L’HÉROÏSME AU QUOTIDIEN

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« Le malheur des temps nous rapproche étrangement de la vie des premiers chrétiens : affrontement de deux civilisations, Etat païen pesant de tout le poids de ses institutions antichrétiennes, persécution sourde. Mais l’interdiction formelle non licet esse christianos (il est interdit d’être chrétien) obligeait sans cesse à choisir et rendait la médiocrité impossible. Quelle grâce pour l’Occident s’il se trouvait lui-même en demeure de choisir ! (…) Toujours l’Eglise aimera se replonger dans le souvenir de cette chrétienté naissante comme dans un bain de fraîcheur ; elle y retrouve les traits de son enfance faite de gaieté, d’héroïsme et de douceur intransigeante. Comme elle tranchait, la jeune communauté, sur les moeurs païennes, et quelle gloire pour l’Eglise que la chasteté des vierges, la piété des assemblées liturgiques serrées autour de la table du sacrifice, le courage tranquille des évêques tous désignés pour une mort violente, et le martyre de ses trente premiers papes ! » DOM GERARD

Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ?
Le catéchisme de Saint Pie X nous répond : « pour Le connaître, L’aimer et Le servir en cette vie, et jouir ensuite et pour toujours de Lui dans l’autre ».
Car « Dieu seul rassasie », dit Saint-Thomas

Nous ne pouvons parvenir à cette fin – c’est-à-dire vivre heureux – qu’en poursuivant la voie qui mène à la Vie. La Morale est la science qui nous guide dans cette voie.
Aristote nous dit que « l’homme est un animal raisonnable » : ceci veut dire que nous sommes des êtes vivants, avec une vie végétative, une vie sensitive, (avec les sens externes et internes, et les facultés appétitives dont les mouvements sont les passions), et une capacité de connaissance qui atteint l’universel ; nous sommes donc des animaux doués de raison, d’intelligence, de volonté libre. Or, nous savons que la pensée moderne considère l’agir humain comme une dialectique : la loi contre ma liberté, la volonté contre l’intelligence, l’homme contre Dieu.
Mais, parce que nous sommes « images de Dieu », notre liberté prend sa source dans l’intelligence et la volonté, deux facultés spirituelles qui tendent respectivement vers deux « objets» infinis, le Vrai et le Bien.
Ces deux infinis permettent de comprendre que nous sommes libres, non pas malgré, mais à cause de ces deux facultés spirituelles, en raison de l’universalité du Vrai et du Bien. C’est par la vertu, qui fait le lien entre notre agir personnel et les inclinations universelles de la nature humaine, que nous pourrons réaliser notre Fin, en orientant toute notre vie vers Dieu.

Le catéchisme de l’Eglise Catholique définit les vertus « comme des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent nos actes, ordonnent nos passions et guident notre conduite selon la raison et la foi » (N°1804)

Il y a autant de vertus que d’espèces de bien. Quatre sont dites morales naturelles : ce sont la prudence, la justice, la force et la tempérance, auxquelles correspondent quatre dons du Saint-Esprit, à savoir le conseil, la piété, la force et la crainte.
Ces vertus naturelles – réglées par la raison – sont perfectionnées par les vertus morales infuses, répandues par Dieu dans notre âme : nous les recevons au Baptême, en même temps que les vertus théologales (Foi, Espérance et Charité), et les dons du Saint-Esprit (dont les trois derniers correspondent aux vertus théologales : intelligence, science et sagesse).
Saint Augustin résume ces notions un peu abstraites, en écrivant que

« Bien vivre n’est autre chose qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. On Lui conserve un amour entier (par la tempérance), que nul malheur ne peut ébranler (ce qui relève de la force), qui n’obéit qu’à Lui seul (et ceci est la justice), qui veille pour discerner toute chose de peur de se laisser surprendre par la ruse et le mensonge (et ceci est la prudence) ».

Saint Augustin

Dieu nous a créés pour L’adorer et Le servir, et par ce moyen tendre vers la Béatitude éternelle. Mais nous avons de puissants ennemis :
Tout d’abord le démon, qui, « comme un lion rugissant, cherche qui dévorer » (1 Petr.5.8.9) : c’est par les tentations qu’il cherche à nous faire tomber, et elles ne sauraient violenter notre volonté, de telle sorte que nous pécherions malgré nous. Toute chute est volontaire.
Le monde, pour lequel notre Seigneur n’a pas voulu prier, car ses maximes sont contraires aux principes évangéliques. Ses sollicitations étant permanentes, il nous faut vivre dans le monde sans être du monde, en mesurant sans cesse l’incompatibilité radicale entre le monde et Notre Seigneur, pour implorer sa Grâce.
Enfin, nous-mêmes, c’est-à-dire le vieil homme, que nous devons faire mourir pour que naisse l’homme nouveau configuré au Christ. Même guéris par l’eau du Baptême, nous gardons la cicatrice du péché originel, une inclination au mal qui se manifeste dans la triple concupiscence (la chair, l’argent, l’orgueil).

Pour « guerroyer » contre ces ennemis, il nous faut :
– Reconnaître le désordre immoral et l’analyser correctement, ce qui permettra d’en démonter le mécanisme intime. Le catalogue est long:
• mépris de la vie à ses deux extrêmes, ce qui entraîne une chosification de l’embryon et une fausse compassion pour le vieillard (très intéressée d’ailleurs, car il coûte cher à la collectivité)
• mépris du plan de Dieu, qui a créé l’homme et la femme ; la sexualité devient un vulgaire loisir, ne doit absolument pas être orientée vers la procréation, dans le don réciproque de deux êtres humains, et toutes les formes du vice ou de la perversion sont ou encouragées ou tolérées, puisque chacun est libre de faire ce qu’il veut.
• le dimanche doit être un jour ordinaire, au mépris de la Messe, de la famille.
• l’école doit servir à former de bons citoyens électeurs : peu importe que les enfants n’y apprennent rien ou pas grand-chose, pourvu qu’ils ne reçoivent aucune idée de Dieu, de nos devoirs envers Lui…dont découlent d’ailleurs ceux envers notre prochain, qui a nom de Charité.
• la Patrie doit disparaître au nom d’un mondialisme socialiste et mercantile, abolissant toute fierté nationale légitime, et partant, toute culture.
• quant au travail, permettant à chacun d’œuvrer au Bien commun de la société, tout en obtenant ainsi en retour « une certaine abondance de biens matériels et extérieurs, dont l’usage est requis à l’exercice de la vertu » (Léon XIII in Rerum Novarum), il est vilipendé et considéré comme une exploitation honteuse de l’homme.
• tous nos propres péchés, sans cesse recommencés comme si nous étions incapables de lutte contre nos faiblesses.
– Lutter de toutes nos forces, « à temps et à contretemps sans nous soucier du qu’en dira-t-on, et faisant fi de tout respect humain en menant nous-mêmes une vie exemplaire, Jean Vanier le dit très bien : « Manquer de liberté, c’est avoir peur de la réalité et des autres. Manquer de liberté, c’est nous accrocher à des illusions et des mensonges, et nous laisser guider par des préjugés. Manquer de liberté, c’est nous laisser contrôler par des désirs instinctifs au lieu de les contrôler». (Accueillir notre Humanité). Ceci demande une bonne formation doctrinale (d’où l’importance du travail régulier en cercles et des exercices spirituel), savoir garder son calme en toutes circonstances et implorer la grâce.
• l’avortement est « un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d’un être humain innocent » Jean-Paul II in Evangelium Vitae 62.
• l’euthanasie est « une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine ». op.cit.65.
• si l’attirance qui nous pousse vers une personne de l’autre sexe et le plaisir que l’on ressent à en user ne sont pas mauvais en soi, puisque voulus par Dieu, ils ne peuvent se faire que dans le don réciproque de soi, en vue de coopérer au plan divin par la procréation et l’éducation des enfants, d’où découle pour chaque époux l’enrichissement intellectuel et spirituel dans l’amour conjugal (Pie XII). La chasteté comporte de surcroît un apprentissage de la maîtrise de soi. Quant à l’homosexualité, il existe une nature humaine qui ne peut évoluer selon les modes : on ne « fait » pas un enfant, il est conçu entre un homme et une femme, car il s’agit de procréation et non de reproduction ; en outre, l’enfant a besoin de deux parents de sexe différent pour acquérir le sens de l’altérité sexuelle (que deviendrait une société strictement homosexuelle ?). Les perversions sont tolérées, car leurs auteurs sont des victimes de la société…
• le dimanche est le seul jour où nous pouvons honorer Dieu publiquement et nous retrouver en famille. C’est souvent aussi le seul jour où le père de famille peut se consacrer exclusivement aux siens.
• l’état de l’Ecole « Libre » est tel que Monseigneur Cattenoz a dû écrire une charte à l’usage de son archidiocèse et que l’on voit fleurir maintes écoles hors contrat, où on apprend à nos enfants à lire, à écrire, à compter et à connaître la culture et l’histoire de notre pays. Cela requiert de gros sacrifices, mais ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons former les hommes de demain. Pascal a écrit ce mot : « travaillez donc à bien penser, voila le principe de la morale ». C’est ce que nous devons faire pour nos enfants…et pour nous, en sachant bannir la télévision et les jeux vidéo, n’utiliser Internet qu’avec la plus économe parcimonie,…et lire des livres de formation bien écrits et pensés.
• la Patrie : nous lui devons notre terre, notre langue, les souvenirs de notre enfance, un patrimoine culturel et artistique sans pareil, surnaturalisé par le Christianisme, qui a laissé son empreinte matérielle sur notre sol. Et Saint-Thomas parle de « piété », sorte de protestation de cette charité que chacun éprouve vis-à- vis de ses parents et de la Patrie ».
• le travail, nous l’avons déjà dit, est le moyen pour chacun de contribuer au Bien commun, et à ce titre, doit être bien fait, pour la plus grande gloire de Dieu et notre honneur d’homme.
• nos propres péchés quotidiens doivent être combattus avec l’aide essentielle de la prière, en implorant la Grâce, au besoin en étant guidé par un directeur spirituel.

Tout cela, il faut parvenir à l’expliquer à nos contradicteurs, avec charité, mais sans reculer d’un pouce, avec prudence, mais sans pusillanimité, avec force, mais sans agressivité, avec tempérance, mais sans excès, avec justice, car il y va de l’honneur de Dieu.

Cela n’est possible qu’en sachant recourir à Notre-Dame :

« De Marie au pied de la croix l’évangile nous dit seulement « qu’elle se tenait debout. Stabat !». Elle se tenait debout, non pas physiquement seulement. C’est l’âme qui se tenait debout, pleine de force, de puissance, d’intelligence, d’amour, et toute droite, pleinement éveillée et regardante ! Eh quoi ? La Femme Forte, la mère de Dieu, la forme de l’Eglise, était-ce le moment pour elle de s’abandonner et de fléchir ? (…) Que la terre tremble, que le soleil se voile, que le rideau du temple se déchire du haut en bas, mais Marie reste debout, elle n’est pas ébranlée. Elle voit, elle sait, elle regarde, elle témoigne, elle donne, elle accepte, elle approuve. «Ecce ancilla Domini!» La voici cette fois pour de bon, une fois de plus, la servante du Seigneur ! (…) « Heureux », nous dit l’Evangile (Luc, XII, 37-38), ceux que le Seigneur trouvera veillant quand il viendra à la troisième veille. » La voici, la troisième veille ! Le Christ est seul. Ses disciples l’ont trahi. Son peuple l’a abandonné. L’univers jusqu’aux limites de la création dort et ronfle l’énorme sommeil de la bestialité païenne. Le soleil au ciel s’est éteint. Il ne reste plus au pied de la croix que cette lampe ardente, que ce regard de la foi, que ce cierge inextinguible. Avec une immense dévotion, Marie se rend compte que son Fils a besoin d’elle. Il n’en a plus besoin comme le petit enfant jadis qu’elle avait à nourrir de son lait et à porter dans ses bras. Maintenant c’est de son âme qu’il a besoin, c’est de la plénitude de son intelligence et de son adhésion, c’est de substance même, c’est cette mère qu’à travers tous les siècles il s’est procurée que l’Homme-Dieu va essayer de tout son poids et elle sait qu’il n’y a qu’une seule chose nécessaire pour elle qui est de tenir bon ! En ce moment terrible où Jésus à son père lui-même demande si c’est vrai qu’il l’a abandonné, il sait que là du moins en bas sa mère n’a pas lâché prise et qu’elle est là à ses pieds pour fournir ce qu’il lui demande. (…) Entre la création et le créateur il n’y a plus que ce regard qui maintient la communication, il n’y a plus que ce viatique, il n’y a plus que Marie qui donne la communion à Jésus-Christ, ce premier des agonisants comme elle fera à tant d’autres plus tard, et à moi-même sans doute, bientôt n’est-ce pas, Vierge bénie ? » (PAUL CLAUDEL – L’EPEE ET LE MIROIR)