VIDÉOFORMATION NDC N°91: COMMENT DÉFINIR LA VERTU DE FORCE?

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Entretien avec l’abbé Philippe Laguérie, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur

Comment définir la vertu de Force ?

La vertu de force est une vertu surnaturelle par laquelle on tient ses passions.
Les anciens ont toujours distingué deux sortes de passions :
– les passions au repos ou les passions faciles : la concupiscence, le manger, le boire, la chair. – les passions violentes : la colère, l’audace, la crainte.
Les passions sont bonnes mais il faut les tenir.

La vertu de force a pour rôle de tenir les passions violentes tandis que la vertu de tempérance a pour rôle de tenir les passions faciles ou au repos.
La vertu de force c’est la vertu qui modère les craintes. Quand on a un peu vécu, on sait très bien que les hommes ne sont pas mus par l’amour. Ils sont attirés par devant par l’amour, ils sont poussés par derrière par la crainte. Quelqu’un qui ne modère pas ses craintes, ses peurs, ses colères, ne peut être juste. Pour être juste il est absolument nécessaire de tenir à la fois les passions violentes par la vertu de la force et les passions au repos par la vertu de tempérance.

Est-ce que la vertu de force est à mettre en rapport avec la volonté ?

Souvent on dit très rapidement : la prudence est dans l’intelligence, la justice est dans la volonté et puis la force et la tempérance sont dans les passions. C’est absolument faux.
Pour retenir les passions, les 11 passions énumérées par Aristote, reprises par saint-Thomasil n’y a que la volonté qui peut le faire.

Donc la force et la tempérance sont des vertus de la volonté qui permettent de ne pas se laisser dominer par ses passions.

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Mettre en œuvre la vertu de force, cela consiste-t-il à attaquer ?

Sur cette question saint Thomas est absolument formel :
L’acte principal de la vertu de force c’est la patience, le fait de soutenir les épreuves – en latin le « sutinere », je soutiens, je supporte – et aussi de ne pas bouger dans les craintes.

Observons Notre Seigneur Jésus-Christ dans sa Passion Il supporte et c’est l’acte suprême de la vertu de Force. Certes Il a parfois des controverses avec les pharisiens, Il attaque mais c’est très rare. Dans la plupart des films modernes, policiers ou américains, la force est décrite comme consistant à attaquer, à détruire, à être plus fort que ses ennemis, c’est totalement faux. La force ce n’est pas cela, c’est de supporter, encaisser les coups, les peurs et les craintes. Toutefois dans des cas extrêmes, quand il faut se débarrasser d’un ennemi injuste, il faut attaquer.

Saint Thomas nous dit que l’acte ultime de la vertu de force c’est le martyre, parce qu’on est vraiment fort lorsqu’on subit le martyre tout en restant fidèle. La crainte la plus grande qu’un homme ait à supporter, c’est la mort. Dans la première période de l’Église, il y a eu de très nombreux martyrs. Saint Ignace d’Antioche martyrisé en 107 sous Trajan nous explique qu’il n’est pas encore chrétien parce qu’il n’est pas encore fort. Il n’a pas surmonté la mort et il ne sera vraiment un disciple du Christ que quand il aura été broyé sous les dents des lions.

En quoi le don de force du Saint-Esprit peut nous aider à acquérir cette vertu de force ?

Le don de force du Saint-Esprit surélève la vertu de force mais également la vertu de tempérance.
L’histoire chrétienne nous donne de magnifiques exemples. Citons-en deux :

  • Saint Laurent sur son grill, qu’on fait griller comme un bifteck, et qui au bout d’une demi-heuredemande à ce qu’on le retourne sur l’autre côté.
  • Saint Ignace d’Antioche demande à ses amis de Rome de ne surtout pas intervenir auprès del’empereur pour qu’il ne soit pas mis devant les bêtes, parce qu’il sera chrétien, vraiment fort, complètement réalisé, que quand il aura été broyé sous les dents des lions

.Il y a une mesure dans la vertu de force qui n’existe plus dans le don du Saint Esprit. Ce n’est plus nous qui agissons, c’est le Saint Esprit qui agit en nous, c’est la grande différence.

À quelle béatitude se rattache la vertu de force ?

Saint Thomas nous dit, à ceux qui ont faim et soif de la justice de Dieu :« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice parce qu’ils seront rassasiés. » (Sermon sur la montagne (Matthieu 5))

Les vertus de force et de tempérance sont faites pour la justice. Pour être juste il est nécessaire d’être fort et tempérant. Saint Joseph en est le meilleur modèle, il est dit un homme juste.
Sa justice fait qu’il est saint, il rend à chacun ce qu’il lui doit : à Dieu, à la Vierge Marie, à Jésus.


Bibliographie – Pour aller plus loin :

– « Sommaire théologique de saint Thomas d’Aquin» R.P. Raphaël Sineux – Éditions Pierre Téqui – « De la force » Marcel de Corte – Éditions DMM
– Catéchisme de l’Église Catholique – Éditions Mame/Plon