappelé la naissance de l’Eglise à laquelle nous sommes fiers d’appartenir. Et en fin d’après-midi, alors que nous étions tentés par le découragement face à la fatigue, nous avons entrevu furtivement les clochers de la cathédrale de Chartres au milieu des champs de blé, et nous avons alors douloureusement ployé le genou en chantant un Salve Regina. 

Le soir venu, dans le bivouac, notre joie est devenue plus apaisée et plus profonde : dans le silence de la nuit, nous avons adoré Jésus dans l’ostensoir, entouré de bougies et de bannières, alors que quelques ombres furtives sontenfin allées, après deux jours de lutte contre le diable, demander discrètement le pardon du Seigneur, afin d’être enfin purifiées de leurs fautes.

Certes, mes chers amis, toutes ces joies ne sont pas des joies définitives : Le bivouac de Gas n’est pas la cathédrale de Chartres, cette cathédrale qui nous accueillera le lendemain avec ses cloches retentissantes et ses merveilles de pierre et de verre. Et par conséquent le lundi matin, il faudra courageusement reprendre la route, après avoir à nouveau entendu le Gloria de Vivaldi à cinq heures ainsi que la voix du Stentor criant : « Amis pèlerins, Bonjour ! », puisque notre inconnu -on se sait trop comment !- a miraculeusement échappé au lynchage la veille…

Et pourtant, mes frères, c’est cette joie de l’étape qui va nous donner toute l’aide et toute la motivation nécessaires pour parvenir jusqu’au terme de notre route. Elle aura été, si je puis dire, le prélude de la joie totale au moment de l’arrivée.

Le dimanche de Laetare, c’est exactement cela ! Ce n’est pas la joie du but : l’alléluia n’est pas revenu dans notre liturgie, et la couleur blanche des ornements n’est pas encore à l’ordre du jour. Toutefois, c’est une joie bien réelle que l’Eglise nous offre à travers sa liturgie : les fleurs, en effet, sont réapparues sur l’autel, l’orgue peut à nouveau se faire entendre, et le violet s’est transformé en rose. 

Par ailleurs, notre joie repose aussi sur cette certitude que nous sommes lesenfants de Dieu, des enfants non pas élevés dans la crainte, comme autrefois le peuple d’Israël, mais élevés dans l’amour et par conséquent dans la liberté. Saint Paul vient d’avoir des mots merveilleux à ce sujet dans l’épitre qui vient d’être lue.

Tout cela, évidemment, nous annonce la joie et la libération de pâques, tout comme le bivouac de Gas nous donne un avant-goût de l’arrivée à Chartres le lendemain... mais n’oublions pas que Chartres est à la fois un but mais aussi une étape, de la même manière que la fête de Pâques est aussi chaque année un but et une étape. Le but ultime, nous le savons, c’est le ciel.

Aussi, mes chers amis, profitons bien de cette halte joyeuse et pleine de ferveur du dimanche de Laetare, mais surtout gardons bien à l’esprit qu’une halte sert à se reposer mais aussi à faire le point. Et tout d’abord, posons-nous cesquestions : où en suis-je dans mon carême ? Depuis le mercredi des Cendres, ai-je vraiment entrepris une réforme de ma vie chrétienne ? Ma prière est-elle plus fervente ? Mes défauts sont-ils combattus? Mes sacrifices sont-ils de vrais sacrifices ? 

Par ailleurs mes frères, vous avez remarqué que ce dimanche de joie est aussi un dimanche eucharistique, tant il est vrai que le trésor de l’eucharistie est, lui aussi, une joie temporaire qui prépare la joie définitive du ciel : certes, le jeudi saint, nous commémorerons l’institution de ce sacrement admirable, mais déjà en ce jour, nous le contemplons par anticipation avec le miracle de la multiplication des pains. Cette multiplication des pains, en effet, nous enseigne ce qu’est vraiment l’eucharistie : elle nous montre que ce sacrement est la manifestation la plus haute de la surabondance, du non-calcul et de la démesure de Dieu envers nous.

Aussi, mes chers amis, de la même façon que le bivouac de Gas, au pèlerinage de Chartres, est l’occasion de retrouver des forces, pensons aussi à l’importance du sacrement de l’eucharistie, cette nourriture céleste qui nous fortifie et qui nous aide à avancer au cours de notre pèlerinage sur la terre. 

Et surtout n’oublions pas que si l’Eucharistie est le ciment de notre vie chrétienne, elle est aussi le ciment de l’Eglise, cette Eglise catholique qui est préfigurée en particulier par la ville de Jérusalem. D’ailleurs, avez-vous remarqué à quel point Jérusalem est présente dans la liturgie de ce dimanche ? Jetez un œil sur votre missel : « Réjouis-toi, Jérusalem » ; « Il ne sera jamais ébranlé, celui qui habite dans Jérusalem » ; et surtout, dans l’antienne de Communion : « Jérusalem, qui est construite comme une cité, dont toutes les parties se tiennent ensemble ».  

Ainsi mes chers amis, c’est bien tout un peuple que Moïse conduit vers la terre promise ; c’est toute une foule que Jésus nourrit sur la montagne ; c’est toute une colonne de milliers de marcheurs qui s’avance chaque année dans la plaine de Beauce vers les flèches de Notre-Dame de Chartres. N’oublions jamais, mes frères, que le moindre de nos péchés nous abime mais qu’il abime aussi l’Eglise tout entière ; mais soyons bien certains que le moindre effort ou le moindre sacrifice nous grandit et donne à notre Eglise un surcroît de splendeur. Amen.

 

Abbé Philippe Jouachim, FSSP, Chapelain de l'Immaculée Conception à Versailles

Dimanche 14 mars 2021

Pèlerinage de Pentecôte 2021

Chers pèlerins,

Après de nombreuses discussions avec les autorités ces dernières semaines, Notre-Dame de Chrétienté a décidé de démultiplier le pèlerinage de chrétienté les 22, 23 et 24 mai 2021 prochains :

  • de Paris à Chartres pour les chapitres d’Ile-de-France et de la région Centre,
  • par des pèlerinages locaux pour les chapitres des autres régions.

Ce choix est guidé par le souci de maintenir ces trois jours de chrétienté bénéfiques en grâces en s’adaptant à la situation sanitaire de cette année.

Dans cette période difficile, nous sommes confiants dans votre enthousiasme à être des pèlerins actifs témoignant que l’unique Espérance repose dans Celui qui a dit « Je suis la Voie, la Vérité, la Vie ». Le pire serait cette année que la bannière de votre chapitre ne soit pas déployée, nous vous demandons donc, chers pèlerins, dans l’esprit de Tradition, de Chrétienté et de Mission qui nous unit de bien vouloir respecter scrupuleusement nos consignes.

Les chapitres Adultes, Pastoureaux, Enfants, Familles de l’Ile-de-France et du Centre pourront s’inscrire dans les conditions habituelles. La date d’inscription dépendra des instructions gouvernementales. Nous vous remercions de consulter notre site régulièrement où toutes ces informations seront données. Nous retiendrons les premiers inscrits dans un souci d’équité et selon les quotas qui nous seront alors fixés.

Tous les chapitres des autres régions de Province et des pays étrangers sont vivement invités à organiser des pèlerinages locaux comme l’an passé et bien évidemment dans le respect des règlementations en vigueur. Les pèlerins peuvent dès maintenant prendre contact avec l’association ou le responsable régional de Notre-Dame de Chrétienté. Chaque région aura à cœur de s’unir aux prières des pèlerins de Chartres par différentes activités spirituelles et pèlerinages. Nous demandons aux pèlerins des chapitres des régions de l’étranger et de Province (excepté ceux de la région Centre) qui souhaitent participer à ces différentes activités de s’inscrire en grand nombre comme l’année passée sur le site afin de recevoir livret du pèlerin et bracelet.

Les Anges gardiens, nos pèlerins non marcheurs de France et du monde entier, complèteront cette chaîne spirituelle. L’inscription se fera également dans des conditions habituelles sur le site de Notre-Dame de Chrétienté.

En vous remerciant de vos prières pour que le trente-neuvième pèlerinage de chrétienté puisse avoir lieu dans ces conditions, je vous remercie infiniment de votre compréhension, votre fidélité et votre engagement.

Notre-Dame de Paris, priez pour nous
Notre-Dame de Chartres, priez pour nous
Saint Joseph, protégez-nous
Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous


Jean de Tauriers
Président

jeudi 21 janvier 2021

Un remake de Good bye Lenin !

Chers pèlerins,

La lecture de la synthèse de la Consultation sur l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum (Lettre 780 publiée le 18 janvier 2021 par Paix Liturgique) est intéressante, un peu irritante parfois, en réalité guère étonnante, certainement rajeunissante. J’ai eu l’impression de vivre un remake de « Good bye Lenin » !

Qui a bien pu rédiger un tel document ? Comment la Conférence des Evêques de France peut-elle sortir un document éloigné des éléments convenus de langage comme de la plus élémentaire charité ?

Le texte en lui-même n’a rien de surprenant quand on fréquente certains milieux épiscopaux français. Il représente le canal historique des réformes progressistes, des grandes expériences pastorales, liturgiques et tutti quanti des années soixante. Ces réformes mal inspirées et mal conduites ont suscité en France une puissante réaction traditionnelle qui a créé, entre autres, Notre-Dame de Chrétienté. Benoît XVI avait voulu apaiser les esprits par un acte de réconciliation (le motu proprio Summorum Pontificum de 2007). La lecture de cette synthèse de la CEF montre bien que le motu proprio n’aura finalement jamais été ni accepté ni compris de nombreux diocèses.

Mais est-ce si simple ? Je ne le crois pas et c’est ce que je voudrais vous dire, chers pèlerins, qui êtes perplexes, voire écoeurés devant ces calomnies.

Nous croisons beaucoup de prêtres et séminaristes dans nos pèlerinages qui ne viennent pas tous, loin de là, des milieux dits « Eccesia Dei ». N’oublions pas nos conversations de pèlerinages avec tous ces prêtres, séminaristes et parfois des évêques. L’amitié catholique qui nous unit est bien plus importante que les ragots de la synthèse. Cette amitié est le fruit du motu proprio de Benoît XVI. Quand il était le cardinal Ratzinger, il nous avait assuré que nous avions toute notre place dans l’Eglise, comme nous étions, c’est-à-dire intégralement.

Chers amis pèlerins de Notre-Dame de chrétienté, je comprends votre ressentiment devant ces mauvais traitements. Vous êtes engagés sur vos lieux de travail, dans les écoles, les mouvements pro-vie, la défense de la famille, l’évangélisation, ... Vous vous battez tous les jours pour que vos enfants reçoivent un catéchisme catholique, des sacrements catholiques dans un monde athée et anti-catholique. Vous avez bien raison de soutenir les prêtres de communautés qui donnent leurs vies pour vos âmes. Ne nous laissons ni décourager, ni diviser. Cette synthèse de la CEF ne montre aucune compréhension pour la difficulté de la vie chrétienne dans un « monde qui a cessé d’être chrétien ». Ce monde anti-catholique, chers amis, vous l’avez reçu en héritage et ceux qui vous critiquent aujourd’hui et vous font des procès, sont ceux qui ont assisté au premier rang à l’effondrement de l’Eglise catholique en France !

Les dernières familles catholiques françaises « observantes » n’ont que faire de ces haines recuites, de ces rancoeurs racornies. Elles réclament simplement la charité élémentaire du catholique envers son prochain et pour le salut de nos âmes, la possibilité de faire l’expérience de la tradition.

Notre-Dame de Paris, priez pour nous,
Notre-Dame de Chartres, priez pour nous,
Sainte Jeanne d’Arc, sauvez la France,
Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous.

Jean de Tauriers
Président de Notre-Dame de Chrétienté

vendredi 15 janvier 2021

Notre-Dame de Chrétienté a besoin de vos prières

Chers amis pèlerins,

Bonne et sainte année 2021 à vous tous, à vos familles et vos proches.

Je n’oublie pas Notre-Dame de Chrétienté dans ces vœux en souhaitant de beaux pèlerinages et de nombreux pèlerins.

Aujourd’hui, Notre-Dame de Chrétienté a besoin de vos prières pour que le pélé 2021 ait lieu les 22, 23 et 24 mai dans les meilleures conditions possibles car quelle qu’en soit la forme notre pèlerinage verra à nouveau des milliers de pèlerins se tourner vers Notre Dame.

Vous le savez tous, bon nombre d’entre vous en font partie, notre organisation travaille dur sur le prochain pèlerinage et toute l’année. Nous sommes prêts depuis maintenant plusieurs mois à lancer le pèlerinage 2021 mais comment pourrions-nous engager des dépenses lourdes, obtenir les différentes autorisations administratives dans la situation sanitaire actuelle ? Les autorités n’ont aucune visibilité sur le prochain week-end de Pentecôte et ne peuvent se prononcer à ce jour.

Chers amis, je vous demande de prier Saint Joseph en ce début d’année. Saint Joseph est le saint patron des causes difficiles. Saint Joseph incarne cette force dont nous avons besoin. Nous faisons appel à lui avec confiance et tout particulièrement en ce moment puisque l’année 2021 lui a été consacrée par le Saint Père. Cette prière fervente et confiante ne nous empêchera pas de continuer à travailler à la préparation du pèlerinage pour nous adapter à toutes les situations.

Je vous demande de prier tous les soirs, en famille et sous la forme d’une neuvaine, cette prière en demandant à Saint Joseph d’intercéder pour que le pèlerinage 2021 ait lieu.

Ô vous que l'on a jamais invoqué en vain,
vous qui êtes si puissant auprès de Dieu que l'on a pu dire
"au Ciel, Joseph commande plutôt qu'il ne supplie",
tendre père, priez pour nous Jésus.
Soyez notre avocat auprès de ce divin Fils
dont vous avez été ici-bas le père nourricier et le protecteur fidèle.
Ajoutez à toutes vos gloires celle de gagner la cause difficile que nous vous confions.
Nous croyons, oui nous croyons que vous pouvez exaucer notre demande
en nous délivrant des peines qui nous accablent.
Nous avons la ferme confiance que vous ne négligerez rien
en faveur des affligés qui vous implorent.
Nous vous en supplions, ô bon Joseph, ayez pitié de nos larmes et de nos gémissements.
Couvrez-nous du manteau de vos miséricordes et bénissez-nous.
Ainsi soit-il

Notre-Dame de Paris, priez pour nous,

Notre-Dame de Chartres, priez pour nous,

Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous.

Jean de Tauriers
Président
Notre-Dame de Chrétienté

mercredi 06 janvier 2021

La dimension internationale du pèlerinage de Chartres

Entretien avec Jean de Tauriers après la 6ème Rencontre Summorum Pontificum (Lettre 778 du 6 Janvier 2021 - Paix Liturgique)

Nous publions ici l’entretien accordé à Paix liturgique par Jean de Tauriers, Président de Notre Dame de Chrétienté (France), à la suite de son intervention lors de la 6ème Rencontre Summorum Pontificum, qui s’est déroulée le 23 octobre 2020, à Rome, à l’Institut Maria Santissima Bambina, sur le thème de « La vitalité missionnaire de la messe traditionnelle ». On sait que Notre-Dame de Chrétienté organise le pèlerinage désormais historique de Chartres. Sur le souvenir des pèlerinages vers Chartres, en 1912 et 1913, de Charles Péguy, le pèlerinage a été longtemps un pèlerinage des étudiants catholiques de Paris, organisé par le Centre Richelieu, jusqu’à ce que la crise conciliaire le réduise à presque rien. Après qu’il ait vivoté pendant les années de plomb avec quelques étudiants et les scouts d’Europe naissant et le MJCF, il a été repris en 1983, à l’initiative de Rémi Fontaine, Dom Gérard et Bernard Anthony, par le Centre Charlier, pour devenir le pèlerinage de ND de Chrétienté en 1993. Le pèlerinage, devenu international, se déroule donc de Paris à Chartres, la vigile de Pentecôte, le dimanche et le lundi de Pentecôte, chaque année, entraînant sur les routes de Beauce près de 15.000 pèlerins. Jean de Tauriers, dans son intervention à la Rencontre avait parlé de « La dimension missionnaire et internationale du pèlerinage de Chartres », qui est aussi le sujet de cet entretien.

Cher Jean, je souhaiterais aborder avec vous la dimension internationale du pèlerinage de ND de Chrétienté. Pour débuter cet entretien, pouvez-vous nous dire si vous avez aujourd’hui des chapitres « étrangers » au pèlerinage ?

Jean de Tauriers - L’année 2020 ayant été très spéciale, je me baserai donc sur les chiffres de 2019. Nous étions à Chartres 14 000 pèlerins marcheurs et plus de 3 500 pèlerins non marcheurs (le chapitre des Anges gardiens). 2019 avait été une année exceptionnelle, nous n’avions jamais atteint des chiffres aussi importants. La croissance depuis 7 ans atteignait 8% par année en moyenne ce qui est considérable et montre bien l’attrait du pèlerinage de Chartres et de la messe en forme extraordinaire. La moitié de nos pèlerins a moins de 20 ans ce qui ne signifie pas que les plus âgés n’ont pas leur place au pèlerinage de chrétienté car toutes les générations sont bien représentées. Mais quand on sait qu’en France, le taux de pratique est de 1% parmi les jeunes, il est facile de comprendre l’importance de notre pèlerinage aujourd’hui dans l’Eglise.

La croissance numérique de ces dernières années est aussi venue des chapitres étrangers. En 2019, les pèlerins étrangers étaient très nombreux avec près de 40 chapitres Adultes et Familles et même un chapitre Enfants (moins de douze ans). Ces 40 chapitres représentaient environ 1 300 pèlerins, un quasi doublement depuis 2 ans !

Pouvez-vous nous en faire une sorte de panorama ?

Jean de Tauriers - La liste des pays participants est impressionnante : Allemagne, Angleterre, Pays de Galles, Australie, Belgique, Ecosse, Espagne, Etats-Unis, Irlande, Italie, Lituanie, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède, Suisse, Tchéquie, Vietnam. Et je ne compte pas les chrétiens d’Orient (Liban, Irak, Syrie, …) intégrés dans les chapitres français.

Notre pèlerinage s’internationalise chaque année de plus en plus. En 2019, nous avions invité le mardi de Pentecôte, le lendemain du dernier jour de pèlerinage, les chefs de chapitres étrangers pour une rencontre dans Paris. Nous pensions que nous allions être peu nombreux après la Sainte Messe à Saint Eugène. Les pèlerins étaient certainement rentrés chez eux et tout le monde était de toute manière très fatigué. A notre grande surprise, nos amis étrangers sont venus en grand nombre pour rencontrer ceux qui organisent toute l’année le pèlerinage qu’ils venaient d’accomplir. Nous avons eu un grand et bon moment que nous essaierons de recommencer si Dieu le veut mais qui montre l’ambiance très particulière d’amitié catholique autour de cet événement.

 

Mais ces pèlerins étrangers sont-ils des personnes qui vivent en France ou bien des étrangers qui viennent en France spécialement pour le pèlerinage ?

Jean de Tauriers - Les pèlerins étrangers viennent des pays dont je viens de parler. Les chapitres américains sont notamment des fidèles des premiers pèlerinages, il y a près de 40 années maintenant.

Notre-Dame de Chrétienté a une organisation spécifique dédiée à l’accueil des étrangers voulant faire le pèlerinage de Chartres. Un pèlerinage se prépare au moins 12 mois à l’avance quand nous ne sommes pas perturbés par l’épidémie de Covid. Nous disposons d’un réseau pour faire comprendre l’originalité de l’œuvre, tous les détails pratiques, comment y participer et comment s’y préparer.

Et avez-vous des prêtres étrangers qui participent au pèlerinage ?

Jean de Tauriers - Avant de répondre à votre question, quelques chiffres sur le nombre des clercs participant au pèlerinage. Ils étaient plus de 330 en 2019 : 120 séminaristes et frères, 188 prêtres et 24 religieuses. Ces clercs viennent principalement des communautés ex Ecclesia Dei mais les diocésains viennent également pour une part significative. Nous y voyons là l’effet du Motu Proprio de Benoît XVI en 2007 avec une espèce de décloisonnement des mouvements et des événements du monde traditionnel.

Le plus souvent, les pèlerins étrangers viennent entourés par leurs prêtres qui connaissent fort bien le pèlerinage de chrétienté. En fonction des langues maîtrisées par les différents prêtres, nous savons organiser au mieux les différents temps de confession, de méditations pendant le pèlerinage et ainsi permettre la meilleure intégration possible.

 

Certains ont-ils essayé d’essaimer chez eux en y créant des pèlerinages dans leurs propres pays ? 

Jean de Tauriers - Nous avons aidé, il y a quelques temps, certains amis argentins, anciens pèlerins de Chartres. Un grand pèlerinage traditionnel s’est ainsi développé en Argentine entre Buenos Aires et Notre-Dame de Lujan, sainte patronne de l’Argentine.

De nombreuses initiatives sont également encouragées dans le cadre du chapitre des Anges gardiens qui réunit tous ceux qui ne peuvent marcher avec nous lors du pèlerinage mais qui veulent être en union spirituelle avec nos pèlerins marcheurs. Ces pèlerins, près de 3 500 en 2019, sont pour partie des étrangers ou des français expatriés. Parmi eux les chrétiens orientaux sont nombreux et pour beaucoup organisent dans leurs pays des temps de prières, des messes…

Nous cherchons aujourd’hui à mieux organiser notre réseau des Anges gardiens et avons besoin de cadres pour cela nous représentant dans les différents pays. Si un de vos lecteurs veut s’engager, il est le bienvenu, il suffit de téléphoner au secrétariat de NDC (01.39.07.27.00). Pourquoi n’aurions-nous pas autant de pèlerins marcheurs vers Chartres que de pèlerins Anges gardiens unis spirituellement au pèlerinage ?

Pensez-vous que cette dimension internationale va se développer au cours des prochaines années ?

Jean de Tauriers - La croissance est régulière depuis maintenant plusieurs années. Pourquoi s’arrêterait-elle ? Les catholiques pérégrinent nombreux à Lourdes, Fatima ou Czestochowa.

Notre pèlerinage traditionnel de chrétienté a vocation à devenir le grand pèlerinage international itinérant pour tous les catholiques attachés à la messe en forme extraordinaire. Le nombre des vocations, les engagements de tous types et toutes les conversions nous donnent courage et confiance pour améliorer notre organisation de plus en plus complexe.

 

D’une manière plus générale assiste-t-on dans tout le monde catholique à un renouveau du concept fort ancien de pèlerinage ?

Jean de Tauriers - Il me semble que le christianisme renaîtra dans les anciens pays occidentaux à partir des sanctuaires, pèlerinages ou monastères de même que la chrétienté est sortie des monastères au début du Moyen Age.

Notre pèlerinage est une nécessité spirituelle pour les pèlerins qui nous le disent. Pour beaucoup le pèlerinage est leur retraite annuelle. Et pour certains le pèlerinage est l’occasion de rencontrer un prêtre. Il est également une source de réconfort pour les clercs. Un prêtre diocésain m’avait écrit pour me dire qu’au pèlerinage de chrétienté nous savions ce qu’était un prêtre. Quelle phrase terrible ! J’ai souvent pensé aux souffrances endurées par ce prêtre diocésain pour écrire ainsi.

Le pèlerinage de chrétienté est un lieu de mission dans un monde athée et dans une Eglise en crise. Nos pèlerins viennent pour entendre un enseignement catholique, ce qui n’est pas si courant de nos jours. Le pèlerinage avec sa jeunesse du monde entier, sa liturgie tridentine, son exigence doctrinale rappelle à contre-courant de notre société relativiste, laïcarde et athée que le Christ doit régner sur nos sociétés. Où nos pèlerins entendraient-ils cette vérité si ce n’est au pèlerinage de chrétienté ?

 

samedi 05 décembre 2020

In memoriam Daniel Hamiche

Voici si longtemps que nous travaillions ensemble sur mille sujets – pas tous très sérieux – que j’ai encore du mal à réaliser que Daniel Hamiche nous a quittés. C’était mon plus vieux complice, dont je fus le collaborateur pendant des années à « Légitimiste » et Communication & Tradition, et qui devint le mien par un de ces détours dont la Providence a le secret dans la nébuleuse de blogues où nous sévissons (où nous exerçons notre capacité de nuisance selon l’expression qu’il affectionnait), notamment pour Riposte catholique et l’Observatoire de la christianophobie – mais, beaucoup plus qu’un collaborateur, il était le vieux sage capable de m’encourager à foncer ou de me conseiller la prudence et nous n’avions pas besoin de palabrer longtemps pour savoir ce que nous devions faire pour accomplir notre devoir de journalistes catholiques et (donc) contre-révolutionnaires.

Je l’ai rencontré en 1993, dans le contexte du bicentenaire de la Terreur – j’étais déjà médiocrement jacobin. Mais c’est surtout quand il lança Communication & Tradition vers 1995 que j’ai commencé à fréquenter assidûment sa merveilleuse boutique de la rue Didot – et la « Mangeoire », bistrot mitoyen qui nous servait d’annexe.

Nous avons été ensemble sur tant de combats que je ne saurais les évoquer tous : pour la messe, pour la défense des enfants à naître, pour les chrétiens persécutés, pour le roi – et toujours finalement, pour le dire d’un mot qui les résumait tous dans son esprit, pour le Christ-Roi. La manchette de notre cher « Légitimiste » – que je l’avais poussé, avec une inconscience qui m’effraie quand j’y repense, mais que je ne regrette pas le moins du monde, à transformer en hebdomadaire – était d’ailleurs tirée de la post-communion de la solennité du Christ-Roi : « Sub Christi Regis vexillis militare gloriamur ». Lui qui n’était pas latiniste était ravi du jeu de mots qu’il y lisait en tordant à peine le texte : non pas seulement nous sommes fiers de combattre sous les étendards du Christ Roi, mais aussi nous sommes fiers de combattre avec le roi sous les étendards du Christ.

Daniel avait découvert le combat politique à l’extrême gauche – là où le « non serviam » luciférien est le plus monstrueusement conséquent. Quand il revint à la foi de son baptême, il ne l’envisagea plus jamais autrement que comme un combat pour que le Règne du Christ advienne dans son âme, mais aussi sur la nation et sur l’humanité tout entière. Son amour de la messe traditionnelle tenait d’abord à cet amour de la Royauté du Christ : toute la messe traditionnelle est orientée (c’est bien le cas de le dire) vers l’adoration du Créateur, à qui le Christ rend par les mains du prêtre, admirablement effacé et pour ainsi dire invisible, le sacrifice parfait et digne de Lui.

Mais Daniel n’était pas seulement un valeureux combattant de la foi catholique, si piétinée et méprisée dans notre monde, il était aussi un homme de fidélité au plan tout simplement naturel. Quelle fête il faisait à ses amis qui faisaient escale rue Didot ou, plus tard, à « L’Homme nouveau » (qui l’avait très gentiment accueilli après le retentissant effondrement de notre toute petite maison d’édition, achevée par le grand combat pour la « Passion » de Mel Gibson) ou dans tous les « rades » que nous avons écumés autour de Montparnasse (le plus souvent tenus par des Coptes ou d’autres chrétiens d’Orient pour joindre l’utile à l’agréable : le soutien à des frères persécutés et une bonne bouteille de « rouge bien frais ») !

Moi qui étais alors un gamin dans la Légitimité et qui n’avais connu que de loin la grande époque du millénaire capétien et que l’impressionnante ascension du prince Alphonse, je fis connaissance avec Daniel, grâce à Daniel, de bon nombre de fidèles. Comment ne pas évoquer ici le cher Pinoteau, la mémoire du légitimisme contemporain, le chancelier à la plume acérée, qui nous a quittés une semaine avant Daniel (et une semaine avant son épouse, qui nous semblait pourtant indestructible) ? Comment ne pas évoquer le cher abbé Chanut ? Et tant d’autres que je ne nommerai pas mais qui sont restés dans les prières quotidiennes de Daniel jusqu’à la fin.

Cette fidélité allait de pair avec une générosité fascinante. J’ai toujours connu Daniel fauché. Mais aussi toujours prêt à offrir l’obole de la veuve. Il fallait le voir arriver rue Didot chargé comme un baudet de cadeaux pour les enfants d’amis qu’il allait voir le samedi suivant. Que de fois ai-je été témoin (ou bénéficiaire !) de cette générosité touchante. Que de fois surtout ai-je vu des étoiles dans ses yeux quand il offrait une babiole à un enfant. Bien que n’ayant pas lui-même d’enfant (même si, à sa grande hilarité, un journaliste de la große presse comme il disait, l’avait un jour affublé de 5 petits-enfants), il était très proche des plus petits – qui le lui rendaient bien. Comme sainte Thérèse qu’il vénérait tant, il cultivait avec amour l’esprit d’enfance.

Enfin, on ne peut pas parler de Daniel sans parler de l’excellent compagnon qu’il était. Je ne sais pas combien d’heures nous avons pu passer à discuter en buvant tantôt une « moussette », tantôt un « rouge bien frais », selon ses principes extrêmement précis. Mais il avait le talent de rire dans l’adversité, de jeter un calembour absurde capable de mettre les rieurs de son côté. Ou, tout aussi facilement, de se hausser jusqu’aux plus fines discussions de théologie ou d’exégèse. Et souvent les deux à la fois. Je me souviens d’une émission sur Dieu sait quelle chaîne de télévision aux ordres, pendant sa campagne homérique pour la « Passion » de Gibson, où l’un de ces insupportables « experts » de salon avait commencé à l’attaquer son prétendu intégrisme, en pontifiant du haut de ses titres universitaires. Et Daniel, avec un bon sourire, avec sa voix chaleureuse, lui avait répondu en plagiant Pascal : Mais, cher Monsieur, je vous parle du Dieu de Jésus-Christ, pas du Dieu des philosophes et des savants. Le pauvre « expert » était retourné à la niche, un peu penaud !

L’Eglise militante, la France, le roi légitime, ont perdu un fidèle serviteur et nous tous, ses amis, nous avons la douleur de perdre un frère d’armes, mais j’ai bon espoir qu’avec la grâce de Dieu, le paradis se soit enrichi d’un nouveau saint aussi enjoué que militant – et que l’esprit français, fait de familiarité et de respect, de gaieté et de sérieux, soit à l’honneur au banquet céleste !

A Dieu, vieux camarade, réservez-nous une place !

 

Guillaume de Thieulloy

Dimanche 22 novembre 2020

Nous sommes là parce que nous avons faim : rendez-nous la messe !

Mes chers enfants,

Quand le sujet de la tenue d’une manifestation ce dimanche est venu autour de la table du repas familial, rapidement les doigts se sont levés pour y participer. Mais pourquoi sommes-nous là ce matin ? Avons-nous trouvé un motif - valable - de sortie à plus de 1 km de chez nous ? Avions-nous envie d’apercevoir - de loin - quelques bons copains ?... Non !

Nous sommes là parce que nous avons faim.
Nous sommes là parce que la messe nous manque.

Nous sommes là parce que, nous le croyons, la messe manque à notre Seigneur.
Nous sommes là parce que nous voulons soutenir nos prêtres et notre évêque.
Nous sommes là… parce qu’on nous a privés de messe sans raison vraiment valable. Et que c’est (presque) une première dans l’histoire de France.


En tant qu’élève, on apprend à connaître aussi les sombres épisodes de l’histoire de notre pays : les invasions des Vikings, les guerres de religion, les ravages de la peste, les bombardements des nazis... et un tas d’autres batailles sanglantes ou épidémies. Mais jamais, en ces temps si différents, jamais la messe n’a été interdite. Même durant la Terreur révolutionnaire, la liberté de culte, sérieusement compromise, n’a pas été abolie ; seuls les prêtres qui refusaient la Constitution civile du clergé, la réforme de l’Église de France votée par l’Assemblée nationale en juillet 1790, seuls ces prêtres ont été persécutés et massacrés. Mais même là, même dans cette période douloureuse pour l’Eglise, la messe n’était pas interdite partout et pour tous.

La liberté de culte est essentielle. Les régimes politiques qui ont suivi depuis deux siècles n’ont jamais pu l’abolir. Notre Premier Ministre, Jean castex, l’a très justement rappelé le 7 novembre dernier, lors de l’hommage aux catholiques assassinés à Nice :
« La République ne transige pas avec la liberté de culte. C'est une liberté fondamentale. »
C’était il y a tout juste deux semaines…

Alors pourquoi sommes-nous là ce matin ? Nous sommes-là, parce que le soir-même de l’intervention du Premier Ministre, le Conseil d’Etat faisait goûter aux prêtres et catholiques la puissance de l’Etat en confirmant l’interdiction de célébrer des messes. Une interdiction réclamée par le Président de la République pour ce nouveau confinement.

Pour la deuxième fois en quelques mois, le gouvernement nous prive de messe. La première fois, au printemps, nous l’avions (un peu) mieux accepté, même si, souvenez-vous, il avait été douloureux de ne pas fêter Pâques. Cette première fois, nous l’avions un peu mieux acceptée parce que nous étions privés de presque tout :
- les écoles, collèges et lycées étaient fermés,
- la plupart des magasins étaient interdits,
- la plupart des entreprises étaient à l’arrêt,
- la plupart des trains et bus ne circulaient pas.
Et surtout il n’existait de protocole sanitaire nulle part. Rappelez-vous, c’était l’époque où le port du masque était… inutile !

Mais cette fois, mes chers enfants, les choses sont complètement différentes. Cette fois, les écoles, les collèges, les lycées sont ouverts.
Cette fois, nombre de magasins trouvent un moyen d’ouvrir.
Cette fois, les entreprises doivent continuer à tourner.
Cette fois, il est possible de s’entasser dans un bus de ville.

Mais, cette fois, les messes demeurent interdites. Vous le savez, pourtant, le port du masque et les règles sanitaires sont la norme depuis des mois dans nos églises. Mais rien n’y a fait : le gouvernement a considéré qu’il était plus risqué de de se trouver à 30 dans une vaste église pour célébrer la messe que de s’entasser à 50 dans un bus. Oui, c’est absurde.


En passant en ville, hier, vous auriez pu entendre au moins deux autres manifestations : pour la liberté de la presse, pour la liberté d’instruction. Nous ne sommes pas les seuls à manifester pour défendre la liberté. Parce que, oui, les libertés sont menacées chaque jour un peu plus dans notre beau pays. La liberté de culte n’y fait pas exception. Nous sommes là ce matin pour le rappeler.


Alors bien sûr, vous l’entendrez aussi : “Se priver de messe c’est un geste solidaire pour protéger les autres du Coronavirus.” Mais a-t-on pointé du doigt les églises comme étant des foyers de contamination ? Non.
Au contraire, les scientifiques qui conseillent le Président de la République ont bien noté dans leur rapport que “les églises n’étaient pas retrouvées parmi les lieux à risque d’infection.” Alors pourquoi nous interdire d’y aller pour la messe alors même que les écoles qui sont ouvertes représentaient, elles, dès septembre, le principal lieu de circulation du virus ?

Je sais que vous pouvez également entendre des amis vous dire : “Et puis après tout, pourquoi réclamer la messe en vrai, il y en a tant à la télévision ou sur l’Internet ? C’est finalement pas si mal… et en plus on n’a pas à sortir ! ”
Y croyez-vous ?
Un joli reportage sur le Puy du Fou... remplace-t-il un séjour en famille dans le parc ? Non !
Une émission de cuisine... remplace-t-elle le bon moelleux au chocolat de Maman ? Bien sûr que non !
La vidéo d’un nouveau-né à la maternité... remplace-t-elle un premier câlin avec ce petit frère ? Là encore, c’est non !
Eh bien, une messe à la télévision, n’en déplaise au gouvernement, ne remplacera jamais une messe vécue !

Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous satisfaire de la situation actuelle. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de nous entasser dans des bus, des salles de classe, des queues de supermarché… tout en étant privés de se réunir à quelques-uns dans une église, pour la messe !

Pour finir, je vous félicite, mes chers enfants, d’avoir tenu à être là ce matin, d’avoir tenu à manifester que la messe vous manque, que nos prêtres vous manquent, que notre évêque vous manque. Vous avez raison de vous faire entendre. Le Pape François vous y encourageait d’ailleurs il y a quelques années. Je me permets de lui laisser la conclusion de ce mot :

“Mettez le bordel ! Mettez le feu dans les diocèses ! Ne restez pas enfermés dans vos communautés. L'Église doit sortir dans la rue. Je n'apprécie pas les jeunes qui ne protestent pas."

“Nous ne voulons pas de jeunes mauviettes. Nous ne voulons pas de jeunes qui se fatiguent vite, qui vivent leur vie épuisés avec l’ennui sur leur visage. Nous voulons des jeunes avec de l’espoir et de la force.”

Limoges, dimanche 22 novembre 2020 - " Donnez-nous la messe"


RépondreTransférer

samedi 14 novembre 2020

La pornographie...pas chez moi ?

Ingénieur de formation, Joseph-Marie Rouvière est l’auteur d’un site de plus en plus visité (1500 téléchargements à ce jour) : https://ensortir.fr/les-filtres-qui-marchent.

Soutenu par l’association stopauporno, il alerte sur la nécessité d’installer des protections efficaces sur les ordinateurs et smartphones…

Monsieur Rouvière, qu’est-ce qui vous a lancé dans cette entreprise considérable, fruit de 3 années de travail ?

Un triple constat :

1) La pornographie est très largement répandue dans les milieux catholiques pratiquants, toutes tendances confondues…La moitié des jeunes catholiques pratiquants de 15 à 17 ans ont déjà surfé sur un site porno…Il y a encore un nombre étonnant de parents qui s’imaginent que « leur enfant n’est pas concerné ». Et contrairement aux idées reçues, la pornographie touche également de plus en plus de filles et de femmes. Les personnes qui sont le plus réservées à aborder ce sujet se révèlent bien souvent aussi atteintes que les autres, voire plus…

2) La plupart des parents de ces jeunes ont plus de 40 ans. Un père de 40 ans en 2020 avait 15 ans en 1995, et à cette époque, internet n’avait pas encore pénétré dans les foyers, et encore moins le smartphone…Ces parents ne sont donc pas conscients du surcroît de difficulté que rencontrent aujourd’hui leurs enfants pour rester purs – particulièrement les garçons…Ces parents ne savent pas ce que c’est que de traverser les difficultés propres à l’éclosion de la sexualité en ayant à disposition des millions de photos et vidéos pornographiques.  

3) De plus en plus d’adultes, également fragilisés par la facilité d’accès à la pornographie, ont besoin de se protéger eux-mêmes en installant des applications fiables.

 

Que faire alors ?

Pour les adolescents, la première des protections est une éducation à la vie affective et sexuelle. De nombreux jeunes ne reçoivent toujours pas d’aide de leurs parents.

La deuxième protection concerne autant les adultes fragiles que les jeunes, elle est technique, et c’est l’objet de mon étude : quels filtres installer ?

Les parents ont le grave devoir d’installer des filtres. Peut-on laisser son enfant dormir dans une chambre où il y a des bandes dessinées pornographiques à côté d’autres B.D. innocentes ? Eh bien, si vous laissez à un jeune un smartphone sans filtre, ce n’est pas l’accès à quelques B.D., mais à des millions de photos et de video pornographiques…Si ça, ce n’est pas grave, qu’est-ce qui l’est ?

 

N’existe-t-il pas déjà des sites comparables au vôtre ?

De nombreux sites proposent des solutions, mais on voit que les testeurs n’ont pas fait leur travail sérieusement et la plupart des contrôles parentaux présentent des failles faciles à trouver pour un jeune d’aujourd’hui.

Par exemple, Qustodio, réputé un des meilleurs, est en fait très facile à faire sauter sur un smartphone, sans compter que sa proportion de sites pornographiques bloqués n’est pas pleinement satisfaisante…

Autre exemple : l’application 4teens, pourtant lancée à grand renfort de publicité dans les revues familiales, se révèle inopérante.

 

Certains disent en effet qu’aucun filtre n’est efficace à 100 % et que donc cela ne sert à rien de mettre des protections ?

C’est une fausse excuse qu’on se donne pour céder au laxisme suicidaire en la matière…et ce raisonnement ne prend pas en compte une donnée psychologique : si une personne fragile doit passer plusieurs minutes pour trouver un contournement possible au filtre, sa conscience peut la travailler pendant ce temps-là. Alors que s’il n’y a pas de protection, il suffit d’un instant d’acquiescement à la tentation, et d’un clic, pour arriver à des images qui, par leur aspect envoutant, lui rendront difficile le fait de s’arrêter et de faire marche arrière.

 

Y a-t-il donc des programmes efficaces ?

Après avoir testé nombre de programmes existants, je recommande sans hésiter Boomerang parental control sur les smartphones, et Forticlient sur les ordinateurs. On peut télécharger sur le site des fichiers pdf expliquant comment installer ces applications.

 

Un mot de conclusion ?

3 règles d’or :

1) l’ordinateur doit être dans un lieu public (salon…) où on est vu de tous. Eviter de prêter la tablette qui peut être emmenée en chambre. La meilleure protection reste le regard d’autrui…

2) Par un mot de passe d’accès à l’ordinateur/tablette, rendre impossible aux personnes fragiles d’aller sur internet sans personne à côté.

3) Si un adolescent a vraiment besoin d’un téléphone, lui en donner un à touches, et non un smartphone.

mardi 10 novembre 2020

Catholiques de France, réveillez-vous !

Chers pèlerins,

Un grand mouvement se lève en France pour rappeler que nous ne sommes pas que des consommateurs : nous sommes âme et corps !

Selon la loi actuelle, il est aujourd'hui possible de faire ses courses, mais pas de participer à ce qui est le coeur et le sommet de la vie du chrétien : la Messe et l'Eucharistie.

C'est profondément inacceptable.

Notre-Dame de Chrétienté rappelle depuis sa création que la vie est harmonie entre le spirituel et le naturel. Nous appelons donc tous les pèlerins de Chartres à participer aux nombreuses initiatives lancées dans notre pays.

'Jésus-Christ n'est pas facultatif' !

samedi 31 octobre 2020

COMMUNIQUE DE LA FRATERNITE SACERDOTALE SAINT-PIERRE

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9b/FSSP_emblem.svg/800px-FSSP_emblem.svg.png

 

En lien avec l’association l’AGRIF, l’Institut-du-Christ Roi, l’Institut-du-Bon-Pasteur, la communauté Saint-Vincent-Ferrier et l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre dépose aujourd’hui une requête en référé-liberté devant le Conseil d’Etat contre le décret du 29 octobre 2020 interdisant toute célébration religieuse publique dans les églises, alors que les écoles, les transports en commun et de nombreux commercent restent ouverts. Depuis le début de la crise sanitaire, les catholiques français ont eu à cœur de respecter fidèlement les précautions sanitaires imposées par le Gouvernement, de sorte qu’on n’a jamais entendu dire que les églises aient été des lieux de contamination. L’absence de considération, de la part du Gouvernement, pour la dimension spirituelle de l’homme et la pratique religieuse, nous montre, une fois de plus, que notre société a escamoté toute transcendance et considère la religion à l’égal du tourisme ou des loisirs. Face à ce que nous estimons être une atteinte grave à la liberté de culte, dont le Conseil d’Etat avait pourtant rappelé l’importance lors de l’arrêté du 18 mai 2020, il nous semble juste de réagir pour que les catholiques français puissent, le dimanche, assister à la messe dans le respect scrupuleux des mesures sanitaires afin de protéger les plus fragiles d’entre nous.

Notre démarche est soutenue par les associations Notre-Dame de Chrétienté, Renaissance Catholique, Oremus, le blog Le Salon Beige et le journal L’Homme Nouveau.

mardi 27 octobre 2020

« On dit que la jeunesse est faite pour le plaisir ; en réalité, elle est faite pour l’héroïsme. »

Je reviens de Rome après avoir assisté vendredi dernier, le 23 octobre, à la sixième rencontre Summorum Pontificum organisée à l’Institut de patristique Augustinianum par l'abbé Claude Barthe, Aumônier Général du Pèlerinage Summorum Pontificum, et Christian Marquant, Président d'Orémus - Paix Liturgique. Le pèlerinage était cette année perturbé mais la journée de conférences a pu se tenir contre « vents et covid », elle était comme chaque année d’un grand intérêt.

Ces rencontres sont précieuses, elles permettent au petit monde traditionnel de se réunir, de briser son isolement, de réfléchir sur nos différentes situations nationales, d’envisager des actions communes pour demain.

Après une intervention de l’abbé Barthe, nous avons entendu une passionnante et brillante conférence du Docteur Shaw, professeur de philosophie médiévale à l’université d’Oxford et président de l’association « The Latin Mass », sur « le concept de Tradition ». Le cardinal Burke est ensuite intervenu sur le thème de la sauvegarde et de la promotion de l’Usus Antiquior du rite romain. Votre serviteur a présenté l’œuvre du pèlerinage dans sa dimension missionnaire et internationale. Enfin, Christian Marquant nous a parlé du développement de la liturgie traditionnelle dans le monde.

The Latin Mass est une association en Angleterre et au pays de Galles créée en 1965 dont le but est de voir s'étendre l'usage de la messe tridentine. Cette association organisa une pétition en 1971 que le cardinal John Heenan présenta au Pape Paul VI qui attribua un Indult cette même année. Souvent appelé « Indult Agatha Christie » parce que la romancière avait signé la pétition avec beaucoup d’autres grands noms scandalisés par le gâchis de l’abandon de la messe tridentine. Dans l’« histoire » de la Messe traditionnelle, cet « Indult Agatha Christie » fut le premier pas officiel de Rome envers les catholiques attachés à la Messe de Saint Pie V quelques mois après l’entrée en vigueur du Nouveau Missel. Il est tout de même amusant de noter, 50 ans après, qu’il était alors « plus efficace » d’avancer des arguments historico-esthétiques que doctrinaux (comme l’avait fait le Bref examen critique le 5 juin 1969) et qu’il valait surtout mieux ne pas être catholique pour avoir une chance d’attendrir les autorités romaines de l’époque.

Un extrait de la conférence du Cardinal Burke « Je préfère utiliser la terminologie d’Usus Antiquior et d’usus Recentior au lieu de la forme extraordinaire et forme ordinaire afin de souligner plus fortement que la liturgie romaine est et restera toujours une part significative de la vie de l’Eglise. Si le mot extraordinaire n’est pas bien compris, on peut comprendre que la liturgie classique romaine serait inhabituelle dans la vie de l’Eglise ce qui de temps en temps se manifeste ».

Enfin, vous me pardonnerez de me citer en vous rapportant la conclusion de mon intervention :

« Je citerai enfin deux allemands, un laïc et un clerc. Martin Mosebach, le grand écrivain allemand, était venu donner une brillante conférence en 2017 ici même à l’occasion du dixième anniversaire du Motu Proprio de Benoît XVI. « L’eau doit couler, et personne qui tient la liturgie pour une composante essentielle de la Foi ne peut se dispenser de cette tâche. La liturgie EST l’Eglise ». Monseigneur Schneider dans son livre récent « Christus vincit » demande « le renouveau du culte à travers la liturgie de l’Eucharistie, la doctrine catholique servie par une catéchèse saine et sûre et sa mise en œuvre dans la vie quotidienne ». Monseigneur Schneider résume en quelques mots ce pourquoi des dizaines de milliers de pèlerins de Chartres ont pèleriné depuis près de 40 années.

Je le répète, nos pèlerins ont vingt ans, ils sont exigeants, fervents et courageux. Ils ne demandent qu’à servir, se former, s’engager. Pourquoi choisissent-ils la messe tridentine ? Mais tout simplement pour la foi.

Je terminerai cette intervention avec deux citations. La première d’un évêque des antipodes : « Ce sont les moins de 30 ans qui veulent la Messe tridentine, les plus de 50 ans veulent la Messe des jeunes le samedi soir ». Et la seconde de Paul Claudel dans une lettre à son ami Jacques Rivière : « On dit que la jeunesse est faite pour le plaisir ; en réalité, elle est faite pour l’héroïsme. »

Jean de Tauriers, Président de Notre-Dame de Chrétienté

 

 

 

 

 

 

Dimanche 25 octobre 2020

Fête du Christ Roi : Quas primas, toujours d’actualité ?

L’encyclique Quas primas a été rédigée en 1925 par le pape Pie XI, soit il y a près d’un siècle ! Alors que vient d’être publiée tout récemment la dernière encyclique du Pape François Tutti fratelli, il s’agit dans cet article de nous demander si le texte de Pie XI dont cent ans nous séparent est toujours d’actualité... Ne serait-il pas finalement plus urgent, plus profitable pour notre temps, d’extraire de Tutti fratelli (un long texte de 216 pages !) les meilleures pensées du Pape François ? La vérité se situe ailleurs : la qualité d’une réflexion se mesure à sa force prophétique et à sa capacité à se situer au-dessus du temps. S’il est trop tôt pour l’affirmer de la dernière encyclique de François – l’avenir seul nous le dira –, il est possible en revanche de l’affirmer sans fard à propos de celle de Pie XI.  Alors que l’empire de la confusion sème son ivraie au milieu du meilleur blé, la lecture ou relecture de Quas primas aura l’avantage de remettre les pendules à l’heure et les idées à l’endroit pour un grand nombre. Et en ce sens, prouvera sans peine son étonnante actualité.

Lorsqu’il rédige l’encyclique Quas primas, le pape Pie XI se fixe un objectif principal : instaurer une fête liturgique du Christ-Roi le dernier dimanche du mois d’octobre. S’il était possible d’honorer la royauté du Fils de Dieu le jour de Son épiphanie et de l’adoration des mages, le Saint-Père souhaite marquer la chrétienté au moyen d’une solennité liturgique spéciale. Le choix du dimanche n’a rien d’anodin. Estimant qu’il n’y a pas mieux qu’une solennité liturgique annuelle pour imprimer dans le peuple des fidèles des leçons divines, il oblige ainsi tous les baptisés à entendre chaque dernier dimanche d’octobre un enseignement sur la théologie du Christ Roi des nations. Son ambition ? Combattre le fléau du laïcisme en rappelant la dignité royale de Notre Seigneur Jésus-Christ : le Christ est Roi, partout, pour tous les peuples, pour toutes les sociétés. Pour Pie XI, il ne saurait y avoir en effet de paix durable tant qu’il n’y a pas de reconnaissance de la souveraineté de la “royauté sociale du Christ”. « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme » ? Autrement dit que sert à l’Etat de chercher à bâtir la paix dans la société sans reconnaître que le Christ en est le prince. Autant travailler à construire un hôpital sans y faire régner la médecine...

En matière de paix durable, le Saint-Père s’attache à caractériser trois types d’erreurs pour mieux les dénoncer :

  • Nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations.
  • Refuser à l’Eglise son droit d’enseigner le genre humain en vue de la béatitude éternelle.
  • Assimiler la religion du Christ à toutes les fausses religions ou la placer sous l’autorité civile.

Finalement, à travers ces erreurs, on mesure combien le camp du bien et celui du mal ne se départagent pas en fonction d’un positionnement à droite ou à gauche au sein d’un hémicycle. La ligne de fracture ne se trouve pas sur un échiquier politique mais ailleurs... Dans son ouvrage L’empire du politiquement correct, l’essayiste québécois Mathieu Bock-Coté nous éclaire en citant le philosophe Paul Valéry : « Toute politique, même la plus grossière, suppose une idée de l’homme, car il s’agit de disposer de lui, de s’en servir, et même de le servir ». Oui ! La démarcation profonde entre les différentes façons d’ordonner la société se tire d’abord de la conception que l’on se fait de l’homme. Depuis le combat angélique, la chute de nos premiers parents et la trace du péché originel qui a poussé notamment Caïn à tuer Abel, on peut distinguer deux conceptions opposées de l’homme, une conception révolutionnaire et une conception contre-révolutionnaire.

Quas primas nous permet de prendre de la hauteur quant à la politique politicienne dans laquelle l’enthousiasme ou l’idéalisme peut se perdre. Le défi du règne du Christ ne dépend pas, d’abord, des jeux d’appareils ou de combinaisons électorales complexes. Il dépend d’une conception de l’homme. Depuis l’origine des temps, et la capacité d’organisation des hommes à s’établir en société, nous le savons avec saint Augustin : « Deux amours ont fait deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi ». Au-delà du génie de la formule, le paradigme de l’engagement du chrétien au service de la cité n’a pas changé depuis un siècle, et c’est justement ce qui rend l’enseignement sur le Christ Roi criant d’actualité.

La conception révolutionnaire de l’homme plonge ses racines dans deux traits lucifériens : la soif d’indépendance et le goût de la révolte. L’esprit de la révolution, fondamentalement, consiste à croire que la cité idéale est réalisable ici-bas. Croire que l’homme est indéfiniment en progrès grâce à la science et la démocratie. Au final, sa bonté naturelle n’est entravée que par des structures sociales inadaptées qu’il convient, selon les écoles, d’abolir ou de modifier. Alors seulement enfin couleront pour tous le lait et le miel et, dans un merveilleux vivre-ensemble, l’agneau se couchera en paix près du lion...

Monseigneur Gaume, né en 1802 et mort en 1879, avait ainsi défini la révolution : « Si, arrachant son masque, vous lui demandez : qui es-tu ? Elle vous dira : Je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme, ni l’émeute, ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public (...). Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers et moi, je suis un état permanent. Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme, au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place, l’homme devenant à lui-même sa fin. Voilà pourquoi je m’appelle Révolution, c’est-à-dire renversement… » : l’essentiel est dit ! La révolution, c’est l’homme qui se fait Dieu. C’est l’homme qui refuse tout ordre qu’il n’a pas lui-même établi, qui refuse tout déterminisme.

A l’inverse, la doctrine du Christ Roi part du réel, celui de notre condition humaine. Elle rappelle le sens des priorités et réaffirme en quoi consiste le juste ordonnancement d’une société. En ce sens, sans doute davantage encore qu’en 1925 hélas, Quas primas apparaît plus que jamais d’actualité dans la société liquide dans laquelle nous sommes noyés. A l’heure où beaucoup sont frappés par la perte de repères solides, l’encyclique vient redire aux hommes d’aujourd’hui, de façon saisissante, une vérité largement oubliée : la cause profonde des calamités humaines réside dans le rejet du Christ de la sphère publique, privée ou familiale. Abandonnant l’évangile et l’enseignement de l’Eglise, une large part de l’humanité a préféré se livrer à elle-même pour le résultat que l’on sait. Désormais, dans leurs décisions, Dieu n’a plus voix au chapitre.

Quas primas redit l’importance du combat contre-révolutionnaire : aller à contre-courant reste l’apanage du chrétien. Dans le tumulte du combat politique et du fracas des idées, il appartient donc aux fils de l’Eglise de ne pas s’égarer sur la méthode pour bâtir le règne du Christ. Selon la formule connue de Joseph de Maistre, dans ses Considérations sur la France publiées en 1797 : « La contre révolution ne sera pas une révolution contraire mais le contraire de la Révolution ».  Blessé par le péché originel, l’homme s’il est capable de Dieu et du sublime, n’en reste pas moins fragile individuellement. Et que dire socialement. Avec la conjonction des égoïsmes individuels, des passions et de toutes ses misères, le social reste par nature le décevant puisqu’il s’agit d’un corps de péché. L’art de rendre possible ce qui est nécessaire au Bien Commun, voilà le champ d’action de la haute et véritable politique. En rappelant la préséance de la royauté du Christ sur les sociétés, Pie XI n’ambitionne pas d’appeler à la construction d’un monde parfait mais plus modestement de remettre Dieu à la première place. Ce qui est, on en conviendra, un heureux commencement. Péguy disait très bien qu’on ne construira pas le Paradis sur la terre, mais que c’est beaucoup d’empêcher l’enfer de redéborder.

Le poète de la Beauce constatait encore que « Le spirituel fait son lit de camp dans le temporel ». L’oubli de la primauté du Christ sur la société a entrainé la sécularisation d’un nombre non négligeable de catholiques. Parmi eux, beaucoup ont fini par se convaincre que l’espace d’expression la parole de l’Eglise doit se cantonner aux sacristies ou aux chaires à prêcher. Tout au long des siècles, l’Eglise s’est pourtant toujours préoccupée de la vie des hommes. Il lui importe d’éclairer les consciences des uns et les jugements des autres parce qu’elle est désireuse de permettre à la personne humaine de vivre libre sous le regard de Dieu. Quas primas nous avait prévenu des incohérences du monde contemporain. L’encyclique offre encore pour notre présent le remède « pour qu’Il règne » ! Nous aurions tort de nous limiter à de seules considérations pieuses. Si notre monde va mal, c’est parce qu’il s’est affranchi du décalogue, des repères établis, tout au long des siècles, par la civilisation occidentale et chrétienne. Ora et labora, la prière et l’action culturelle : telle doit être notre réponse d’hommes de Foi face aux égarements de la postmodernité. « Malheur à l’insensé qui bâtit sa maison sur du sable ». Depuis le Christ, rien n’a changé. La parole du chrétien doit être celle qui donne du sens, qui revient au réel, qui s’inscrit dans le temps long parce qu’elle s’appuie sur le Christ Roi.

Le 1er juin 1941, le Pie XII rappelait, à l’occasion d’un discours prononcé le jour anniversaire des 50 ans de l’encyclique sociale du Pape Léon XIII Rerum Novarum, que « de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le Bien ou le mal des âmes ». En appelant les baptisés à reconnaître et étendre le règne du Christ ici-bas, l’encyclique Quas Primas redit combien la politique, plutôt que de chercher à construire le paradis sur terre, consiste à endiguer le mal. Et, qu’en endiguant le mal, incontestablement le bien s’en trouve encouragé.

 

mercredi 21 octobre 2020

Annulation événement

Amis pèlerins, 

En raison de la situation sanitaire et des mesures de restriction, nous sommes au regret de devoir annuler notre Journée d'Amitié Chrétienne initialement prévue le samedi 21 novembre 2020.

 

 

vendredi 09 octobre 2020

Ce qu'elle a vu a tout changé : un film au coeur de l'actualité

Unplanned

Jeune étudiante issue d’une famille catholique, Abby Johnson s’engage comme bénévole au Planning Familial américain pour aider les femmes en détresse et défendre leurs droits. Son ardeur, son professionnalisme et sa détermination vont la propulser dans une carrière brillante de directrice de clinique du Planning Familial et porte-paroles du mouvement, jusqu’au jour où tout bascule… après 22 000 avortements pratiqués sous son autorité, elle vit l’expérience d’assister en direct sur un moniteur de contrôle à un avortement par aspiration à la 13ième semaine. La violence de ce qu’elle voit la sort avec la même brutalité de sa méprise sur la vérité de ses combats : de militante des droits de la femme, elle deviendra une pierre angulaire des mouvements pro-vie aux Etats-unis.

De facture très américaine, ce film d’inspiration autobiographique, n’en reste pas moins bouleversant. Il illustre bien les déviations éthiques inévitables d’un droit des femmes aussi biaisé que sacralisé : « un enfant si je veux quand je veux », comme l’exprime parfaitement le titre.

Rien n’est caché au regard du spectateur de la violence de l’acte, les metteurs en scène ont d’ailleurs sollicité parmi leurs acteurs un chirurgien qui avait pratiqué plus de 1000 avortements au-delà du 2ième trimestre de grossesse et une infirmière spécialisée : ce film est destiné à un public d’une certaine maturité, et pour les grands adolescents il nécessite à l’évidence d’être accompagné.

Unplanned incarne parfaitement le paradoxe de la psychologie humaine dévoyée par la certitude et la volonté de faire le bien alors même qu’elle pose des actes intrinsèquement mauvais dont elle n’est même plus consciente, et c’est là bien tout l’enjeu du film.

« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » pourrait résumer Unplanned : Abby Johnson est victime de la manipulation d’autorités politiques à l’idéologie mortifère et au diktat économique qui base toute la captation et l’activisme de ses agents du crime sur le chantage affectif.

Nul ne peut regarder ce film sans penser au Docteur Dor qui nous a quittés cette année : la reconnaissance par la directrice du planning familial  de l’impact des prières et des mobilisations devant les mouroirs infantiles sur le taux de fréquentation des salles d’avortement ne peut que rendre hommage à ce qui aura été le combat de tout une vie pour le Docteur Dor. Ne pas juger les femmes sous emprise mais les accompagner, combattre les instances supérieures seules responsables, sauver les enfants.

En ces jours de vote de l’allongement des délais de l’avortement, ce film est à promouvoir pour réveiller les consciences : il n’est jamais trop tard, le combat doit se poursuivre.

Unplanned, sorti en salle le 1er octobre, disponible en e-billet, ici

 

 

jeudi 08 octobre 2020

J'en avais rêvé, les moines me l’ont donné...

Samedi 3 Octobre, il est 10h, il pleut, il fait froid, je ne sais plus très bien pourquoi j’ai pris cette décision de faire une retraite : est-ce le sentiment d’une dette à honorer pour n’avoir pas marché vers Chartres à la Pentecôte ? Le besoin de fuir une lourdeur ambiante ? La soif d’autre chose ? Deux jours de silence… est-ce vraiment ce dont j’ai envie ?

« Il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » ! L’Abbé Garnier n’y va pas de main morte pour introduire ces deux jours de retraite prêchée sur la sainteté. Nous sommes loin des considérations sur les contraintes sanitaires qui submergent notre quotidien : l’objectif n’est pas ici de prendre soin de soi, mais de prendre soin du Bon Dieu, de le rejoindre dans la confiance qu’Il place en nous pour réaliser ce à quoi Il nous a appelés. C’est tout simplement ça la sainteté : un chemin d’amour, né et enrichi de l’attirance envers Dieu comme source première du Bien, de l’immensité de Sa bienveillance paternelle, de la volonté de faire non seulement ce qui est bon, mais encore mieux, ce qui Lui plait et de fuir le péché comme l’instinct de survie répugne à la maladie.

« Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit » : portables coupés, pas d’internet, ni sms, whatsapp, ni réseaux sociaux, l’on s’abandonne peu à peu… «  Vous êtes reçus ici comme le Christ » nous dit en souriant le Père Hôtelier en ouvrant grand ses bras pour nous inviter à rejoindre pour les femmes et les couples, de jolies petites maisons qui bordent l’abbaye, et pour les hommes qui le souhaitent, l’hôtellerie des moines. Les deux jours seront rythmés par des enseignements entrecoupés d’offices ; le temps est suspendu, en silence nous oscillons entre l’abbatiale, le confessionnal, la librairie, l’atelier de poterie, les enseignements de l’Abbé et la Lectio Divina de Dom Pateau qui témoigne ainsi de son accueil profondément paternel. Soigner l’âme sans négliger le corps : les nuits sont profondément reposantes et les repas savoureux, servis à table en même temps que quelques bonnes vies de saints !

Des enseignements concrets dans un langage très imagé : l’Abbé Garnier semble féru de voiture… « on ne monte pas en voiture pour rester du bon côté de la ligne jaune mais pour avancer, atteindre le but (l’amour de Dieu), avec du carburant (le Saint Esprit), un bon GPS (une conscience chrétienne bien formée dans la lumière de la Vérité), avec un volant (la prudence), une boite de vitesse (la tempérance), des rétroviseurs (la justice), un accélérateur (la force et la patience), un moteur (la charité), des phares (la foi, avec une fonction anti brouillard), des essuie glace (la contrition, la componction et la pénitence), des amortisseurs (l’Espérance théologale pour absorber les chocs), une bonne assurance (la Vierge Marie) et des dépanneurs / panneaux indicateurs, les prêtres ». La finalité et le mode d’emploi sont autrement plus simples et engageants que celui du port des masques et du respect des distances sociales assurant le grade de bon citoyen…

Mais la route est-elle fiable ? L’Eglise est-elle vraiment sainte et donc à suivre malgré tous les scandales qui l’ont éclaboussée, la baisse des vocations, la ruine du culte, la fermeture des églises et le refus de la communion par peur de la maladie…? « Oui !, nous répond l’Abbé, le Christ a promis l’indéfectibilité de l’Eglise mais n’a jamais promis que tous les hommes d’Eglise prendraient les meilleures décisions possibles. L’Eglise est donc bien sainte car son fondateur Jésus-Christ est Saint : elle est sainte par sa doctrine, par son culte, sa loi de charité, de justice et de miséricorde, la sainteté de certains de ses enfants », rappelant les propos de l’Abbé Coiffet : « Ce n’est pas nous qui sauvons l’Eglise, c’est l’Eglise qui nous sauve ». Devant les imperfections de sa gouvernance, il suffit donc de rester lucide sans devenir amer. Le chrétien n’est pas un mouton de panurge mais une brebis du troupeau du Seigneur, et même s’il se doit d’être respectueux, il est libre !  Quelle bouffée d’oxygène que de l’entendre dire …

Les saints français sont ceux de la confiance (Brasillach), les saints du XXIIème siècle seront ceux de l’Espérance. En soldats du Christ (Peguy), sachons être de paisibles insatisfaits, capables de bousculer mais aussi d’accueillir les épreuves comme des purifications pour la vie théologale lorsque les choses ne dépendent pas de nous : la sainteté est un don de Dieu, elle est la confiance absolue dans la plénitude des bienfaits qu’Il nous donne. Pratiquons l’écologie spirituelle en cultivant des zones de sainteté comme nous y invite Benoît XVI : des espaces pour la liturgie, des exercices de piété, des pèlerinages qui sont autant des forces de résistance que des zones de protection et de rayonnement du Bien.

Quel meilleur remède à la morosité que de se retirer du monde pendant 48h pour tourner les yeux vers le Ciel ? Nous étions particulièrement nombreux cette année à tel point que les inscriptions ont été assez vite fermées : le vide anesthésiant que nous imposent nos gouvernants n’y est sûrement pas pour rien. La main de Dieu est omniprésente à Fontgombault : du murmure de ses chants grégoriens à la lumière tamisée de ses vitraux, de la chaleur si paradoxale de ses murs glacés à la douceur paternelle de ses confessions. Tant de grandeur et de simplicité donnent des ailes, celles de devenir saint ! 

Un retraitant