L’homme est un être qui s’éduque

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« Celui qui a mes commandements et qui les garde, voilà celui qui m’aime. »

I. L’HOMME EST CREE POUR ETRE HEUREUX

L’homme est créé par Dieu pour être heureux et il y tend de toutes ses forces.

  1. En tout ce que nous faisons, nous cherchons notre propre bien. Parfois, l’objectif est à court terme : « J’ai froid ; je me lève donc pour fermer la fenêtre ». Parfois, il est à plus long terme : « Je prépare un beau voyage à Rome », par exemple. Et finalement, le but englobe toute la vie ; c’est ce qu’on appelle le bonheur. On attend qu’il comble toutes nos aspirations, tous nos désirs.
    Or, un simple regard sur l’homme nous montre qu’il est un être social, fait pour s’ouvrir à l’autre. Et ce contact, cette communication avec l’autre ne trouvent leur plein achèvement que dans l’union. Ainsi, notre vrai bonheur n’est que dans l’amour partagé, dans la communion avec ce que nous aimons, parce que nous sommes créés par amour et pour aimer.
  2. Mais amour rime avec toujours. Nous avons la nostalgie d’un amour qui durerait éternellement. Comment ne pas désirer un bonheur qui ne finirait jamais ? Ce bonheur existe : la communion suprême est celle qui nous attend avec les Personnes divines, dans un intense et éternel échange à la source même de l’Amour, avec l’Être qui est Lui-même l’Amour, comme le dit St Jean dans sa première épître. La plus belle étoile du firmament n’est que l’œuvre de Dieu ; mais chacun de nous est son enfant. Les trois Personnes divines nous appellent et veulent nous entraîner dans l’extase éternelle qui les fait se fondre entre elles.

II. L’HOMME EST UN ETRE EN DEVENIR QUI S’EDUQUE

Mais l’homme, contrairement à l’ange, n’atteint pas ce but splendide en un unique choix. Le chemin est long. Nous avançons plus ou moins vite, à travers les petits et grands actes de notre vie.
L’homme est un être en devenir. Il voit bien qu’il est inachevé (par exemple, dans l’ordre physique, il ne sait pas marcher d’emblée, comme le veau qui vient de naître).
Il constate qu’il est indéterminé. « Dieu a créé l’homme le moins possible », disait Blanc de Saint Bonnet. Cette indétermination, dont le revers est la fragilité, requiert une éducation. Nous n’atteignons notre fin que dans un progrès permanent, qui englobe toutes les dimensions de notre personne :

  • cela vaut pour notre corps, qui grandit peu à peu et passe par des étapes successives d’apprentissage ;
  • mais cela vaut, aussi, pour notre cœur, et notre affectivité, qui s’éduquent en s’affinant, en s’ouvrant au bien de l’autre, en se purifiant progressivement pour trouver leur juste place ;
  • cela vaut, enfin, pour notre esprit, qui, nourri, éclairé, formé, atteint peu à peu sa pleine maturité.
    Ainsi notre bonheur, qui consiste dans l’épanouissement de toutes nos capacités, se construit au jour le jour. On ne naît pas heureux, on le devient.
  1. L’homme progresse, sur le plan humain, par la pratique des vertus morales
    Mais comment nos facultés vont-elles se dilater, pour atteindre finalement cette plénitude ? En posant des choix libres et en faisant de la vertu le guide de nos actions.
    Ce mot de vertu rebute souvent aujourd’hui. On craint, en s’approchant d’elle, de devenir austère et triste. Pourtant, « qui fut plus affable et heureux que Saint Louis de Gonzague ? » répond Saint Jean Bosco à cette objection. Qui fut plus allègre et de meilleure humeur que Saint Philippe Néri ? Ces saints étaient joyeux bien que leur vie fut « un continuel exercice de toutes
    les vertus.
    ».
    Cependant le bonheur auquel nous sommes appelés n’est pas acquis d’emblée : il se mérite. C’est comme pour atteindre le somment d’une montagne. Avant de prendre le départ, il faut être harnaché et bien entraîné ; puis, l’ascension commencée, que d’étapes à parcourir et même parfois d’obstacle à surmonter avant d’arriver au but ! Or nous ne sommes pas équipés pour le chemin qui mène au bonheur et manquons naturellement de savoir-faire et de volonté pour faire face aux difficultés.
    C’est l’éducation qui nous découvre ce but et nous donne d’acquérir les vertus morales qui sont comme des forces pour la route. Elles permettent à l’homme de franchir les étapes, d’incarner la belle injonction de St Augustin : « Deviens ce que tu es. » L’homme en effet est un être malléable. Tout le travail de l’agir humain va être de faire rendre ses meilleurs fruits à la nature et à ses puissances d’abord sauvages. Par la vertu, l’homme devient vraiment ce qu’il est, il devient pleinement homme.

a) Qu’est-ce qu’une vertu morale?

Acquise par répétition, la vertu morale est une disposition stable à poser des actes bons, facilement, agréablement et sans erreur.

Si c’est une disposition, elle est devenue intérieure à nous-mêmes. Elle n’est pas surajoutée, mais intime à notre être qu’elle épanouit. Nous avons fait nôtre, par choix personnel, la loi qui nous était imposée de l’extérieur quand nous étions enfant. Le tuteur, nécessaire au début pour aider la jeune plante à pousser droit, est devenu inutile.

La vertu est stable et acquise par répétition, ce qui nécessite du temps. Comme l’oiseau qui fait son nid petit à petit, brindille après brindille, de même la maison de l’homme ne s’élève que brique après brique, étage après étage. On ne devient pas un athlète sans entraînement. Cette lente acquisition par la répétition quotidienne est le fruit de l’éducation, c’est-à-dire d’une personne qui soutient, oriente et encourage.

La vertu est une disposition à poser des actes bons, qui nous conduisent à notre finalité. Puisque la vocation de l’homme est le bonheur, la vertu elle aussi est orientée vers ce but : on ne devient pas vertueux pour le plaisir de se maîtriser, mais pour déployer ses capacités, pour pouvoir se donner, car là est le vrai bonheur.

Enfin, la vertu pose ces actes bons fermement, sans erreur et agréablement. La longue pratique du danseur met à sa disposition chacun de ses membres, chaque articulation de son corps. De même, on reconnaît quelqu’un de vertueux à cette aisance, à cette souplesse, à cette liberté intérieure. L’acte vertueux révèle la longue expérience qui l’a fait naître.
En définitive, la vertu est donc un supplément d’être qui nous vivifie de l’intérieur.
Elle déploie, achève notre personne en la tournant vers son but : le bonheur.

b) Les vertus morales sont multiples
Les vertus morales sont multiples : gratitude, grandeur d’âme, piété filiale… On a pris coutume de les répartir autour de quatre principales, qu’on appelle cardinales parce qu’elles sont les plus fondamentales, et que c’est autour d’elles que toutes les autres vont se rattacher :

  • prudence (le gouvernement de soi-même),
  • justice (le sens de l’autre),
  • force (la maîtrise libérante de ses violences),

tempérance (la maîtrise libérante de ses désirs).
Les vertus cardinales sont des pièces essentielles qui permettent d’articuler tout notre être. Elles sont les fondations qui portent l’édifice harmonieux que tout homme est appelé à faire de sa vie. Elles sont les fondements de notre personnalité.
On en trouve des applications immédiates dans la vie quotidienne : il est plus facile, par exemple, de claquer une porte, mais il est plus vertueux de la fermer. La fermer avec douceur suppose la mise en jeu des quatre vertus cardinales : la prudence, car il faut réfléchir avant d’agir ; la justice, car il faut avoir le sens de l’autre ; la force car il faut la patience de prendre le temps de fermer ; et la tempérance, car il faut modérer son ardeur et retenir son geste !
Nos parents, pendant un temps, nous accompagnent sur ce chemin du bonheur en nous éduquant. Puis vient un jour où ils peuvent nous lâcher la main. Nous sommes capables de marcher droit, car les vertus morales acquises ne nous rendent pas seulement autonomes par rapport à autrui ; elles nous rendent aussi maîtres de nous-mêmes : l’éducation nous a donné la domination sur nos passions, elle nous a forgés de l’intérieur et nous a préparés pour les grands appels de la vie : s’engager, fonder une famille, construire la cité…

2. Mais l’homme n’atteint son but ultime que par la pratique des vertus théologales.
Les vertus morales suffisent-elles à notre accomplissement plénier ? Non. D’autres vertus sont nécessaires, qu’on appelle théologales, car elles ont Dieu pour objet ; elles fondent, animent et caractérisent l’agir moral du chrétien. Elles informent et vivifient toutes les vertus morales.
Ce sont :

  • la Foi (par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et révélé, et que notre Saint-Père Benoît XVI nous engage à approfondir cette année),
  • l’Espérance (par laquelle nous désirons, comme notre bonheur, le Royaume des cieux et la vie éternelle)
  • la Charité (par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout, et notre prochain comme nous mêmes, pour l’amour de Dieu).
    Nous recevons ces vertus théologales le jour de notre baptême. Elles visent à nous unir directement à Dieu, alors que les vertus morales ne font que rendre droits notre agir terrestre.
    (Mais elles ne sauraient se passer d’un minimum de perfection humaine, qui leur sert de terreau, pour que la grâce puisse réaliser son œuvre.) Car Dieu appelle l’homme à une béatitude qui dépasse les capacités naturelles de son cœur et de son esprit : une béatitude surnaturelle.
    Or, cette béatitude requiert les vertus théologales : l’homme doit d’abord être surnaturalisé par la grâce, c’est-à-dire proportionné au don que Dieu lui octroie. Nous sommes alors rendus « participants de la nature divine » (2 P 1, 3-4). Et cette descente de la vie divine, de la grâce, est une racine qui investit le fond de notre âme et donne comme trois grandes tiges qui sont les vertus théologales. Elles touchent directement Dieu dans son mystère le plus profond. Elles ont aussi Dieu pour fin : leur but est de nous unir à Lui en sa vie intime comme à notre bonheur suprême, ce qui n’est autre que la sainteté.
    Cette sainteté est bien supérieure à la simple perfection morale car elle suppose que nous soyons élevés au-dessus de notre nature humaine et que nous nous abandonnions aux motions des dons du Saint-Esprit.
    Ainsi, chers pèlerins, si la vertu morale est le vrai chemin d’humanisation de l’homme, la vertu théologale (pour reprendre un mot cher aux Pères de l’Église orientale) est le chemin de la divinisation de l’homme.
    Finalement, celui dont l’éducation est la plus complète et a porté tous ses fruits de nature et de grâce, c’est le saint !