VIDÉOFORMATION NDC N°90: COMMENT DÉFINIR LA PRUDENCE?

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Entretien avec Maître Jacques Tremolet de Villers, avocat

Comment définir la prudence ?

Elle est très proche de la vertu de justice. La prudence est aussi une vertu, donc c’est une force.

La prudence est une disposition de l’esprit et du cœur qui consiste à mettre en œuvre tous les moyens qui sont adaptés à la fin que l’on poursuit.

C’est une vertu très pratique qui nécessite un examen très précis de la situation, ainsi qu’une disposition du cœur souvent passée sous silence. Un homme est qualifié de prudent parce qu’il a respecté un certain nombre de choses. Saint Louis conseille à son fils : « entoure-toi de prud’hommes ». La France d’ailleurs a conservé le conseil des prud’hommes qui est une sorte de conseil du juste. Ils ont l’expérience et en même temps sont capables de déterminer ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.

Parlant de politique Richelieu disait : « voir de très loin les orages qui peuvent s’accumuler pour les prévenir. »
Une autre définition de la prudence faisant cette référence à la notion de cœur est celle d’Henri IV : « la violente amour que je porte à mes sujets m’a fait toujours trouver pour eux tout agréable. »

Pourquoi la prudence est-elle la vertu la plus humaine et la plus noble des habitus ?

Parce qu’elle dépend complètement du lien entre intelligence et volonté, entre raison et volonté. Pour être prudent il faut voir, il faut savoir. Il faut voir les conditions, savoir ce qu’il faut faire, exercer sa raison. La prudence ce n’est pas de voir mais, ayant vu, de faire.

Pourquoi dit-on que la vertu de prudence est une vertu de gouvernement ?

C’est même la vertu essentielle du gouvernement, parce qu’elle est celle qui prévoit : « gouverner c’est prévoir ». Donc il faut voir loin.
Il faut lire le testament politique de Richelieu, modèle de l’État moderne et du chef politique. Richelieu invite le chef politique, par exemple, à : « rendre possible ce qui est nécessaire. »

La prudence politique c’est un art, et un art qui s’apprend.

Louis XIV a cette très belle formule quand il dit à son fils : « le métier de roi, mon fils, est noble et délicieux parce que c’est en un mot laisser agir la facilité du bon sens. » Il explique, qu’avant de laisser agir la facilité du bon sens il a assisté pendant 3 ou 4 ans, alors qu’il était mineur, à tous les conseils que dirigeait Mazarin aidant sa mère Anne d’Autriche. Et, silencieux, il n’avait pas le droit de parler et il écoutait tout le monde. Il sentait monter en lui ce qu’il considérait comme la solution et il la gardait pour lui parce qu’il n’avait pas le droit de le dire. Et quand elle sortait de la bouche de quelqu’un, il se rendait compte comment ça s’accordait. C’est ainsi, par ces exercices répétés pour ne pas laisser aller la passion, ni la rapidité, ni la crainte, que l’on sait mettre en œuvre tous les éléments et décider de ce qu’il faut faire.

Quel lien peut-on faire entre la prudence et la sagesse ?

A l’exemple du roi Salomon, la sagesse c’est de discerner ce que je dois soutenir, ce que je dois réformer. Il saura distinguer entre l’un et l’autre.

Saint Louis c’est le modèle de prudence par excellence. Saint Louis commence son testament à son fils : « Beau fils je t’enseigne d’abord à mettre ton cœur à aimer Dieu. » Si l’homme d’État met son cœur à aimer Dieu tout peut ensuite découler.
Saint Louis ne demande pas à son fils d’aimer Dieu, il lui demande de disposer son cœur en vue d’aimer Dieu. « Dispose ton cœur à aimer Dieu et ensuite entoure toi d’hommes sages, probes, prud’hommes, écoute leurs conseils et puis soutiens les bonnes coutumes, abats les mauvaises. »

Sur un plan pratique, quelles sont les 3 choses à faire pour exercer la vertu de prudence ?

  1. Connaître, savoir.
    Rassembler tous les éléments pour voir tous les moyens et solutions possibles.
  2. Discerner, juger de ce qu’il convient de faire.
  3. Passer à l’action, mettre en œuvre avec volonté.

Finalement en quoi consiste la prudence ? Ne pas prendre de risques ou doser avec discernement ?

La prudence ce n’est pas la crainte ou la crainte de Dieu, c’est autre chose. La crainte de Dieu c’est de craindre d’avoir une noble crainte d’offenser Dieu. C’est le commencement de la sagesse.
La plénitude de la sagesse c’est l’amour de Dieu, ce n’est pas la crainte.
La vraie prudence, on la voit dans l’histoire, est celle de nos rois qui ont été des prudents. Observez Henri II qui, au soir d’une grande défaite où il a perdu toute son armée, déclare : « maintenant il reste à avoir bonne mine et bon cœur ». C’est un peu comme « tout est perdu, fort honneur », c’est la vraie prudence.
La vraie prudence décide aussi d’avoir le cœur haut et bien placé.


Bibliographie – Pour aller plus loin :

– Catéchisme de l’Église Catholique – Éditions Mame/Plon
– « De la prudence » Marcel de Corte – Éditions DMM
– « L’art politique français » Jacques Trémolet de Villers – Club Culture-Lecture-Civilisation