LA PLACE DE L’ESPRIT SAINT DANS LA SAINTE TRINITÉ

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« Mal ne peut appeler Jésus Seigneur sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12 3).

« Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père » (Ga 4 6)


Ainsi, l’Esprit Saint par sa grâce est premier dans l’éveil de notre foi et dans la vie nouvelle qui est de « connaître le Père et Celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17 3). Cependant, il est dernier dans la révélation des Personnes de la Trinité Sainte, (C.E.C. 683 – 684), comme un sceau apposé sur l’œuvre qui l’achève et l’accomplit.

Pour bien définir la place du Saint-Esprit dans la Sainte Trinité, nous étudierons d’abord cette Révélation progressive selon la pédagogie divine :

❖ obscure, encore, dans l’Ancien Testament ;
❖ explicite, lorsque c’est Notre-Seigneur lui-même qui dévoile la Personne du Saint-Esprit, notamment dans son long et émouvant entretien avec ses Apôtres après la Cène. Nous découvrons dans l’Écriture Sainte le Saint-Esprit à travers
son action créatrice, vivifiante et sa mission de « Révélateur ».

Après quoi nous tenterons de pénétrer un peu avec émerveillement et humilité, dans le mystère des relations des Personnes de la Trinité Sainte. Nous essaierons de dire non plus « ce que fait », mais « ce qu’est » le Saint-Esprit – pour autant qu’il est possible de parler de l’Amour – en étudiant quelques-uns de ses attributs. Nous suivrons scrupuleusement les conseils du Docteur Angélique qui déclare: « Lorsque nous parlons de la Sainte Trinité, il faut de la prudence et de la réserve, parce que, comme le dit saint Augustin, il n’y a pas de sujet où l’erreur soit plus dangereuse, les investigations plus laborieuses, ni les découvertes plus fructueuses ». Et il ajoutait pour insister sur le caractère de ce mystère : « Si capis, non », « Si tu comprends, ce n’est pas cela ».

I) LE SAINT-ESPRIT DANS LA RÉVÉLATION


A) Dans l’Ancien Testament

– Le Souffle créateur et vivifiant

Dès les premières pages de la Genèse, le Souffle fait surgir du néant la création : « L’Esprit de Dieu planait sur les eaux » (Gn 1 2). Ce terme d’Esprit, employé ici pour la première fois dans la Bible, traduit l’hébreu « Ruah » et le grec « Pneuma ». Il signifie souffle, air, vent.

Il vivifie (« vivificantem », proclame notre Credo), quand Dieu l’insuffle à l’animal et à l’homme : « le Dieu de l’Esprit qui anime toute chair » (Nb 16 22). Mais à l’inverse, le psaume 103 précise : « Tu retires leur souffle, ils expirent ; Tu envoies ton Souffle, ils
sont créés »
. Et si Dieu le rend aux morts, ils ressuscitent (Cf. 2 M 723 ).

– L’Esprit manifeste :

❖ La Présence de Dieu : le prophète Elie, dans sa caverne du mont Horeb, sent passer sur lui une brise légère. Elie est alors embrasé du zèle pour Yahvé. Le murmure du vent symbolise la spiritualité de Dieu.

❖ Sa Colère et sa Force, comme dans le vent violent qui refoule la Mer Rouge au passage des Hébreux. C’est ce même vent qui secoue le Cénacle le jour de la Pentecôte.

Le Souffle de Sainteté

Le pneuma de l’Ancien Testament est bien souvent accompagné de l’épithète « Saint » : « Ne m’enlève pas ton Esprit de Sainteté » (Ps 51 13). Ses effets sont nombreux dans les âmes fidèles : la bonne volonté, la contrition, l’humilité, la soumission à Dieu, le droit, la justice, la paix, la connaissance de Dieu et le don de Sagesse. En revanche, les rebelles et les pécheurs attristent le Soufflé Divin : « Ils ont irrité ton Esprit Saint » (Is6310)

– L’Esprit Saint a inspiré les écrivains sacrés

L’Église en lisant l’Ancien Testament scrute ce que l’Esprit « qui locutus est per prophetas » nous dit du Christ. Au long des prophéties, les traits du Messie commencent à apparaître (Cf. Is 9-12 : Chants du Serviteur). Le Messie sera possédé sans mesure par le Souffle de Dieu « Sur Lui reposera l’Esprit de Yahvé… », aussi Notre-Seigneur inaugure l’annonce de l’Évangile en faisant sien ce passage : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour porter la Bonne Nouvelle aux paumes. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance… » (Cf. Lc 4)

Les textes prophétiques annoncent l’envoi de l’Esprit Saint avec les accents de l’amour et de la fidélité à la promesse : « Je mettrai en eux un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau, j’ôterai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai
un cœur de chair »
(Ez 11 19). Saint Pierre proclamera l’accomplissement de ces prophéties au matin de la Pentecôte (Ac 217-21).


B) Dans le Nouveau Testament


L’Esprit Saint apparaît à l’orée de l’Évangile pour les deux Annonciations : à Zacharie, père du Baptiste, l’ange Gabriel prophétise : « Il sera rempli de l’Esprit Saint, dès le sein de sa Mère » (Lc115) ; et Gabriel rassure la Vierge Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Lc 135).

Et c’est un Baptême dans l’Esprit qu’annonce le Précurseur (Lc 3 16).

Lors du Baptême de Notre-Seigneur, l’Esprit Saint se rend visible sous la forme corporelle d’une colombe. La Trinité tout entière se manifeste en cette solennelle circonstance.

Mais le texte primordial du Nouveau-Testament sur la Troisième Personne divine est sans conteste le récit émouvant des paroles suprêmes du Sauveur (Jn 14 14 15_26). Il révèle la personnalité intime du Saint-Esprit, les secrets de la vie au sein de la Trinité : l’Esprit est Paraclet, défenseur ; il est Esprit de Vérité, étranger au monde que Jésus condamne.

Cet Esprit Saint promis avant la Passion, Jésus le donne à ses Apôtres après sa Résurrection. Mais ce n’est pas encore la pleine effusion de la Pentecôte, seulement le pouvoir de lier et de délier : « Il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis » (Jn 2022).

Enfin, au matin même de l‘Ascension, les Apôtres reçoivent leur mission : « Allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28 19).

II) LA PLACE DE L’ESPRIT DANS LA TRINITÉ


« Operari sequitur esse », « l’Agir suit l’Être ». Mais dans notre connaissance humaine du Saint-Esprit, nous procédons en sens inverse : c’est par les opérations des Personnes divines que nous découvrons leur personnalité propre dans la Trinité. Mais les Trois sont consubstantielles, ne sont qu’Une Puissance et qu’Une même Sainteté (Préface de la Sainte Trinité).

A) Les relations intratrinitaires

– La Filiation :

Dieu s’aime comme II se connaît Se connaissant, Il produit, à l’intime de soi, un autre lui-même, le Verbe, Intelligence, Sagesse personnifiée. Il lui donne son éternelle déité.

– La Procession :

Le Verbe, son Fils, Dieu l’aime parfaitement, et le Fils aime son Père d’un amour également parfait. Or seul Dieu peut être l’Amour de Dieu, comme Dieu seul peut être sa Parole. Et cet Amour réciproque, parfait, infini, éternel du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, c’est Dieu, le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est donc l’Amour personnifié. Il n’est pas engendré, comme le Fils, il vient du Père et il vient du Fils. Il procède de l’un et de l’autre (« Ex patre, filioque procedit ») puisqu’il est leur Amour mutuel.



Certes, notre intelligence est loin, quand elle a compris ces choses, d’avoir percé le Mystère divin. « O profonde richesse de la sagesse et de la science de Dieu ! Combien sont impénétrables ses jugements et inaccessibles ses voies »(Rm 233). Mais, d’avoir soulevé un coin du voile, dont s’enveloppe notre Dieu, met dans l’âme des fidèles la nostalgie du Ciel, la nostalgie de l’Infini et de l’Éternel dont nous sommes les enfants.

En attendant la pleine lumière de la vision béatifique, où tout le secret sera dévoilé, il nous faut cheminer au milieu des obscurités de la foi, gardant en notre âme, comme vin trésor sans prix, la demi-clarté que Dieu a daigné nous donner.

B) Quelques attributs du Saint-Esprit


Dans l’oeuvre du salut, chacune des trois Personnes divines manifeste ce qui lui est propre dans la Trinité :

❖ Au Père revient la Création.
❖ Au Fils, la Rédemption.
❖ Au Saint-Esprit, la Sanctification.

Cependant, il importe de sauvegarder toujours l’unité d’opération des Personnes divines. Inséparables dans ce qu’elles sont, les trois Personnes sont aussi inséparables dans ce qu’elles font

Par sa mission sanctificatrice, le Saint-Esprit fait le lien, « la charnière » entre la Trinité et l’homme, car les hommes, par l’Esprit découvrent le Fils et le Fils leur manifeste le Père.

Cette sanctification s’exerce par la divine habitation du Saint-Esprit dans les âmes des justes, bien que cette présence divine en nous soit l’œuvre de la Trinité tout entière. « .Mes Trois », disait la Bienheureuse Sœur Elisabeth de la Trinité. Mais cette présence est attribuée au Saint-Esprit par appropriation, parce qu’il est Amour et parce que l’Amour est terme dans la Trinité comme dans notre vie chrétienne, dans notre sanctification.

Dieu siège ainsi dans le fond de nous-mêmes. Quand nous désirons sa présence, c’est là qu’il nous faut chercher l’Hôte intérieur, l’Ami avec lequel nous pouvons mener, dans une certaine familiarité, une vie intime.

La tradition liturgique et biblique représente cette mission de sainteté :
par le feu « ignis », qui purifie et qui réchauffe,
par le doigt de Dieu « digitus paternae dexterae », qui achève l’œuvre de l’économie du Salut, lui conférant une dernière touche de perfection (Cf. le plafond de la chapelle Sixtine),
par une source vive « fons vivus », qui nous désaltère au long de notre pèlerinage terrestre.

Le Saint-Esprit, enfin, répand sur nous ses sept dons qui viendront soutenir notre effort dans la conquête de la Lumière et de l’Amour éternels et porter notre charité à se dépasser sans cesse.

Au terme de cette brève étude de la place du Saint-Esprit dans la Trinité bienheureuse, il reste à souhaiter que l’Esprit lui-même, comme disait saint Augustin, par son « onction » ouvre les cœurs à la compréhension de son mystère et que, dociles au « Maître intérieur », Il nous conduise vers la Vérité tout entière :

« Inducat nos in omnem veritatem ».


INSTITUT DES DOMINICAINES
DU SAINT-ESPRIT