2026 

Chartres – Lundi de la Pentecôte Homélie de Mgr Raymond Leo Burke

« EN PARTANT EN PELERINAGE, VOUS AVEZ REDECOUVERT LA VERITE SELON LAQUELLE VOS JOURS SUR TERRE SONT UN PELERINAGE VERS VOTRE VERITABLE ET ETERNELLE DEMEURE AU CIEL, ET QUE LES LUTTES, LA FATIGUE ET LES SOUFFRANCES DE VOTRE PELERINAGE TERRESTRE SONT POUR LE BIEN ETERNEL »

Vos journées annuelles de pèlerinage ont atteint leur destination : l’autel du Sacrifice du Christ dans cette historique et magnifique Maison de Dieu dédiée au Christ, Dieu le Fils incarné, et à Sa Vierge Mère. En vous rendant en pèlerinage vers un lieu saint, dévotion des plus anciennes et des plus efficaces, vous avez quitté votre vie ordinaire pour rencontrer Notre Seigneur dans un lieu extraordinaire. Ce faisant, vous avez redécouvert le caractère extraordinaire de votre vie ordinaire, car vous vivez dans le Christ et, conformément à la promesse qu’Il a faite aux Apôtres au moment de Son Ascension à la droite du Père, vous avez reçu la grâce du Saint-Esprit pour être Ses « témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre ».[1] Le même don septiforme du Saint-Esprit qui est descendu sur les Apôtres dans le Cénacle a été répandu dans le cœur de quelque trois mille fidèles à la Pentecôte par le ministère des Apôtres.[2] Dans l’Épître d’aujourd’hui, nous avons entendu comment, par le ministère de saint Pierre, le Saint-Esprit est descendu sur les membres de la maison du païen Corneille à Césarée.[3] Par ce même ministère, exercé par les successeurs des apôtres, le même don du Saint-Esprit, depuis le jour de la Pentecôte et tout au long des siècles chrétiens, a été répandu dans le cœur d’innombrables fidèles, a été répandu dans vos cœurs, à partir du Cœur glorieux et transpercé de Jésus.

En partant en pèlerinage, vous avez redécouvert la vérité selon laquelle vos jours sur terre sont un pèlerinage vers votre véritable et éternelle demeure au Ciel, et que les luttes, la fatigue et les souffrances de votre pèlerinage terrestre sont pour le bien éternel.[4] Rappelons-nous chaque jour les paroles de Notre Seigneur à Nicodème dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »[5] Le pèlerinage apporte la grâce qui permet d’accueillir avec joie les épreuves de la vie quotidienne dans le Christ, en offrant « à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire  “le fruit de lèvres” qui célèbrent son nom ».[6]

En vous rendant en pèlerinage vers un lieu saint, vous avez cherché à coopérer plus pleinement et plus parfaitement avec la grâce de l’Esprit Saint qui habite votre âme, afin de remplir votre vocation missionnaire, votre appel à être des « collaborateurs » du Christ dans la vérité et l’amour divins, pour le salut de votre âme et de celle de vos frères et sœurs qui, comme vous, sont appelés à vivre dans le Christ par la profession de foi et la réception du don septuple de l’Esprit Saint dans le baptême et la confirmation.[7] À juste titre, votre pèlerinage a inclus la rencontre avec le Christ dans le sacrement de la pénitence pour le pardon de vos péchés et le renouvellement de la grâce baptismale du Saint-Esprit dans vos cœurs, et il s’achève maintenant par votre participation au sacrifice eucharistique de Notre-Seigneur, par lequel Il rend sacramentellement présent son sacrifice sur le Calvaire et son fruit incomparable : Son véritable Corps, Son Sang, Son Âme et Sa Divinité, le Pain du Ciel qui nourrit la vie de l’Esprit Saint en nous tout au long des jours de notre pèlerinage terrestre vers notre demeure éternelle au Ciel.

La Bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame, a attiré vos cœurs vers son Cœur Immaculé, qui ne fait qu’un avec le Très Saint Cœur de Jésus, son Divin Fils. Notre-Dame, Mère de Dieu et Mère de la Grâce divine, sait ce que nos cœurs désirent le plus. Elle sait ce dont nous avons le plus besoin. Surtout dans les moments de lassitude, de doute, de confusion et de tentation, elle nous attire à elle, comme elle l’a fait pour les serviteurs à Cana, et elle nous conduit vers son Fils divin, vers son Cœur, avec ce conseil maternel et ferme : « Faites tout ce qu’il vous dira. »[8] Elle est notre guide infaillible dans l’accomplissement de notre mission dans la partie de la vigne de Notre Seigneur qu’Il nous confie. Alors que, jour après jour, nous unissons nos cœurs à son Cœur Immaculé, elle nous conduit vers le Christ afin que, comme sainte Thérèse de Lisieux et tous les saints, nous soyons son amour dans l’Église, surtout dans la famille, première cellule de la vie de l’Église.[9] La dévotion du pèlerinage est particulièrement puissante en grâce pour la connaissance et l’acceptation de notre vocation, du plan de Dieu pour nous dès le moment de notre baptême, que ce soit dans le mariage et la famille, dans la vie consacrée ou dans le sacerdoce ordonné. Le caractère extraordinaire de votre vie ordinaire est marqué tout particulièrement par la sollicitude et la conduite maternelles de Notre-Dame.

Saint Joseph, véritable époux de la Vierge Marie et père virginal de Jésus, a protégé votre chemin de pèlerinage. Tout au long de notre pèlerinage terrestre, il protège le chemin par lequel Notre-Dame nous conduit vers son Fils, qui seul est notre salut. Il est le Protecteur de l’Église, le Gardien de la Sainte Tradition – Sainte Doctrine, Sainte Liturgie et Sainte Discipline – par laquelle la vie du Christ, la grâce du Saint-Esprit, nous est transmise sans faille, depuis l’époque apostolique jusqu’à nous aujourd’hui. Saint Joseph, dont le cœur est tout entier fidèle, généreux et pur, avec une sollicitude paternelle pour nous, en particulier pour notre sainte mort, garde en sécurité notre chemin en accomplissant tout ce que Notre Seigneur nous demande, avant tout en répondant à notre vocation, en servant Dieu le Père par la grâce du Saint-Esprit qui coule dans nos cœurs depuis le Cœur glorieux et transpercé de Jésus.

Saint Joseph, toujours fidèle, généreux et pur dans son amour virginal pour Notre-Dame et pour nous, protège notre chemin. Dans chaque épreuve et tribulation, et surtout au moment de notre mort, nous devrions tenir compte de l’instruction prophétique du Pharaon d’Égypte, lorsque le peuple mourait de famine. Il répondit au peuple angoissé : « Allez vers Joseph ; faites ce qu’il vous dira. »[10] Ses paroles font référence au patriarche Joseph, prototype de saint Joseph. Ainsi, dans sa sagesse, l’Église nous enseigne, dans notre angoisse, à nous tourner vers saint Joseph, véritable époux de la Vierge Marie et père virginal du Sauveur : « Allez vers Joseph » (« Ite ad Ioseph »).

La fidélité, la générosité et la pureté du cœur trouvent leur source dans le Très Saint Cœur de Jésus. Elles trouvent leur guide humain le plus parfait dans le Cœur Immaculé de Marie. Elles trouvent leur protecteur le plus parfait dans le Cœur très pur de saint Joseph. Le Cœur glorieux et transpercé de Jésus, le Cœur glorieux et Immaculé de Marie, et le Cœur très pur de saint Joseph sont unis dans une parfaite unité par leur participation à la vérité et à l’amour divins de la Très Sainte Trinité.

En rendant grâce à Dieu pour les multiples bénédictions accordées au cours de ces journées de pèlerinage, j’exprime, au nom de nous tous, ma sincère gratitude à Philippe Darantière, Président de l’association Notre-Dame de Chrétienté, à Étienne Touraille, Directeur des pèlerins, à l’abbé Jean de Massia, Aumônier général, et à tous ceux qui ont œuvré avec tant de constance et d’excellence pour rendre possible ce pèlerinage riche en grâces pour vous et pour les nombreuses âmes pour lesquelles vous avez prié pendant le pèlerinage. Je remercie du fond du cœur Son Excellence, Mgr. Philippe Christory, Évêque de Chartres, pour son accueil très chaleureux dans ce diocèse historique et vivant. Je suis personnellement très reconnaissant de l’invitation qui m’a été faite de célébrer aujourd’hui la messe pontificale solennelle.

Par le pèlerinage, nous renouvelons notre réponse à toute crise spirituelle personnelle que nous pourrions traverser, ainsi qu’à la crise spirituelle du monde et de l’Église. Nous ne cédons pas au découragement et au désespoir, mais, le cœur uni au Cœur Immaculé de Marie et sous la protection paternelle du Cœur très pur de saint Joseph –  reposant ainsi en toute sécurité dans le Sacré-Cœur de Jésus –, nous menons, selon les paroles de saint Paul, le bon combat, nous gardons le cap et nous conservons la foi,[11] confiants dans la promesse de la vie éternelle que Notre Seigneur réserve à “tous ceux qui ont aimé sa venue”.»[12]

Unissons maintenant nos cœurs, unis au Cœur Immaculé de Marie et sous la protection du Cœur très pur de Joseph, au Cœur glorieux et transpercé de Jésus, ouvert pour nous dans le Sacrifice eucharistique. Alors que Notre Seigneur nous nourrit de son Corps, de son Sang, de son Âme et de sa Divinité, retournons à notre vie ordinaire, profondément conscients de son caractère extraordinaire. Le Pain céleste, l’Hostie sacrée, nous soutient tout au long du pèlerinage de la vie et nous conduit à sa destination, notre demeure éternelle auprès de Dieu – Père, Fils et Saint-Esprit – lors des Noces de l’Agneau, en compagnie des anges et de la Vierge Mère de Dieu, avec saint Joseph et tous les saints. Heureux d’avoir fait ce pèlerinage en l’honneur de Notre Seigneur et de sa Vierge Mère, Notre-Dame de Chartres, prions chaque jour :

« Très Saint Cœur de Jésus, ayez pitié de nous. Cœur immaculé de Marie, guidez notre chemin. Cœur très pur de Joseph, protégez notre chemin. » 

[1] Actes 1, 8.

[2] Cf. Actes 2, 41.

[3] Cf. Actes 10, 44-48.

[4] Cf. Hébreux 13, 14.

[5] Jn 3, 16.

[6] Hébreux 13, 15.

[7] Cf. 3 Jn 8.

[8] Jn 2, 5.

[9] Cf. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte-Face, « Histoire d’une âme. Manuscrits autobiographiques (Lettre à Sœur Marie du Sacré-Cœur, Manuscrit « B », [2 r°], 8 septembre 1896) », Œuvres complètes (Textes et Dernières Paroles) (Paris : Les Éditions du Cerf et Desclée De Brouwer, 1992), p. 226.

[10] Gn 41, 55.

[11] Cf. 2 Tim 4, 7.

[12] 2 Tim 4, 8.