La vocation de notre temps

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Il faut se former et conquérir

A la fin du XIXe siècle, quand commençaient à se faire non seulement sensibles mais durables les conséquences néfastes de la Révolution, un concert impressionnant d’hommes très divers, catholiques (Albert de Mun, La Tour du Pin), agnostiques (Comte, Taine, Maurras), apostats même (Renan), dans leur désir de sauver leur pays et sa civilisation, aboutit à la même conclusion : « Rien ne sera possible sans la réforme intellectuelle et morale de quelques uns ».

Un siècle plus tard, l’évidence de ce diagnostic s’impose encore.

C’est qu’il rappelait une vérité permanente de l’ordre humain, dont la nécessité s’impose à chaque génération et que les images employées par Notre-Seigneur, il y a deux mille ans, avaient définitivement, fixée comme la marque de la vocation des chrétiens : « Vous êtes le sel de la terre », « le levain dans la pâte »« si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on ? » « on ne met pas une lampe sous le boisseau mais à la place où elle éclaire le mieux la maison… »

La lumière, c’est la réforme intellectuelle ! D’abord, éclairer l’intelligence ! Le Créateur a fait de nous des animaux intelligents. Cette intelligence est le premier talent à faire fructifier, à ne pas enfouir. Il faut donc, selon les mots du pape Jean-Paul II aux jeunes de France (juin 1980) : « travailler à bien penser », car on ne pense pas bien sans un certain travail. Le cerveau de l’homme est prompt à l’erreur et à la fausse sagesse. La vérité est donnée. Elle est accessible à tous… mais pas sans un certain effort. Déjà Platon, cinq siècles avant Jésus-Christ, décrivait, dans le mythe de la caverne, l’effort que devait faire, pour se libérer des chaînes qui le maintiennent dans l’illusion, l’homme qui voulait aller vers la vérité. Quand il a vu cette lumière, l’homme doit redescendre dans la caverne, éclairer ceux qui étaient enchaînés avec lui.

Ce mythe illustre bien la nécessité de l’effort moral dans la recherche de la vérité. L’intelligence et la volonté doivent marcher ensemble. « Allez à la vérité de toute votre âme et vous verrez bien qu’elle existe » disait Blanc de Saint-Bonnet. Encore faut-il se lever et aller vers Elle… pour savoir qu’Elle existe. On ne le saura jamais si on reste couché dans les ténèbres, « gisant à l’ombre de la mort. »

Mais l’effort ne s’arrête pas à cette volonté de connaître. Il veut, une fois qu’il sait, enseigner pour faire savoir. Quand il a vu, il veut éclairer pour faire voir. « La foi qui n’agit point, est-ce une foi sincère ? L’amour du vrai, du bien et du beau n’est vraiment lui-même que s’il se répand. La lumière rayonne ou elle n’est pas lumière. Le levain fait lever toute la pâte, sinon il n’est pas un levain. Et le sel donne leur vrai goût aux autres aliments, ou sinon, c’est que le sel n’est affadi ! Ceux qui ont vu ont témoigné. Ils n’ont pas gardé pour eux la lumière ! Le rayonnement, l’apostolat, la communication de la bonne nouvelle sont la marque d’une vraie conversion ».

Et c’est ainsi que commence tout renouvellement de l’ordre social et politique.

Ce renouveau est d’abord personnel, mais comme l’homme a été créé animal social en même temps qu’animal intelligent, la lumière de son intelligence devient lumière pour la société. Toute vraie conversion est aussi un acte social et politique. Une conversion qui n’aurait pas ce rayonnement serait suspecte ou incomplète. La fécondité est la marque de la vérité. C’est aux fruits que l’arbre se juge.

Aux chrétiens qui avaient oublié cette vérité de toujours, la Révolution est venue rappeler la force décisive de cette « réforme intellectuelle et morale de quelques uns »… Les « lumières » du XVIIIe siècle, diffusées par quelques « philosophes » ont bouleversé la face de la terre. Maintenant que le désastre est accompli et qu’il s’agit, sous peine de disparaître, de rebâtir, le temps est venu de remettre à leur vraie place les vraies lumières. Mais la leçon de l’épreuve doit être méditée. Il faut des « lumières » et des « philosophes ». Comprenons : il faut comprendre et agir. Il faut se former et conquérir. Il faut un nombre suffisant d’éclaireurs. Les former et les mettre en ordre d’action efficace. C’est la vocation de notre temps.

ICTUS