La vocation

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Répondre « fiat » à cet appel divin, c’est choisir de correspondre, sans compromis, à la volonté divine

De tous les états que le chrétien peut être appelé à embrasser durant son pèlerinage terrestre, il n’en est de plus beau ni de plus noble que celui de la vie religieuse ou sacerdotale. Car elle est à la fois abandon de notre liberté à Celui qui en est l’auteur et instrument dans les mains du Maître, par lequel il se plaît à opérer la conversion des âmes.

En effet, afin qu’à tous les âges fussent appliqués les fruits de la Rédemption, Jésus Christ a voulu passer par certaines créatures pour dispenser aux âmes sa grâce salvatrice. Ces âmes privilégiées ont été choisies gratuitement par le Maître afin de manifester, par l’exercice de leur sacerdoce, la gloire du Créateur et son infinie miséricorde pour la créature pécheresse qu’Il veut rétablir dans son amitié.

Répondre « fiat » à cet appel divin, c’est choisir de correspondre, sans compromis, à la volonté divine, à ce à quoi le Créateur nous a destinés de toute éternité. Cette correspondance aux desseins divins est déjà un avant-goût du Ciel auquel nous aspirons. Ce n’est en effet qu’au Ciel que l’âme parviendra à son unique fin : Dieu dans sa vision béatifique.

Le chrétien, qui pressentirait à cet appel de Dieu, devra alors s’efforcer de conformer sa vie à Celle de Notre Seigneur. Le prêtre qu’il aspire à devenir est, en effet, lui-même un autre Christ, et vit lui-même des mystères de la vie de Jésus Christ qu’il rend présent à l’autel. Par la grâce du sacerdoce, le prêtre est conformé à jamais au Christ dans son âme; il doit l’être encore par l’exemplarité et la sainteté de sa vie. Cependant, et afin de mieux discerner l’Appel du Maître, le chrétien devra s’abandonner à Jésus Christ et prédisposer son âme à entendre sa voix divine? N’est-ce pas là la quête de tout chrétien ?

Au travers des tourments auxquels le chrétien se trouve confronté durant son pèlerinage terrestre, il apparaît en effet comme nécessaire et indispensable qu’il sache s’en remettre à Celui qui l’a créé et vers qui il pèlerine ici-bas; qu’il sache en un mot s’abandonner entièrement et complètement à la divine Providence.

Cet abandon, tant exalté par saint Bernard qui est le premier à employer le terme, exige de notre part une véritable force d’âme, une profonde humilité qui nous fait reconnaître à la fois notre néant et l’immensité du Créateur, qui nous fait reconnaître notre dépendance de Celui qui exerce sur nos personnes son empire souverain et salutaire, reconnaissance salvatrice qui conditionne notre véritable liberté d’enfant de Dieu. Parce que la liberté de l’homme consiste dans la fin pour laquelle il a été créé et à laquelle il doit parvenir.

Ainsi le chrétien n’est libre qu’abandonné à Celui d’où il vient et auquel il retourne, abandon par lequel il reconnaît son ultime fin et son Créateur, Celui-là qui sait mieux que lui ce dont il a besoin. Cet abandon du chrétien à son Créateur révèle sa situation face au monde dans lequel il vit mais auquel il n’appartient pas.

Cette réalité est plus évidente encore pour le prêtre qui ne peut être l’homme de Celui auquel il ne s’abandonne pas. Or, irrémédiablement, le prêtre est l’homme de Dieu par son ordination; c’est pourquoi il appartient à Dieu et non au monde. « Si vous étiez du monde, dit Notre Seigneur (Jean 15, 19), le monde aimerait son bien; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tiré du monde, le monde vous hait. »

Ainsi donc, si le baptême met le chrétien « à part » en lui conférant la vie trinitaire dans l’âme, l’ordination sacerdotale manifeste plus encore chez le prêtre sa séparation du monde en le conformant dans son âme au Christ-Prêtre. C’est pourquoi le prêtre ne saurait se compromettre avec le monde dont il devine le dessein diabolique, mais appartenant tout entier à Dieu, il sait s’abandonner à Jésus Christ qu’il doit livrer, crucifié, à ses fidèles.

Canal de la grâce, le prêtre, cet autre Christ, distribue et applique dans les sacrements, aux chrétiens de tous les temps, les mérites infinis et salutaires de son Sauveur crucifié, acquis il y a deux mille ans sur l’autel du Calvaire; prêtre de Jésus Christ, il transmet fidèlement et intégralement au monde la doctrine de son Maître, sans jamais la compromettre, puisqu’elle ne lui appartient pas. A lui-même, le prêtre ne s’appartient pas; il n’appartient qu’à Jésus Christ dont il est l’instrument et au Sacerdoce duquel il participe, dispensant à travers le monde Sa grâce et Sa doctrine. Mais, jamais, il ne peut s’approprier ce dont il n’est que le dépositaire et dispensateur. Le prêtre appartient tout entier à Jésus Christ dont il délivre le Message de Salut et auquel il est entièrement abandonné.

Le chrétien qui aura entendu l’appel du Maître saura, lui aussi, s’abandonner à son Sauveur, conformant déjà sa vie à la Sienne, appelé un jour à engendrer Jésus Christ dans les âmes.