Homélie de la messe d’action de grâce du 16 juin 2022

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Action de grâce pour ce pèlerinage « sous l’effort et la tempête »…

Remerciement au Père Biaggi, curé de Ste Odile, pour son accueil bienveillant et paternel. Remerciement aux abbés Maître et de Massia. L’un représente les aumôneries des équipes soutiens, que je souhaitais mettre à l’honneur cette année. L’autre représente l’avenir proche de l’aumônerie générale ! Je n’oublie pas mes autres confrères prêtres, religieux impliqués dans le service de NDC à l’année ou durant le pèlerinage. Disons-leur bien notre gratitude et notre prière. Mais surtout gratitude envers le Bon Dieu et la Sainte Vierge pour ce pèlerinage, et les 40 qui viennent !

Procession de Fête Dieu dimanche 19 juin, 15h30, entre St Eugène et St Roch.

Pridie quam pateretur… la veille de sa Passion…

Au Nom du Père et du Fils et du saint Esprit, ainsi soit-il,

Notre Seigneur fait bien toute chose[1]… Il place, définitivement, l’Eucharistie sur nos lignes de crête, nos points de bascule entre la peur ou le courage chrétien.

 » Le Sauveur, pour mettre plus fortement en valeur la profondeur de ce mystère, voulut l’imprimer le dernier dans les coeurs et dans la mémoire de ses disciples, qu’il allait quitter pour subir sa passion.[2]» L’Eucharistie, premier et plus grand sacrement, est le dernier institué durant la vie mortelle du Seigneur. La Messe est donnée toute proche de la croix qu’elle actualise et représente… Le Cénacle, juste avant le Golgotha.

« Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure… Mais c’est pour cette heure que je suis venu ! Père, glorifie ton Fils ! » En son Humanité Sainte, Jésus manifeste sa force divine, enveloppée de faiblesse. Il laisse à son Eglise le meilleur fortifiant; sacrifice de la Messe, Présence Réelle, communion eucharistique. Dedit fragilibus corporis ferculum… Aux faibles Il donne l’aliment de son Corps, aux attristés le breuvage de son Sang[3]

Déjà la force physique se refait par la nourriture corporelle. Ainsi Elie abattu, découragé reçoit-il de l’ange la galette cuite sous la cendre et la cruche d’eau. « Fortifié par cette nourriture, il marcha jusqu’à la montagne de Dieu[4] ».

La force, l’énergie surnaturelle nécessaire pour affronter ou endurer un mal, pour conquérir ou maintenir un bien difficile… cela nous est donné par l’Eucharistie. Car ici est le Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel.

Reconnaître nettement, adorer profondément, recevoir dignement et fréquemment le Christ fort, dans le pain des forts.

L’Eglise catholique reçoit ce trésor. Elle le comprend toujours mieux, le défend avec vigueur, le célèbre avec ferveur. Lauda Sion Salvatorem! Sur 2000 ans de mystère et d’histoire, elle garde et perpétue « en même temps le Sacrifice, l’essence même de la Messe qu’on célèbre chaque jour, et le Sacrement, auquel les fidèles prennent part« [5].

La Tradition de l’Eglise, les saints qui sont ses meilleurs enfants, partagent ce souci.

St Tarcisius et bien d’autres martyrs signent de leur sang la sainteté de l’Eucharistie!

Les pères de l’Eglise la prêchent; « Instruit de ces vérités, et pénétré d’une foi vigoureuse, … fortifie ton cœur en mangeant ce pain comme une nourriture spirituelle et donne la joie au visage de ton âme[6]. (…) Prenant part à ces réalités, nous recevons la force vivifiante et sanctifiante du Christ »[7].

St Charles de Jésus se rend à cet appel ; « être prêtre pour une messe de plus, un autel de plus, un tabernacle de plus à la surface de la terre ! ».

Tant de prêtres et fidèles accourent aux messes clandestines, aux catacombes ou aux forêts vendéennes, aux geôles totalitaires aux 4 coins du monde…

Les cardinaux Mindszenty, Van Thuan y puisent la force joyeuse, la béatitude de la persécution à cause du Nom de Jésus !

Plus modestement, mais réellement, les pèlerins rincés et fatigués par les intempéries du dehors ou du dedans, secoués par les tempêtes du ciel et du cœur y refont leur force d’âme!

Le combat spirituel de l’Eglise, le nôtre, requièrent la célébration digne et fréquente de la Messe, la participation assidue à ce sacrifice, la communion digne et régulière à ce sacrement. Sans adoration, pas de prédication, d’évangélisation, de conversion durable, de perseverance… « Le Royaume des cieux souffre violence ; ce sont des énergiques, des forts qui s’en emparent ». Nous voilà avertis.

« Pourquoi êtes-vous tristes[8]? Pourquoi pleurer[9] ? Ne pleurez pas[10]… N’ayez pas peur[11]! Prenez courage[12]! »

365 fois dans l’Ecriture, Dieu apaise la peur de son peuple, de ses disciples. Dans l’Eucharistie où nous l’adorons et le recevons, le Ressuscité nous redit pareillement ;

N’AYEZ PAS PEUR !

Nourri de l’hostie, ce vrai pain des routiers, nous cheminerons allègrement malgré fatigues et contradictions[13] Seigneur, communiquez-nous votre courage, cette énergie fabriquée de silence et de tranquilité, qui va son chemin obscurci par n’importe quel nuage ou n’importe quelle pluie, avec des gestes exacts et des pas réguliers. Gestes de magnanimité qui chantent le meilleur de l’âme épanouie, même si comme vous on voit venir l’orage[14].

Dieu si grand de la si petite hostie… Dieu fort en nos âmes faibles…

Bousculez nos hésitations !

Commandez aux tempêtes de l’Eglise et de nos âmes… !

Tempérez nos précipitations ou nos agitations, appuyez nos résolutions !

O salutaris hostia… Da robur, fer auxilium !

[1] Parce que les paroles suprêmes, particulièrement lorsqu’elles sont prononcées par des amis qui s’en vont, s’imposent davantage à la mémoire, surtout parce qu’alors nous portons à nos amis une affection plus ardente. En effet, ce qui nous touche davantage s’imprime plus profondément dans le coeur. (St Thomas d’Aquin, idem.)

[2] St Augustin. Cité par St Thomas, Somme théologique, qu 73, a5.

[3] Hymne Sacris Solemniis, Office du St Sacrement.

[4] 1 Rois 19, 4-8.

[5] Paul VI, Mysterium Fidei, 1965.

[6] St Cyrille de Jerusalem.

[7] St Cyrille d’Alexandrie.

[8] Luc XXIV, 13-35, et psaume 42/43 des prières au bas de l’autel.

[9] Jn XX, 13-15.

[10] Luc, VII, 11-17.

[11] Jn VI, 20 et St Jean Paul II, Messe d’intronisation, 22 octobre 1978.

[12] Jn XVI, 33.

[13] Prière des routiers.

[14] Prière de courage, Père de CHIVRE, OP.