L’ardeur apostolique des âmes fidèles à leur consécration

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C’est par Elle que Dieu veut arracher les âmes au démon et les gagner à son amour


Bien comprise et vécue, la consécration totale à la Mère de Dieu est de son côté une provocation des âmes à l’apostolat, une assurance de fécondité accrue à leur action. Du côté des âmes, elle est un engagement à se dévouer comme Marie et avec son aide à l’extension du royaume de Dieu.
C’est qu’en effet, la Vierge Marie a reçu de Dieu une mission apostolique à remplir.
Or, d’une part, l’âme consacrée s’est engagée à l’imiter en tout, à la suivre partout ;
D’autre part, Marie s’emploie à entraîner cette âme dans son sillage, elle la fait participer à son esprit de rédemption.


La Vierge Marie a reçu de Dieu une mission apostolique à remplir.
Le P. de Montfort le rappelle et y insiste quand il écrit : « C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner dans le monde. » (V. D., n° 1.) « C’est par Marie que le salut du monde a commencé et c’est par Marie qu’il doit être consommé. » (V. D., n° 49.)
Au numéro 13, il développe sa pensée en ces termes : « Mon cœur m’a dicté tout ce que je viens d’écrire avec une joie particulière pour montrer que la divine Marie a été inconnue jusqu’ici, et que c’est une des raisons pour quoi Jésus-Christ n’est point connu comme il doit être. Si donc, comme il est certain, la connaissance et le règne de Jésus-Christ arrivent dans le monde, ce ne sera qu’une suite nécessaire de la connaissance et du règne de la Très Sainte Vierge Marie, qui l’a mis au monde la première fois, et le fera éclater la seconde. »
Oui, c’est par elle que Dieu veut arracher les âmes au démon et les gagner à son amour. N’est-ce pas déjà ce plan de miséricorde qu’il révélait au monde aussitôt la faute de nos premiers parents : Adam et Eve ? Ici encore, Montfort se plaît à le souligner : « Jamais, écrit-il, Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et augmentera même jusqu’à la fin : c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable ; entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge et les enfants et suppôts de Lucifer, en sorte que le plus terrible des ennemis que Dieu ai faits contre le diable est Marie sa sainte Mère, toujours elle aura la victoire sur cet orgueilleux, et si grande, qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil ; elle découvrira toujours sa malice de serpent ; elle éventera ses mines infernales, elle dissipera ses conseils diaboliques, et garantira jusqu’à la fin des temps ses fidèles serviteurs de sa patte cruelle. » (V. D., n° 52-54.)
Adversaire du diable, Marie ne l’est pas seulement pour aider chaque âme en particulier, mais encore pour le vaincre dans son action sur le monde. C’est une des raisons pour laquelle Dieu veut révéler et découvrir Marie, le chef-d’œuvre de ses mains » (V. D., n° 50) et l’éclairer d’une lumière chaque jour plus vive.

Selon sa sainte volonté :
« Marie doit éclater, plus que jamais, en miséricorde, en force et en grâce dans ces derniers temps :
En miséricorde, pour ramener et recevoir amoureusement les pauvres pécheurs et dévoyés qui se convertiront et reviendront à l’Eglise catholique ;
En force, contre les ennemis de Dieu qui se révolteront terriblement pour séduire et
faire tomber, par promesses et menaces, tous ceux qui leur seront contraires ;
En grâce, pour animer et soutenir les vaillants soldats et serviteurs de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts. »
(V. D., n° 50.)

Nous retrouvons cette même pensée chez le R. P. Chaminade (41) : « Tous les âges de l’Eglise, explique-t-il, sont marqués par les combats et les glorieux triomphes de l’auguste Marie. Depuis que le Seigneur a soufflé l’inimitié entre elle et le serpent, elle a constamment vaincu le monde et l’enfer. Toutes les hérésies, nous dit l’Eglise, ont incliné le front devant la Très Sainte Vierge, et peu à peu elle les a réduites au silence du néant. Or, aujourd’hui, la grande hérésie régnante est l’indifférence religieuse qui va engourdissant les âmes dans la torpeur de l’égoïsme et le marasme des passions. La puissance de Marie n’est pas diminuée. Nous croyons fermement qu’elle vaincra cette hérésie comme les autres, parce qu’elle est aujourd’hui comme autrefois, la Femme par excellence, cette Femme promise pour écraser la tête du serpent, et Jésus-Christ, en ne l’appelant jamais que de ce grand nom, nous apprend qu’elle est l’espérance, la joie, la vie de l’Eglise et la terreur de l’enfer. A elle donc est réservée de nos jours une grande victoire, à elle appartient la gloire de sauver la foi du naufrage dont elle est menacée parmi nous. »

Les Papes eux-mêmes émettent de semblables affirmations :

« Certes, écrit Léon XIII, il ne paraîtra pas exagéré d’affirmer que c’est surtout sous sa conduite et avec son aide (celles de la Sainte Vierge) que la sagesse et la doctrine évangélique se sont répandues si rapidement, à travers des obstacles et des difficultés immenses, dans l’universalité des nations, fondant partout un nouvel ordre de justice et de paix. C’est elle qui a donné et consolidé le sceptre de la vraie foi, et elle n’a cessé de s’employer à maintenir, parmi les peuples, ferme, intacte et féconde, la foi catholique. Ce fut surtout aux époques et dans les pays où il y avait à déplorer l’alanguissement de la foi par suite de l’indifférence, ou son ébranlement par le fléau pernicieux des erreurs que le secours miséricordieux de l’auguste Vierge se fit sentir. Alors, grâce à son impulsion et à son appui, des hommes éminents en sainteté et en zèle apostolique se sont levés pour repousser les efforts des méchants, pour ramener et exciter les esprits à la piété, à la vraie vie chrétienne. »

Pie X se proposait de « tout restaurer dans le Christ », mais il indiquait parmi les moyens de cette restauration une augmentation de piété envers la Vierge. « Qui ne tient pour établi, demande-t-il, qu’il n’est route ni plus sûre, ni plus rapide que Marie pour unir les hommes à Jésus-Christ, pour obtenir de Jésus cette parfaite adoption de fils qui nous rend saints et sans tache devant Dieu ? Personne n’a, comme elle, connu Jésus ; personne n’est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus. Il suit de là que personne ne la vaut pour unir les hommes à Jésus. »

Pie XI appelle Marie « la destructrice de toutes les hérésies et le secours des chrétiens » et Pie XII « la triomphatrice dans toutes les batailles de Dieu », celle qui obtient « de Dieu la paix et surtout les grâces qui peuvent en un instant convertir le cœur des hommes, ces grâces qui préparent, concilient, assurent la paix » ; celle qui donne au monde « la paix dans la vérité, dans la justice, dans la charité du Christ, la paix des armes et la paix des âmes, afin que dans la tranquillité de l’ordre s’étende le règne de Dieu » .
Dans leur Encyclique sur le saint Rosaire, Pie XI et Pie XII indiquent cette prière comme très efficace pour obtenir de Dieu par Marie les grâces de la foi, du salut et de la paix. Ils la recommandent pour tous les jours, spécialement pour les temps de trouble, de désordre, de crise ou de persécution.
En 1946, en son Radio-message pour le couronnement de Notre-Dame de Fatima, Pie XII proclamait : « Vous l’avez couronnée Reine de la paix et du monde pour qu’elle aide le monde à retrouver la paix et à se relever de ses ruines. En couronnant la statue de Notre-Dame, vous avez manifesté votre foi en sa royauté, votre soumission loyale à son autorité, votre correspondance filiale et constante à son amour. Vous avez fait plus encore : vous vous êtes enrôlés comme croisés pour conquérir ou reconquérir son royaume qui est le royaume de Dieu. Vous vous êtes obligés à travailler pour qu’elle soit aimée, vénérée, servie, en même temps que par vous, par les familles, par les sociétés, par le monde entier. » Et le Pape souhaitait qu’ainsi soit « hâtée l’heure de son triomphe et du triomphe du royaume de Dieu ».

Ecrivant au T. R. P. Hiss, Supérieur général des Marianistes, Benoît XV assurait : « Ce n’est pas une vaine louange qu’on décerne à Marie par le titre de Reine des apôtres; mais de même qu’elle assista, par son aide et ses conseils, les apôtres, éducateurs de l’Eglise naissante, de même, il faut l’affirmer, elle assiste à tout jamais tous les héritiers de l’Office apostolique qui s’efforcent dans l’Eglise adulte, ou de préparer des conquêtes ou de réparer des désastres. »

Ainsi la mission apostolique de Marie n’est autre chose que sa co-rédemption continuée, sa maternité spirituelle en exercice. Elle est une application essentielle de ses fonctions de Médiatrice de toute grâce et de Reine de l’univers.
Cette mission lui est unique par son universalité et par son rang :
Par son universalité, puisque, unie et subordonnée à celle du Christ, elle s’étend à toutes les époques de l’histoire du monde et à tous les lieux ;
Par son rang, puisqu’elle est une mission de reine, ou, comme s’exprime Montfort, de « générale d’armée ». (V. D., n° 28.)
Jésus est celui qui nous sauve et nous conquiert; Marie est celle qui a accepté d’être unie par Dieu à Jésus pour collaborer universellement à son œuvre de libération et de sanctification.
Son ardent désir est de communiquer à tous la divine grâce afin d’agrandir sans cesse la famille de Dieu ou de rendre plus saint chacun de ses enfants. Il est aussi de se susciter partout des subordonnés dans ce champ de l’apostolat, d’autres âmes qui, en union avec elle, et sous sa conduite, se dévoueront à étendre ou à parfaire le règne de Jésus-Christ et le triomphe de la Sainte Eglise. Cette lutte contre le démon, la Vierge Marie ne veut pas la mener seule. Elle a des enfants. Elle les engage à faire la guerre à l’ennemi de Dieu (V. D., n° 54).

En conséquence, la mission de tous les apôtres, qu’ils en aient ou non conscience, est une participation à la mission universelle de Marie. L’effet sera différent pour celui qui règle sa vie apostolique selon cette vérité et pour celui qui l’ignore ou y demeure indifférent.
L’âme totalement consacrée à Marie voudra compter au nombre de ses premiers et de ses plus fidèles soldats, au nombre de ses plus valeureux chevaliers ; docile et dépendante, elle ne pourra que se laisser entraîner par elle dans le sillage de la Rédemption. Car à vivre d’intimité avec Marie, elle communiera à sa volonté nette et constante d’arracher toutes les âmes au démon, de faire avancer sur elles et sur le monde le règne de son divin Fils Jésus, de contribuer à la croissance de son Corps mystique qui est l’Eglise et dont elle est la Mère.
Et ainsi poussée par Marie, non seulement l’âme brûle d’un zèle apostolique toujours plus ardent, mais encore — et c’est ce qui importe — elle acquiert à son école la véritable mentalité d’un apôtre du Christ : doux et humble de cœur, défiant de lui-même, confiant en la puissance de la grâce, il appuie toutes ses activités — soumises à l’obéissance — sur la prière, sur la réception fréquente des sacrements et sur le sacrifice.
Aux âmes contemplatives, aux religieuses cloîtrées, aux personnes réduites à l’impuissance physique ou réellement trop absorbées par leur devoir d’état, la Très Sainte Vierge communique la grâce de s’élever à l’état de victime : unies par Notre-Dame des Douleurs à Jésus crucifié, ces âmes brûlent de zèle pour la gloire de Dieu, pour la réparation des péchés, pour la conversion des pécheurs, pour la sanctification des vocations sacerdotales et religieuses, jusque dans la monotonie de leurs obscurs devoirs quotidiens, jusque dans leurs souffrances lancinantes — et pour les religieux et religieuses, — jusque dans la fidélité à tous les points de leurs règle et constitutions. Chaque jour, faisant le tour des besoins du monde et de l’Eglise, ces âmes s’appliquent à se renoncer et à offrir à Dieu par Marie à ces intentions universelles leurs prières, leurs sacrifices, leurs douleurs, leurs actes d’obéissance, leurs humiliations, leurs travaux.
Aux âmes sacerdotales, en sa qualité de Mère du Christ-prêtre à laquelle elle fut élevée dès le jour de l’Incarnation, la Très Sainte Vierge inspire une plus profonde compréhension et une plus sublime idée de leur état et de leurs fonctions. Le Christ a voulu recevoir ici-bas son éducation de sa Mère.
Celle-ci demeure l’éducatrice par excellence de ceux qui, mieux que les autres baptisés doivent vivre sur la terre comme d’autres Christ. Plus ils appartiennent à Marie et demeurent intimes avec elle à l’imitation de saint Jean, mieux elle réussit à les rendre moins indignes de leur vocation. Elle les aide à progresser dans une union toujours plus étroite avec Jésus. Par là, elle les stimule à devenir avec lui de vrais adorateurs du Père, des réparateurs pour les péchés du monde, des réconciliateurs entre le ciel et la terre, des sacrificateurs, des victimes, des donneurs de vie divine, des porte-parole de Dieu, des leviers et des soutiens pour l’humanité. Enfin, la dévotion dont ils l’honorent leur devient « un grand ressort dans tout leur ministère apostolique et un secret pour attirer les âmes et les donner à Jésus ».
Telles seront les âmes appliquées à vivre selon les exigences de leur consécration totale à Marie.
Ces âmes seront, dans la ligne de leur vocation, de vrais apôtres du Christ. Elles le seront en chacun de leurs milieux de vie. Et par Marie, Mère du Corps mystique, elles contribueront plus efficacement au triomphe de la Sainte Eglise parce que par elle leur rayonnement spirituel; s’étendra plus sûrement jusqu’aux confins du monde.
Ces âmes seront des apôtres à la flamme ardente et à la vie intérieure profonde.

Ayant vécu cet idéal avant de l’enseigner, Saint Louis-Marie de Montfort trace de main de maître le portrait d’un apôtre du Christ consacré à Marie. Il assure : « Ces grandes âmes, pleines de grâce et de zèle, seront choisies pour s’opposer aux ennemis de Dieu qui frémiront de tous côtés, et elles seront singulièrement dévotes à la Très Sainte Vierge, nourries de son lait, conduites par son esprit, soutenues par son bras et gardées sous sa protection, en sorte qu’elles combattront d’une main et édifieront de l’autre…, elles porteront tout le monde, par leurs paroles et leurs exemples, à sa véritable dévotion, ce qui leur attirera beaucoup d’ennemis, mais aussi beaucoup de victoires et de gloire pour Dieu seul. » (V. D., n° 48.)
Ces apôtres « seront petits et pauvres selon le monde, et abaissés devant tous comme le talon, foulés et persécutés comme le talon l’est à l’égard des autres membres du corps ; mais, en échange, ils seront riches en grâces de Dieu que Marie leur distribuera abondamment ; grands et relevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur zèle animé et si fortement appuyés du secours divin qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ ». (V. D., n° 54.)
« Ils seront un feu brûlant des ministres du Seigneur qui mettront le feu de l’amour divin partout. » (V. D., n° 56.)
« Ils seront de vrais disciples de Jésus-Christ, marchant sur les traces de sa pauvreté, humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie étroite de Dieu dans la pure vérité, selon le Saint Evangile et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni faire acception de personne, sans épargner, écouter ni craindre aucun mortel, quelque puissant qu’il soit. Ils auront dans la bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu ; ils porteront sur leurs épaules l’étendard ensanglanté de la croix, le Crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche, les noms sacrés de Jésus et de Marie sur leur cœur et la modestie et la mortification de Jésus-Christ dans toute leur conduite.» (V. D., n° 59.)

Achevant de tracer ce portrait, Montfort affirme :
« Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut pour étendre son empire. » (V. D., n° 59.)
Au numéro 114, il précise qui seront ces héros, ces apôtres, ces saints, ces conquérants. Ils seront « un grand escadron de braves et vaillants soldats de Jésus et de Marie, de l’un et l’autre sexe ».
En sa Prière embrasée, il prévoit de nombreux prêtres qui; élevés par Marie à une haute sainteté, s’emploieront à étendre le règne de Jésus par celui de sa sainte Mère dans les âmes et sur la société.
Mais, « quand et comment cela sera-t-il ? » (V. D., n° 59, 217.)
« Quand, écrit-il, avec la grâce et la lumière du Saint-Esprit, on connaîtra et on pratiquera la dévotion que j’enseigne. » (V. D., n° 55, 217.)

Elle est celle de la « consécration totale et vécu à la Mère de Dieu à Jésus par Marie ».

Père Henri Desmulliers

(41) Fondateur des Marianistes