LE SAINT ESPRIT ESPRIT D’AMOUR

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Durant trois ans, Jésus était demeuré près de ses disciples ; ils avaient vécu ensemble, ils s’étaient aimés, Il leur avait donné sa vie. Puis, un jour, Jésus les avait quittés, Il était remonté auprès de son Père et les Apôtres s’étaient trouvés seuls et désemparés.

Pourtant, avant de les quitter, Jésus leur avait dit : « Je ne vous laisse pas orphelins… Mon Père vous enverra un défenseur, Il vous enseignera toutes choses et vous suggérera tout ce que je vous ai dit jadis ».

À la Pentecôte, la promesse de Jésus s’est réalisée et désormais les disciples eurent un nouvel ami, un consolateur, qui leur rappelait constamment le souvenir de leur maître aimé, qui les guidait, qui était leur force et leur joie, qui, à chaque instant, présent dans leur âme, les atteignait d’une touche invisible et mystérieuse.

La même chose, semble-t-il, se passe dans les âmes, à mesure surtout qu’elles avancent dans la vie intérieure. Lorsque nous avons médité longtemps la parole de Dieu, lorsque nous avons fait de Jésus notre ami, nous aimons étudier sa doctrine, vivre avec lui.

Et puis un jour vient où il nous a semblé que Jésus nous abandonnait, nous laissait seuls dans le silence, où la méditation de sa vie nous devenait difficile et semblait moins nous apporter. C’est le moment choisi par Dieu pour réaliser la Pentecôte dans nos âmes. Un ami qui ne nous sépare pas de Jésus est venu en notre âme, s’en est emparé. C’est le propre Esprit de Jésus, celui qui est sa vie et qu’avec le Père II nous donne lui-même pour transformer plus profondément notre vie dans la sienne. Mais pour
nous un problème se pose : comment connaître ce nouvel ami ?

Nous connaissons Jésus, et par lui le Verbe de Dieu qui s’est incarné ; des rapports personnels se nouent facilement avec lui. Nous connaissons le Père qui a envoyé son Fils pour nous sauver et dont tout découle. Jésus dans l’Évangile, nous en a tracé un si touchant tableau que nous l’aimons et que sans peine, en somme, nous nous adressons à lui dans nos besoins, nous avons avec lui des rapports semblables à ceux que Jésus a avec son Père qui est aussi notre Père.

Mais la personnalité de l’Esprit Saint demeure mystérieuse pour nous et l’âme se demande comment connaître ce nouvel ami,
qu’elle devine pourtant plein de tendresse et d’amour, qui est l’Amour même.

Comme nous l’indique son nom, l’Esprit Saint est un esprit et c’est pour cela qu’il nous est si difficile de le connaître. Il est vain de chercher à le représenter à nos sens. Les symboles – les langues de feu ou la colombe – ne sont manifestement que des représentations combien éloignées de ce qu’il est. Ils ne nous suffisent pas pour entrer dans un contact intime avec lui.

Aussi bien, puisqu’il est esprit, c’est seulement par l’esprit que nous pourrons l’atteindre. Si nous voulons en faire vraiment
notre ami, il nous faut donc quitter tout ce qu’il y a en nous de charnel, de sensible, nous dégager de la matière pour entrer par un contact d’esprit à esprit avec celui qui est l’esprit pur par excellence.

L’Esprit-Saint ne se révèle qu’aux âmes qui vivent de la vie de l’Esprit, aux âmes qui, dans l’oraison se dégagent de toutes les conceptions intellectuelles, de toutes les représentations sensibles pour atteindre le Dieu très pur présent au fond d’elles-mêmes. Ce n’est pas en vain que Jésus a demandé à Marie et à ses apôtres de se retirer dans le silence avant de recevoir l’Esprit
Saint, car on ne le reçoit et on ne le connaît que dans le silence de son cœur et de son esprit. Aucun mot humain, en effet, ne peut traduire cette connaissance, car c’est une connaissance spirituelle, une connaissance vivante de tout l’être qui est au-delà des conceptions intellectuelles.

D’ailleurs, puisqu’ici-bas il est impossible de connaître directement un esprit sans mourir, nous n’aurons jamais de l’Esprit Saint qu’une connaissance confuse, si élevés que nous soyons dans la vie intérieure H sera pour nous un ami, mais un ami dont la beauté nous est voilée, un ami d’autant plus désirable d’ailleurs que nous le devinons sous ses voiles plus pur, plus lumineux, plus fort, plus aimant.

Nous connaîtrons le Saint-Esprit par le contact de sa vie, de sa présence, par le mouvement d’amour qu’il imprime à notre âme
et par lequel II nous entraîne avec lui vers le Père, beaucoup plus que par une vue intellectuelle proprement dite. Ce contact, nous l’expérimentons par les dons qu’il nous fait, dans les touches intimes par lesquelles II atteint notre âme. C’est donc en étant attentifs à son action, à son souffle que nous le devinerons, que nous entrerons en conversation intime avec lui. Sa connaissance est avant tout une connaissance du cœur.

Jésus nous le disait : « Il vous enseignera toutes choses, Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». La première touche de l’Esprit est, en effet, une lumière pour l’âme, lumière toute spéciale, combien différente de celles que procure la raison ou l’expérience naturelle des choses. C’est une lumière douce et vivante qui n’est perçue que lorsque l’âme est dépouillée de tout le sensible, de
toute attache aux créatures.

Il semble alors que quelqu’un, ami très cher et très bon, prenne l’âme par la main, lui montre ce qu’elle doit faire, l’introduise dans les voies de la paix et de l’humilité, éclaire pour elle les paroles de Jésus, les expliquant en nourrissant le cœur, les
appliquant aux cas concrets, faisant vivre une nouvelle vie pleine de lumière : vie et lumière de Dieu.

Mais combien est dur parfois le chemin que montre cette lumière. Les épreuves sont lourdes et souvent écrasantes et ce n’est pas peu de chose alors que de conserver son âme dans la paix, le recueillement et le silence, attentive à la seule action de l’Esprit.

Mais la lumière qui entoure alors l’âme porte avec elle une grâce de force et l’on devine à travers les voiles l’ami qui, non seulement vous éclaire, mais vous fortifie.

Lorsque les années ont passé, l’âme se demande parfois comment elle a pu supporter de telles épreuves et elle s’aperçoit alors qu’elle n’était pas seule mais qu’elle avait avec elle un ami très aimant. Alors elle le connaît et elle se prend pour lui d’une grande reconnaissance et d’un grand amour.

C’est alors que nous sommes unis à lui. Il est devenu notre ami, celui qui nous a soutenus, qui a vécu avec nous dans la souffrance et dans la joie. Il prend notre âme et voici qu’il se révèle comme l’Amour et nous transforme dans l’amour.

Dans une dernière touche, la plus délicate, la plus intime, la plus profonde, Il nous entraîne et nous fait participer à sa vie qui est amour pour le Père et pour le Fils. Et l’âme douce et humble, remplie de l’Esprit, passe sa vie à aimer.

Mes vénérables Pères et chers Frères, je voudrais qu’en ce jour l’Esprit vienne sur nous et transforme nos âmes, les éclairant, les fortifiant, les transformant dans son amour. Je voudrais qu’ainsi l’Esprit Saint devienne pour nous un ami très cher, une personne vivante vers laquelle nous aimons nous réfugier dans nos faiblesses pour avoir la lumière et la force.

Ainsi soit-il.

UN CHARTREUX
(SERMONS CAPITULAIRES, PENTECÔTE 1965)