Le Cœur Immaculée de Marie

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Le rôle de Marie dans notre salut n’est que le cas éminent de la communion des saints

C’EST UNE BIEN GRANDE audace pour un pécheur d’oser parler du seul cœur humain qui ait été parfaitement pur, alors que les saints eux-mêmes en ont parlé avec un tremblement d’humilité. Mais la plupart de nos lecteurs ont des devoirs d’état de plus en plus absorbants dans un monde qui a la frénésie du changement. L’équilibre est perdu entre les devoirs de l’homme de ce monde et les devoirs d’enfant de Dieu. Combien trouvent le temps de faire la prière du soir en famille ? C’est pourtant un acte fondamental dans la vie chrétienne, la source la plus sûre d’entente, de respect et d’amour entre les parents et les enfants. Mais les heures s’y accommodent mal et on trouve quelque chose de plus pressé à faire.

Notre excuse pour parler du Cœur Immaculé de Marie est donc de mettre la pensée des saints à la portée de ceux de nos lecteurs qui ont à peine le temps de jeter les yeux sur les journaux professionnels eux-mêmes indispensables à leur travail.

NOTRE-SEIGNEUR était Dieu, mais la Vierge Marie était une simple enfant des hommes,

Fillote de quatorze ans
Fraîche comme en la prairie
Les violettes au printemps

dit le vieux Noël.

Simple enfant des hommes mais pure, et seule pure. « Et Dieu n’a donné son Unique au monde que par Marie, quelques soupirs qu’aient poussé les patriarches, quelques demandes qu’aient faites les prophètes et les saints de l’ancienne loi pendant quatre mille ans pour avoir ce trésor, il n’y a que Marie qui l’ait mérité et trouvé grâce devant Dieu par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus. » Ainsi s’exprime S. Louis Grignion de Montfort.

En effet l’ange Gabriel ne vint à Marie que lorsqu’elle eut environ quinze ans, aussi pure qu’à sa conception mais enrichie par quinze années de grâces, de prières, d’efforts vers l’amour et de mérites. C’est alors qu’il lui fit savoir « qu’elle est pleine de grâce ». Cela veut dire sans vides de concupiscences, sans trous de doutes et méfiances sur la volonté de Dieu, sans relâchement dans le désir du ciel. Et Marie fut troublée par ce propos de l’ange, parce que se sachant une simple créature sortie des mains du Très-Haut, elle se connaissait, comparée à sa Majesté Infinie « moindre qu’un atome ou plutôt rien du tout puisqu’Il est seul « Celui qui Est ».

Marie était dans la vérité : mais Dieu pour qui le temps n’est pas avait dans l’éternité prévu l’incarnation de son Verbe, et pour le recevoir une créature exceptionnelle qui fut Marie.

Exceptionnelle par sa pureté et l’absence en elle de toute trace du péché originel, nouvelle Ève, mais tellement pleine de grâce qu’elle ne vit même pas les tentations qui lui furent certainement proposées sans même qu’elle s’en aperçut, tant sa volonté était fixée dans celle de Dieu.

POURTANT, sous un autre aspect, encourageant pour nous, le cas de Marie est semblable au nôtre : Marie était libre et Dieu lui demande son consentement. Dieu l’a prévue de toute éternité pour l’œuvre à laquelle il la destinait, mais comme une cause libre. Dieu connaît de toute éternité ce que feront les causes libres jusqu’à la fin des temps, mais elles le font librement. Il sait que la faiblesse d’un père fera réfléchir le fils et sur cet exemple celui-ci choisira délibérément la voie du salut.

Dieu est tellement transcendant à nos façons de penser, toujours subordonnées au temps, que nous avons peine à comprendre la connaissance éternelle en Dieu qui est, dit S. Denys l’Aréopagite « pardessus et plus que l’être, par-dessus et plus que la divinité ». Mais son image en nous est précisément cette volonté libre que Marie a mise en action pour répondre : « qu’il me soit fait selon votre parole. »

Marie s’associait ainsi à la volonté divine de sauver les hommes et devenait l’instrument humain de ce salut.
Ce rôle de Marie continue. Ce qui est mis en doute par les chrétiens qui répugnent à honorer spécialement la Sainte Vierge, c’est la survivance des âmes dans l’état où elles étaient parvenues à l’heure de la mort et la constance des vues de Dieu, leur immutabilité, ce qu’on affirme en disant que les dons de Dieu sont sans repentance. Nous le voyons dans le peuple juif lui-même qui reste manifestement un peuple élu pour ce qu’il ne comprend pas encore, mais élu quand même comme gardien de la parole de Dieu et des prophéties. Lequel subsiste de ces peuples puissants qui jadis pouvaient mépriser la faiblesse d’Israël ? Où sont les orgueilleux militaires d’Athènes et de Sparte, les grands prêtres de Pharaon, les armées de Sargon, les processions de Babylone ? Leurs descendants vivent certainement, mais où ?

Comment s’appellent-ils ? Le peuple juif, mêlé pourtant au sang de bien des peuples, sans terre, sans temple, sans prêtres, sans sacrifices, demeure, comme témoin des promesses de Dieu et les promesses de Dieu à son peuple qui sont répandues au travers des psaumes continuent de s’accomplir.

Le rôle de la très Sainte Vierge Marie, de même, continue. Dieu agit par les anges, il agit par la goutte d’eau que vous trouvez au matin au cœur d’une rose. Il opère sans cesse avec Jésus, par son action créatrice, par la grâce, mais la grande œuvre de l’Amour éternel a été l’Incarnation du Verbe en Marie. Humble fille des hommes, soumise aux conditions naturelles les plus humiliantes de l’humanité, elle eut, restant vierge, un enfant qui était Dieu, un petit homme qui possédait indissolublement unies la nature humaine et la nature divine.
Marie est donc dans un rapport unique et exceptionnel avec la très Sainte trinité. Salut, fille de Dieu le Père ! Salut, Mère de Dieu le Fils ! Salut Épouse du Saint-Esprit ! Sanctuaire de la très Sainte Trinité !

Une autre enfant des hommes a été appelée par les anges fille de Dieu et ils ont ajouté : Va ! Va ! Va !

La sainte Vierge n’a pas manqué non plus d’agir. Elle fut instruite toute jeune dans les Saintes Lettres à connaître les misères promises au Messie qu’elle allait enfanter. Elle put donc consentir librement dès son Fiat. Éternellement humble, éternellement reconnaissante d’avoir été préservée de : tout mal sans mérite antérieur dès son Immaculée Conception, elle s’en va tout aussitôt dans la montagne visiter sa cousine Élisabeth et lui apporter le Messie dont elle n’avait senti encore en rien l’existence et qui ne lui était connu que par la foi. Et les miracles aussitôt abondent.

Mais les Visitations furent toute la vie de Marie. Elle allait dans les maisons de sa parenté à Nazareth y portant l’enfant Jésus, elle le tenait par la main allant à la fontaine ; quatre des apôtres furent cousins germains de Jésus ! Marie avait porté Dieu dans leurs demeures. Sans doute est-il vrai de dire d’elle, comme du vieillard Siméon, « qu’elle portait l’enfant mais que l’enfant la gouvernait ».

Il reste que nous voici en présence d’un mystère exceptionnel : Marie exerçant librement la puissance maternelle sur le Verbe incarné. Pendant vingt-huit ou trente ans Jésus a accompagné sa Mère chaque fois qu’elle l’a désiré. Puis, un jour, il est parti pour Béthanie où Jean baptisait. Il a rangé ses outils et préparé du bois pour sa Mère. Il sait qu’il ne se servira plus des outils et comment Dieu pourvoira aux besoins de sa Mère. C’est elle qui maintenant le suivra ; sans faute personnelle, sans trace du péché originel, sauvée et sanctifiée d’avance par les mérites à venir de son Fils, et elle souffrira cependant comme lui, avec lui, participant ainsi au Salut de l’humanité. Sans péché comme son Fils elle suit la voie douloureuse, sans péché elle est au pied de la Croix où son Cœur est percé d’un glaive. Elle montre ainsi le chemin à tous ceux qui acceptent d’être victimes pour le salut des âmes, qui comme elle, sont de simples humains, comme elle lavés par le sang du Christ.

Les Visitations de la très Sainte Vierge continuent : elles deviennent de plus en plus fréquentes depuis que nous sommes entrés dans l’ère de l’apostasie. Dieu renouvelle ces moyens extraordinaires des temps apostoliques, où les apôtres posant les fondations de l’Église pouvaient consulter directement Marie toujours vivante à côté d’eux. A la Salette Notre-Dame a dit : « depuis le temps que je souffre pour vous » et Elle pleurait. Ce n’est qu’une révélation particulière, mais c’est en accord avec le Saint Sacrifice de la Messe qui continue le Sacrifice de la Croix, le rend présent à toutes les générations d’hommes pour assurer leur salut et leur communiquer le gage de la vie éternelle. Car la Sainte Vierge comme Notre-Seigneur jouit de la béatitude céleste qui est un état stable et en dehors du temps. Mais le temps continue et le rachat des hommes ; l’Église est, dans le temps, le Christ même « répandu et communiqué » par le Saint Sacrifice de la messe et les sacrements. L’agonie de Jésus y durera jusqu’à la fin des temps, car nos péchés hélas continuent et chaque génération est à convertir.

Mais Marie sera mystiquement au pied de la Croix jusqu’à la fin des temps, compatissante avec son Fils et adorant la volonté du Père. Elle est et elle reste la pièce maîtresse du salut des hommes dans la pure et simple humanité ; et Dieu continue de l’utiliser dans le développement temporel de cette vue éternelle qu’il eut avant la création. La permanence des vues divines s’accomplit dans la permanence de l’Incarnation et du Sacrifice, dans la permanence de la prière des saints qui ont accepté son joug.
Personne n’a compris mieux que la très Sainte Vierge ces vues de Dieu, personne n’a accepté de joug avec plus de joie.

JÉSUS a donc passé sa vie dans un cœur à cœur continuel avec Marie, dans un échange des cœurs que l’état de gloire ne saurait abolir. Le cœur de Marie a été sur terre l’unique consolation du cœur de Jésus et Jésus l’a faite « trésorière de tout ce que son Père lui a donné en héritage et c’est par elle qu’il applique ses mérites à ses membres ».

Dans la suite des étapes qui nous préparent au second avènement, la consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie est une grâce nouvelle et en même temps le signe d’un approfondissement dans la connaissance des voies de Dieu pour la création et le rachat de l’humanité. L’infinie délicatesse de l’amour du tout Puissant s’y découvre à nous plus avant. Le rôle de Marie dans notre salut n’est que le cas éminent de la communion des saints.
Se confier à la Vierge Marie et lui confier le fruit de nos prières pour qu’elle en fasse ce qui plaît à Dieu c’est se mettre dans le courant de la volonté divine qui a voulu Marie comme le moyen de l’Incarnation et l’a placée comme une porte du ciel sur la voie providentielle du salut.

« Si Jésus-Christ, le chef des hommes, est né en elle, les prédestinés qui sont les membres de ce chef, doivent aussi naître en elle par une suite nécessaire » … « et S. Augustin se surpassant soi-même, dit que tous les prédestinés pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde, cachés dans le sein de la très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette bonne Mère jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire … »

Cf. Louis de Montfort : traité, 32-33.

C’est toujours Dieu qui agit par Marie, c’est Dieu qui fait les miracles demandés par l’intercession de Marie ; il continue d’agir par elle comme il l’avait décidé une fois pour toutes avant la création du monde. Elle est la seule personne de toute l’humanité passée et à venir qui n’ait jamais voulu que ce que Dieu veut, et c’est une volonté d’amour. Elle continue au ciel suivant le plan éternel de la prescience divine à être le principal instrument de cette volonté d’amour.

D. MINIMUS. (ou Henri Charlier)