La consécration totale de soi-même à Jésus par Marie ou consécration martiale Montfortaine

Partager sur print
Partager sur email
Partager sur facebook
Partager sur twitter
logo-ndc-bleu-512px

L’aboutissement de cette consécration c’est une union plus intime à Jésus

Saint Thomas d’Aquin définit la dévotion « un élan généreux par lequel nous nous donnons avec empressement au service du Seigneur », c’est-à-dire par lequel nous nous consacrons à lui, livrant avec entrain notre personne, nos biens, nos activités.

Mais la Très Sainte Vierge Marie, associée à Jésus dans l’œuvre de notre rédemption, est notre Mère, notre Médiatrice et notre Reine, et à cause de cela, nous lui appartenons en qualité d’enfants et de sujets.

Puisque tel est le dessein de Dieu, Montfort conclut que la dévotion à l’égard de la Très Sainte Vierge appelle aussi un acte de consécration de nous-mêmes à son service. D’ailleurs, à la réflexion, nous le comprenons aisément : une telle consécration est dans la logique du véritable amour. Car l’amour vrai porte la personne qui aime à se donner totalement, sans réserve, sans retour, pour toujours, à la personne aimée.

Aimant Dieu, l’amour nous engage à nous donner à lui comme au but de notre vie. Aimant Marie, le môme amour nous invite à nous donner à elle comme au moyen choisi par Dieu pour nous aider à parvenir à lui.

Une autre raison justifie cette manière d’agir. C’est encore saint Thomas qui nous la suggère. Le culte de dulie dû aux saints consiste dans la dépendance ou servitude à leur égard. Il est normal que le culte d’hyperdulie dû à la Très Sainte Vierge consiste dans une dépendance plus parfaite envers elle. Selon le P. de Montfort, la consécration mariale doit nous y acheminer.

Par sa méthode de consécration — et cela est à remarquer — Montfort nous oriente vers Marie nous découvrant son cœur. C’est dans le cœur de Marie qu’il veut nous faire reposer. Certes, le mot lui-même ne revient pas fréquemment sous sa plume. Cependant, lorsque dans un de ses cantiques il appelle la Sainte Vierge notre arche d’alliance, notre divin oratoire, notre ville de refuge ; lorsque dans sa formule de consécration, il l’invoque sous ce titre tabernacle vivant de la divinité ; lorsque dans son Traité, il expose son dessein de nous jeter en Marie comme dans un « moule divin façonné par le Saint-Esprit » (V. D., n° 219 et ss., 260), de nous faire vivre dans le « bel intérieur » de Marie, dans son « sein amoureux et virginal » pour y trouver une union plus intime à Notre-Seigneur (V. D. n° 199, 217, 264) ; lorsqu’il nous recommande de faire toutes nos actions en Marie (V. D., n° 261 à 264) ; que veut-il, sinon nous révéler ce cœur de la Très Sainte Vierge, cœur très pur et très aimant, cœur de notre Mère et de notre Reine, où nous voudrons, par notre consécration, habiter sans retour ?

Plus aucune hésitation ne subsiste en l’entendant nous exhorter par ces paroles :

Mettez, versez dans le sein et le cœur de Marie tous vos trésors, toutes vos grâces et vertus… depuis que Dieu même en personne s’est enfermé avec toutes ses perfections dans ce vaisseau, il est devenu tout spirituel et la demeure spirituelle des âmes les plus spirituelles.

(V. D., n° 178.)

Ainsi, dans la pensée du P. de Montfort, le cœur de Marie symbolise sans doute son amour ardent pour Dieu et pour les hommes. Il signifie, en outre, son sein virginal et maternel. Compris dans le sens spirituel, ce terme désigne son être de grâce, c’est-à-dire son bel intérieur de sainteté orné par le Saint-Esprit où le Fils de Dieu fait homme a voulu prendre ses complaisances et y opérer des merveilles (V. D., n° 18). Il indique aussi la fonction vitale de Marie, fonction qui est de transmettre aux âmes la vie surnaturelle.

C’est dans ce bel intérieur où nous trouverons sûrement Jésus (V. D., n° 199) et où nous parviendrons il une profonde intimité avec lui (V. D., n° 45) que Montfort nous invite à demeurer par une vie conforme aux exigences de la consécration totale qu’il nous propose (V. D., n° 261 à 264).

Nous allons en exposer les caractères particuliers.

Saint Louis-Marie de Montfort y distingue trois éléments.

La consécration mariale, enseigne-t-il, est :
1. Une parfaite rénovation des promesses du Baptême entre les mains de la Sainte Vierge ;
2. Une donation totale de notre personne et de nos biens à Jésus par Marie ;
3. Une volonté de dépendance filiale mais absolue à l’égard de notre Mère et Souveraine.
Les deux premiers éléments constituent l’acte proprement dit de consécration, le troisième en est la traduction dans la vie quotidienne.

Ainsi, l’âme s’établit dans un état d’appartenance totale volontaire à l’égard de Dieu, de Jésus et de Marie. Elle se met en harmonie avec le plan divin rédempteur. Elle s’assure des grâces abondantes et lumineuses pour une plus belle réussite dans la dépendance filiale.

L’aboutissement de cette consécration c’est une union plus intime à Jésus par qui nous avons accès auprès du Père et une plus parfaite glorification de la Sainte Trinité.

De plus, elle provoque, développe et soutient le souci de gagner des âmes à Jésus-Christ.

La consécration mariale montfortaine est :

1. Une parfaite rénovation des promesses du baptême entre les mains de la Sainte Vierge (36)

Le P. de Montfort consacre un article entier de son Traité à développer cette affirmation (V. D., n° 126 et ss.).

Par la profession chrétienne émise au Baptême, prononcée « ordinairement par la bouche d’autrui » (V. D., n° 126), nous reconnaissons notre appartenance de droit et de fait à Jésus-Christ Notre Seigneur et Maître ; nous confessons que « nous ne sommes pas à nous…, mais tout entiers à lui, comme ses membres qu’il a achetés infiniment cher, par le prix de tout son sang…, qui ne doivent vivre, travailler et mourir que pour lui, le glorifier en notre corps et le faire régner en notre âme, parce que nous sommes sa conquête, son peuple acquis et son héritage ». (V. D., n° 68.)

Par ce langage, Montfort nous rappelle notre devoir de servir Jésus, Dieu, par amour. C’est ce qui nous a été demandé au Baptême, et c’est ce qui nous est demandé dans la formule de consécration :

Moi, N…, pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd’hui entre vos mains (celles de la Sainte Vierge) les promesses de mon Baptême ; je renonce pour jamais à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à Jésus-Christ pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que Je n’ai été jusqu’ici.

La consécration mariale montfortaine prend donc bien la forme d’une ratification personnelle du « contrat d’alliance » (V. D., n° 127) passé avec Dieu au jour du saint Baptême. Elle est la mise en pratique de la recommandation de l’Eglise de se ressouvenir souvent de ses promesses baptismales, elle en est une parfaite rénovation.

Quatre raisons, en effet, donnent à cette rénovation un cachet de perfection : par rapport à notre intelligence, son caractère réfléchi ; par rapport à notre volonté, son caractère spontané ; en ce qui concerne notre adhésion au Christ, notre intention de le suivre par le chemin de la croix et de n’admettre aucune réserve à son service ; enfin notre recours à l’intercession de Marie (V. D., n°126).

Cette dernière raison mérite d’attirer notre attention. Elle achève de donner à cette rénovation son cachet de perfection (V. D., n° 130). Ainsi, en effet, « nous mettons Notre-Dame dans cet acte solennel comme elle se trouve être dans la grâce de notre Baptême ». A ce moment, nous n’en avions nullement conscience. Nous avons été engendrés par Marie à la vie divine, alors que notre âme sommeillante était incapable d’apprécier un tel bienfait. Mais maintenant nous reconnaissons la coopération de la Très Sainte Vierge dès l’instant de notre régénération surnaturelle ; nous savons qu’elle- même, unie à l’Esprit-Saint, nous a rendus les membres vivants de son Fils. C’est pourquoi, nous désirons y accorder la correspondance aimante de notre volonté, nous introduisons.

Une telle recommandation fut émise particulièrement au Concile de Sens (1140), dans le Catéchisme du Concile de Trente (1566) : première partie, ch. III, a. 4. Elle fut donnée au P. de Montfort par le Pape Clément XI, le 6 Juin 1706. Il lui prescrivit de faire renouveler les promesses du Baptême par le peuple, au cours de ses missions. La rénovation de ces promesses est, aujourd’hui, insérée dans la liturgie depuis l’approbation par Pie XII de la veillée pascale.

Marie au cœur de nos engagements personnellement ratifiés, nous la plaçons dans l’épanouissement de notre vie chrétienne, de la manière dont Dieu l’y a voulue dès son origine.

« Il y a là un perfectionnement, en harmonie avec le plan divin, qui revêt une très grande valeur aux regards de quiconque y veut bien réfléchir. Notre appartenance au Christ en est aussitôt renforcée. De même ce labeur indispensable de notre conformation à lui sera désormais singulièrement facilité. Car on gagne toujours à reconnaître l’intervention réelle de Marie dans notre vie de grâce ; puisque sa mission, son rôle maternel est de nous former à l’image et ressemblance du Premier-né. Qu’on le sache ou non, Marie est agissante en nous ; mais l’effet ne sera jamais le même pour celui qui règle sa vie chrétienne d’après cette vérité et pour celui qui l’ignore. Montfort nous offre le moyen de la vivre en plénitude ».

Ainsi, par son premier élément, la consécration mariale montfortaine est un engagement à la vie chrétienne intégrale. Se montrer chrétien, vrai disciple du Christ, partout et toujours, envers et malgré tout, faire de leur vie, sous la conduite de leur Mère et à son exemple, un service d’amour de leur roi Jésus : tel est l’idéal poursuivi par les âmes totalement consacrées à Marie. Si élevé soit-il, cet idéal ne les effraie pas, car elles le savent, elles trouveront en Marie une aide efficace. Elles peuvent espérer un cheminement plus sûr à l’abri du mal dans la voie de la grâce, selon les exigences de leur filiation divine et mariale.
La consécration mariale montfortaine est :

2. La donation totale de notre personne et de nos biens à Jésus par Marie

C’est ici le cœur de la consécration totale.

Elle est l’offrande ou donation ou livraison de tout nous-mêmes au Christ par la Vierge et à la Vierge pour le Christ.

Cette offrande est faite, dit Montfort, « selon l’ordre de Dieu et les devoirs de notre état » (V. D., n° 124), c’est-à-dire dans la ligne de notre vocation.

Elle est présentée à Jésus et à Marie : à Jésus, notre Dieu, comme au but suprême de notre vie ; à Marie, comme au moyen parfait qui doit nous aider à y parvenir. Montfort se plaît à y insister :

« Il s’ensuit, écrit-il, qu’on se consacre tout ensemble à la Très Sainte Vierge et à Jésus-Christ : à la Très Sainte Vierge comme au moyen parfait que Jésus-Christ a choisi pour s’unir à nous et nous unir à lui ; et à Notre- Seigneur comme à notre dernière fin, auquel nous devons tout ce que nous sommes, comme à notre Rédempteur et à notre Dieu. »

(V. D., n° 125.)

La même idée, profonde et capitale, se retrouve à travers le texte de la consécration, particulièrement en ces lignes :

« Exaucez (ô Marie) les désirs que j’ai de la divine Sagesse (de posséder Jésus, de vivre en union intime avec lui), et recevez pour cela (à cette intention) les vœux et les offres que ma bassesse vous présente (que je vous présente humblement). »

Cette donation totale à Marie n’a donc qu’un but : nous attacher plus fermement et indissolublement à Jésus « notre unique Seigneur, notre unique Chef et notre unique Tout ». (V. D., n° 61.)

Le texte précise : « A Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie. »

La Sagesse ! Montfort se fait l’écho de saint Paul qui appelle Jésus la « Sagesse de Dieu » (37). Il s’agit de Jésus, Fils de Dieu et splendeur du Père, venu ici-bas se faire notre voie, notre vérité, notre vie (38). Il s’agit de Celui dont la mission a été de nous révéler Dieu son Père et notre Père, de nous découvrir un reflet de la vie intime de Dieu Trinité Sainte, de nous mériter de recevoir une participation à cette vie divine, enfin de nous indiquer le chemin qui conduit à la gloire éternelle. Ce chemin par lequel il a voulu passer le premier pour nous y entraîner est le chemin de la croix. En définitive, il s’agit de Jésus crucifié, Tête et Chef du Corps mystique dont nous sommes les membres. Il se présente à nous comme le miroir des perfections de Dieu à qui nous devons ressembler, comme le modèle accompli de ce que doit être notre vie pour plaire à Dieu.

Et quel est l’objet de cette donation ainsi faite à Jésus et à Marie ?

C’est la totalité de notre personne et de nos biens. Qui dit tout n’excepte rien. Le texte de la consécration montfortaine donne la liste avec précision : « Je vous livre et consacre mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs, et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures. »

Déjà sans doute chaque être humain est la propriété de la Vierge. Associée au Christ dans son œuvre de conquête, elle est la Mère de la grande famille de Dieu et la Reine du monde. Avant notre acte de consécration, nous lui appartenons corps et Ame. Mais précisément parce que nous lui sommes dévots — au sens profond expliqué plus haut avec saint Thomas (39) — et parce que Marie respecte notre liberté, nous choisissons de ratifier cette appartenance par un acte d’abandon. Ce qu’elle possède déjà par disposition divine, tout notre être avec tous nos biens, nous voulons le lui remettre personnellement, librement, filialement, affectueusement.

Nous donnons, nous livrons, nous consacrons donc à Marie, ou, comme dit Montfort, « à Jésus, la Sagesse incarnée, par les mains de Marie », cette totalité dont il trace en détails l’énumération (V. D., n° 121 à 124).

1. «Notre corps, avec tous ses sens et tous ses membres. »

La Vierge Sainte protégera son bien contre les périls, entendons surtout les périls qui compromettraient notre éternité. Elle les gardera dans une pureté parfaite ; sous son autorité, ils resteront ce qu’ils doivent être, les serviteurs de l’âme. Dans les malaises, les maladies, nous retrouverons sa main maternelle qui, disposant de nous, nous offre un excellent moyen de nous purifier, de gagner de nombreux mérites et de travailler par la souffrance au salut des âmes. A l’heure de la mort, nous distinguerons encore cette même main prête à nous faciliter le passage de cette vie terrestre à la vie éternelle.

2. « Notre âme, avec toutes ses puissances » ses facultés. »

Cette âme créée à l’image de Dieu, la partie la plus intime et la plus glorieuse de notre être humain, lui sera ouverte, pour qu’elle y verse la grâce, dont elle est la dispensatrice, et l’unisse par une intimité toujours plus étroite avec le Seigneur Jésus. Nos facultés — intelligence, mémoire, imagination, sensibilité, cœur, volonté — deviendront entre les mains de Notre-Dame des instruments dociles pour réaliser leur tâche providentielle qui est de connaître et d’accomplir la volonté divine.

3. « Nos biens extérieurs, qu’on appelle de fortune, présente et à venir. »

Nos richesses temporelles, les choses de la terre que nous appelons nôtres, ne seront plus à nous mais à leur auguste propriétaire amoureusement choisie. Si Dieu nous en laisse l’usage, la jouissance et même la possession, nous nous en servirons ou nous en disposerons à la manière de la Très Sainte Vierge : dans un esprit de justice, de reconnaissance, de détachement évangélique, de charité, selon les obligations de notre état. Devenus simples gérants de ce qui est le bien de Marie, nous aurons à cœur de ne l’employer qu’à ce qui lui plaît, d’en faire toujours un usage qu’elle puisse approuver et faire agréer de son divin Fils.

Si, au contraire, Dieu nous les enlève, nous découvrirons en la Très Sainte Vierge l’aide maternelle qui nous apprendra à vouloir ce que Dieu veut et à ne rechercher que Lui seul en toutes circonstances.

4. « Nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres passées, présentes et futures. »

Notre capital de vie surnaturelle, nos vertus, nos mérites, nous les donnerons à la Très Sainte Vierge. Ce n’est pas pour qu’elle les transmette à d’autres, car ils sont absolument personnels et incommunicables. C’est pour que, céleste banquière, elle les garde en dépôt, les protège contre les ruses diaboliques et nous aide à les augmenter par une participation à sa parfaite pureté d’intention (V. D., n° 122, 140 à 150).

Quant à nos indulgences et à la valeur de prière et de sacrifice de nos bonnes actions, nous les abandonnerons totalement entre les mains de Marie. Nous lui laisserons le droit de disposer de ce trésor comme bon lui semblera à la plus grande gloire de Dieu (V. D., n° 122) et au plus grand bien du prochain, encore ici- bas ou déjà dans le purgatoire (V. D., n° 171). Nous en avons la certitude, l’un et l’autre seront procurés plus sûrement qu’avec nos pauvres lumières et notre infirmité.

On le voit, ce dont il s’agit est un acte de confiance totale, un acte de saint abandon inspiré par l’amour à la fois à l’égard de Dieu et de Celle qu’il nous a donnée pour Mère (V. D., n°121, 181). Nous en saisissons les conséquences. Cet acte est enrichi du mérite de la charité parfaite, le plus précieux au
regard de Dieu. De plus, parce que nous nous serons montrés désintéressés, parce que nous aurons mis en avant ses intérêts, Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, nous comblera plus abondamment de ses dons, surtout de ses dons surnaturels, dès ici-bas et jusque dans l’autre monde (V. D., n° 133).

Il reste nos intentions de prière. Nous continuerons à les recommander avec d’autant plus de confiance, explique Montfort (V. D., n° 132), que par la vertu même de notre consécration totale, elles tombent dans le cœur de notre Mère et Souveraine. Celle-ci s’empresse de les purifier, ainsi qu’elle le fait pour toutes nos bonnes œuvres (V. D., n° 146 à 150), puis de les présenter elle-même en notre nom à son divin Fils de la manière qu’elle sait lui être le plus agréable. Nous en sommes persuadés, Dieu nous écoutera d’une oreille d’autant plus attentive et favorable (V. D., n° 132). Il bénira les causes qui nous
sont chères, et plus encore, si, pour lui faire plaisir nous entrons dans les intentions et dispositions de Celle pour qui tout demeure subordonné A sa plus grande gloire (V. D., n° 222 à 225).

Une telle consécration ne veut donc connaître aucune restriction, pas même dans le temps, puisqu’elle embrasse toute notre vie d’ici-bas et notre éternité. Ce qui est donné, c’est absolument tout et pour toujours, comme s’exprime d’une plume enthousiaste le P. de Montfort en terminant son énumération : « En deux mots, tout ce que nous avons dans l’ordre de la nature et dans l’ordre de la grâce, et tout ce que nous pouvons avoir à l’avenir dans l’ordre de la nature, de la grâce ou de la gloire, et cela sans aucune réserve, pas même d’un denier, d’un cheveu ou de la moindre bonne action, et cela pour toute l’éternité, et cela sans prétendre ni espérer aucune autre récompense de son offrande et de son service, que l’honneur d’appartenir à Jésus-Christ par elle et en elle, quand cette aimable Maîtresse ne serait pas, comme elle est toujours, la plus libérale et la plus reconnaissante des créatures. » (V. D., n° 121.)

Tel apparaît l’acte de consécration mariale montfortaine.

Il n’est pas seulement une mise de nous-mêmes sous la protection de la Sainte Vierge, mais la remise de notre être, de notre avoir, de nos activités, de notre vie à sa disposition en vue du règne de Jésus-Christ et de la plus grande gloire de Dieu.

Il est notre holocauste ou offrande plénière ou sacrifice total de nous-mêmes à Dieu entre les mains de la Sainte Vierge.

Ainsi selon la mission qu’elle a reçue de Dieu, Marie pourra exercer plus librement sur nos âmes, en union avec le Saint-Esprit, sa fonction maternelle, son influence médiatrice, son pouvoir royal. Notre croissance dans le Christ en sera accélérée dans la mesure où, fidèles aux grâces que nous obtiendra cette consécration, nous nous efforcerons de progresser dans l’esprit de dépendance filiale exigée. Ce point est d’importance capitale. Il constitue le troisième élément de la consécration mariale montfortaine. Il en est la traduction dans la vie quotidienne. Nous allons y insister à l’article suivant.

Auparavant, une remarque s’impose. Elle nous aidera à dégager d’une manière plus précise le sens de cette consécration et à déterminer son aboutissement.

Selon le terme employé par Montfort, nous voulons nous donner en « esclavage d’amour » à Jésus et à Marie, à Jésus en Marie. (V. D., n° 68 à 77, 243 à 247). C’est afin de devenir plus parfaitement les enfants de Notre-Dame et de trouver en elle l’aide qui nous assurera une plus totale délivrance de l’esclavage tyrannique des ennemis de Dieu : l’esprit du monde et le démon.

Ce mot, en effet, « exprime la vérité de ce qui est : une complète appartenance voulue, aimée, sans condition, sans recherche d’intérêts, qui laisse à Marie l’entier et plein droit de disposer de notre personne et de nos biens, dans le temps et l’éternité.

« Il ne heurte, à première vue, que parce qu’on ne s’est pas encore rendu compte de la réalité qu’il désigne. Aussi, avons-nous voulu commencer par expliquer cette réalité : le don total de nous-mêmes à Marie.

On a bien tort, ainsi qu’il arrive parfois d’opposer le mot esclave à celui d’enfant, comme si les deux termes étaient incompatibles. Les enfants de la Sainte Vierge, nous le sommes depuis notre Baptême, puisque ce jour-là, en union avec le Saint-Esprit, elle nous a engendrés à la vie de notre Chef divin. Maintenant que nous avons pris conscience de cette génération baptismale, nous voulons que Marie possède entièrement notre vie surnaturelle, qu’elle la gouverne à son gré, qu’elle la conduise à son bienheureux terme. C’est pourquoi nous nous consacrons à elle en qualité d’esclave, lui laissant toute
liberté d’action, lui offrant une soumission de tous les instants, une dépendance qui ne s’affranchira jamais, qui jamais ne voudra connaître la moindre émancipation. II n’y a que l’esclave d’amour à vouloir dépendre A ce point.

On devient alors le parfait enfant de Notre Dame. (40) Son tout petit.

L’article suivant jettera une vive lumière sur cette disposition d’âme.

La consécration mariale montfortaine est :

3. Une volonté de dépendance filiale, mais absolue à l’égard de notre mère et souveraine, moyen assuré d’une union très intime à Jésus

Dans sa formule de consécration, le P. de Montfort nous fait invoquer la Très Sainte Vierge non seulement comme notre Mère, mais encore comme notre Maîtresse ou Souveraine.

Souveraine incontestée, en vertu de notre consécration, Marie possédera et gouvernera l’âme de ses enfants. Dans ce sanctuaire très intime qu’est le cœur de l’homme, elle aura ses entrées libres, si l’on peut dire, et exercera son domaine illimité. Selon le beau titre qu’affectionne Montfort, elle sera Reine des
cœurs.

La donation universelle que nous lui avons faite trouvera sa splendide réplique dans l’empire universel qu’elle exercera sur notre personne, sur nos biens, sur nos activités. Cette seconde énumération ne pourra être moins longue que la première.

Marie aura autorité sur nos qualités et nos vertus, pour nous en faciliter l’épanouissement ; sur nos passions, pour nous en assurer la maîtrise ; sur nos penchants, pour nous aider à les diriger, et s’ils sont défectueux, à les corriger ; sur nos travaux, pour en faire des œuvres d’éternité ; sur notre activité entière, pour la maintenir dans la ligne droite ; sur notre zèle, pour l’éclairer ou pour ranimer notre courage ; sur notre champ d’apostolat, pour le féconder ; sur toutes les âmes que le bon Dieu met entre nos mains pour qu’elles deviennent plus souples sous la touche de sa grâce. Ainsi, elle exercera sur notre personne et sur notre vie entière une domination vraiment maternelle, à la fois forte et suave.

Est-il besoin d’ajouter que sous cet empire de la Vierge, nous voudrons être toute docilité ? C’est la conséquence obligée de la consécration totale. Elle en assure la grâce parce qu’elle incline le Cœur de la Vierge à nous l’obtenir.

A l’âme qui se consacre, la formule fait dire : « Je proteste que je veux désormais chercher votre honneur et vous obéir en toutes choses. »

C’est à cette obéissance confiante, à cette soumission ou dépendance filiale — à la fois à l’égard de Dieu, de Marie et de leurs représentants — que Montfort exhorte l’âme consacrée. Il écrit, en effet, « comme l’essentiel de cette dévotion consiste dans l’intérieur qu’elle doit former, elle ne sera pas
également comprise de tout le monde : quelques-uns s’arrêteront à ce qu’elle a d’extérieur, et ne passeront pas outre, et ce sera le plus grand nombre ; quelques-uns, en petit nombre, entreront dans son intérieur… Qui est celui qui y sera par état ? » (V. D., n° 119.)

Extrait de DESMULLIERS : « La consécration à la Très Sainte Vierge »

(36) Les prêtres, les âmes religieuses renouvellent à la fois les promesses de leur Baptême, leurs promesses cléricales, les vœux de leur profession. Ils espèrent trouver ainsi en Marie une aide maternelle et efficace pour une plus parfaite fidélité à la grâce de leur vocation. Chacun, dit le P. de Montfort, émet cette consécration « selon l’ordre de Dieu et les devoirs de son état » (V. D., n° 124.).

(37) I Cor. Les quatre premiers chapitres, particulièrement I. 23, 24.

(38) Joan. XI, 25 ; XIV, 6.

(39) p. 47.

(40) M. R. P. Dayet : Pour mieux aimer Marie avec le P. de Montfort; p. 102-103.