Être un bon Samaritain pour le salut de notre prochain

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Par le Père François de Sales OSB 
Aumônier des Chapitres Sainte Madeleine et Saint Lazare

Imaginez donc, mes chers amis, que vous voyez une personne se faire renverser par une voiture sous vos yeux, que la voiture fuit et que la personne reste à terre blessée : vous êtes tenu, sous peine d’être condamné pour un délit de « non-assistance à personne en danger », à secourir cette personne, même si vous allez rater un rendez-vous très important chez un médecin que vous avez réservé depuis neuf mois.

Cet article de la loi française, déjà bien sévère, sera repris en quelque sorte par Notre Seigneur lors du Jugement général à la fin des temps, mais avec une aggravation bien plus importante des peines :

« Allez-vous-en loin de moi, les maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli ; nu, et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. » (Mt 25, 41-44)

Qui d’entre vous ne connaît cette fameuse parabole du bon Samaritain ? Qui d’entre vous n’a été touché par cette belle figure du bon Samaritain se penchant sur ce pauvre blessé ?

Mais qui d’entre vous a pensé que les blessures de ce pauvre homme n’étaient peut-être pas que corporelles ? Bien sûr, si l’on prend cette parabole dans son sens littéral, il s’agit bien de blessures physiques, mais connaissant Notre Seigneur, il est fort possible qu’Il veuille aussi et surtout appliquer cette parabole au sens spirituel. N’est-Il pas venu sur la terre bien plus pour sauver nos âmes que pour guérir nos corps ? Aussi, il ne fait aucun doute qu’Il veuille que nous soyons aussi et surtout de bons Samaritains pour le salut de l’âme de notre prochain. C’est ce que j’aimerais voir avec vous maintenant.

Vous avez tous, j’imagine, entendu parler du délit de « non-assistance à personne en danger ». Pour ceux qui ne l’auraient plus clairement en tête, le voici :

« Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours. »

Oh, bien sûr, nous ne pouvons pas évangéliser la terre entière, mais ce n’est pas ce que nous demande Notre Seigneur. Il demande que nous soyons apôtres avant tout auprès de notre prochain : celui que nous côtoyons régulièrement au travail, dans notre voisinage, dans notre club de sport, dans nos amis et même dans notre famille.

Je me rappelle d’une jeune animatrice du Chapitre Sainte Madeleine qui pleurait après une conférence que j’avais donnée sur l’importance d’être apôtre. Je lui demandais alors pourquoi elle pleurait :

« Mais mon Père, je n’arriverai jamais à convertir toute ma classe… »

« Mais ce n’est pas ce que te demande le Bon Dieu… mais est-ce que tu as une ou deux bonnes amies ? »

« Oui, oui mon Père. »

« Est-ce que tu leur as déjà parlé du Bon Dieu ? »

« Oui, j’ai essayé. »

« Eh bien, tu vois, tu as été apôtre. C’est cela qu’il faut continuer à faire. »

Oui, mes chers frères, ce sont ceux qui sont proches de nous que le Bon Dieu veut que nous aidions en priorité à se convertir. C’est pourquoi Notre Seigneur insiste dans l’Évangile sur le mot prochain, celui qui est proche de nous, celui qui est sur notre chemin. Et Il nous dit clairement dans cet Évangile que pour être sauvé il faut l’aimer ; or il n’y a pas de plus grand amour que de travailler à son salut, à son bonheur éternel.

Courage donc, mes frères, soyons de bons Samaritains envers notre prochain, cela pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes… et aussi de la nôtre !

Oui, Notre Seigneur ne plaisante pas avec la charité fraternelle. Mais remarquez bien qu’il ne s’agit là que de manquements touchant le corps de la personne : ne pas lui donner à manger, à boire, ne pas le vêtir… Mais imaginons maintenant ce qu’il en serait pour des manquements concernant non plus le corps mais l’âme du prochain.

Une âme n’est-elle pas infiniment plus précieuse qu’un corps ? Le salut éternel infiniment plus important que la santé physique ? Si donc Notre Seigneur est si sévère pour une non-assistance à une personne en danger corporel, combien sera-t-Il encore plus sévère pour une non-assistance à une personne en danger spirituel ?

Il risque fort alors de nous dire au jour du jugement final :

« Allez-vous-en loin de moi, les maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car je travaillais avec vous au bureau et j’avais faim de vérité et vous ne m’avez pas parlé de Dieu, par respect humain. J’étais votre voisin et j’avais soif de Dieu et vous ne m’avez jamais abreuvé de sa parole, ni même dit que vous étiez chrétien. J’étais nu, sans vertus, et vous m’avez laissé croupir dans mes vices pour ne pas avoir d’histoire. »

Vous comprenez dès lors, mes frères, ces paroles de saint Charles de Foucauld :

« Tout chrétien doit être apôtre. Ce n’est pas un conseil, c’est un commandement, le commandement de la Charité. »

Comment, en effet, ne pas brûler du désir de sauver les âmes quand on sait que la vie se terminera avec certitude soit par le bonheur éternel, soit par le malheur éternel ? Il n’y aura pas de milieu comme sur cette terre, et ce sera pour l’éternité. C’est tout simplement une question de foi… mais avons-nous vraiment la foi ? Là est peut-être finalement la question qu’il faut nous poser.

Beaucoup de saints étaient hantés par cette question du salut de leur prochain : je pense tout spécialement à saint Dominique, au saint Curé d’Ars, au Père Muard, mais aussi à Carlo Acutis, qui vient d’être canonisé.