CULTURE DE VIE – CULTURE DE MORT

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Les deux premiers textes de ce livret ont été rédigés avec le souci de ne pas se recouvrir. Le premier vise à dégager des définitions à partir de la description des affrontements entre culture de vie et culture de mort.
Le second développe l’aspect doctrinal des questions mises en évidence dans cet affrontement.

Que la mort rôde autour de nous, ce n’est pas nouveau : « le diable, votre adversaire, comme le lion furieux, rôde à la recherche d’une proie à dévorer », chante-t-on aux complies. Aujourd’hui, une dégradation générale des mœurs conduit à un niveau de décadence peut-être jamais atteint. On assiste à une banalisation, voire une « normalisation » de tous les péchés capitaux et là réside la « culture de mort ».

Mais, comment ne retenir que ce constat, au lendemain notamment des Journées Mondiales de la Jeunesse ? Comment ne pas voir tous ces foyers, tous ces noyaux où se trouvent, prêtes à germer, les graines d’une résurgence d’une culture de vie ? Dans les broussailles et dans les ronces, des bourgeons sont toujours prêts à éclore. C’est à leur donner de la lumière que nous devons nous attacher. Si la
culture de mort se complaît dans les ténèbres, la culture de vie exige cette lumière.

« Conduisez-vous en enfants de lumière »,

rappelle Jean-Paul II, citant l’épître aux Éphésiens (5, 8)1.

LES AFFRONTEMENTS ENTRE LA VIE ET LA MORT

Avant de dégager ce que comporte cette recommandation de Saint-Paul, nous commenterons brièvement quelques exemples d’affrontements entre culture de vie et culture de mort. Répétons-le, ce tableau ne doit pas cacher les « signes positifs » (E.V.26) de réaction. Même s’ils n’expriment parfois qu’un sentiment de lassitude, ils traduisent un réel besoin de réflexion nouvelle qu’il serait criminel de ne pas nourrir.

Nous vivons dans une atmosphère « irréelle », une atmosphère de mensonge. Tout le monde s’amuse, la radio diffuse rires et chansons ; la télévision présente des amuseurs de service, des comédiens au rire préenregistré. Mais tout cela ne fait que masquer une pulsion de mort et l’expression de cette pulsion est multiforme. C’est bien d’une culture de mort qu’il s’agit. Elle recouvre l’ensemble des « valeurs », des attitudes, des prises de position littéraires, philosophiques, légales, judiciaires qui sont de nature à conditionner ou orienter les comportements – privés ou collectifs – vers le refus de la vie ou plus simplement vers la mort. Tous les aspects de la civilisation sont touchés. Nous assistons à une véritable conspiration, une conjuration contre la vie.

Elle est diabolique, œuvre de Satan, qui fut homicide dès le commencement (Jean 8,24).

« La voix du sang de ton frère crie vers moi du sol » (Genèse 4, 10)2.

Aujourd’hui, cette voix devient clameur. Il est impossible d’énumérer, de façon exhaustive, la longue série des menaces déclarées ou insidieuses contre la vie humaine. Avant d’annoncer son intention de concentrer son attention sur les attentats contre la vie naissante et la vie à ses derniers instants (EV 11), le pape évoque notamment la violence faite à la vie des enfants victimes de la misère
et de la malnutrition, la violence inhérente à un certain commerce des armes, la propagation de germes de mort par la dégradation inconsidérée d’équilibres écologiques, la diffusion criminelle de la drogue, les comportements sexuels non seulement moralement inacceptables mais comportant de grands dangers pour la vie.

Les cinq illustrations que nous avons retenues montrent que la culture de mort s’étend en effet largement au-delà des comportements directement liés au 4ème Commandement de Dieu : « tu ne tueras pas ! ».

  • Avec le PACS et la « normalisation de l’anormal » par la reconnaissance d’un droit à l’homosexualité, on assiste à une entreprise mortelle de destruction physique et spirituelle de notre civilisation. C’est l’expression d’une tendance suicidaire profonde. Nous n’envisageons pas ici l’acte individuel en matière de sexualité mais la portée symbolique de sa reconnaissance sociale. Elle entraîne le déclin du modèle familial traditionnel, fondé sur le mariage, base de la fécondité d’une société, ainsi capable de vivre et de se renouveler.
  • Evelyne Sullerot, intitulait récemment un article : « Drogue, une idéologie mortifère ».
    Qu’elle soit dure ou douce, la drogue conduit à la dépendance, l’atténuation de la conscience, l’élimination de la volonté et de la liberté personnelle, sans parler de la déchéance, éventuellement de la mort par overdose. Elle efface les capacités de créativité et d’inventivité, la corruption des mœurs et des institutions. La toxicomanie est un symptôme du mal de vivre, de la peur de l’avenir, d’une fuite dans une vie illusoire et facile, d’une sorte de démarche de libération de soi-même. Il y a dans cet état une fascination pour l’autodestruction. Ce qui se joue dans la drogue est bien le sens de la vie. Elle est la manifestation d’une morale sans espérance. Or, la vie est chevillée à l’espérance.
  • La mentalité contraceptive est un des facteurs particulièrement graves de la culture de mort.
    Avortement et contraception sont « comme les fruits d’une même plante » (E.V. 13) qui s’enracine dans une mentalité hédoniste et de déresponsabilisation en ce qui concerne la sexualité, dans une conception égoïste de la liberté. La vie qui pourrait naître de la relation sexuelle devient l’ennemi à éviter absolument et l’avortement devient l’unique réponse possible et la solution en cas d’échec de la
    contraception (E.V. 17).

    Il faudrait ici mettre en évidence la pression qu’exercent à l’échelle mondiale, les courants néo-malthusiens, employant à des fins utilitaristes, nombre de faux prétextes (surpopulation, écologie, faim dans le monde…).
  • La procréation artificielle, déguisée sous le titre de procréation médicalement assistée, fournit également un exemple de ces affrontements de la vie et de la mort. Nous ne pensons pas seulement aux centaines de milliers d’embryons détruits par ces procédés. Nous voulons retenir l’aspect « artifice ». Il évoque la technique et fait passer du domaine de la fécondité qui caractérise la vie à celui du rendement, ouvrant notamment la porte à l’eugénisme. La vie ne peut alors être accueillie qu’à certaines conditions. En ne cherchant que l’efficacité, on tue l’amour. Or une activité humaine n’est jamais légitime en raison de son efficacité mais de sa finalité et dans la finalité il y a
    toujours l’amour. Sinon il n’y a plus qu’une activité technique de robot. La vie devient un « matériau que l’on gère ». On assiste à la réification de la personne. L’embryon devient comme une fleur artificielle… mais ces fleurs sont sans vie.
  • La dernière illustration que nous retiendrons tient aux multiples tentatives de déracinement auxquelles nous nous trouvons soumis. Elles visent à transformer la conscience des hommes et des femmes pour qu’ils renoncent peu à peu à toutes les habitudes, toutes les croyances, toutes les conduites qui ont guidé leur vie jusqu’alors, pour rejeter tout ce qui fait obstacle à l’organisation d’une cité nouvelle. Relèvent de cette stratégie non seulement les attaques contre la famille, mais celles contre la patrie. Transformer les citoyens en apatrides encasernés, les priver de leur identité, c’est tenter d’interrompre l’épanouissement de leur vie.

    Le déclin de la famille fondée sur le mariage et, par là, le tarissement de la fécondité, la tentation de l’autodestruction faute d’espérance, la mentalité hédoniste, détournant la sexualité de sa finalité, l’égoïsme, l’utilitarisme, le déracinement conduisant à la chosification de la personne – et nous aurions pu multiplier ces illustrations – caractérisent la perte du sens de la valeur de la vie. On notera que l’on trouve ici en quelque sorte une manifestation des péchés capitaux « pratiqués » collectivement.
    Il faut notamment insister sur l’orgueil, à l’origine d’une fausse conception de la liberté. Il y a dans la culture de mort une volonté de révolte. Or esprit de révolte ou esprit de destruction c’est tout un. Les anarchistes espagnols en 1936 s’écriaient « vive la mort ! ». Avant eux, on avait entendu de tels cris lors de la Révolution française. Cette « religion de la mort » est à lier à la haine de Dieu. L’œuvre du Créateur c’est la vie et l’ordre naturel qui la protège et la rend possible. La Révolution veut remplacer cet ordre, détruire cette œuvre et la remplacer par celle que l’homme ne croit devoir qu’à lui-même.

LA CULTURE DE VIE

La défense de la vie s’inscrit ainsi dans un contexte très général, elle ne se limite pas, comme on le croit trop souvent, à une lutte contre l’avortement ou l’euthanasie. La culture de vie oppose lumière à ténèbres, fécondité à stérilité, liberté à esclavage et mensonge, harmonie et cohérence à haine et révolte, force à violence. Cette culture a une logique et « cette logique ne se partage pas, on l’accepte tout entière, écrit Mgr Bouchex, ou alors une brèche est ouverte qui ne peut conduire qu’à un enchaînement de mépris de la vie». On comprend que Jean-Paul II invite à un «tournant culturel» (E.V. 95 à 100).
« En face d’une culture qui se présente comme détachée non seulement de la foi chrétienne mais même des valeurs humaines, comme aussi devant une certaine culture scientifique et technologique impuissante à fournir une réponse à la demande de vérité et de bien qui brûle dans le cœur des hommes, l’Église a pleinement conscience qu’il est urgent, du point de vue pastoral, de réserver à la culture une attention toute particulière… la rupture entre Évangile et culture est sans doute le drame de notre époque » (Christi fideles laïci, n° 44).

« Dans la situation actuelle marquée par un affrontement dramatique entre la culture de vie et la culture de mort, il faut développer ce sens critique aigu permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques » (E.V., 95).

Ces valeurs sont d’abord celles de l’ordre naturel, dont la loi est exprimée par les dix commandements de Dieu, éclairés par les béatitudes et dont la pratique requiert les vertus cardinales.
Ces besoins sont liés à la nature de l’homme, composé d’un corps et d’une âme. C’est le propre de la mort de séparer – pour un temps – corps et âme. Une culture de vie doit satisfaire les besoins de cette âme, « forme » du corps, ceux notamment qu’énumère Simone Veil au premier chapitre de son livre « L’enracinement » : l’ordre, l’obéissance et le châtiment, la responsabilité, l’honneur, le risque et la
sécurité, la vérité.

Aux idéologies qui servent de support à la culture de mort, il faut opposer le réalisme de la culture chrétienne.

Et puis ce tournant culturel exige la formation des consciences au sujet de la valeur de la vie humaine. Il est indispensable de redécouvrir le lien entre la vie et la liberté. Il n’y a pas de liberté véritable (c’est-à-dire déterminée par la vérité) là où la vie n’est pas accueillie ni aimée. Il n’y a pas de vie en plénitude sinon dans la liberté. Vie et liberté sont liées par l’amour qui donne le sens le plus authentique à l’une et à l’autre.

Il faut que l’homme reconnaisse sa condition de créature, qui reçoit de Dieu l’être et la vie comme un don et comme une tâche. Même faible et souffrante, la vie humaine est toujours un don magnifique de Dieu. Elle est toujours un bien parce qu’elle est une manifestation de Dieu. A ce titre, elle est inviolable. Chaque conscience en a l’intuition mais la vérité complète sur cette valeur n’est connue qu’à partir de la personne même du Christ. « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Il faut que l’homme ait conscience de son devoir de promouvoir la vie.
« Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-là ».

Enfin, l’Évangile de la vie est pour la cité des hommes (E.V., 101). Il ne peut y avoir de renouvellement de la société sans une action en faveur de la vie. Cette action est essentielle pour la réalisation du Bien commun, dont la paix est la première condition. « Si tu veux la paix, défends la vie » (Paul VI). Dans notre volonté de restauration d’une chrétienté, ce souci doit guider notre action.
D’une part, il ne peut y avoir de dissociation entre la foi chrétienne et ses exigences à l’égard de la vie, d’autre part les modes d’action eux-mêmes ne sont pas indifférents : c’est à une « revitalisation » de notre société que nous devons travailler.

ACTION FAMILIALE ET SCOLAIRE

Notes :
1 Evangelium Vitae n° 95 à 100 (dans la suite de ce texte, les références à cette encyclique seront notées par les abréviations E.V.)
2 Titre du chapitre 1 de « Evangelium vitae »