Trois personnes : Un seul Dieu

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I. Importance du mystère de la Sainte Trinité

Quelle place accordons-nous dans notre vie, dans notre prière, à la sainte Trinité ? Bien sûr, nous saurions dire probablement à celui qui nous interrogerait sur ce mystère que c’est le mystère d’un seul Dieu en trois Personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais quelle importance cela a-t-il pour nous ? Vivons-nous vraiment dans la dépendance des Trois, en cherchant à mieux les connaître pour mieux les aimer ? Le résultat de cet examen de conscience risque d’être quelque peu décevant pour beaucoup d’entre nous.

Et pourtant le mystère de la sainte Trinité est au cœur même de notre Foi. Il est « le mystère des mystères », autour duquel tout s’articule, à commencer par notre Credo. « La foi de tous les chrétiens repose sur la Trinité », dit saint Césaire d’Arles (cité par le C.E.C., n°232). « La foi est l’avant-goût de cette connaissance qui doit nous rendre bienheureux dans le siècle futur », dit quant à lui, saint Thomas (Bref résumé de la Foi chrétienne, chap. 2). Elle est « la substance des choses qu’on doit espérer » (Hb 11 -1). Or « cette connaissance béatifiante, nous enseigne le Seigneur, peut se ramener à deux objets de connaissance : la divine Trinité et l’humanité du Christ. C’est pourquoi le Seigneur, s’adressant au Père, dit : « Ceci est la vie éternelle : qu’ils te connaissent, toi, le vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, le Seigneur Jésus » (Jn 17 3) » (saint Thomas, ibid.).

Il y a donc deux grands objets de notre foi :

  •  la vie intime de Dieu en Lui-même, autrement dit le mystère de la sainte Trinité, objet de la « Theologia », au sens des Pères de l’Église ;
  • ce que Dieu a fait pour nous : nous créer, puis nous racheter, nous sauver par l’Incarnation de son Fils et la Rédemption. C’est « l’économie » (Oikonomia) ou mystère de l’œuvre de Dieu pour sa créature.

Tout part de la Trinité, qui est Principe de toutes choses, et tout tend vers la Trinité, revient vers Elle, qui est Fin de toute la création. L’homme, créature intelligente, sorti de Dieu, est appelé à vivre en Dieu, à rentrer dans un lien profond de connaissance et d’amour avec le Dieu vivant, qui veut « demeurer » en lui. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14 23). Si Notre-Seigneur nous a tant parlé de son Père, et aussi de l’Esprit, c’est que cela a une importance capitale. Si nous estimons que mieux connaître la Trinité a peu d’importance, c’est que nous ne vivons pas vraiment de la Foi que nous avons reçue au Baptême.

Un jeune garçon disait un jour : « On doit s’ennuyer au Ciel, à contempler toujours la Trinité. Ce doit être toujours la même chose… ». C’est ne pas voir la distance infinie qui sépare le plus beau spectacle créé du mystère infiniment plus riche, plus beau, plus profond de la vie intime de Dieu.

Les mystiques, qui ont goûté un modeste avant-goût de cette contemplation, nous montrent que nous ne serons jamais rassasiés de cette richesse sans fin. Sainte Catherine de Sienne par exemple, s’exprimait ainsi : « 0 Trinité éternelle ! Vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous. Trinité étemelle, elle souhaite toujours voir votre lumière dans votre lumière ! ».

II. En quoi consiste ce mystère ?

Jésus nous a révélé le mystère de la vie intime de Dieu. Il s’est dévoilé comme le Fils du Père et nous a parlé de l’Esprit que son Père et Lui enverraient. Lorsque l’on parle de la Trinité, il faut bien maintenir l’Unité divine sans nier la distinction des Personnes. Cela suppose une saine compréhension de l’analogie. Un terme est analogue lorsqu’il s’applique de façon semblable, mais avec de grandes différence, à deux réalités différentes.

Par exemple, « Père » s’applique à Dieu et à l’homme. Nous pouvons ainsi avoir une certaine connaissance de Dieu en disant qu’il est Père, car nous savons par expérience ce qu’est un père. Cependant, Dieu est Père d’une façon très différente des pères humains. Il transcende infiniment la paternité humaine.

De même, tous les termes que nous appliquons à Dieu sont analogues, par rapport à ce qu’ils désignent dans les réalités créées, car Dieu transcende infiniment toute créature : ainsi pour les termes de Fils, Esprit, Saint, Personne, Être, Vérité, Bonté, Amour, Puissance, etc.

Unité de Dieu

Dieu est absolument Un et nous devons nier la critique des musulmans ou d’autres religions qui accusent les catholiques d’être « trithéistes ». Non, nous sommes monothéistes, nous croyons « en un seul Dieu – in unum Deum ». La Trinité des Personnes ne brise en aucune façon l’Unité de la substance divine.

Cela nous est difficile à comprendre, certes, car nous avons seulement l’expérience des personnes humaines, qui forment chacune des substances distinctes. Mais la « Personne », en Dieu et en l’homme, ne désigne pas quelque chose d’univoque mais d’analogue. Le Fils de Dieu, le Verbe, est donc un avec le Père, « consubstantiel au Père », c’est-à-dire ayant une même et unique substance avec le Père. « Le Père et moi, nous sommes un », dit Jésus (Jn 10 30).

Pour maintenir fermement la Foi en l’Unité divine, l’Église a toujours refusé d’introduire des fêtes liturgiques en l’honneur du Père ou d’une seule Personne divine distincte des autres. Elle fête, au milieu de l’année liturgique, la Très Sainte Trinité, mais n’a pas institué de fête du Père, ni du Fils, ni du Saint-Esprit. Les fêtes de Notre-Seigneur ou de la Pentecôte commémorent les missions des Personnes du Fils ou de l’Esprit qui sont envoyées au monde pour le sauver, le sanctifier, sans fêter les Personnes pour elles-mêmes.

Trinité

Comment alors maintenir la distinction des Personnes ? Le Père, le Fils et l’Esprit Saint seraient-ils seulement trois aspects, trois modes, trois façons de considérer Dieu ? Non, une telle conception est celle de l’hérésie de Sabellius, le modalisme. Il faut maintenir la distinction réelle des Personnes. Il reste donc que les Personnes divines se distinguent par leurs relations : paternité, filiation, spiration et procession. La relation en effet implique une distinction réelle sans qu’il y ait opposition de contrariété ou de privation.

Ainsi, dans l’éternité même de Dieu, le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, le Père et le Fils prirent, dans un mutuel Amour, la Personne de l’Esprit Saint et celle-ci procède du Père et du Fils comme d’un unique Principe. Toute la nature, toute la substance divine est commune aux Trois Personnes, qui ne se distinguent que par ces relations mutuelles de processions.

III. Le Père

Le Père engendre le Fils

« Le Père est la première Personne de la Très Sainte Trinité parce qu’il ne procède pas d’une autre Personne, mais qu’il est le Principe des deux autres Personnes, c’est-à-dire du Fils et du Saint-Esprit » (Catéchisme de saint Pie X). Cette origine n’implique aucune inégalité entre les Personnes : « dans cette Trinité, il n’est aucun avant ou après, aucun plus grand ou plus petit, mais les Personnes sont toutes trois également éternelles et semblablement égales » (Symbole Quicumque).

Le Père engendre éternellement son Fils. Pour ne pas rabaisser cette génération au niveau charnel, nous devons nous élever à la conception la plus haute, la plus spirituelle, dont nous ayons l’expérience : celle de la pensée. Notre esprit conçoit un concept et l’exprime dans un verbe. C’est pourquoi le Fils, qui procède du Père par mode d’intelligence, est encore appelé proprement Verbe ou Logos. Ce Verbe, à la différence de nos verbes humains imparfaits, est absolument parfait, Il est l’Image parfaite du Père, qui exprime parfaitement toute la substance divine qui lui est communiquée par le Père.

Le Père et le Fils, se reposant l’un dans l’autre dans un Amour mutuel, prirent, comme un unique Principe, l’Esprit Saint, qui procède donc par mode d’amour, comme le Don mutuel du Père et du Fils.

Le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre

Les Personnes divines se distinguent entre elles, à l’intérieur de la vie intime de Dieu, par leurs processions mutuelles. Mais dans les œuvres qu’elles accomplissent ad extra, à l’extérieur, pour ainsi dire, de Dieu, dans la création, elles agissent toujours en commun, comme un seul Principe. Aussi les attributs qui conviennent à la divinité et les oeuvres qu’elle accomplit à l’égard des créatures appartiennent aussi bien à l’une des Personnes qu’aux deux autres. Le Père, comme le Fils et l’Esprit Saint, est incréé, immense, éternel, tout-puissant. « Tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit » (Symbole Quicumque). Le Fils et le Saint-Esprit créent en commun avec le Père.

Cependant on approprie à une Personne plutôt qu’aux autres, certains attributs ou certaines œuvres qui conviennent mieux à cette Personne en tant que telle. Ainsi « la toute-puissance est attribuée spécialement au Père, comme la Sagesse au Fils et la Bonté au Saint-Esprit, bien que les trois Personnes soient également puissantes, sages et bonnes » (Catéchisme de saint Pie X). Le Père étant Principe et origine dans la Trinité, il convient mieux de lui attribuer l’œuvre de la Création, où la Toute-Puissance divine se manifeste spécialement. Créer à partir de rien (ex nihilo) suppose en effet un Principe tout-puissant, où « s’origine » l’être même des choses créées.

IV. « Un pèlerinage vers la maison du Père »

Dieu est donc notre Père, en tant qu’il est notre Créateur, Principe et origine de notre être. Il est aussi le Père « provident » et bienveillant, qui veille sur ses enfants, les gouverne avec amour et tendresse, leur procurant tout ce dont ils ont besoin. Mais, infiniment au-delà de cette réalité naturelle, le Fils nous a révélé que son Père voulait nous associer comme fils adoptifs à son Fils bien-aimé.

Nous sommes donc appelés à nous unir profondément au Fils de Dieu et à tendre avec Lui et en Lui dans un grand élan de connaissance et d’amour vers le Père. « Toute la vie chrétienne est comme un grand pèlerinage vers la maison du Père » (encyclique Tertio millennio adveniente, n°49). Notre vie spirituelle doit donc s’assimiler de plus en plus à la vie du Christ, à sa prière (« Abba ! Père ! … non ce que je veux, mais ce que tu veux ! »), à son désir (« Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé… »). Et puisque nous sommes de « pauvres pécheurs », ce pèlerinage vers la maison du Père sera celui du fils prodigue, qui revient dans un esprit de conversion authentique vers le Père des miséricordes.

Marie, Notre-Dame, « la fille élue par le Père », est celle qui nous montre le chemin parfait de l’humilité et de l’obéissance : « Je suis la servante du Seigneur ». Elle nous indique « la Voie, la Vérité et la Vie », son Fils qui nous ramènera au Père : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2 5).

FRATERNITÉ SAINT~VINCENT~FERRIER