LE PATRIOTISME, VERTU CHRETIENNE, A L’ECOLE DE SAINTE JEANNE D’ARC

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La patrie d’ici-bas est « la terre conquise par nos aïeux, arrosée de leurs sueurs et de leurs larmes et où ils dorment du dernier sommeil »

Sermon de Mgr Brouwet, pèlerinage 2012

« Notre Ciel est notre patrie, c’est la terre promise ». Cette exclamation de Fénelon, reprise à saint Cyprien 1, s’enracine dans la pensée de saint Paul. Dans l’épître aux Philippiens, l’Apôtre exhorte les chrétiens à laisser les choses d’ici-bas pour contempler les choses d’en-haut. Et d’ajouter : « Pour nous, notre cité est dans les cieux » 2. Patrie, cité, des termes repris par les auteurs chrétiens au langage politique de l’Antiquité. Des termes qui ont su obtenir, aux temps de
la grande Chrétienté, une signification à la fois spirituelle et temporelle. Car en ces temps-là, bien oubliés de nos jours, on croyait que l’homme vivant en ce monde, en cette vallée de larmes, était destiné à une vie supérieure, un monde surnaturel. Et ce monde surnaturel est la véritable cité, la cité de Dieu, la véritable patrie.

Le terme « patrie » vient de pater, père. La patrie d’ici-bas est « la terre conquise par nos aïeux, arrosée de leurs sueurs et de leurs larmes et où ils dorment du dernier sommeil »3. La patrie, c’est cette maison paternelle dans laquelle nous grandissons ; c’est une terre en laquelle nous sommes enracinés et qui nous nourrit de ses fruits ; c’est un lieu protégé pour défendre ses habitants des invasions ennemies. Cette notion de patrie avait du sens pour les anciens, surtout au milieu des périls de l’histoire. C’était même un devoir grave pour eux d’y être attachés.

Le patriotisme est une vertu humaine et divine à la fois. Humaine, car le patriotisme « est inné dans tous les nobles cœurs ». Divine, parce que Dieu nous ordonne d’aimer notre prochain, et d’abord celui qui nous est le plus proche : les membres de notre famille d’abord, les membres de notre cité ensuite. En effet, ceux-ci les autres familles de notre cité sont un élargissement de notre propre famille. Nous formons ainsi une même famille, et cette famille, c’est la patrie qui lui donne son unité.

Ah, de nos jours, quelle tristesse ! Tant de cœurs ont délaissé l’amour de la patrie parce qu’ils en ont perdu la signification, parce qu’ils ont perdu le ciment qui en joignait les différentes pièces. Ce ciment, c’est la foi chrétienne. En France, comment pourrions-nous parler de patrie sans le ciment de la foi, car c’est la foi qui a fait la France, consacrée dans l’eau du baptême de Clovis. La France est la patrie chrétienne, la Fille aînée de l’Eglise, le royaume de Notre-Dame.
Les Français l’auraient-ils donc oublié ? Ah, rappelons-nous ces paroles du bienheureux Jean Paul II, qui constatait avec beaucoup de tristesse les effets néfastes de la sécularisation : « France, Fille aînée de l’Eglise, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ! » 4 En oubliant son baptême, en oubliant son Dieu, l’homme oublie sa famille et cette autre famille qu’est la patrie.

Alors, mettons-nous de nouveau à l’école des saints, pour ne pas perdre nos repères, pour être des flambeaux ardents au milieu des ténèbres d’une société sans Dieu et sans famille. Chrétiens, nous avons un modèle en la personne d’une jeune fille de Lorraine, qui a vu le jour voici 600 ans : sainte Jeanne d’Arc. S’il y a une âme en France qui savait ce qu’était la patrie et le véritable patriotisme, c’est bien elle !
La France, terre d’élection, Jeanne la comparait à un lis que Dieu a revêtu d’une tunique de beauté. Ah que Jeanne l’aimait la France ! Elle était « fille de France », et cette filiation nous montre tout le respect qu’elle avait pour son pays, comme envers une mère généreuse.

D’abord, Jeanne avait un respect religieux pour la France. Le patriotisme est empli de religion, loin d’être un sentiment idolâtre. Car le patriotisme s’inscrit dans cette vertu de piété filiale, de ce respect religieux que l’on doit à nos parents. Si nous devons respecter nos parents, comme nous l’enseigne le commandement de Dieu, ne devons-nous pas respecter aussi cette terre qui les a vus naître et qu’ils ont travaillée de leurs mains ?

La bergère de Domrémy le savait bien. Elle vénérait la France, comme une terre sainte. Pourquoi ? Parce qu’elle savait que la France était le royaume de Jésus-Christ, que le roi Charles VII était le lieutenant du Christ sur la terre de France. La terre de France est consacrée au Seigneur. Elle est, selon les mots de Jeanne, « le saint royaume », et pour elle, Jésus-Christ est le vrai roi de France. Jeanne, apôtre du ChristRoi avant le titre, nous exhorte à œuvrer au règne de Jésus-Christ sur notre pays et dans notre société. Elle nous appelle à affirmer solennellement les droits de Dieu face aux prétendus droits d’un homme sans Dieu. C’est notre premier devoir envers la patrie, qui est la patrie de Jésus-Christ !

D’abord, Jeanne avait un respect religieux pour la France. Le patriotisme est empli de religion, loin d’être un sentiment idolâtre. Car le patriotisme s’inscrit dans cette vertu de piété filiale, de ce respect religieux que l’on doit à nos parents. Si nous devons respecter nos parents, comme nous l’enseigne le commandement de Dieu, ne devons-nous pas respecter aussi cette terre qui les a vus naître et qu’ils ont travaillée de leurs mains ? La bergère de Domrémy le savait bien. Elle vénérait la France, comme une terre sainte. Pourquoi ? Parce qu’elle savait que la France était le royaume de Jésus-Christ, que le roi Charles VII était le lieutenant du Christ sur la terre de France. La terre de France est consacrée au Seigneur. Elle est, selon les mots de Jeanne, « le saint royaume », et pour elle, Jésus-Christ est le vrai roi de France. Jeanne, apôtre du ChristRoi avant le titre, nous exhorte à œuvrer au règne de Jésus-Christ sur notre pays et dans notre société. Elle nous appelle à affirmer solennellement les droits de Dieu face aux prétendus droits d’un homme sans Dieu. C’est notre premier devoir envers la patrie, qui est la patrie de Jésus-Christ !

Au milieu des épreuves de la Guerre de Cent Ans, Jeanne voyait avec pitié la France agonisante, captive de l’ennemi. Ah, avec quels soupirs la bergère lorraine pouvait-elle répéter les exclamations du peuple captif de Babylone : « Comment pourrions-nous chanter en nous souvenant de tes malheurs, ô Sion ! »5. Le vrai patriotisme met en nos cœurs une souffrance authentique à la vue des malheurs qui affligent la patrie. Quelles souffrances ne devrions-nous
pas ressentir en ces temps si funestes où la France est autrement agonisante ! Mais cette douleur, qui est le signe du véritable amour de la patrie, doit être compensée par une espérance invincible.
Jeanne puisait dans l’espérance chrétienne cette énergie qui la fit traverser la France et affronter les moqueries, les insultes puis les persécuteurs. Ah, puissions-nous l’imiter ! Arrêtons-là des lamentations stériles indignes d’un chrétien, dont le cœur doit être rempli d’espérance ! Cette espérance nous redonnera courage, fortifiera nos cœurs et nos âmes pour reprendre les armes de la prière et d’un authentique combat pour sauver la famille, pour sauver la patrie, pour ramener les hommes égarés dans le navire insubmersible de l’Eglise notre Mère ! Oui, elle ne doit pas mourir la nation aimée de Jésus-Christ. « Console-toi, car tu vas refleurir. L’hiver est passé : l’hiver c’était l’invasion et la défaite. Moi je suis le printemps et j’apporte la victoire ». Oui, l’unique consolation vient de Jésus-Christ, le seul bonheur vient de Jésus-Christ. Jeanne incarnait cette espérance. A travers ses chevauchées, elle redonnait courage aux cœurs affligés, elle rendait le sourire aux visages endeuillés, elle rouvrait les cœurs à l’amour du royaume du Christ.
Elle semblait répéter les béatitudes : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés… Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. »6 Oui, heureux soyez-vous, car la victoire récompensera votre zèle pour la Maison de Dieu ! Et si cette victoire pour les droits de Dieu et de l’Eglise, nous ne la remportons pas sur la terre, Notre-Dame nous imposera les lauriers dans l’Eternité, dans la patrie céleste.

« Aimer, servir, souffrir ». Sainte Jeanne d’Arc a pu faire sienne cette devise. C’est la devise du bon chrétien. Aimer, servir, souffrir pour l’Eglise. Aimer, servir, souffrir pour la patrie pourrions-nous ajouter. Telle est la leçon que Jeanne veut nous donner, 600 ans après sa mission providentielle. Elle a aimé son pays, et tout de son pays, sans exception ! Personne n’était exclu de son amour. Il n’y a pas de patriotisme dans l’égoïsme.

Elle a servi son pays, jusqu’au bout, sans faillir, avec l’aide de la grâce du bon Dieu, consciente que sans l’aide du ciel tout est vain : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ! »7 . Loin de nous l’activisme ! Nos actions, si bonnes soient-elles, sont perdues d’avance sans l’énergie de la prière et le secours de la grâce ! Enfin, elle a souffert pour son pays, les humiliations, les calomnies, les chaînes, un procès inique, le bûcher de Rouen. Martyre d’amour, Jeanne l’était et
le demeure en nos cœurs. L’amour qui donne tout, jusqu’au bout : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »8

Oui, cet amour dont l’Esprit Saint remplit nos cœurs avec profusion, en renouvelant en nos âmes le trésor de la Pentecôte. Demandons à l’Esprit Saint de renouveler nos cœurs dans la charité, à l’image de saint Jeanne d’Arc, pour que la France connaisse une nouvelle Pentecôte, pour que nos cœurs grandissent dans l’amour de Dieu, de nos frères et de la patrie. Et ainsi, nous pourrons être accueillis à bras ouverts par les saints, les citoyens du ciel, dans la Patrie éternelle.

Ainsi soit-il.

Mgr Brouwet

Notes
1 « Notre patrie, c’est le ciel ! », in SAINT CYPRIEN DE CARTHAGE, De mortalitate.
2 Phil. III, 20.
3 In COUBE (Abbé Stéphen), Jeanne d’Arc et la France, Paris, Lethielleux, 1910.
4 BX JEAN PAUL II, Homélie prononcée lors de la Messe célébrée au Bourget, 1er juin 1980.
5 Ps. CXXXVI.
6 Mt V, 6, 10. 7 Jn XV, 6.
8 Jn XV, 13.