5ème commandement : tu ne tueras pas.

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« On peut tuer par consentement ; vous consentez, en quelque sorte, quand, pouvant empêcher quelque chose, vous ne le faites pas ; si vous vous abstenez de l’empêcher par négligence ou avarice, vous êtes coupable »

Saint Thomas d’Aquin

Le pèlerin, debout, priait ainsi : « Mon Dieu, je te rends grâce de ce que je suis un bon catholique : je vais à la messe, je mets mes enfants dans des écoles libres, je ne trompe pas ma femme ; d’ailleurs, elle ne prend pas la pilule, quant à avorter, jamais ! » (cf. Luc XVIII 11).
Mais le pèlerin ne rentra pas chez lui justifié car « la Sagesse de Dieu a dit : il sera demandé compte à cette génération du sang de tous les innocents qui a été répandu depuis la fondation du monde » (cf. Luc XI 50).

La mort de l’innocent est une offense directe dirigée contre Dieu, seul maître de la vie et de la mort, qu’« Il ne pardonnera pas » (Exode XXIII 7). Mais enfin le pèlerin n’a pas la tentation de tuer ! Il cherche à respecter le cinquième commandement de Dieu, « Tu ne tueras pas », dans son acception évangélique, « celle de pouvoir vivre dans la justice, d’être juste et d’agir avec justice à
l’égard de ceux qui lui sont proches, et même lointains, à l’égard de la communauté, de la société et à l’égard de Dieu
» (Jean-Paul II, 8 nov. 1978).
Pour la coopération avec le mal, définie comme un concours matériel ou moral prêté à une action inique commise par un tiers, la participation n’est pas nécessaire : la coopération peut consister dans la seule omission, celle de ne pas s’opposer à ce mal. Tel est l’avis de saint Thomas d’Aquin : « On peut tuer par consentement ; vous consentez, en quelque sorte, quand, pouvant
empêcher quelque chose, vous ne le faites pas ; si vous vous abstenez de l’empêcher par négligence ou avarice, vous êtes coupable
» (Opuscule IV sur la Charité). D’où la notion de complicité qui a valeur de culpabilité : en droit positif, le complice du crime ou du délit est poursuivi tout comme son auteur.

Le pèlerin est un disciple du Seigneur. Voici l’histoire de l’un de ces disciples, Simon-Pierre : il n’a pas compris, il a rejeté la Passion au moment où Jésus l’annonce : « Non, cela ne t’arrivera pas ! » (Mt XVI 22) Dans ce refus se trouvait en germe le triple reniement de Pierre. Pèlerin, qui n’a pas voulu reconnaître le Christ souffrant dans les enfants avant la naissance, « parmi les autres êtres humains, les plus petits, privés de tout moyen de défense », convertis-toi sur le chemin de Chartres, « pleure amèrement » pour que Jésus puisse ne plus t’appeler « Satan », obstacle « aux pensées de Dieu » ; alors II t’instituera à ton tour pêcheur d’hommes, Sauveteur.

Tu apprendras la vertu de solidarité qui « n’est pas un sentiment de compassion vague ou d’attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes, mais, au contraire, la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous, parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous » (Jean- Paul II, Solicitudo Rei
Socialis, 38). La solidarité — l’inverse de la complicité par passivité — c’est le partage avec notre semblable « que l’on doit faire participer au banquet de la vie, auquel tous les hommes sont également invités par Dieu » (ibid., 39). Par elle, l’enfant encore dans le sein de sa mère « n’est plus seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à tous, mais il devient l’image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ, (…) et on doit être prêt au sacrifice pour lui, même au sacrifice suprême », « donner sa vie pour ses frères »(cf. Jean lII 16) (ibid. 40). Tel est le sens du Sauvetage.

Servir Dieu à travers nos frères, c’est obéir au représentant du Christ, « Voie, Vérité et Vie », par qui seul on va au Père. Or notre Pape Jean- Paul II donne à ses contemporains une unique application du commandement « Tu ne tueras pas » : la résistance à l’avortement. Pour souligner la gravité politique de l’avortement, il n’a pas hésité, en Pologne l’an dernier, à lui donner, au même
titre qu’aux « exterminations systématiques de nations entières » que notre siècle a connues, pour origine « les idéologies démentes », la « légalisation du crime » massif qui revient à prescrire : « Il faut tuer » (4 juin 1991). Et la doctrine de l’Eglise est constante et claire : si la loi injuste viole un droit naturel ou positif divin qui oblige sous peine de péché, « la résistance est un devoir, l’obéissance un crime » (Léon XIII), même s’il s’ensuit de cette résistance une aggravation de la tyrannie ou de grands troubles sociaux.

Aux pèlerins qui ont entendu ici ces paroles, Notre Seigneur adresse cet avertissement : Malheur à vous ! car « pour Tyr et Sidon, il y aura moins de rigueur lors du Jugement que pour vous » (Luc X 14). Il est exact que, pour ceux qui n’auront pas été avertis, il sera plus aisé de demander : « Mais, Seigneur, quand donc nous est-il arrivé de te voir, innocent dans le sein de ta mère, promis à une mort prématurée et atroce, et de ne pas t’avoir secouru ? » Tandis qu’à vous, Il répondra : quand mon Vicaire te l’a dit, quand, fidèle à l’enseignement de celui-ci, l’aumônier du Pèlerinage te l’as répété, et tu n’as pas fait de Sauvetage (cf. Mt XXV 44).
O pèlerins, combien de temps encore faudra-t-il vous supplier, pour qu’enfin, vous cédiez à l’usure, comme le juge inique (Luc XXVIII 5) : car depuis dix-sept ans nous avons l’oreille dure !
Priez, pèlerins de Notre-Dame, qu’elle vous donne la force de faire « tout ce qu’il vous dira » ; de puiser sur cette route l’eau de la grâce, que vous boirez en vin de souffrance, embrasée pour les enfants menacés d’avortement : « les plus pauvres d’entre les pauvres » sont le trésor de l’Eglise, puisez à pleines mains dans ce trésor, en la servant par le Sauvetage ; c’est dans la gloire de Dieu qu’ils vous rendront riches.