VIDÉOFORMATION NDC N°53: QUELQUES INTERVENTIONS DE NOTRE-DAME EN FRANCE,ET LA TRÈS BELLE HISTOIRE DE NOTRE-DAME DE LIESSE

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Entretien avec Anne Bernet, historienne

Les interventions de NotreDame en France – NotreDame de Liesse

Les apparitions de Notre‐Dame en France au XIXe siècle sont bien connues mais que s’est‐il passé avant ?


L’histoire des apparitions mariales en France débute avec l’apparition d’Anicium au Puy‐en‐Velay au IVe siècle. Ensuite, la France connaît une suite ininterrompue jusqu’au XVIIIe siècle de manifestations parfois extrêmement locales, parfois plus vastes, qui peuvent être liées à des faits très simples de la vie quotidienne :

  • ‐  Notre‐Dame du Bernet dans le Gers par exemple, pour permettre simplement à une mère désespérée de nourrir son enfant mourant,
  • ‐  le Saint Cordon, où la Vierge apparaît dans le ciel pour empêcher une armée ennemie d’atteindre la ville.
  • ‐  Cotignac en Provence, où la Vierge Marie apparait à un paysan, Jean de la Baume, afin de demander un sanctuaire qui lui soit dédié. Elle lui dit : « je veux un sanctuaire qui me soit consacré, va en parler aux responsables de la municipalité, au maire. » Il répond : « on ne me croira pas » et la Vierge rétorque : « mais si, on te croira ». Il doit revenir 3 fois : un chiffre presque obligé dans les apparitions Mariales (il faut insister pour obtenir ce que l’on veut) et effectivement le sanctuaire sera consacré. Toute la région autour de Cotignac fut totalement préservée du protestantisme alors que les guerres de religion allaient se déchaîner.
  • ‐  Au XVIIe siècle a lieu la longue suite des apparitions de Notre‐Dame du Laus à Benoîte Rencurel, petite bergère qui ne sait pas exactement qui est la dame qui lui dit : « donne‐moi l’un de tes moutons ». Benoîte dit : « ce ne sont pas les miens mais je vous les donnerai, je le prendrai sur ma paye. » Benoîte souffrira une bonne partie de son existence des attaques des jansénistes profondément opposés à la dévotion mariale qui leur apparaît comme déviance, comme une menace pour le christocentrisme.
  • ‐  En Bretagne à Querrien près de Saint‐Brieuc, la vierge apparaît à une petite fille sourde et muette. L’enfant rentre chez elle et elle parle. Et elle dit à son père complètement abasourdi : « Papa j’ai vu dans le champ une belle dame qui m’a demandé de lui donner un mouton. » « Mon enfant si cette dame t’a rendu la parole et l’ouïe, ce n’est pas un mouton que je lui donne mais tout le troupeau. »
  • ‐  Les apparitions de la Vierge continuent ainsi, presque à l’infini et tout cela va culminer en 1727 à Notre‐Dame de Lescure en Auvergne avant de se tarir. Là, la Vierge apparaît une fois de plus à un petit berger un peu simplet à qui elle demande de construire une chapelle en ce lieu en son honneur. « Tu diras à ton village de venir construire une chapelle. » Bien entendu le garçon se fait rebuter par les villageois. Désolé mais pas découragé, l’adolescent, décidé à obéir à la Vierge coûte que coûte, va lui‐même se mettre à ramasser des cailloux et essayer bine maladroitement de construire la chapelle tout seul. Les autres, pris de honte, vont l’aider et finalement sortira à Lescure une véritable basilique. Ensuite, pendant 80 ans qui correspondent exactement à la diffusion des idées des lumières, Notre‐Dame va se taire.
  • ‐  Le premier retour de Notre‐Dame en France date précisément du 15 août 1802, juste après la signature du concordat et le rétablissement du culte officiel. Cette apparition, sous le nom de Notre‐Dame des lumières, à Scey dans le Doubs, inaugure la série des apparitions du XIXe siècle. Notre‐Dame des lumières n’a pas la célébrité des grandes apparitions qui vont suivre entre 1830 et 1871, mais nous avons à ce moment‐là un renouveau marial qui va marquer toute l’histoire de France et d’Europe tout au long du XIXe siècle.

On parle aujourd’hui de la progression de l’islam, pouvezvous nous rappeler la très belle histoire de NotreDame de Liesse à l’origine de la conversion d’une princesse musulmane ?

L’histoire se déroule au milieu du XIIsiècle; trois frères d’une famille voisine de Laon partent ensemble pour la croisade. Ils se font tous les trois chevaliers de SaintGeorges, chevaliers hospitaliers et ils sont faits prisonniers dans une bataille contre les musulmans et enfermés dans une tour du Caire. Alors que d’ordinaire les Arabes décapitent leurs prisonniers, ces trois‐là, pour une raison inconnue, vont être épargnés.

On va tout essayer pour les amener à abjurer sans aucun résultat. Le sultan, très agacé de la résistance intellectuelle et spirituelle de ces trois hommes, va avoir l’idée de leur envoyer une de ses filles, Isménie, e et aussi une musulmane très pieuse et instruite, et d’une beauté remarquable. Il se dit ce que les oulémas n’ont pas réussi, sa fille, elle, l’obtiendra en retirant son voile. Les chevaliers tomberont à la renverse et croiront au prophète. Las, la beauté d’Isménie ne leur fait ni chaud ni froid mais, alors qu’elle essaye de les convaincre de la véracité de l’islam, ce sont eux qui lui parlent du christianisme, particulièrement de NotreDame. Isménie leur dit alors : « j’aimerais bien avoir une image de votre Dame Marie » et l’un des chevaliers, l’aîné, s’écrit : « donnezmoi des outils et un morceau de bois et je vous ferai une image de notre Dame Marie. » On lui fait porter un morceau de cèdre, une gouge, des ciseaux. Ses frères le regardent: « Tu as perdu l’esprit ? Que vastu faire avec ton bout de bois alors que tu n’as jamais touché ces outils ? » « Ne vous inquiétez pas, le ciel y pourvoira. Allons dormir. »

Le lendemain matin, le morceau de bois s’est transformé en une admirable statue de Notre‐ Dame, d’une telle beauté qu’ils s’écrient tous les trois : « nous l’appellerons NotreDame de Liesse car elle nous met joie au cœur. » Et lorsque la princesse revient chercher sa commande, ils lui remettent la statue dont la beauté la bouleverse. Le soir même, dans sa chambre, alors qu’elle contemple la statue de NotreDame de Liesse, la Vierge lui apparaît et lui dit : « je t‘ai entendu pleurer parce que tu ne peux pas être chrétienne, je te promets que tu le deviendras et que par toi des grâces immenses seront répandues sur la France, mais je te demande en retour de faire évader mes trois chevaliers. » La princesse en effet va organiser l’évasion des chevaliers hospitaliers qui vont partir avec elle et quittent le Caire. A la nuit tombante, ils se retrouvent au bord du Nil, poursuivis par les janissaires. Les chevaliers s’écrient : « nous sommes perdus, ils vont nous rattraper. » mais l’aîné dit : « mais non, mes frères, faisons confiance à Dieu. Allons dormir, le Seigneur bénit et comble son bienaimé qui dort ; Dieu soutiensnous ! »

Lorsqu’ils se réveillent, les trois chevaliers, la princesse et la statue de Notre‐Dame de liesse ne sont plus au bord du Nil mais sont en France, dans un champ au pied du château familial des chevaliers. C’est là que la statue sera déposée et à cet endroit sera construite la basilique Notre‐Dame de liesse. On voudra à plusieurs reprises la déplacer mais elle reviendra toujours à sa place. La princesse Isménie, baptisée sous le prénom de Marie, épousera le quatrième frère, celui qui n’était pas moine. Cette princesse égyptienne aura effectivement donné des grâces immenses à la France puisque le sanctuaire de Notre‐Dame de Liesse sera au Moyen Âge et jusqu’à la fin du XVIIe siècle l’un des très hauts lieux de dévotion français. C’était une étape obligatoire pour les reines et les princesses au retour du sacre à Reims.


Bibliographie ‐ Pour aller plus loin :

‐ « Notre Dame en France » ‐ Anne Bernet – Editions de Paris.
‐ « NotreDame de Liesse, Huit siècles de libération et de joie » Bruno Maes ‐ Editions de l’O.E.I.L