Resquiescat in pace Dominique Neveu

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Cette semaine, nous apprenions avec immense tristesse que notre ami Dominique Neveu venait de nous quitter, ce lundi 4 avril dans un accident de voiture, sur la RD910, en sortie de Château-Renault à l’âge de 60 ans. Marié à Marie-Pierre Brandily, père de 2 enfants, Benoît (12 ans) et Clément (10 ans), Dominique a été un pilier du Service d’Ordre en étant le fondateur des équipes de circulation, bien connu sous la célèbre appellation « Charlie Unité ». Nous, les hommes du chapitre Saint Michel, sommes tous sous le choc de cette nouvelle à plusieurs titres : par la perte d’un ami très cher et par la perte d’une des grandes figures du Service d’Ordre de notre pèlerinage. Nous étions une délégation de l’association Notre-Dame de Chrétienté à nous être rendue en l’église St Etienne de Vendôme, le mercredi 13 avril 2022 pour lui rendre un dernier hommage. C’est pourquoi il nous a semblé légitime de commenter cet évènement.

Je ne prétends pas être celui qui l’a connu le mieux à toutes les périodes de sa vie, mais je crois avoir vécu de grands moments de ma vie à ses côtés pour avoir réalisé des projets audacieux et amusants, à une époque où les libertés étaient moins restreintes par les normes pesantes et les lois iniques de notre pays.

Alors permettez-moi de revenir un peu en arrière :

J’ai connu Dominique par la pratique des grands jeux de nuit du scoutisme dans la forêt profonde de Rambouillet. Bien qu’il ne fût pas de notre troupe du Chesnay, attachée au rite tridentin, (d’où étaient issus de nombreux piliers fondateurs du Service d’Ordre, comme Alain Brossier, FX Renault, FX Guillaume, le Père Hervé Tabourin, Antoine Pinoteau et moi-même), il était de la 7ème Versailles, une troupe concurrente avec laquelle nous avions plaisir à nous confronter dans ce mode d’éducation à l’école des bois. Au travers de cette confrontation régulière sur le terrain viril du scoutisme qui exerçait en nous une saine émulation, Dominique gagnait notre amitié aussi en dehors des temps de scoutisme, principalement en fréquentant le même collège, St Exupéry à Versailles, les mêmes clubs de judo, et cercles d’amis, nous ne pouvions pas l’éviter car il était très attachant, plein de vitalité, drôle, espiègle, prêt à tous les bons coups, voulant dépenser son énergie pour la bonne cause, tant politiquement que religieusement, ou les deux, avec en tête cette belle obstination : « tout pour Dieu, le Roi, la France » ! Dominique était bercé par l’idéal chrétien dont l’esprit chevaleresque, la gloire de la France, qui l’ont porté dans tous ces rêves. Pour autant, Dominique n’était ni un idéaliste ni un utopiste. Il était perspicace, pragmatique, avec une idée suivant toujours l’autre, avec un certain sens du terrain, ne restant jamais dépourvu de solution, même dans les pires situations, comme un couteau suisse multi lames. Doté d’un humour remarquable et d’une mémoire étonnante, il savait raconter toutes les meilleures bonnes histoires, en les amplifiant et déformant avec brio pour l’adapter à chaque circonstance du moment, particulièrement lorsqu’il fallait trouver de la motivation pour redonner le moral aux troupes après un cuisant échec et se remettre au travail. Il avait vraiment l’âme d’un chef pour cette capacité à emmener n’importe qui à l’assaut « gants blancs et sabre au clair », dans les pires circonstances. Je me souviens que, lors de son service militaire comme aspirant, il a laissé plus de bons souvenirs aux cavaliers de son peloton de chars qu’à ses supérieurs qui craignaient toujours la « dernière trouvaille du sous-lieutenant ».

Un des grands moments de notre collaboration amicale fut notre extraordinaire voyage, la traversée du Sahara au mois d’août 1991, en Peugeot 504 – 2 roues motrices, afin de défier les tout-terrain 4 roues motrices du Paris-Dakar. Nous nous étions associés avec nos amis Rodolphe de Pfyffer, Olivier Vaquié, et les frères Emmanuel et Benoît Yon principalement. Absolument rien ne l’arrêtait. Plus le projet était fou, et plus il y adhérait. Audacieux pour passer au travers pistes bien ensablées, il l’était aussi pour maitriser les foules de trafiquants de pièces de rechanges qui se précipitaient à notre rencontre à chaque traversée de village, dans le but les acquérir à des prix ridicules sous la pression de la foule. Il avait l’art de savoir calmer les foules en délire et mener des négociations à la hausse, de manière magistrale, tel un commissaire-priseur en salle des ventes, tout en étant assis calmement sur le capot brulant de sa voiture chauffé par le soleil du Niger.

Avec Dominique, nous nous répétions à chaque épreuve : « Ne jamais se décourager sur la piste sinon tu t’épuises et tu meurs ». Et nous méditions ensemble le cinquième mystère douloureux « la patience dans les épreuves »

Le Hoggar : Dominique à gauche

Arrivée à Tamanrasset : Dominique à droite

Notre arrivée au Togo après 4 750km de piste

En plein bled, les négociations sur les pièces détachées commencent, le coffre à peine ouvert

Une fois tous les deux engagés dans la vie auprès de nos épouses respectives et nos préoccupations du moment, une page a été tournée avec un peu de distance naturelle entre nous mais j’ai toujours eu le plaisir à le revoir puisque nous partagions des passions communes, telles que la chasse dans l’orléanais, ou nos pèlerinages de chrétienté, cette fois-ci, en tant que pèlerin accompagné de ses jeunes enfants.

Je reviens sur cette période glorieuse du pélé des années 1980 où nous étions en pleine progression. L’organisation se structurait de mieux en mieux pour répondre au nombre croissant de pèlerins nous faisant faire un premier bond impressionnant de 2000 à 6000 pèlerins en peu d’années. Dominique nous a rejoint assez vite dans l’organisation du chapitre Saint Michel, attiré tout d’abord par notre organisation structurée d’une gestion solide des équipes sur le terrain et de la technique de nos réseaux de transmission radios. Il avait à cœur d’apprendre pour déployer ces techniques lors de ses camps scouts. Très vite, l’amitié combinée à son sens du commandement l’a fait tomber dans la « potion magique » de notre organisation et de ce fait, dans la tradition du pèlerinage de chrétienté.  Il nous a bien secondé au sein du pèlerinage, emmenant aussi avec lui d’autres amis scouts dont Bernard Daubert, devenu responsable de Haltes à la suite du célèbre Guilhem Le Coq, futur prêtre de la FSSP, puis aumônier du pélé durant quelques années, qui pourront témoigner de ce qu’ils ont vécu à ses côtés. Dominique a pris en main la coordination de la circulation sur la colonne jusqu’à en devenir incontournable dans l’organisation. Son dynamisme, sa capacité à se projeter, son imagination débordante et son enthousiasme le propulsaient au-devant de toutes les missions aussi bien les plus risquées que les plus extravagantes.

De Dominique, il nous restera donc, son haut degré d’implication, sa gentillesse, sa courtoisie, sa finesse de langage, sa perspicacité, sa capacité à convaincre, son enthousiasme, sa foi mais aussi ses bons mots et ses anecdotes.

D’une grande implication, je le voyais régulièrement travailler pendant des heures, recomposant les belles cartes photocopiées que je lui avais soigneusement renseignées avec la désignation de ses secteurs d’intervention rebaptisés et des points de transmission pour l’exécution de ses missions. Imaginatif et original, il en créa un nouveau concept sous la forme d’un grand rouleau qu’il appelait sa « Torah », à dérouler au fur et à mesure de ses déplacements le long de la colonne.

Aussi, lors d’un samedi après-midi, alors que nous cherchions à relocaliser le coordinateur secourisme de l’ordre de Malte qui n’avait pas encore de position prédéterminée sur la colonne à l’époque, c’est notre Dominique qui a pu nous renseigner où il se trouvait, grâce à sa position stratégique sur le terrain. Il accompagnait le Prince et Bailli de l’ordre de Malte, Guy de Polignac, en visite de courtoisie sur le front des troupes, (tout habillé de rouge comme ses secouristes maltais) et venant saluer nos cadres du SO embarqués dans notre camion PC, appelé parfois « aquarium ou bocal » par sa surface vitrée. C’est ainsi que Dominique nous transmis, d’un ton très flegmatique, sa position sur tout le réseau radio, en ces mots restés célèbres : « Charlie 1, les poissons rouges sont dans le bocal, je répète les poissons rouges sont dans le bocal ». Le réseau radio étant diffusé naturellement sur le haut-parleur du PC, le Prince de Polignac entendit ce message, ce qui lui déclencha un éclat de rire mémorable. C’est ainsi que depuis ce jour-là, les secouristes engagés à nos côtés sont appelés des « poissons rouges ».

D’autres moments mémorables avec Dominique, ont été les pèlerinages du SO au Mont Saint Michel, ou les réunions de débrief dans les locaux de la société Goupil à Saint Cyr l’Ecole, société qu’il avait monté avec Bruno Gauthier, notre célèbre « voix réveil matin » au bivouac. Le travail et le résultat étaient à la hauteur de ces moments merveilleux de camaraderie où nous finissions toujours par chanter des répertoires complets jusqu’à point d’heures autour d’une traditionnelle bouteille et d’une bataille de Reichshoffen.

Dominique a donc marqué son temps en servant de nombreuses années au SO avec dynamisme et fidélité, du temps de commandement de Pierre-Armand Pinoteau, Pierre Vaquié, François Ferdinand Cochin, Bruno Gauthier, Bruno Beth, et François Nicolas.

Une longue lignée de Charlie 1 lui a succédé, tout d’abord avec Nicolas Pillet puis François Nicolas, Christophe Bonneuil, Marc de Villèle, Cédric Shimodera, Guillaume de Ginestous, Charles Pinoteau, en espérant que ce ne soit pas un dernier d’une belle aventure qui s’arrêterait après le 40ème pèlerinage de 2022. 

Après une vie bien remplie en quête de la tradition chrétienne, nous ne pouvons qu’implorer ND des Eclaireurs, ND de Chartres afin qu’il repose en Paix dans la maison de Dieu. Pour sa famille, en particulier, son épouse Marie-Pierre et ses enfants Benoît et Clément, nous prions pour obtenir les consolations et les grâces indispensables pour survivre en ce monde vétuste et sans joie, dans la foi et l’espérance après avoir perdu un père ayant de tels charismes et de tels états de service à la Bonne Cause Christique.

Resquiescat in pace

Jean Pinoteau

Victor 2 – service d’ordre – chapitre Saint Michel depuis 1983

A l’image de Dominique, je ne suis qu’un « ouvrier de la première heure », payé comme celui de la dernière heure mais toujours heureux de servir !