L’audace missionnaire

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Amis pèlerins,

Quelle consolation de constater qu’aujourd’hui encore, le message de Jésus-Christ continue de bouleverser les cœurs ! Alors qu’on annonçait la mort du christianisme dans notre vieille Europe, alors que les forces du mal se déchaînent à travers des lois qui offensent Dieu, dans le même temps, une foule innombrable d’inconnus, de catéchumènes, de recommençants, découvrent Jésus-Christ et se convertissent à l’Évangile. Quel encouragement pour nous !

Nous ne pouvions pas passer à côté de cette période inédite de conversions dans l’histoire de l’Église. C’est pourquoi l’association Notre-Dame de Chrétienté a décidé d’explorer le troisième pilier qui fait sa spécificité ; après la Tradition, après la Chrétienté, place à la Mission ! « Vous serez mes témoins, jusqu’aux extrémités de la Terre » : tel sera le thème du 44ᵉ pèlerinage de Chrétienté ; pour répondre à l’appel du pape Léon XIV, qui a proclamé le 5 octobre 2025 « une nouvelle ère missionnaire dans l’histoire de l’Église » ; pour participer à l’immense effort d’évangélisation de notre pays, en mettant au service de l’Église les spécificités de notre famille spirituelle, la puissance missionnaire de la liturgie tridentine, et l’esprit vivifiant du pèlerinage.

La mission est un ordre du Christ ; elle est une urgence pour le salut des âmes ; elle est source d’une joie immense ; elle fortifie les chrétiens. « La foi s’affermit lorsqu’on la donne », écrivait Jean-Paul II. Nous approfondirons ces thèmes dans les méditations thématiques du livret.

Mais la mission est exigeante. Certains s’en sentent incapables. « Je ne suis pas assez saint, je ne suis pas crédible ; je ne sais pas quoi dire ; comment être missionnaire, alors que je suis timide ? » Ces questions sont au cœur du livre des Actes des Apôtres, un livre de feu écrit par l’Esprit-Saint, que je vous invite à relire intégralement avant le pèlerinage.

Au début de ce livre, Jésus donne à ses apôtres la mission de prêcher l’évangile à toute la création, mais quelque chose manque encore : au lieu de commencer, les apôtres retournent au Cénacle, s’enferment, prient… et attendent. Et là survient la Pentecôte : un souffle, un feu, l’envoi promis du Saint-Esprit. Le courage les saisit, ils ouvrent les portes, et Pierre parle à la foule rassemblée dans la rue : c’est le premier sermon de l’histoire, improvisé ; il produira 3000 baptêmes.

Le Nouveau Testament a un mot spécial, en grec, pour décrire ce qui s’est passé dans l’âme des apôtres à la Pentecôte : la parrhèsia. La parrhèsia, c’est l’audace, la hardiesse, l’assurance. Elle est d’abord attribuée au Christ, qui parle ouvertement (Mc 8, 32), avec grande liberté (Jn 7, 26). C’est cette assurance qui saisit les apôtres lorsqu’ils reçoivent le Saint-Esprit (Ac 4, 31), si bien que les foules ne comprennent pas comment ces hommes du peuple, sans instruction, peuvent avoir une telle hardiesse (Ac 4, 13). La parrhèsia, c’est la confiance libre et courageuse, le courage joyeux, l’audace qui transforme les apôtres craintifs et pécheurs en missionnaires ardents, jusqu’au martyr.

Mais la parrhèsia, c’est aussi la franchise, la simplicité à affirmer sans compromis toute la Vérité, Jésus-Christ tout entier, sans ambiguïté, sans faire de tri dans l’Évangile, sans dissimuler une partie du message par peur de choquer ou de déplaire. Et lorsque, au sanhédrin, les chefs des prêtres menacent saint Pierre de la prison, lui interdisant formellement d’enseigner Jésus-Christ, celui-ci — qui avait renié le Seigneur quelques semaines plus tôt au même endroit — s’écrit : « Nous ne pouvons pas ne pas parler » (Ac 4, 20). La parrhèsia, c’est le courage de la Vérité.

Attention : la parrhèsia n’est pas l’arrogance de celui qui prétend tout savoir mieux que tout le monde. Et c’est saint Jean, celui qui a déposé sa tête sur le cœur de Jésus, qui nous livre son secret : la parrhèsia, nous dit-il, c’est la perfection de l’amour (1 Jn 4, 17), car l’amour bannit la crainte. Ce qui fait l’audace d’un chrétien, ce n’est pas une sorte d’assurance personnelle fondée sur ses capacités, sa force, ses talents rhétoriques, son intelligence, ni même sa sainteté : ce qui fait l’audace d’un chrétien, c’est l’amour, le feu de la charité.

Notre audace à annoncer l’évangile sera proportionnelle à l’amour que nous avons de Jésus-Christ, et à l’amour que nous avons pour les gens, car c’est par amour que nous voulons leur salut. Oui, amis pèlerins, « la charité du Christ nous presse ! » (2 Co 5, 14). Comme le disait saint Jean Chrysostome : « Il n’y a rien de plus froid qu’un chrétien qui ne sauve pas les autres. »

Amis pèlerins, savez-vous quel est le dernier verset des Actes des Apôtres ? « Paul prêchait le royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, avec audace (parrhèsia) et sans entrave » (Ac 28, 31). Le livre des Actes des Apôtres est un livre inachevé, sans conclusion : il continue, « avec audace et sans entrave », à s’écrire à travers les chrétiens de tous les âges, appelés à ce même zèle missionnaire.

Alors prions pour que cette Pentecôte 2026 enflamme nos cœurs de cette hardiesse, fruit de la charité, qui détruit toute entrave, extérieure et surtout intérieure. Car c’est pour nous, pèlerins, que les premiers apôtres persécutés adressaient à Dieu cette prière : « Seigneur, vous voyez leurs menaces : donnez à vos serviteurs d’annoncer votre parole avec une pleine assurance » (Ac 4, 29).

ABBÉ DE MASSIA

Aumônier général de Notre-Dame de Chrétienté

(1) Étymologiquement, parrhèsia vient de pan (tout) et rhêma (parole) : c’est la liberté de tout dire.