Appel de Chartres n°242 : Il y a 500 ans, « Exurge Domine », la condamnation de Luther

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Chers Pèlerins,

« Exsurge Domine, Levez-vous, Seigneur » ! C’est par ces mots que commence la bulle du pape Léon X dont nous fêtons cette année le 500e anniversaire. Texte qui reste d’une actualité brûlante, car certaines confusions sont toujours vivaces.


1. Petit rappel historique 

Le sous-titre latin d’Exsurge Domine est clair : Bulla contra errores Martini Lutheri et sequacium – contre les erreurs de Martin Luther et de ses disciples. La bulle ne condamnait pas toutes les 95 propositions de Luther mais exigeait qu’il retire ses erreurs concernant 41 points précis. 

Le temps alloué expire le 10 décembre 1520, jour où Luther brûle publiquement sa copie de la bulle. En accomplissant ce geste, il affirme que le pape était lui aussi condamné. En réaction, Léon X publie, le 3 janvier 1521, la bulle Decet Romanum Pontificem qui excommunie Luther.

Ainsi débute la révolte de Luther : contre le Pape et l’Église, contre le culte des saints et surtout contre l’Eucharistie. Luther s’écrie : « Quand la Messe sera renversée, nous aurons renversé la papauté » (Werke, t. X sec. II). Ainsi débute le protestantisme et la négation de la présence réelle dans l’Eucharistie.

Curieusement, un groupe de dialogue luthéro-catholique demande en 1989 l’abrogation officielle de l’excommunication (à laquelle les luthériens ne croient pourtant pas…). Le 6 juin, le Pape Jean-Paul II répond aux luthériens, lors d’une visite le Danemark : « Les événements entourant Luther ont laissé des blessures qui n’ont pas encore guéri après plus de 450 ans et qui, aujourd’hui encore, ne peuvent pas être guéris par un acte juridique. Selon la compréhension de l’Église catholique romaine, toute excommunication prend fin avec la mort d’une personne, car cela doit être considéré comme une mesure contre une personne au cours de sa vie »

Luther est conscient du mouvement de rébellion contre l’Église qu’il a lancé : « Je dois confesser que mes doctrines ont produit de nombreux scandales. Oui, je ne peux le nier : souvent cela m’épouvante, spécialement quand ma conscience me rappelle que j’ai détruit la situation en place de l’Église, si calme et si tranquille sous la papauté » (Lettre à Zwingli).

2. Est est, non non

Inutile de le cacher : on peut multiplier les « groupes d’étude », de « réflexion », les dialogues, les rencontres, les symposiums. L’Eucharistie demeure et demeurera toujours un point de séparation définitive entre catholiques et protestants

  • Ainsi que les autres sacrements, en particulier le sacrement de l’ordre, la prêtrise, chose inconnue chez les protestants, chez qui il n’y a ni prêtre, ni évêque. Même si certains laïcs protestants s’habillent de cette façon,
  • Ainsi que le culte des saints, de la sainte Vierge en particulier, 
  • Ainsi que la hiérarchie catholique, la primauté et l’infaillibilité de l’Église, etc. 
  • Ainsi que la pseudo-prédestination, etc.

Soyons honnêtes : sur ces sujets fondamentaux pour les catholiques, tout nous sépare.

En ce qui concerne la présence réelle par transsubstantiation, dans la sainte hostie consacrée par le prêtre, de Notre Seigneur Jésus-Christ, Corps, Sang, Âme et Divinité, les positions sont absolument irréconciliables : 

  • Soit on y croit et on est catholique, 
  • Soit on n’y croit pas et on est protestant.

Cela n’a pas empêché de maladroites tentatives qui butent toutes et buteront toujours sur cette évidence. 

3. Le temps des illusions

Difficile ici de ne pas citer Mgr Bugnini, dont Paul VI fait en octobre 1963 son théologien personnel et qu’il nomme président de la Commission spéciale pour la réforme de la liturgie. 

Bugnini publie cette incroyable déclaration dans l’Osservatore Romano, le 19 mars 1965 : « Nous devons dépouiller nos prières Catholiques et la Liturgie Catholique de tout ce qui pourrait représenter l’ombre d’une pierre d’achoppement pour nos frères séparés, c’est-à-dire pour les Protestants ».

Rappelons que 6 protestants participeront à la commission de réforme conduisant à la nouvelle messe. 

On en connaît le résultat, très semblable aux cérémonies protestantes : orientation de l’autel, plus de croix ni de tabernacle sur l’autel, suppression de l’offertoire, communion dans la main, etc.

Le document Institutio generalis Missalis Romani du 3 avril 1969 qui présente la nouvelle messe ne mentionne pas une fois le mot Transsubstantiation. La ‘présence réelle’ n’est évoquée que dans une note ! La définition de l’article 7 est même inouïe :

« La Cène du Seigneur ou Messe est la synaxe sacrée ou le rassemblement du peuple de Dieu sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur ».

Tout y est : négation du sacrifice, de la transsubstantiation et du sacerdoce du prêtre. C’est un texte parfaitement protestant, si controversé qu’il sera remanié par le Vatican en mai 1970.

4. La stupeur

Converti, avec sa sœur, du protestantisme, l’écrivain julien Greene découvre la nouvelle messe : « Ce que je reconnus était une imitation assez grossière du service anglican qui nous était familier dans mon enfance. Le vieux protestant qui sommeille en moi dans sa Foi catholique se réveilla tout à coup devant l’évidente et absurde imposture et, cette étrange cérémonie ayant pris fin, je demandai à ma sœur : ‘Pourquoi nous sommes-nous convertis ?»

Choquée par la nouvelle messe, Agatha Christie écrit au pape et obtient en 1971 une autorisation de la Messe catholique traditionnelle en Angleterre et Pays de Galles (surnommée « l’indult Agatha Christie »). La célèbre romancière était pourtant… protestante !

On sait le vent de folie qui s’est parfois emparé de certains, dans les années qui ont suivi l’introduction de la nouvelle messe.


5. Le besoin d’une « réforme de la réforme »

Heureusement, dans les années 1990, le vent a tourné. Les abus, voire les folies, sont dénoncés, mais il existe toujours des extrémistes résiduels qui poursuivent leurs chimères. 

La crise de l’Église, la brutale chute de vocations et de la pratique religieuse, surtout en Occident, est trop visible pour ne pas faire réfléchir.  A Rome est évoquée de plus en plus ouvertement l’idée d’une « réforme de la réforme liturgique ».

Le Cal Ratzinger publie en 2002 un ouvrage au retentissement mondial, « L’esprit de la Liturgie », qui ouvre le débat des nécessaires révisions de la nouvelle messe. Il récidive en mai 2003 avec un nouvel ouvrage sur l’Eucharistie : « Un Dieu intime ». Il y écrit : « dans la crise de la Foi que nous traversons, le point névralgique devient de plus en plus une célébration correcte et une bonne compréhension de l’Eucharistie (…). Aujourd’hui, nous courons le risque que nos églises deviennent des musées ».

A cette même date, en mai 2003, est publiée l’encyclique de Jean-Paul II, « Ecclesia de Eucharistia » qui réaffirme que la Messe est au cœur de la vie de l’Eglise. Elle dénonce les « pratiques eucharistiques contraires à la discipline », les « innovations non autorisées et souvent de mauvais goût » : « les abus n’ont pas manqué et ils ont été des motifs de souffrance pour beaucoup ».

Plus récemment, en mai 2016, dans une interview dans Famille Chrétienne, le Cardinal Sarah invite appelle les prêtres à célébrer la messe face à Dieu. Plusieurs citations sont explicites : 

« La liturgie est en danger »

« L’homme cherche à prendre la place de Dieu »

« La liturgie risque de devenir un simple jeu humain » 

« Beaucoup de nos liturgies deviennent des spectacles » où le prêtre ne célèbre plus « l’amour du Christ à travers son sacrifice », mais « une rencontre entre amis, un repas convivial, un moment fraternel »  

Principale dérive de la liturgique actuelle, selon le cardinal Sarah : « la position du prêtre tourné vers le peuple », qui fait parfois de l’assemblée une «communauté refermée sur elle-même» et non plus «ouverte, ni vers le monde à venir, ni vers le Ciel». Le prêtre ne doit pas être « le centre, le protagoniste principal de la célébration eucharistique, car les fidèles ne sont pas venus pour parler au prêtre mais à Dieu ».

Pour « replacer Dieu au centre de la liturgie, le meilleur moyen est certainement de célébrer – prêtres et fidèles – tournés ensemble dans la même direction : vers le Seigneur qui vient». 

Le cardinal dénonce les mauvaises interprétations du Concile Vatican II qui « n’a jamais demandé de célébrer face au peuple » et encore moins n’en a fait une obligation.

6. Et demain ?

On ne compte plus les commentaires qui vont dans le même sens.

Où est passé le « printemps de l’Église » ? Dans de nombreux pays autrefois catholiques, dont la France, tous les indicateurs : baptêmes, mariages, ordinations, pratique, confessions sont au rouge.

Benoît XVI a été clair : « La cause la plus profonde de la crise qui a bouleversé l’Église réside dans l’obscurcissement de la priorité de Dieu dans la liturgie ».

On aimerait que tout cela soit du passé. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Les progressistes et modernistes ne renoncent pas à leurs chimères, dans leur aveuglement, ils en veulent encore plus. Les nouvelles du synode allemand, comme beaucoup d’autres signes négatifs sont sous nos yeux : messes scandaleuses, Pachamama, intercommunion (actuellement hebdomadaire, quoiqu’interdite), campagnes pour l’ordination de femmes (pourtant définitivement impossible), ‘bénédiction’ d’homosexuels, etc. 

Du fait de ces nouvelles attaques, dans un futur proche, dès l’an prochain sans doute au terme du synode allemand, l’Église catholique va devoir affronter une crise en son sein. Et devra rappeler les vérités à propos de l’eucharistie, de la transsubstantiation et de la présence réelle. 

Mgr Schneider demande même un nouveau Syllabus.


Exsurge Domine va redevenir d’actualité !

Hervé Rolland