VIDÉOFORMATION NDC N°28: POURQUOI DIEU TOUT-PUISSANT S’EST-IL INCARNÉ DANS L’ÉTAT LE PLUS FAIBLE QU’EST UN NOUVEAU NÉ ?

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Entretien avec le Père Laurent-Marie, 
des Serviteurs de Jésus et Marie

Pourquoi Dieu Tout-Puissant s’est-il incarné dans l’état le plus faible qu’est un nouveau né ?

C’est en effet un des grands mystères de la foi. Dieu nous a créés pour nous faire partager sa propre vie, et ce partage a été rendu impossible par le péché originel, nos péchés personnels et leurs conséquences funestes. Aussi, Dieu a voulu assumer notre condition pour rétablir cette communion d’amour en nous pardonnant nos péchés et en nous élevant à la vie surnaturelle.

Comment se caractérise cette naissance de Notre-Seigneur?

Celui qui nait de la Vierge Marie est un homme véritable mais ce qui nous est révélé par le texte biblique lui-même, c’est qu’aucun homme n’est intervenu dans cette procréation. C’est la Vierge Marie qui donne au Verbe incarné sa nature humaine totale et complète. Cela s’est fait d’une manière qui nous est annoncée par l’ange Gabriel, c’est l’Esprit Saint qui est le protagoniste de la conception virginale du Christ.

Est-ce que la mère de Dieu, de Dieu fait homme, avait des qualités qui lui étaient propres pour accueillir le verbe incarné ?

Ce que nous contemplons, c’est que la naissance de Jésus, ou plutôt l’Incarnation du Verbe, commence les temps nouveaux. Et à ce titre-là, il fallait au Christ une mère parfaitement pure, parfaitement immaculée, c’est le grand dogme de l’Immaculée Conception par anticipation des mérites de la Rédemption. La Vierge Marie a été elle-même conçue sans péché c’est-à-dire qu’elle n’a pas contracté ce péché originel avec lequel tout homme naît, pour bien signifier cette nouveauté radicale et absolue de la Rédemption.

Pourquoi un Dieu si puissant s’est-Il abaissé à prendre en partie la nature de créature?

Dieu avait à sa disposition bien des moyens de nous sauver. Il a choisi ce moyen qui dépasse d’ailleurs toute imagination et toute conception humaine, qui est d’assumer Lui-même, une nature humaine. On peut y voir la preuve de Son amour et aussi le fait que nous devions participer à notre Salut. Sauver l’homme c’est une affaire qui dépasse infiniment le pouvoir de l’homme; il faut donc que Dieu Lui-même opère cette œuvre de salut mais il est de la dignité de l’homme de participer à son propre salut. Il y a donc eu une humanité, celle de Notre-Seigneur qui a parfaitement participé au salut du genre humain et voilà pourquoi nous disons que Jésus est un authentique médiateur. Il est médiateur parce qu’Il est parfaitement homme et parfaitement Dieu, Dieu qui se fait homme, Dieu qui dans le sein de la Vierge Marie, assume notre nature humaine. Les Pères de l’Eglise avaient une formule très belle pour signifier tout cela : « Par l’incarnation du Verbe, tout en restant ce qu’Il est de toute éternité, le Fils éternel de Dieu, dans le sein de la Vierge Marie, devient ce qu’Il n’était pas, c’est-à- dire le Fils de l’Homme, notre frère en humanité. »

Comment doit-on comprendre cette double nature à la fois Dieu, à la fois homme, dans le cas de la Rédemption qui est finalement déjà annoncée par l’Incarnation ?

L’Incarnation est rédemptrice en ce sens où Dieu s’est fait homme pour nous sauver. C’est d’ailleurs ce qu’exprime très bien Son Nom : « Jésus » en hébreu signifie « Dieu sauve ». Selon le prophète Isaïe, on L’appelle aussi « Emmanuel » : « Dieu avec nous ». Jésus-Christ c’est Dieu Lui-même qui se fait homme, qui est avec nous, pour nous sauver.

Il existe un certain nombre d’hérésies à propos de cette double nature, divine et humaine. Pouvez-nous parler par exemple de l’arianisme ?

L’arianisme est une hérésie qui est intervenue entre le III et le IV siècle de notre ère. C’est à travers des paroles humaines, des actes humains, une histoire humaine, que Dieu intervient. Les hérésies, très souvent, sont une erreur qui vient du fait que nous posons nous-mêmes des limites à la puissance de Dieu et à ce qui nous est révélé. Le problème d’Arius qui était moine, prêtre dans l’église d’Alexandrie, est parti d’une vérité évidente ; Dieu est unique, Dieu est le Tout-Autre, Il est Tout- Puissant ; Il ne peut avoir un fils. Donc Arius reconnaît l’autorité du Christ mais Lui refuse absolument le statut de Dieu. Comme le disait St Athanase d’Alexandrie, si le Christ n’est pas pleinement Dieu Il n’est pas, mon Sauveur, parce que c’est une œuvre trop grande pour être laissée aux mains des hommes. Ce fut le grand combat de l’Eglise qui a été reconnu, canonisé par le premier concile de Nicée, mais ce fut un combat qui durant plusieurs siècles allait occuper l’Eglise.

Est-ce que l’on peut dire aujourd’hui que les thèses de l’arianisme se perpétuent ?

Par exemple, toutes les vies de Jésus que vous trouvez à travers la littérature depuis très longtemps, depuis le XVIème siècle sont en fait toujours des réductions. Ces approches vous en apprendront beaucoup plus sur leurs auteurs que sur le Christ Lui-même. Il y a toujours cette tentation de réduire, le mystère de Dieu à ce que nous pouvons en comprendre. Certes, il y a l’arianisme qui va nier la divinité du Christ mais aussi d’autres hérésies qui vont nier la pleine humanité du Christ. Suivant les époques, il y a toujours cette tentation. L’orthodoxie, c’est toujours un sommet entre deux abîmes.


Bibliographie – Pour aller plus loin :

– « Récit de l’Annonciation » (Luc 1, 26-38)
– « L’enfance de Jésus » Joseph Ratzinger – Benoit XVI – Edition Flammarion – « La Foi Catholique » Gervais Dumeige – Editions de l’Orante