LE PECHE ORIGINEL SON EXISTENCE, LE SENS ET LA REALITE DES PREMIERS CHAPITRES DE LA GENESE

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I INTRODUCTION GENERALE

En ouvrant une série de « Catéchèses sur le Péché Originel » au cours des Audiences Générales d’août à décembre 1986, le pape Jean Paul II rappelait que la vérité sur le péché rentre dans le noyau central de la foi chrétienne.
« Il faut, disait-il, réfléchir tout d’abord sur la vérité du péché afin de pouvoir donner un sens juste à la vérité de la Rédemption opérée par Jésus-Christ, que nous professons dans le Credo (…). Car l’histoire du Salut suppose « de facto » l’existence du péché dans l’histoire de l’humanité, créée par Dieu. Le Salut, dont parle la Révélation Divine, est tout d’abord la libération de ce mal qu’est le péché « .
Ne chantons-nous pas dans le Credo : « Et propter nos homines et propter nostram salutem descendit de coelis » : pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel ?

II LA DOCTRINE DE L’EGLISE SUR LE PECHE ORIGINEL

A) – Que nous apprend, au fond, la Révélation Divine sur la chute de l’homme, appelée « Péché originel » ?
Dieu nous révèle que c’est lui-même qui a créé nos premiers parents, qu’il les a formés en un couple unique, qu’il les a créés, non pas selon une condition ordinaire et, si l’on peut dire, simplement humaine, mais bien plutôt selon un état à la fois surnaturel et comblé de privilèges : l’état de justice originelle.
Dieu nous a également appris que nos premiers parents, infidèles par orgueil à sa très sainte et très douce loi perdirent, non seulement pour eux-mêmes, la grâce et ses privilèges, furent assujettis à la mort, à la peine et aux convoitises, mais que leur péché fut un péché de nature, un péché qui passe à la nature humaine, en chacun de ses membres, du fait qu’elle tire d’eux son origine : en un mot, leur péché fut non seulement personnel, mais originel, et ce péché originel mérite bien le nom de péché, même s’il est tel, d’une manière spéciale. Avec le péché de nature, les châtiments qui en dérivent dans la nature sont également transmis à tous les humains.
Cependant, et c’est le point capital de la Révélation de Dieu sur notre nature et notre état, ce grand mal d’un péché de race n’a été permis qu’en vue d’un bien incomparablement meilleur : le bien insurpassable dépasse de beaucoup en effet le bien de l’état premier de justice originelle. « O Dieu, qui avez créé la nature humaine dans sa noblesse et l’avez restaurée d’une manière plus admirable encore…  » redit le prêtre à chaque offertoire de la Messe. C’est ainsi que, prendre conscience avec lucidité de la réalité du péché originel qui atteint chaque être humain, amène à rendre grâces pour le salut offert par le sacrifice salvifique du Christ. Car « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). L’homme est désormais appelé à passer du désespoir à l’espérance, en chantant avec toute l’Eglise, dans la nuit de Pâques : « O felix culpa…  » : O l’heureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur !

B) – Précisons maintenant les différents points qui constituent le traité du péché originel avec la formulation dogmatique que nous donne l’Eglise
Le Concile de Trente enseigne qu’Adam, le premier homme, perdit la sainteté et la justice dans lesquelles
il avait été constitué.

1- Que faut-il entendre par sainteté et justice originelles ?
« A la lumière de la Bible, l’état de l’homme apparaît, avant le péché, comme une condition de perfection originelle, exprimée en quelque sorte par l’image du « paradis » que nous offre la Genèse.
Si on se demande quelle était la source de cette perfection, la réponse est qu’elle se trouve surtout dans l’amitié avec Dieu, moyennant la grâce sanctifiante, et dans ces autres dons, appelés en langage théologique « préternaturels »1 qui ont été perdus à cause du péché. Grâce à ces dons divins, l’homme, qui se trouvait lié en amitié et harmonie avec son « Commencement », possédait et maintenait en soi l’équilibre intérieur sans être angoissé par la perspective de la décadence et de la mort. La « maîtrise » du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. Et dans cette maîtrise de soi et cet équilibre, on trouvait « intégrité » de l’existence (integritas), en ce sens que l’homme était intact et ordonné dans tout son être parce que libre de la triple concupiscence qui le plie aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison.

Voilà pourquoi régnait l’ordre également dans les relations avec l’autre, dans cette communion et intimité qui rendent heureux : comme dans les rapports initiaux entre homme et femme, Adam et Eve, premier couple et aussi premier noyau de la société humaine. Se révèle très éloquente à notre égard cette brève phrase de la Genèse : « Or tous deux étaient nus, l’homme et la femme, et ils n’avaient point honte« (Gn 2, 25) (Jean Paul II, août 1986).

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1) La grâce sanctifiante, vie surnaturelle ou participation à la vie divine dépasse toute nature créée, elle n’est pas due à la nature, elle la dépasse infiniment, elle est pur don de Dieu qui s’ajoute à la nature et élève ainsi l’homme à l’état surnaturel. Tandis que les dons préternaturels, c’est à dire l’exemption de la souffrance, de la mort et de la triple concupiscence, rendent la nature humaine parfaite dans l’ordre purement naturel -c’est ce qu’on appelle aussi l’état de nature intègre- c’est à dire sans imperfection.

2 – En quoi a consisté précisément le premier péché de l’homme ?
Il convient d’abord de rappeler que « Dieu a créé l’homme à son image et l’a constitué dans son amitié. Créature spirituelle, l’homme ne peut vivre cette amitié que sur le mode de la libre soumission à Dieu. C’est ce qu’exprime la défense faite à l’homme de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, « car du jour où tu en mangeras, tu mourras » (Gn 2, 17). L’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 17) évoque symboliquement la limite infranchissable que l’homme, en tant que créature, doit librement reconnaître et respecter avec confiance. L’homme dépend du Créateur ; il est soumis aux lois de la création et aux normes morales qui règlent l’usage de la liberté » CEC 396.
Or, l' »homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son coeur la confiance envers son Créateur (Gn 3, 1-11) et, en abusant de sa liberté, a désobéi au commandement de Dieu. C’est en cela qu’a consisté le premier péché de l’homme (Rm 5, 19). Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté » CEC 397.
« Dans ce péché, l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu : il a fait choix de soi-même contre Dieu, contres les exigences de son état de créature et dès lors contre propre bien.
Créé dans un état de sainteté, l’homme était destiné à être pleinement « divinisé » par Dieu dans la gloire. Par la séduction du diable, il a voulu « être comme Dieu », mais « sans Dieu, et avant Dieu, et non pas selon Dieu
«  »CEC 398.

3 – Quelles sont les conséquences immédiates de cette première désobéissance ?
Adam et Eve perdent immédiatement la grâce de la sainteté originelle. « L’harmonie établie grâce à la justice originelle, et dans laquelle ils étaient, se trouve alors détruite ; la maîtrise des facultés spirituelles de l’âme sur le corps est brisée : l’union de l’homme et de la femme est soumise à des tensions ; leurs rapports seront marqués par la convoitise et la domination. L’harmonie avec la création est rompue : la création visible est devenue pour l’homme étrangère et hostile (Gn 3, 17-19). A cause de l’homme, la création est soumise « à la servitude de la corruption » (Rm 8, 20). Enfin, la conséquence explicitement annoncée pour le cas de la désobéissance (Gn 10, 27) se réalisera : l’homme « retournera à la poussière de laquelle il est formé » (Gn 3, 19). La mort fait son entrée dans l’histoire de l’humanité » (Rm 5, 12) CEC 400.
« Depuis ce premier péché, une véritable « invasion » du péché inonde le monde : le fratricide commis par Caïn sur Abel (Gn 4, 3-15), la corruption universelle à la suite du péché (Gn 6, 5-12) : de même, dans l’histoire d’Israël, le péché se manifeste fréquemment, surtout comme une infidélité au Dieu de l’alliance etcomme transgression de la Loi de Moïse : après la Rédemption du Christ aussi, parmi les chrétiens, le péché se manifeste de nombreuses manières (1 Co 1, 6 ; Ap 2, 3). L’Ecriture et la Tradition de l’Eglise ne cessent de rappeler la présence et l’universalité du péché dans l’histoire de l’homme.
Ce que la révélation divine nous découvre, notre propre existence le confirme.

Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son coeur, se découvre également enclin au mal, submergé de multiples maux qui ne peuvent provenir de son Créateur qui est bon. Refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, l’homme a, par le fait même, brisé l’ordre qui l’orientait à sa fin dernière, et, en même temps, il a rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la création
 » CEC 401.

Par souci de clarté, récapitulons l’essentiel sous forme de tableau :

4 – Quelles sont les conséquences du péché d’Adam pour l’humanité ?
Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. Saint Paul l’affirme : « Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse »
(Rm 5, 19) ; « De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché… » (Rm 5, 12). « A l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose l’universalité du salut dans le Christ : « Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’oeuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie » (Rm 5, 18) CEC 402.
« A la suite de saint Paul, l’Eglise a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est « mort de l’âme ». En raison de cette certitude de foi, l’Eglise donne le Baptême pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel » CEC 403.
« La doctrine sur le péché originel – liée à celle de la Rédemption par le Christ – donne un regard de discernement lucide sur la situation de l’homme et de son agir dans le monde. Par le péché des premiers parents, le diable a acquis une certaine domination sur l’homme, bien que ce dernier demeure libre. Le péché originel entraîne « la servitude sous le pouvoir de celui qui possédait l’empire de la mort, c’est-à-dire du diable ». Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des moeurs » CEC 407.

C) – Conclusion

Retenons que depuis la blessure du péché originel, l’homme n’est plus dans un état de « nature intègre » mais de « nature déchue ». Et dans l’état actuel de notre nature corrompue, l’homme est devenu incapable de vouloir et de faire tout le bien, même simplement naturel. Il est comme un malade, nous dit saint Thomas, qui, sans être totalement paralysé, ne peut plus se mouvoir normalement, et attend qu’un secours étranger vienne à son aide. Ce qui faisait dire à Chesterton : « Otez le surnaturel, et il ne reste que ce qui n’est pas naturel« .
Et nous constatons hélas combien, là où il n’y a plus la vie de la grâce, la loi naturelle est alors bafouée (avortement, vices contre nature, …) et des vérités d’ordre naturel sont niées ou remises en question (existence de Dieu, immortalité de l’âme, …).

III POUR LIRE LE RECIT DE LA CHUTE DANS LA GENESE

Voici ce qu’en dit le catéchisme de l’Eglise catholique :
« Le récit de la chute (Gn 3) utilise un langage imagé, mais il affirme un événement
primordial, un fait qui a eu lieu au commencement de l’histoire de l’homme. La révélation
nous donne la certitude de foi que toute l’histoire humaine est marquée par la faute
originelle librement commise par nos premiers parents
 » CEC 390.

IV SYNTHESE ET CONCLUSION

En guise de synthèse dogmatique et de point d’orgue à cet exposé sur le péché originel, nous
retranscrivons ici le passage de la Profession de Foi du pape Paul VI concernant le péché originel et sa
rémission par le baptême :

Le Péché Originel est transmis avec la nature humaine.
La Rémission du Péché Originel et de tous les péchés personnels.

« Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans
le péché.
Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine « non par imitation, mais par propagation » et qu’il est ainsi « propre à chacun ». Nous croyons que Notre Seigneur Jésus-Christ, par le sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la parole de
l’Apôtre, « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ».
Nous croyons à un seul baptême institué par Notre Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés. Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n’ont pu encore se rendre coupables d’aucun péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent « de l’eau et de l’EspritSaint » à la vie divine dans le Christ Jésus ».

SEMINAIRE DE LA FRATERNITE
SACERDOTALE SAINT-PIERRE