La Vocation

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C’est un dialogue entre l’amour de Dieu qui appelle et la liberté de l’homme qui répond

I. La Vocation, en général

A) VOCATION UNIVERSELLE DE L’HOMME

« Fecisti nos ad Te, Deus ». Dès l’instant où ce petit être rationnel qu’est l’homme apparaît au monde, il faut croire qu’il n’est qu’un cri vers Dieu, car il est fait pour Dieu, vers Dieu, pour Le connaître et L’aimer38.

Parmi toutes les créatures qui courent à la surface de la terre, il n’y en a qu’une qui n’est pas quelque chose, mais quelqu’un, comme Dieu est quelqu’un. C’est que celle-là, dit Dieu, Je l’ai créée à mon image39. Je lui ai donné d’être spirituelle avec une intelligence capable40 de Me connaître et une volonté capable de M’aimer.

Nous ne sommes donc pas créés connaissant et aimant Dieu, mais appelés à Le connaître, à L’aimer et à Lui ressembler. C’est la vocation universelle de l’homme : tous sont appelés.

Pour répondre à cet appel, Dieu nous a créés libres41. Dieu veut que nous répondions « oui », mais pour que nous répondions, Il nous a créés libres. Dieu aurait pu se passer de notre réponse, Dieu aurait pu se passer de l’homme, mais II a voulu que nous soyons une réponse42. Dieu nous a créés pour nous appeler. Plus d’appel, plus de réponse, plus d’homme. C’est tout l’homme d’être appelé. Cette vocation constitue l’homme en lui-même. Manquer cet appel, c’est se manquer soi-même.

Il est inutile de dire qu’il est difficile pour l’homme de suivre ce qu’il a reconnu être bien contre les sortilèges du mal qui se rend « désirable ». C’est que le péché originel, en privant l’homme de l’intimité divine, lui a fait perdre le sens de sa vocation43. Mais il est inutile de dire qu’en perdant l’intimité divine, l’homme est privé de sa fin, et par conséquent, atteindre le bien qu’il désire lui est impossible.

Aussi, Dieu, dans sa miséricorde, a-t-Il ouvert un nouveau chemin de l’homme jusqu’à Lui. Il n’est pas plus facile, mais il est sûr, et c’est celui de la grâce. Par elle, l’homme est régénéré, recréé, et reçoit une nouvelle vocation : la béatitude44, connaître et aimer Dieu, non plus comme nous en étions capables, mais comme Dieu S’aime et Se connaît.

Cette vocation est aussi étendue que l’oeuvre du salut : universelle. D’image, nous pouvons devenir fils : fils par volonté libre à la ressemblance du Fils par nature ; fils par volonté libre du Dieu qui donne sa grâce ; fils par volonté libre de l’homme en entrant dans le mouvement de la grâce : telle sera la réponse de l’homme.

Le Saint-Esprit versant l’onction du Christ sur le front du petit d’homme, tire de sa bouche un cri nouveau : Abba, Père45. Incorporé au corps mystique46 du Christ qui forme l’Eglise, il devra s’attacher de plus en plus par la perfection de la vie de la grâce, et participer à sa triple vocation47 :

  • vocation sacerdotale, en participant au culte,
  • vocation prophétique, par le témoignage,
  • vocation royale, par le service de la charité.

C’est la vocation commune des baptisés.

B) VOCATIONS PARTICULIERES DES HOMMES

L’imitation du Christ se fait dans une vie humaine concrète, celle-là même que le Verbe, en S’incarnant, n’a pas dédaignée. Le Christ était charpentier. Il aurait pu être boulanger, mais Joseph était charpentier. Dieu est Dieu, mais quand II S’incarne, Il S’incarne.

Et nous, qui sommes de la chair, nous voudrions échapper à la chair. Nous recevons à notre naissance des parents, une famille, un milieu, un pays, mais aussi des goûts et des dispositions ou des inaptitudes. Le temps faisant son oeuvre, nous aurons bientôt une histoire. C’est à travers tout cela que Dieu nous tire vers Lui. Le soleil aidant la graine, elle sort de terre, mais elle n’a pas choisi la terre.

Dieu se sert ordinairement des circonstances extérieures pour nous conduire à un état de vie dans lequel nous nous sanctifierons. Mieux : Dieu veut notre sainteté dans tel état de vie pour le sanctifier. Dieu veut que partout soient des Saints car toute terre doit être ensemencée. Voilà laïcs, votre vocation48.

Que ce soit une activité professionnelle49, le sein d’une famille50 ou l’assomption du célibat51, tout appartient à notre vocation, car, de l’homme, rien n’est étranger au Dieu fait homme. Dieu cependant se réserve plus strictement quelques uns d’entre tous pour le service de Son Eglise et la louange de Son Nom, en les retirant du monde52 (15). Son choix qu’il fait connaître par un appel pressant, tout intérieur, sera authentifié et consacré par l’Eglise.

Ainsi, nous vivons tous selon un certain état, définitif ou temporaire, reçu plus ou moins providentiellement. Notre vocation particulière, c’est notre devoir d’état ; cela consiste à perdre toute la charge qui y est attachée et à se coucher dessous pour mourir, mourir pour ressusciter.

II. La Vocation, dans l’Ecriture Sainte

Nombreux sont les récits de vocation dans l’Ancien Testament ; ainsi, Abraham, Moïse, Samuel, Isaïe, Jérémie, et tant d’autres auxquels Dieu se manifeste de façons diverses, mais dans le seul but de les attacher à Son service. En effet, c’est une caractéristique de ces appels de l’Ancienne Alliance d’être orientés vers une mission ; Dieu s’adresse à des hommes de façon personnelle, et à un moment précis de leur vie, leur proposant d’œuvrer pour le salut de son Peuple. Si cela est manifeste dans la vocation de Moïse (Ex. III, 10-16) qui fit sortir le Peuple saint d’Egypte, c’est parce qu’Abraham avait quitté « sa terre et la maison de son père » que Dieu avait fait de lui un grand peuple (Gn. XII, 1-9) et ce fut encore la mission d’Isaïe et de Jérémie que d’annoncer au Peuple infidèle les châtiments de Dieu (Is. VI, 1-10 ; Jr. I,4-19).

L’autre élément spécifique de ces vocations, après l’élection divine pour une mission particulière, consiste dans la réponse donnée par l’élu. La mission, venant de Dieu, est au-dessus des forces humaines, si l’aide de celui qui envoie n’est pas accordée. C’est pourquoi le premier réflexe de l’homme à l’appel divin est un humble retrait : « Seigneur Yavhé, vraiment je ne sais pas parler, car je suis un enfant » (Is I, 6). Mais la réponse de Dieu ne se fait pas attendre : « Je suis avec toi » (Ex. III, 12 ; Jr. I, 8). C’est donc la grâce qui permet à l’homme de faire de cette mission sa vie et d’y être fidèle, au point que son existence entière en est transformée et qu’il y perd tout, jusqu’à son nom, comme Abraham (Gn. XVII, 5).

Tous ces éléments sont, bien entendu, présents dans les appels lancés par Jésus-Christ tout au long de l’Evangile, mais c’est le cœur même de l’homme qui est sollicité. C’est pourquoi l’aspect essentiel de la vocation à suivre le Christ est la liberté, l’adhésion intérieure et profonde. Si Dieu, en Jésus-Christ, conserve l’initiative absolue d’appeler à sa suite, pour coopérer au salut des hommes maintenant accompli, au « Viens et suis-moi », l’homme répond par un renoncement libre et total à lui-même et par une confiance absolue en Celui qui l’appelle.

Ceci se manifeste particulièrement dans la réponse du jeune homme riche qui oppose au Christ un refus, signe évident de sa liberté : « Mais, lui, à ses mots, s’assombrit et s’en alla contristé, car il avait de grands biens » (Mc X, 22). Au contraire, les premiers disciples étaient des pêcheurs et St Matthieu, un publicain, qui n’avaient aucune prétention à sauver Israël, mais dont l’état d’esprit était identique à celui de St Paul : « Je puis tout en Celui qui me fortifie » (Ph. IV, 13). A ce renoncement et cette humilité, le Christ a souvent promis la vie éternelle : « Quiconque aura quitté à cause de mon Nom, maison, frères, sœur, père, mère, enfants ou champs, recevra le centuple et aura en héritage la vie éternelle » (Mt XIX, 29). Cependant, Il y met une condition expresse : remplir en son Nom et avec esprit de charité la mission confiée : « Beaucoup me diront en ce jour (du Jugement) : Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en Ton Nom que nous avons prophétisé ? en Ton Nom que nous avons chassé les démons ? En Ton Nom que nous avons opéré bien des miracles ? Alors, Je leur dirai en face : jamais Je ne vous ai connus ; écartez-vous de Moi, vous qui commettez l’iniquité » (Mt VII, 22-23).

Un dialogue des évangiles résume magnifiquement tous ces aspects et les porte à leur plus haut degré de réalisation : l’Annonciation de l’Ange à la Sainte Vierge (Lc I, 26-38). Le « Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum » qui fut prononcé par la Vierge Marie en toute liberté et sous la motion de la grâce, manifeste le renoncement total à sa volonté propre et l’attachement sans réserve au dessein de Dieu, attitude fondamentalement requise en celui que Dieu a choisi « pour amener les élus de Dieu à la Foi et à la connaissance de la vérité » (Tt. I, 1).

Les critères de discernement de la vocation
Ils sont de deux sortes :

  • les critères internes à la personne, comme les aptitudes convenables pour répondre à l’appel entendu et l’intention droite qui est une intention surnaturelle, libre de toute contrainte physique ou morale, et qui peut être suscitée par un certain attrait pour l’état de vie envisagé. Ce discernement est surtout du côté du directeur spirituel, aidé par la bonne volonté du dirigé.
  • les critères externes, qui se résument à l’appel de l’Eglise. La vocation, comportant toujours une mission, est quelque chose de reçu. Il est donc du ressort de l’Eglise de l’examiner et de la reconnaître. Cependant, si la vocation sacerdotale est sacramentelle et imprime en l’homme un caractère immuable, la vocation religieuse, de par les vœux professés, oblige à la perfection sans cesse désirée, jamais atteinte, au titre d’un engagement
    personnel ratifié par l’Eglise.

III. La Vocation Sacerdotale

Vouloir être prêtre catholique, c’est ressentir un triple appel :

  • celui du Christ, au fond de la conscience d’un homme « Suis-Moi » ;
  • celui de l’Eglise, qui a reçu du Christ le pouvoir par le sacrement de l’Ordre de faire participer certains hommes d’une manière toute spéciale au sacerdoce du Christ pour perpétuer l’œuvre de rédemption pour le salut des âmes ;
  • appel à la sainteté par le sacerdoce, non seulement en suivant le Christ, mais aussi en devenant un autre Christ.

A) L’APPEL DU CHRIST

« Nul ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu ». (Héb. V, 4)

1. Le Christ appelle les douze Apôtres


« Il appela ceux qu’il voulait et ils vinrent à Lui et II en établit douze pour être avec Lui et pour les envoyer prêcher…  » (Mc III, 13)

La Sainte Ecriture nous décrit le mystère de la vocation. Plusieurs fois, nous trouvons dans les Evangiles ces deux mots : « Viens et suis-Moi » (Mt XIX, 21). Ainsi le Christ appelle des hommes, ceux-ci laissent tout pour Le suivre pendant trois ans au cours desquels II les forme, Il les établit apôtres, Il les envoie en mission en leur conférant des pouvoirs spéciaux : « Il leur donna puissance et autorité sur tous les démons et de guérir les maladies, et II les envoya prêcher le règne de Dieu ». Ces mêmes apôtres assistent à la Cène : « Faites ceci en mémoire de Moi ». Puis, lors de l’Ascension : « Allez donc enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à pratiquer tout ce que Je vous ai commandé ».

Nous trouvons donc dans l’Evangile tous les éléments de la vocation sacerdotale : l’appel du Christ, une réponse libre, Le suivre, être établi apôtre, puis partager et poursuivre Sa mission.

2. Le Christ appelle encore aujourd’hui

L’appel du Christ qui a retenti au cœur des apôtres résonne encore aujourd’hui. Toute vocation sacerdotale est un grand mystère qui se passe dans le sanctuaire de l’âme où l’homme est seul avec Dieu et où Sa voix se fait entendre. C’est un dialogue entre l’amour de Dieu qui appelle et la liberté de l’homme qui répond. Il y a donc deux aspects dans la vocation :

  • l’appel de Dieu,
  • l’offrande libre de l’homme.

Le premier, l’appel, est une intervention divine qui demande un infini respect de la part de l’homme, car c’est un don de Dieu, une grâce qui, si elle n’est pas contrariée, va susciter le deuxième aspect, la réponse de l’homme.

Tout homme est libre de répondre à cette grâce, tel le jeune-homme riche : « Viens et suis-Moi » « Mais lui, à ces mots, s’assombrit, et il s’en alla contristé, car il avait de grands biens ». Mais une réponse positive devient une donation personnelle d’amour qui trouve son modèle dans l’offrande même du Christ.

B) L’APPEL DE L’EGLISE

1. Appelé par l’Eglise

Le Christ a fondé la nouvelle Alliance en Son sang, Il S’est fait médiateur entre Dieu et les hommes par Son sacrifice sur la croix. A tous les baptisés, Il donne de vivre la communion même de Dieu dans l’Eglise en les faisant participer à Son unique sacerdoce. Mais, à cet édifice, Il a donné une constitution hiérarchique en Lui choisissant des pasteurs. Le Christ a appelé Lui-même Pierre et les douze pour participer à Sa mission en leur conférant des pouvoirs particuliers. A leur tour, les apôtres ont appelé d’autres hommes pour les seconder et leur succéder. Les successeurs des apôtres sont le Pape et les Evêques. Leurs collaborateurs sont les prêtres. Ainsi, les Evêques se choisissent- ils des collaborateurs pour continuer le sacerdoce du Christ, pour diriger et enseigner les Chrétiens et pour continuer les actes rédempteurs du Christ par les sacrements, le Baptême, la Pénitence et surtout l’Eucharistie.

L’appel du Christ est donc authentifié par l’appel de l’Evêque qui reconnaît la vocation du candidat et qui l’ordonne par l’imposition des mains, l’habilitant à renouveler les gestes salvifiques du Christ.

2. Appelé au service de l’Eglise

« Tout grand-prêtre pris d’entre les hommes est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu ». (He. V, 1).

Les prêtres sont appelés à prolonger la présence du Christ souverain prêtre, ils Le représentent sacramentellement « in persona Christi » en exerçant leur sacerdoce, ils servent l’Eglise en aidant les baptisés à accomplir eux-mêmes leur propre vocation.

Dans l’Eglise, le prêtre est « dispensateur des mystères divins », ainsi il reçoit le pouvoir de réitérer le sacrifice du Christ en Le rendant présent, et au nom du Christ Lui-même, en L’offrant en victime au Père. Il reçoit aussi d’autres pouvoirs sur le Corps mystique en conduisant le chrétien dans la vie de la grâce : il le fait renaître à la vie surnaturelle par le Baptême, il le nourrit de l’Eucharistie, il le réconcilie dans la Pénitence par le pouvoir de remettre les péchés, il le fortifie dans la maladie ou le prépare à l’autre vie par l’Extrême-onction.

Le prêtre reçoit aussi le ministère de la prédication, il est ministre du Verbe et reçoit la tâche de prêcher et d’enseigner le dépôt de la révélation dont l’Eglise a la garde. « Allez enseigner toutes les nations ».

C) LE SACERDOCE : VOCATION A LA SAINTETE

1. Sainteté sacerdotale

Déjà appelé à la sainteté par son Baptême, le prêtre, en recevant la sacrement de l’Ordre, est consacré à Dieu d’une manière nouvelle. Tenant la place du Christ en personne, habilité à poursuivre Sa mission, le prêtre reçoit une grâce particulière pour se sanctifier dans la mission même de sanctifier ceux qui lui sont confiés. De plus, le prêtre, configuré au Christ et rendu participant à Son sacrifice par la consécration opérée par le sacrement de l’Ordre, se doit à ce titre de suivre et de ressembler tout particulièrement à Celui qu’il représente.
Le prêtre devra donc pratiquer les vertus dont son divin Maître a montré l’exemple.

2. Les moyens de sanctification du prêtre
  • Le prêtre se sanctifie par la récitation des Heures (bréviaire) car mission lui a été donnée de prier au nom de l’Eglise.
  • La charité pastorale et le zèle des âmes. A l’image du Christ Bon Pasteur, le prêtre se sanctifie par le soin des âmes : ayant compassion de celles qui sont sans pasteurs, cherchant celles qui sont perdues, rassemblant celles qui sont dispersées, soignant celles qui sont blessées…
  • Le don de soi par la pratique des vertus évangéliques. Comment se consacrer à cette tâche si l’on n’est pas soi-même entièrement donné, à l’image du Christ ?
  • Le célibat et la chasteté. Le Christ a montré le prix inestimable de la chasteté au service de Dieu. Ceci s’applique tout particulièrement au prêtre qui représente le Christ modèle de toute pureté et qui doit se consacrer totalement à sa mission, ce qui implique un don total de soi au Christ et à son Eglise.
  • La pauvreté. La pauvreté évangélique s’exprime chez le prêtre par un profond détachement qui n’est pas un refus des biens matériels, mais leur soumission au Bien suprême, et par une utilisation de ces biens conforme à leur mission. Le détachement lui permet une plus grande disponibilité, spécialement envers les plus pauvres.
  • L’obéissance. « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui M’a envoyé ». Comme le Christ obéit au Père, le prêtre obéit à l’Eglise en obéissant à sa hiérarchie, au Pape, aux Evêques. Ainsi se conforme-t-il au Christ qui S’est fait obéissant jusqu’à la mort.
  • C’est enfin plus particulièrement par la célébration des sacrements que le prêtre « in persona Christi » se sanctifie d’une manière propre à chaque sacrement qu’il célèbre, et ceci spécialement dans les sacrements de l’Eucharistie et de la Pénitence où sa configuration au Christ s’exprime de manière plus éclatante.

IV. La Vocation Religieuse

A) LA VOCATION RELIGIEUSE ET LE CHRIST

1. La vie religieuse comme imitation du Christ

« Veni, sequere Me » (Mt XIX, 21)

  • Préceptes et conseils évangéliques :
    • La perfection chrétienne est demandée à tout Baptisé (Mt V, 48).
    • On peut y parvenir par l’observance parfaite des deux seuls préceptes de l’amour de Dieu et du prochain : « En ces deux commandements consistent toute la Loi et les Prophètes ».(Mt XXII, 40).
    • Mais on y parvient plus sûrement par la Voie des conseils évangéliques (Mt XIX, 16-22).
  • La vie religieuse consiste dans une manière stable de tendre à la perfection chrétienne par les vœux publics de pauvreté, chasteté et obéissance, par lesquels l’on montre vouloir suivre le Christ, dans le cadre ascétique de la vie en commun, selon une règle approuvée par l’Eglise, et sous l’autorité de supérieurs reconnus par Elle.
  • Imitation du Christ : chaque forme de vie religieuse met en lumière un aspect particulier de la vie de Notre-Seigneur : contemplation, pénitence, apostolat, science sacrée, même si toutes tendent à réaliser la perfection de l’incorporation au Christ commencée au jour du Baptême, selon ce que dit Saint Paul : « Christo confixus sum cruci : Vivo autem, jam non ego ; vivit vero in me Christus…  » (Gal. II, 20)

2. La réponse à l’appel divin

« Maître, où demeurez-Vous ? » (Jo I, 38)

Quoique non directement instituée par le Christ comme le sacerdoce, la vie religieuse n’en suppose pas moins une vocation proprement dite.

La pratique des conseils évangéliques dans les vœux de religion est un don de Dieu qui ne s’adresse pas à tous (Mt XIX, 11), mais à une personne déterminée : c’est ce don qui constitue la vocation religieuse auquel doit répondre le don de la personne à Dieu, dans le Christ Jésus.

« Posant son regard sur lui, Jésus le prit en affection » (Mc X, 21). Attaché à son avoir, le jeune homme riche ne veut pas entendre ; à ce même regard, les Apôtres avaient répondu : « Maître, où demeurez-vous ? » La réponse à la vocation commence donc d’abord dans la prière d’intimité avec le Christ, où peu à peu l’âme qui cherche Dieu droitement s’établit en Celui qui est et, aidée d’un directeur spirituel, apprend à connaître sa volonté.

« La raison d’être de la vie religieuse, son but principal, n’est-ce-pas l’acquisition de la vie intérieure ? » (Dom Chautard, « L’âme de tout apostolat »).

B) LA VOCATION RELIGIEUSE ET LES HOMMES

1. La pratique des conseils évangéliques et le monde

A un monde qui se dilue misérablement dans l’avoir et le faire, la vie religieuse rappelle l’Unique nécessaire, elle invite l’homme moderne à dépasser les vanités mondaines pour retrouver le sens de l’Etre, et avec lui le sens du Sacré, du Vrai, du Beau, de l’Un, du Bien… comme le sens du péché, de la création et de la recréation : « Stat crux dum volvitur orbis ».

Par le vœu de pauvreté, l’âme consacrée renonce pour elle-même aux biens extérieurs et proclame au monde que Dieu seul est Créateur et Maître de toutes choses.

Par le vœu de chasteté, elle renonce aux jouissances sensibles et, dans ses épousailles avec le Verbe divin, rappelle à tous la beauté de la virginité du cœur dans la vie spirituelle, de la simplicité du regard dans la vie intellectuelle,
de la pureté d’intention dans la vie fraternelle et apostolique, ainsi que le sens de la continence chrétienne.

Par le vœu d’obéissance, qui est « le principal parmi les vœux de religion », nous dit Saint- Thomas, elle immole sa volonté pour imiter le Christ qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et rappelle à une société qui a perdu le sens de l’autorité, l’honneur de servir ; c’est le Fiat de la Vierge, l’Adsum d’Abraham.

« Votre Consécration évangélique a été insérée comme signe particulier de la présence de Dieu ».

Jean-Paul II, Exhortation apostolique, « Redemptoris donum », 25 mars 1984
2. La vocation dans le sujet qui la reçoit

« Voici que je viens pour faire, O Dieu, votre volonté » (Hebr. X, 17)

La seule intention particulière de prière que Jésus ait donné à ses disciples est celle des vocations : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt IX, 38).

La réponse à l’appel suppose liberté à l’égard du monde et soumission à la volonté divine. Essentiellement, il s’agit du choix d’une attitude consciente et personnelle à l’égard du commandement de l’amour : « l’Amour est la vocation fondamentale et innée de tout être humain » (Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus).

Si, après examen des aptitudes et vérification sincère de l’intention droite ainsi que la constatation d’une attirance intérieure, l’âme se demande encore « comment se fera-t-il », en considérant la difficulté réelle de la tâche et son indignité non moins réelle -« Quis ut Deus »- elle devra cependant regarder vers la Sainte Vierge dont le Fiat est devenu Magnificat.

3. La virginité sacrée et l’Eglise épouse

La distinction entre vocation sacerdotale et vocation religieuse trouve sa pleine expression dans son rapport à l’Eglise, éclairé par la théologie de Saint Paul.

« Par le sacerdoce, en effet, c’est Notre-Seigneur qui, incessamment vivifie son Eglise, entretient en elle, au moyen des sacrements, la vie de la grâce, et la gouverne ».

« Par la virginité sacrée, c’est l’Eglise qui, incessamment aussi, se présente comme épouse au Christ son époux et Lui redit sa fidélité et son amour ». (Abbé V.A. Berto « Pour la Sainte Eglise Romaine »)

En ce domaine, « il n’y a ni homme, ni femme » et toutes les âmes sont épouses, comme le dit Charles de Foucauld. D y a entre le Christ et l’Eglise unité de vie -c’est l’Eglise « Corps Mystique »-, et réciprocité d’amour -c’est l’Eglise épouse.

Saint Cyprien dit d’une communauté de Vierges consacrées : « C’est la fleur de cette plante qu’est l’Eglise, la portion la plus lumineuse du troupeau du Christ ».

Séminaire de la Fraternité Saint Pierre

38 CEC, 356
39 Gn I, 26
40 CEC, 27
41 CEC, 1730-1744 42 CEC, 142
43 Gn Il, 8-9
44 C E C , 1 7 1 6
45 Rm VIII, 15
46 CEC, 1267
47 CEC, 783-786
48 CEC, 898
49 Gn II, 15
50 Gn I, 28
51 Mt XIX, 115
52 CEC, 1539