Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ !

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Voilà les hommes et les femmes dont le monde a besoin, dont la France a besoin. Vous aurez personnellement le bonheur promis dans les Béatitudes et vous serez, en toute humilité et respect des autres, et au milieu d’eux, le ferment dont parle l’Évangile. Vous bâtirez un monde nouveau; vous préparerez un avenir chrétien. C’est un chemin de croix, oui, c’est aussi un chemin de joie, car c’est un chemin d’espérance.

La vie terrestre du Christ a été brève, plus brève encore son activité publique. Mais sa vie est unique, sa personnalité est unique au monde. Il n’est pas seulement un frère pour nous, un ami, un homme de Dieu. Nous reconnaissons en lui le Fils Unique de Dieu, celui qui ne fait qu’un avec Dieu le Père et que le Père a donné au monde.

Avec l’Apôtre Pierre, dont je suis l’humble successeur, je professe : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Et c’est bien parce que le Christ partage à la fois la nature divine et notre nature humaine que l’offrande de sa vie, dans sa mort et sa résurrection, nous atteint, nous les hommes d’aujourd’hui, nous sauve, nous purifie, nous libère, nous élève : « Le Fils de Dieu s’est uni d’une certaine manière à tout homme. » Et j’aime redire ici le souhait de ma première encyclique : « Que tout homme puisse retrouver le Christ afin que le Christ puisse parcourir la route de l’existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de vérité sur l’homme et sur le monde contenue dans le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption, avec la puissance de l’amour qui en rayonne » (Redemptor hominis, n. 13).
Si le Christ libère et élève notre humanité, c’est qu’il l’introduit dans l’alliance avec Dieu, avec le Père, avec le Fils, avec le Saint Esprit. Nous fêtons ce matin la Sainte-Trinité. Voilà la véritable ouverture à Dieu à laquelle chaque cœur humain aspire même sans le savoir et que le Christ offre au croyant. Il s’agit d’un Dieu personnel et pas seulement du Dieu des philosophes et des savants, mais du Dieu révélé dans la Bible, Dieu d’Abraham, Dieu de Jésus Christ, celui qui est au cœur de notre histoire. C’est le Dieu qui peut saisir toutes les ressources de votre corps, de votre esprit, de votre cœur, pour leur faire porter du fruit, en un mot qui peut saisir tout votre être pour le renouveler dans le Christ, dès maintenant et au-delà de la mort.

Voilà ma foi, voilà la foi de l’Église depuis les origines, la seule qui est fondée sur le témoignage des Apôtres, la seule qui résiste aux flottements, la seule qui sauve l’homme. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous en ont fait l’expérience. Puissent-ils trouver dans ma venue un encouragement à l’approfondir par tous les moyens que l’Église met à leur disposition. D’autres sans doute sont plus hésitants à adhérer pleinement à cette foi. Certains se disent en recherche à ce sujet. Certains s’estiment incroyants et peut-être incapables de croire, ou indifférents à la foi.
D’autres refusent encore un Dieu dont le visage leur a été mal présenté. D’autres enfin, ébranlés par les retombées des philosophies du soupçon qui présentent la religion comme illusion ou aliénation, sont peut-être tentés de construire un humanisme sans Dieu. A tous ceux-là je souhaite pourtant que, par honnêteté, ils laissent au moins leur fenêtre ouverte sur Dieu. Autrement ils risquent de passer à côté de la route de l’homme qu’est le Christ, de s’enfermer dans des attitudes de révolte, de violence, de se contenter de soupirs d’impuissance ou de résignation. Un monde sans Dieu se construit tôt ou tard contre l’homme. Certes, bien des influences sociales ou culturelles, bien des événements personnels ont pu encombrer votre chemin de foi, ou vous en détourner.

Mais en fait, si vous le voulez, au milieu de ces difficultés que je comprends, vous avez encore finalement beaucoup de chance, dans votre pays de liberté religieuse, pour déblayer ce chemin et accéder, avec la grâce de Dieu, à la foi! Vous en avez les moyens ! Les prenez-vous vraiment ? Au nom de tout l’amour que je vous porte, je n’hésite pas à vous inviter : « Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ! ». Que craignez-vous ? Faites-lui confiance. Risquez de le suivre. Cela demande évidemment que vous sortiez de vous-mêmes, de vos raisonnements, de votre « sagesse », de votre indifférence, des habitudes non chrétiennes que vous avez prises peut-être. Oui, cela demande des renoncements, une conversion, qu’il vous faut d’abord oser désirer, demander dans la
prière et commencer à pratiquer. Laissez le Christ être pour vous le Chemin, la Vérité et la Vie. Laissez-le être votre salut et votre bonheur. Laissez-le saisir votre vie tout entière pour qu’elle atteigne avec lui toutes ses dimensions, pour que toutes vos relations, activités, sentiments, pensées soient intégrés en lui, on pourrait dire « christifiés ». Je souhaite qu’avec le Christ vous reconnaissiez Dieu comme la source et la fin de votre existence.

Voilà les hommes et les femmes dont le monde a besoin, dont la France a besoin. Vous aurez personnellement le bonheur promis dans les Béatitudes et vous serez, en toute humilité et respect des autres, et au milieu d’eux, le ferment dont parle l’Évangile. Vous bâtirez un monde nouveau; vous préparerez un avenir chrétien. C’est un chemin de croix, oui, c’est aussi un chemin de joie, car c’est un chemin d’espérance.

Avec toute ma confiance et toute mon affection j’invite les jeunes de France à relever la tête et à marcher ensemble sur ce chemin, la main dans la main du Seigneur. «Jeune fille, lève-toi! Jeune homme, lève-toi ! »

S.S. Jean-Paul II
Dimanche 1er juin 1980