De la nécessité de l’apologétique et de ses obstacles
Par monsieur l’Abbé Vernier
Après avoir défini l’apologétique dans le numéro précédent, il convient ici d’en manifester la nécessité et ses principaux obstacles.
L’apologétique : une discipline devenue obsolète ?
À en croire son abandon depuis les années 1960 dans le monde catholique, on pourrait se demander si cette matière est toujours utile.
Pour répondre à cette interrogation, il nous faut nous arrêter sur le lien entre l’apologétique et la Révélation, dont l’Église a en exclusivité le dépôt et pour mission de la transmettre à tous.
L’apologétique implique l’objectivité de la Révélation
L’apologétique, ou défense de la Révélation aux yeux de la raison, implique que la foi ne soit pas définie comme une simple expérience personnelle qui, par nature, ne pourrait pas être transmise. En effet, on témoigne d’une expérience, mais on ne la communique pas comme un savoir. Or la foi est une vertu théologale infusée par Dieu dans l’intelligence pour la proportionner à un savoir révélé, objectif et communicable. L’objet de la foi étant immuable et connaissable de tous, la discipline en charge de manifester sa crédibilité ne saurait donc perdre sa raison d’être.
Si la vertu de foi demeure surnaturelle, impliquant le don de la grâce et la réponse libre de son bénéficiaire, elle ne peut s’obtenir à force de raisonnement. Sa réception par un adulte implique cependant qu’elle ne soit pas perçue comme contraire à la raison.
Le zèle apostolique implique le désir de se former
Qui veut évangéliser doit s’interroger sur les obstacles à l’adhésion à la Révélation. Ces obstacles sont aussi bien d’ordre intellectuel que d’ordre moral.
Pour ce qui est des obstacles d’ordre moral, seule la prière peut permettre d’obtenir de Dieu la conversion du cœur de celui qui refuse de considérer sérieusement son origine, sa destinée et le moyen d’y parvenir : la pratique de la vraie religion.
Pour les obstacles d’ordre intellectuel, il appartient à l’évangélisateur de savoir rendre compte de sa foi et de son caractère raisonnable, par l’apologétique.
Quiconque pratique la charité fraternelle désire le salut des âmes de ceux qu’il côtoie et donc qu’ils professent la foi de l’Église, ce qui implique que leur en soit manifestée la crédibilité.
L’apologétique est par nature polémique
Ce qui explique probablement l’abandon de l’apologétique de la part de beaucoup de catholiques, c’est tant le subjectivisme ayant fait de la foi un sentiment, que le relativisme conduisant à relativiser la profession de la foi ou la nécessité d’appartenir à l’Église pour se sauver.
Pourtant, si Dieu est Dieu, alors toutes les religions sont fausses ou une seule est vraie, Dieu ne pouvant ni se tromper ni nous tromper. Tel est le fondement rationnel de ce dogme : « Hors de l’Église point de salut », le salut ne pouvant provenir d’autres religions, par nature fausses, que du catholicisme.
Faire de l’apologétique n’a de sens que pour celui qui ne relativise pas ces paroles du Christ : « celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16,16), et pour celui qui est libre du regard du monde, ne craignant pas le dédain attaché aujourd’hui à l’idée même de vérité devenue polémique.