Les « deux étendards »

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Il faut sans cesse repérer (=discerner) où se trouve l’étendard de Jésus-Christ pour le suivre et où se trouve celui de Satan pour le fuir.

Les « deux étendards » , de quoi s’agit-il ? Opportunité de cette étude

Sous ce titre, il s’agit de la grande et forte méditation que saint Ignace propose aux retraitants de ses « Exercices Spirituels »1 (n°135 à 157) et dont le contenu illustre parfaitement le thème de notre pèlerinage.

Précisons d’abord à quelle étape de la retraite intervient cette méditation. Saint Ignace vient d’inviter les retraitants à découvrir et entendre « l’appel du Christ-Roi » et, bien sûr, à répondre à cet appel avec d’autant plus de générosité qu’ils ont fait l’expérience (cf. la première phase de la retraite tendue vers la conversion…) de la miséricorde de Jésus à leur égard dans le pardon de leurs péchés. Or pour suivre le Christ-Roi, il faut Le connaître et pour le connaître, Le fréquenter. Saint Ignace fait donc contempler aux retraitants d’abord les mystères joyeux du Rosaire. C’est alors qu’il interrompt (provisoirement…) les contemplations suivantes et impose cette méditation des « deux étendards ». Il veut en effet éviter le risque éventuel d’une sensibilité trop facilement séduite par la contemplation des mystères joyeux : la contemplation n’est pas une sorte de « bronzette spirituelle » pour nous faire plaisir ! La contemplation doit à la fois préparer et nourrir la vie apostolique – au service du Christ-Roi – qui nous attend demain au terme de notre pèlerinage…

Or le service du Christ-Roi dans le monde tel qu’il est (c’est à dire monde de péché/monde de la grâce : « Là où le péché abonde, la grâce surabonde… ») réclame de la part du baptisé un continuel DISCERNEMENT et la méditation des deux étendards relève précisément du discernement des esprits : il s’agit d’éclairer nos intelligences pour discerner, dans les combats du monde, les influences et les manières d’agir du bon et du mauvais esprit qui vont peser (évidemment en sens opposé…) sur nos résolutions et notre apostolat. Dans la mêlée du siècle, il faut sans cesse repérer (=discerner) où se trouve l’étendard de Jésus-Christ pour le suivre et où se trouve celui de Satan pour le fuir. A quels SIGNES vais-je donc reconnaître l’un et l’autre ? Saint Ignace, à travers des images fortes (Babylone = Satan / Jérusalem = Jésus-Christ…) va systématiser les deux camps pour les montrer irréductibles l’un à l’autre mais étroitement emmêlés sur le terrain du combat terrestre. Saint Ignace agit ainsi en pédagogue averti : l’image « d’Epinal » des « deux étendards » se réfère aux mêlées des armées de son temps où chaque camp, chaque combattant devait repérer à tout instant où se trouvait son chef…

Les deux étendards, plus qu’une image

En effet la méditation de saint Ignace s’enracine fermement dans l’Evangile: « Nul ne peut servir deux Maîtres…. Qui n’est pas avec moi est contre moi… », ou encore la Parabole de l’ivraie et du bon grain : il faut choisir le moment opportun pour trier l’un de l’autre, brûler l’ivraie et garder le bon grain… Mais saint Ignace s’appuie aussi sur l’histoire de l’Eglise qui souligne à l’évidence ce que saint Augustin a si magistralement résumé : « Deux amours ont créé deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu a créé la cité de Satan, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi a créé la cité de Dieu… »

Un choix « incontournable » et permanent

Par ces deux étendards, saint Ignace nous invite à entrer dans la mêlée sans crainte ni forfanterie mais avec intelligence et courage. Nous devons sans cesse choisir notre camp : impossible de rester « neutre » ! Celui qui ne veut pas choisir est un déserteur… Pourquoi du reste veut-il rester neutre ? Serait-ce par peur de Satan ? Alors, c’est un lâche qui ne croit pas assez en la puissance de la Grâce et qui donne ainsi plus de prise à Satan… Serait-ce par manque de conviction en la victoire de Jésus-Christ ou par crainte que Jésus ne lui demande trop d’effort pour le combat temporel et spirituel ? Alors, c’est un tiède (« Je vomis les tièdes… ! » Apocalypse 3,15-16) qui ne fréquente plus ou plus assez Notre Seigneur dans la prière et les Sacrements…

Dans cette méditation, saint Ignace ne nous propose évidemment pas de choisir l’un ou l’autre des étendards ! Au point où se situe cette méditation dans les Exercices Spirituels, le choix est déjà fait : nous savons qu’un vrai chrétien se doit de suivre Jésus-Christ et de s’engager pour Lui : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa Croix chaque jour et qu’il me suive… »

Saint Ignace veut entraîner les soldats du Christ-Roi sur le vrai terrain du combat. Les deux étendards nous invitent donc à écarter d’abord les fausses oppositions : le combat ne se situe pas entre riches et pauvres, jeunes et vieux, ouvriers et patrons, intellectuels et artisans, etc. Ces « binômes » ne sont que des oppositions accidentelles et temporaires. Si nous restons sur ces dualités, nous savons bien que Satan saura parfaitement « exploiter » ces oppositions pour les tourner en conflits dialectiques !

Le vrai combat se situe ailleurs dans la recherche des oppositions véritables et essentielles : c’est le combat du Bien contre le mal, du Vrai contre le faux, du Beau contre le laid …

En deux phases évidemment antithétiques, saint Ignace nous fait découvrir la manière d’agir de Satan, puis celle de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou encore, si l’on préfère, les «SIGNES» de la présence de Satan et de celle de Jésus. C’est à cette manière d’agir, à ces signes auxquels le « bon combat de la Foi » se doit d’être toujours attentif.

Les « signes » de satan

Les expressions de saint Ignace sont à la fois très imagées et précises :

  • « Babylone » : dans l’Ancien Testament, cette cité est le symbole d’un pouvoir orgueilleux qui veut s’égaler à Dieu (comme Babel, après Noé…et Babel signifie « confusion »,..). C’est donc à juste titre que saint Ignace y place « le chef du parti ennemi ». Attention, en notre temps, à ces puissances politiques prétentieuses qui, sous couvert d’une fausse « laïcité », veulent construire la cité terrestre sans et même contre Dieu… Nos institutions sont infestées de lois dites « positives »( !) qui contredisent la Loi Naturelle et délitent nos sociétés (avortement, euthanasie, bioéthique, etc.)
  • « le chef de bande » : c’est ainsi que saint Ignace désigne Satan, et c’est bien vu, car un chef de bande s’impose par la force brutale et veut exercer une domination sans partage : quand il rencontre une opposition quelconque, il élimine son adversaire (moralement, voire même physiquement !)
  • Ce chef de bande est « comme assis dans une chaire élevée » : le mot « chaire » évoque l’enseignement, c’est la science hautaine et méprisante, Satan « fait le savant » pour en imposer… Méfions-nous donc de tous les faux intellectuels (conférenciers, professeurs, philosophes, etc.) qui tiennent des discours compliqués pour brouiller les cartes, semer la confusion (la « fumée » dont parle saint Ignace…), dominer leur public et l’entraîner dans l’erreur et le mal par de faux argumentaires.
  • L’enseignement de Satan excite les passions : c’est le « feu » que saint Ignace va détailler dans le « programme » de Satan = exciter « la passion des richesses et des vains honneurs du monde, qui débouchent sur « un orgueil sans bornes conduisant à tous les autres vices »… tous ces moyens que la Franc Maçonnerie sait fort bien utiliser.
  • Pour parvenir à ses fins, Satan utilise encore le mensonge : il se cache, il trompe ceux qui l’écoutent soit sur ses objectifs soit sur les moyens qu’il compte prendre, au sens le plus fort il « subvertit » et voilà « l’action psychologique » dont nous voyons les effets pervers dans toutes les guerres subversives… Et si malgré tout Satan n’obtient pas ce qu’il veut, alors il TUE, et c’est le « terrorisme » point d’aboutissement logique des processus précédents…
  • Saint Ignace souligne enfin l’omniprésence de Satan : personne n’échappe à la surveillance des démons, car ils sont « légions », mais Satan vise de préférence tous ceux qui exercent des responsabilités et cela s’étend du père de famille aux chefs d’états en passant par tous les pouvoirs intermédiaires…

Oui, la puissance et l’action de Satan sont vraiment terrifiantes et saint Ignace a raison de dénoncer cette créature irrévocablement enfoncée dans le MAL, qui agit en haine du genre humain, et de nous aider à le débusquer. Mais une question se pose : pourquoi Dieu permet-il ainsi l’action du démon ? Sans doute parce que cette action est utile à l’homme pour révéler son cœur, l’obliger à lutter, lui faire éviter la tiédeur et la neutralité, lui faire gagner des « mérites » admirables. Certes, nous devons craindre les pièges du démon, mais n’oublions pas que Jésus nous fait prier son Père pour les éviter : « Et ne nos inducas in tentationem » = « Gardez-nous de consentir à la tentation ! » (selon la belle traduction de l’Abbé Carmignac…) Nous savons d’expérience que si nous nous séparons de Dieu, le démon nous entraînera dans son camp, mais si nous nous maintenons dans la Grâce de Jésus, alors le démon devient « ridicule » (ce qui ne l’empêche pas de rester redoutable…) !

Pour le succès de notre combat, pour « tout instaurer sur le Christ » (devise de saint Pie X), pour faire progresser le règne du Christ, il nous faut impérativement demeurer sous l’étendard de Jésus-Christ, c’est-à-dire adopter la manière d’agir de Jésus, conformer nos pensées, nos paroles et nos actes à l’exemple de Jésus.

L’exemple de Jésus

En opposition à Babylone, saint Ignace nous présente Jésus « dans une vaste plaine des environs de Jérusalem »: « vision de Paix », c’est le sens même du mot « Jérusalem », car Jésus « donne la Paix, mais pas comme le monde la donne ». Il ne cherche pas à dominer ou à s’imposer, car sa Personne toute entière RAYONNE de Bonté, de Beauté et de Vérité, Il est « doux et humble de cœur », « plein de grâce et de vérité ». Il faut que, par notre regard attentif, nos esprits et nos cœurs se remplissent abondamment de ces représentations somptueuses du «Christ en Gloire » des tympans de nos cathédrales, comme aussi de ces merveilleuses peintures sur tous les mystères de la vie de Jésus que nous ont transmis les véritables artistes chrétiens au cours des âges: le Beau conduit au Vrai et au Bien…
Il faut que notre intelligence médite profondément le « programme » que Jésus confie à ses apôtres et qui est résumé dans la « Charte des Béatitudes » (Math.5, 1-12)

L’œuvre de Jésus

Soyons très attentifs à l’action de Notre Seigneur Jésus-Christ telle qu’elle s’est réalisée dans l’histoire, prolongeant ainsi l’Incarnation.
Jésus choisit d’abord ses apôtres. L’appel vient toujours de Lui : « C’est moi qui vous ai choisis… » Il va former ses apôtres pendant trois ans. Il débusque leur fausse conception du « Royaume » et leur révèle l’erreur de leurs « appétits » politiques : « Est-ce maintenant que tu vas restaurer la Royauté en Israël? ». Connaissant leur faiblesse et leur pusillanimité, il les prévient plusieurs fois à l’avance que sa Passion sera LE moyen qu’il a choisi pour sauver le monde et que sa Résurrection marquera le prélude de l’instauration de ce Royaume de Justice et de Paix à l’édification duquel ils devront désormais se donner totalement. Jésus sait que sa Passion va profondément déstabiliser ses apôtres et qu’il se retrouvera seul au Calvaire, hors Marie et saint Jean… Même après sa Résurrection, Jésus sera obligé de reprocher à ses apôtres « leur incrédulité et leur obstination à ne pas croire ceux qui L’avaient vu ressuscité » (Marc 16,14). Cette incrédulité se prolongera pour certains jusqu’à l’aube de l’Ascension: « D’aucuns cependant doutèrent… » (Math. 28, 17). Il faudra attendre la Pentecôte pour que les apôtres comprennent tout ce que Jésus leur avait enseigné. Alors, illuminés et fortifiés par la grâce de l’Esprit-Saint, ils témoigneront jusqu’au martyr de « la Bonne Nouvelle du Salut, première moisson de sainteté qui sera suivie de bien d’autres…

Cette histoire des apôtres, c’est NOTRE histoire, et c’est pour notre instruction que la Sainte Ecriture nous la rapporte si fidèlement. Leur incrédulité, leur peur, leur forfanterie parfois, leur trahison, ce sont les NOTRES à certains moments de nos existences, et cela se renouvelle à chaque génération….Mais à chaque génération aussi, il convient de reprendre et de suivre « l’Etendard de Jésus-Christ » qui nous appelle et nous « envoie dans tout l’univers répandre sa doctrine sacrée parmi les hommes de tous les âges et de toutes les conditions » (Exercices Spirituels n°145). Et saint Ignace a l’audace, au terme de cette méditation des deux étendards, de nous faire demander « à Notre-Dame… à Notre Seigneur Jésus-Christ … à Dieu le Père… la grâce d’être reçu sous l’étendard de Jésus … par la parfaite pauvreté spirituelle… et même réelle (si Dieu nous y appelle…) et en souffrant les opprobres et les injures pour L’IMITER PLUS PARFAITEMENT » (n°147)…

L’exemple des saints

C’est à chaque génération aussi que les saints prolongent l’Incarnation de Jésus en ensemençant le monde de leur temps. Nous sommes donc les HERITIERS de cette immense chaîne de la COMMUNION des SAINTS ! Notre pèlerinage, en forme de procession, avec ses multiples bannières colorées frissonnant sous le vent comme des fleurs fragiles mais vivantes, n’est-il pas le symbole — certes fort modeste — de ce peuple fécond de saints et de témoins que nous célébrons à la Toussaint et qui nous relie spirituellement à la source même du divin Rédempteur ?

L’exemple des saints nous est donné pour que nous comprenions que tout est possible lorsqu’un fidèle laisse agir en lui la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ: nous héritons de 2000 ans d’histoire qui nous donnent la preuve concrète que « DIEU N’ECHOUE PAS » et qu’à chaque génération sa Grâce réalise des « merveilles » dans les saints, et par eux dans le monde.

Certes, nous savons que cette œuvre ne s’est pas faite sans peine… Tous les martyrs, bien sûr, sont des saints, mais les saints ne sont pas tous morts martyrs (au sens propre du terme…), et cependant TOUS sans exception ont connu les épreuves, les contradictions, les injures, les calomnies, les humiliations, etc. N’en doutons pas : l’instauration du Règne du Christ dans notre vie et dans nos sociétés se fera AU MÊME PRIX ! Mais la victoire est assurée en Celui qui a vaincu pour nous le péché et la mort par sa Passion et sa Résurrection. Alors, faisons nôtre la merveilleuse réponse de saint Louis à Joinville qui lui reprochait de trop s’exposer au plus fort des mêlées : « Que voulez-vous que je craigne ? Si je vis, je sers Dieu et si je meurs, je LE vois !».

Ne cherchons plus : le voici, le REGNE du CHRIST ! Il réside, humblement, dans cette colonne de pèlerins —fatigués, boiteux, crottés, apeurés peut-être, parfois découragés… mais qui n’en continuent pas moins à marcher en direction du Salut, derrière et avec Notre-Dame et tous les saints, essayant patiemment, pas à pas, de vivre leur devoir d’état dans leur famille et leur profession avec les « talents » que le Seigneur leur a donnés…

Oui, « VEXILLA REGIS PRODEUNT, FULGET CRUCIS MYSTERIUM … » (= Les étendards du Roi s’avancent, voici briller le mystère de la croix…)! « N’ayez pas peur ! » nous disait Jean-Paul Il, et c’est l’écho tonique de Jésus: « Gardez confiance, petit troupeau : j’ai vaincu le monde… Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles ! » SURSUM CORDA.

Frère Martin, Prêtre, ancien pèlerin

Annexe : Les deux étendards (extrait des Exercices spirituels de saint Ignace (1491 –1556))

Les lignes qui suivent sont extraites des Exercices Spirituels de saint Ignace. C’est l’efficacité remarquable des retraites fondées sur ces « exercices » (combien d’âmes converties par la pratique de cette méthode !) qui en ont fait la réputation. De bons prédicateurs savent traduire
et expliquer ces paroles pour nos âmes aujourd’hui.

Méditation des deux étendards: l’un de Jésus-Christ notre chef souverain et notre Seigneur ; l’autre de Lucifer, ennemi mortel de la nature humaine.
L’oraison préparatoire est toujours la même.

137. Le premier prélude consiste à se rappeler le fait historique de la méditation, ici c’est. d’un côté Jésus-Christ qui appelle tous les hommes et veut les réunir sous son étendard ; de l’autre, c’est Lucifer qui les appelle sous le sien.

138. Le second prélude est la composition de lieu. Ici, on se représentera une vaste plaine près de Jérusalem, au milieu de laquelle se trouve Notre-Seigneur Jésus-Christ, chef souverain de tous les hommes vertueux, et une autre plaine près de Babylone où est Lucifer, le chef des ennemis.

139. Le troisième prélude consiste à demander ce que je veux obtenir. Dans cet exercice ce sera premièrement, la connaissance des ruses du chef des méchants et le secours dont j’ai besoin pour m’en défendre : secondement, la connaissance de la véritable vie qui nous est montrée par le chef souverain et légitime, et la grâce nécessaire pour l’imiter.

PREMIERE PARTIE : SATAN L’ENNEMI

140. (PERSONNE) Dans le premier point : je me représenterai le chef de bande du parti ennemi dans cette vaste campagne de Babylone, comme assis dans une chaire élevée, tout de feu et de fumée, sous des traits horribles et d’un aspect épouvantable.

141. (ACTIONS) Dans le second point: je considérerai comment il appelle autour de lui des démons innombrables, comme il les répand, les uns dans une ville, les autres dans une autre, et ainsi dans tous l’univers. n’oubliant aucune province, aucun lieu, aucune condition, aucune personne en particulier.

142. (PAROLES ou DISCOURS-PROGRAMME.) Dans le troisième point : j’écouterai le discours qu’il leur adresse, comme il leur ordonne avec menaces de jeter des filets et des chaînes. Ils doivent tenter les hommes, en leur inspirant d’abord le désir des richesses, comme il fait le plus souvent lui-même, afin de les conduire plus facilement à l’amour du vain honneur du monde, et de là à un orgueil sans bornes. De sorte que le premier degré de la tentation. ce sont les richesses, le second, les honneurs ; le troisième, l’orgueil ; et de ces trois degrés il porte les hommes à tous les autres vices.

SECONDE PARTIE : JÉSUS-CHRIST NOTRE-SEIGNEUR

A l’opposé, on se représentera également le chef souverain et véritable, qui est JésusChrist, notre Seigneur.

143. (PERSONNE). Dans le premier point : je considérerai comment Jésus-Christ, Notre Seigneur, se tient en un lieu humble, dans une vaste plaine des environs de Jérusalem, beau et plein de grâce.

144. (ACTIONS) Dans le second point : je considérerai comment le Seigneur du monde entier choisit un si grand nombre de personnes, les Apôtres, les disciples et tant d’autres, et comment il les envoie dans tout l’univers répandre sa doctrine sacrée parmi les hommes de tous les âges et de toutes les conditions.

145. (PAROLES ou DISCOURS-PROGRAMME) Dans le troisième : j’écouterai le discours que Jésus-Christ, Notre Seigneur, adresse à tous ses serviteurs et à tous ses amis qu’il envoie à cette expédition. Il leur recommande d’aider tous les hommes, en les attirant premièrement à une entière pauvreté spirituelle, et non moins à la pauvreté réelle, si la divine majesté l’a pour agréable et veut l’appeler à cet état ; secondement, au désir des opprobres et des mépris, parce que de ces deux choses naît l’humilité. De sorte qu’il y a, comme au troisième point précédent, trois degrés : le premier, la pauvreté opposée aux richesses ; le second, les opprobres et le mépris opposés à l’orgueil ; et de ces trois degrés ils porteront les hommes à toutes 1es autres vertus.

LES TROIS COLLOQUES

147. Dans un premier colloque, je demanderai à Notre-Dame qu’elle m’obtienne de son Fils et Seigneur la grâce d’être reçu sous son étendard : premièrement, par la parfaite pauvreté spirituelle, et même, si la divine Majesté l’a pour agréable, et veut me choisir et m’admettre à cet état, par la pauvreté réelle ; secondement, en souffrant les opprobres et les injures, afin de l’imiter en cela plus parfaitement, pourvu que je puisse les souffrir sans péché de la part du prochain, et sans déplaisir de sa divine Majesté. Je terminerai ce colloque par la Salutation angélique.
Dans le second colloque, je m’adresserai à Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour qu’il m’obtienne de Dieu le Père la même grâce, et je réciterai la prière : Ame de Jésus-Christ.
Dans le troisième colloque, je demanderai la même grâce à Dieu le Père, le suppliant de me l’accorder Lui-même, et je réciterai l’Oraison dominicale.

1 Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, a codifié sous le titre « Exercices spirituels » une méthode particulièrement efficace d’oraison et de retraite religieuse « pour se vaincre soi-même et régler sa vie sans se déterminer par aucune affection désordonnée ». Tous les papes, depuis Paul III jusqu’aux plus récents, Jean-Paul II et Benoît XVI ont recommandé et encouragé les « Exercices spirituels ».