Commentaire de la parabole de l’enfant prodigue

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Ne cherche pas à être libéré en t’éloignant de la maison de ton Libérateur

L’enfant prodigue s’éloigne de son père Dieu est le père de l’homme à deux titres : celui de la Création, celui de la filiation adoptive par la Grâce. En s’éloignant de son Père l’homme moderne a d’abord, semble-t-il, voulu dissocier l’ordre de la nature de l’ordre de la Grâce. Pie IX disait : « ces hommes détruisent absolument la cohésion nécessaire qui, par la volonté de Dieu, uni l’ordre naturel et l’ordre surnaturel. »

L’homme moderne, en s’éloignant de son Père s’est d’abord éloigné de l’ordre surnaturel. « L’esprit moderne, c’est la revendication du droit acquis ou inné, de vivre dans la pure sphère de l’ordre naturel » (2) « La question de religion positive n’étant qu’une affaire de choix et de goût, l’Etat tout en assurant aux citoyens qui appartiennent à un culte quelconque la liberté de le suivre, doit pour sa part, exercer le sacerdoce de l’ordre naturel, et poser l’éducation nationale, l’enseignement des lettres, de l’histoire, de la philosophie, de la morale, en un mot toute la législation et toute l’organisation sociale, sur un fondement neutre ou plutôt sur un fondement commun, et résoudre ainsi en dehors de tout élément révélé le problème de la vie humaine et du gouvernement public. C’est ce que le jargon du jour nomme l’Etat laïc, la société sécularisée » (3).

Mais l’homme moderne ne pouvait pas s’éloigner de l’ordre surnaturel sans s’éloigner du Christ. Malgré l’avertissement si profond de Saint Augustin : « Ne cherche pas à être libéré en t’éloignant de la maison de ton Libérateur. » (4)

Parlant de la vocation de Fille aînée de la France, le Cardinal Pie cite le Commentaire de Saint Ambroise sur la Parabole de l’Enfant prodigue : « qui se a Christo separat exsul est patriae » « Celui-là s’exile de sa Patrie qui se sépare du Christ. » Et il ajoute : « la France est originairement et substantiellement chrétienne : aucune révolution ne changera sa nature, sa constitution, son tempérament, sa mission, son histoire, sa destinée, ses aspirations. » (5). Il faut lire à ce propos, la longue mais si intéressante citation de Monseigneur Freppel que fait Jean Ousset dans Pour qu’il règne : « La Révolution c’est la société déchristianisée…. C’est en 1789 qu’a été accompli dans l’ordre social un véritable déicide. » (6)

Et l’Enfant prodigue moderne s’éloignera encore plus : sa liberté va s’éloigner encore plus de la vérité et il va perdre jusqu’au sens de la loi naturelle. Veritatis Splendor que l’on a pu comparer avec justesse et sans exagération, au Syllabus parle admirablement de ce divorce consommé entre la liberté et la Vérité et indique très justement que ce n’est que l’effet d’un divorce plus profond entre foi et Morale (N° 88).

Le retour de l’Enfant prodigue à son Père, de la liberté à la Vérité, viendra-t-il de l’excès du mal? Le peuple qui passe pour le plus intelligent de la terre le four où se cuit le pain intellectuel de la chrétienté », la nation « éducatrice des peuples ») s’abrutit comme l’Enfant prodigue dans la luxure. Aura-t-il un sursaut de fierté et de dignité? Oui, parce qu’une grande misère appelle une grande miséricorde. Oui, aussi, parce que « ceux qui attendent et ceux qui redoutent le rétablissement de l’Ordre chrétien dans le monde sont d’accord pour ne le juger possible et réalisable que par la France »(7). Oui, parce que la véritable liberté politique n’est pas possible sans la religion catholique :

« La religion catholique est deux fois mère de liberté, parce qu’elle rappelle au pouvoir qu’il n’est pas illimité, parce qu’elle rappelle aux sujets qu’ils ne sont pas esclaves, étant fils de Dieu. Elle peut et elle peut seule conjurer l’absolutisme des princes et la servitude des peuples. Elle peut et elle peut seule rendre le pouvoir mesuré et l’obéissance fière. Hors d’elle, l’autorité n’est tempérée que par les révolutions toujours faciles contre un seul, difficiles contre une oligarchie tyrannique »(8)

Notre rôle dans ce « grand Retour » est de faire de nous des saints rapidement (9) et d’être missionnaires : « si nous remettons Jésus-Christ dans les cœurs, un à un, toute la Société sera conquise à Lui » (Saint Pie X). Le Saint Père a puisé cette pensée-la comme beaucoup d’autres dans le Cardinal Pie (« le Cardinal Pie c’est mon maître ») qui disait : « replaçons Jésus-Christ dans les cœurs et la chose publique ne restera pas longtemps athée ».

Abbaye Notre-Dame de Fontgombault

(1) – Pie IX cité par le cardinal Pie, Oeuvres, Tome V, page 40
(2) – Cardinal Pie , Oeuvres, Tome V, page 41
(3) – – Id – Ibid – page 47
(4) – En. in Ps. XCIX, 7, cité in Veritatis Splendor N° 87
(5) – Cardinal Pie, Oeuvres, Tome V, page 183.
(6) – Cité page 223 à 226.
(7) – Cardinal Pie, cité in : la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ d’après le Cardinal
Pie par le Père Théotime de Saint-Just, page 423.
(8) – Dom Delatte in Dom Guéranger, Tome II, page 67
(9) – Jean-Paul II, en l’église Saint Pie V à Rome, le 28 octobre 1979. Tout le discours est d’un
intérêt brûlant et n’a probablement pour cette raison, jamais été traduit en français!