IV – LA FONCTION ROYALE DE LA FAMILLE

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Le Christ a communiqué à ses disciples son pouvoir royal, pour qu’ils soient eux aussi établis dans la liberté royale et que par le renoncement à eux-mêmes et par une vie sainte, ils vainquent en eux le signe du péché (cf. Romains 6, 12) bien plus, pour que, servant le Christ également dans les autres, ils puissent, dans l’humilité et la patience, conduire leurs frères jusqu’au Roi dont il est dit que le servir c’est régner. En effet, le Seigneur désire étendre son règne également par les fidèles laïcs : règne de vérité et de vie, règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix; dans ce règne, la création elle-même sera délivrée de l’esclavage de la corruption pour connaître la liberté glorieuse des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21) (F.C. 63, citant Lumen Gentium, 36).

On ne peut pas ici évoquer tout le mystère du Christ-Roi. On ne peut qu’inciter à la lecture ou relecture de Quas Primas (Pie XI) pour apercevoir la nature particulière de la royauté du Christ et la manière dont elle s’étend au genre humain. Le Père Calmel met en évidence le double écueil qu’il faut éviter dans cette réflexion : « ou bien nous comprenons l’essentiel » de la royauté de Jésus-Christ qui est de convertir les âmes et de les unir à leur Sauveur, mais nous négligeons l’extension de cette royauté qui est de bâtir selon les contingences historiques une civilisation d’un certain esprit et d’une certaine forme ; ou bien, tout au contraire, ayant saisi que les hommes ne sont pas des anges et que les structures de la cité les aident terriblement à se perdre ou à se convertir, nous comprenons l’extension du règne de Jésus-Christ aux valeurs de civilisation mais nous perdons plus ou moins de vue l’essentiel de cette royauté, nous n’en voyons plus que l’aspect social. Les uns situent en son lieu propre qui est l’ordre de la charité le royaume de Jésus-Christ mais ils ne voient pas qu’il ne peut éviter de répandre ses bienfaits sur l’ordre des esprits et sur l’ordre des corps. Les autres ont l’évidence que le royaume de Jésus-Christ doit se trouver présent même dans l’ordre des esprits et des corps mais ils comprennent mal que c’est par dérivation et surabondance. Car l’aspect social de la royauté du Christ, qui est bien réel certes, et incontestable, demeure malgré tout dérivé. Mais cette dérivation n’est pas artificielle, elle appartient à la nature des choses. Parce qu’il est roi intérieur, roi dans le secret des âmes, roi de conversion, Jésus-Christ doit être roi dans l’ordre domestique et professionnel, économique et politique (Note doctrinale sur le mystère du Christ-Roi – Annexe 5 de la « Brève apologie de l’Eglise » – Itinéraires n° 316).

Le Christ est roi de nos coeurs dans l’amour, roi de nos intelligences, mais il est aussi roi dans le domaine temporel. « Que votre règne arrive sur la terre comme au ciel« . Evoquer la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ c’est renvoyer au mystère de l’Incarnation (sur la Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ, il faut se reporter à l’ouvrage du Père Théotime de Saint Just : « La Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus Christ selon le cardinal Pie »).

L’activité, la mission des laïcs catholiques dans la cité est ordonnée à la Royauté du Christ sur la société et ses institutions. Elle est de chercher le règne de Dieu à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu (Christi fideles laïci – 9 – citant Lumen Gentium 31). Elle se heurte à la plaie du monde moderne, le laïcisme, qui au lieu d’une saine distinction entre l’Eglise et l’Etat recherche une radicale séparation. La mission du laïcat est de réaliser la chrétienté.

« La chrétienté est une alliance du ciel et du sol,
c’est la lumière de l’Evangile projetée sur nos patries, sur nos familles, nos moeurs et nos métiers.
C’est le corps charnel de l’Eglise, son inscription temporelle. »

Dom Gérard, clôture du 3ème pèlerinage de Pentecôte 1985


Réaliser cette mission est pour le laïc un devoir, le « devoir de charité politique » (Pie XI).
Comment la famille participe-t-elle à la fonction royale du Christ?
Une première réflexion est liée à ce terme même de « royal ». Il exprime une responsabilité plénière, une responsabilité dans la fidélité, une responsabilité attachée à une personne. Il faudrait alors développer ce qu’est l’autorité, ce que doivent être les qualités de l’autorité dans la famille. Gardienne de la vie, gardienne de l’amour, la famille est peut-être devenue aujourd’hui gardienne de l’autorité véritable, au service du bien commun.

Réaliser la chrétienté, c’est faire en sorte que la grâce chrétienne puisse s’enraciner dans un terreau fertile. Ce terreau est fait de traditions, l’homme est un héritier et le rôle de la famille dans la transmission de l’héritage n’est nié par personne. La famille est non seulement gérante et gardienne de la tradition, elle la fait vivre. Ainsi, lorsque le pape, au Bourget, interroge : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ?« , ces familles doivent se sentir concernées au premier chef. Lorsque l’on veut couper la France de ses racines chrétiennes, on s’attache à faire que la famille ne soit plus chrétienne.
Ces traditions doivent être incarnées dans un patrimoine aux dimensions religieuses, culturelles, matérielles. Il appartient à l’autorité royale de la famille de manifester lorsque ce patrimoine est menacé. La famille, en tant que famille, a cette responsabilité. Ainsi, si la miséricorde doit animer l’attitude vis-à-vis de personnes engagées dans des situations qui détruisent la société (divorce…), la famille en tant que famille ne peut avoir la même miséricorde. Il est des exigences qu’elle doit défendre avec ténacité.

La famille chrétienne n’a pas le droit de s’isoler de la société pour vivre en ermite. Si les chrétiens sont des voyageurs dans le monde d’ici-bas, car leur cité « se trouve dans les deux », la famille, cellule de la « société d’en-bas », ne peut vivre étrangère au monde. Le rôle social de la famille ne peut certainement pas se limiter à l’oeuvre de la procréation et de l’éducation, même s’il trouve en elles sa forme d’expression, première et irremplaçable… Il est appelé à s’exprimer aussi sous forme d’intervention politique. Ce sont les familles qui en premier lieu doivent faire en sorte que les lois et les institutions de l’Etat non seulement s’abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement. Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les « protagonistes » de ce qu’on appelle « la politique familiale » et qu’elles assument la responsabilité de transformer la société ; dans le cas contraire, elles seront les premières victimes des maux qu’elles se sont contentées de constater avec indifférence (F.C. 44).

Jean-Paul II insiste sur ce devoir dans son exhortation Christi Fideles laïci, adressée à l’ensemble des laïcs. Les fidèles ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique, à savoir à l’action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions le bien commun (42).

Cette responsabilité de la famille chrétienne est soutenue par la grâce du mariage.

Le rôle social et politique fait partie de la mission royale…
à laquelle les époux chrétiens participent
en vertu du sacrement de mariage en recevant à la fois
un commandement auquel ils ne peuvent se soustraire et
une grâce qui les soutient et les entraîne.

(F.C. 47)


Mais la grâce ne dispense pas de la formation qu’exige cette mission royale. Jean-Paul II en évoque les divers aspects dans Christi fideles laïci (60). Une formation intégrale doit comporter une formation spirituelle et une formation doctrinale. Le pape insiste sur la connaissance nécessaire de la doctrine sociale de l’Eglise qui doit compléter la catéchèse. Cette doctrine, on le sait, couvre tous les aspects de la vie en société.


EN CONCLUSION de ces pages qui ont pour trame « Familiaris consortio », il est logique de renvoyer à la conclusion que le pape apporte à son exhortation, évoquant d’une part la protection de la Sainte Famille et d’autre part l’avènement du Règne du Christ.

Protection de la Sainte Famille.
Elle est le prototype et l’exemple de toutes les familles chrétiennes… Que Saint Joseph, homme juste, gardien absolument intègre de ce qui lui avait été confié garde ces familles, les protège et les éclaire. Que la Vierge Marie, qui est Mère de l’Eglise, soit également Mère de l’Eglise domestique.

Avènement du Règne du Christ.
Que le Christ Seigneur, Roi de l’univers, Roi des familles, soit présent… dans tout foyer chrétien… Que toute famille sache apporter généreusement sa contribution originale à l’avènement de son Règne dans le monde.

Il faut enfin rappeler qu’au centre de toute notre réflexion, il y a ce souci de toujours mieux comprendre et approfondir que la famille chrétienne, parce qu’elle est issue du mariage, image et participation de l’alliance d’amour qui unit le Christ et l’Eglise, manifeste à tous les hommes la présence vivante du Sauveur (F.C. 50)