L’existence de Dieu au risque de la liberté et du mal…
Si Dieu existe, alors je ne suis pas libre, or je suis libre, donc…
Pour beaucoup, l’affirmation selon laquelle Dieu existe est contredite par le fait que nous sommes libres.
Si nous sommes libres, alors nos choix du futur ne sont écrits nulle part.
Or, si Dieu est Dieu, il connaît tout, même nos choix du futur.
Donc nous ne sommes pas vraiment libres ou Dieu n’existe pas.
Ici, l’objectant confond entre la nécessité que Dieu connaisse tout le futur y compris nos actions libres et la nécessité que nous posions ces actions en oubliant que la simple connaissance de Dieu n’a pas de pouvoir causal.
Ainsi, parmi ce que Dieu connaît, il y a des événements absolument nécessaires (en raison de la volonté divine), et des événements simplement permis par Dieu, qui auraient pu ne pas avoir lieu.
Autrement dit, la connaissance certaine que Dieu a du futur vient de son éternité et non pas de la nécessité supposée ou réelle des évènements qui le constituent. Dieu, étant éternel, c’est-à-dire hors du temps (n’ayant pas de possibilité de changement, puisqu’absolument parfait), il connaît d’ « un seul regard » tout ce qui est connaissable : les choses possibles comme les réelles du passé, du présent et du futur.Aussi, Dieu connait le futur comme nous connaissons les événements qui se déroulent devant nous.
Lorsque je vois Paul assis en train de jouer aux cartes, ma connaissance de sa position assise est absolument certaine sans pourtant que sa position soit nécessaire. Paul pourrait en changer et se lever, mais il n’en demeure pas moins qu’il est nécessaire que je le vois assis tant qu’il demeure (librement) assis.
Transposons la position de Paul à nos actions libres du futur connu par Dieu, il en est exactement de même : Dieu voit le futur en tant que les événements qui le constituent lui sont déjà présents sans pour autant être déterminés à l’avance. C’est parce que le futur se passera comme cela que Dieu le voit déjà, et non l’inverse !
Si j’accepte l’existence de Dieu, alors je dois renoncer à ma liberté…
Pour beaucoup d’autres, le dilemme entre l’existence de Dieu et l’exercice de ma liberté ne se situe pas dans l’ordre métaphysique mais dans l’ordre moral. Il consiste en ceci : si j’accepte de prendre en compte dans mon agir l’existence de Dieu, alors je dois accepter que sa volonté me concernant ne soit pas toujours en accord avec la mienne.
Faudrait-il donc choisir entre l’existence de Dieu et la possibilité de vivre librement ?
Certains préférant ne pas choisir sont déistes plus que théistes, ils veulent bien d’un dieu, mais d’un dieu impersonnel ou d’un dieu qui ne s’occupe pas d’eux, comme si Dieu pouvait vouloir maintenir dans l’existence des êtres sans en avoir de motif….
Si Dieu est Dieu, il est intelligent, or tout être intelligent agit en vue d’un but qu’il connaît et qu’il veut, donc Dieu a bien un plan pour chacun de nous et nous a donné un mode d’emploi pour que nous puissions parvenir à notre but. Notre but c’est le bonheur, le mode d’emploi qu’il a donné à chacun, se résume ainsi : « Fais le bien, évite le mal. »
Celui qui argue de la volonté d’agir librement pour se soustraire à ce mode d’emploi devrait se prouver qu’il est libre d’être libre ou de vouloir le mal pour le mal sans aucune volonté d’être heureux, ce qui est bien sûr impossible. En effet, celui qui prétendrait faire le mal pour le mal en tuant des innocents avant de se mutiler et de se suicider par exemple, sans aucun autre but que de s’affranchir de toute morale, identifierait son bien (à tort) à cet affranchissement et son bonheur à une totale autonomie morale.
Si, en revanche, nous acceptons l’évidence selon laquelle nous ne sommes pas libres d’être libres et que tout ce que nous faisons nous le faisons en raison d’un bien au moins apparent et pour notre bonheur, alors nous comprenons que Dieu ou plutôt sa volonté ne saurait contrarier notre désir infini de bonheur.
Quel être qui ne serait pas infini peut combler un désir infini d’aimer et d’être aimé ?
Or toute réalité créée est nécessairement limitée par sa nature, et par conséquent insatisfaisante.
Donc seul l’être incréé est illimité et peut combler ce désir.
Finalement la liberté humaine ou la capacité de l’homme à s’autodéterminer à vouloir telle ou telle chose pour être heureux confirme le fait que rien en ce monde ne peut le combler, d’où la possibilité de poser tel acte plutôt que tel autre.
On comprend alors que liberté n’est pas la possibilité que nous aurions de choisir entre le bien et le mal mais une qualité de la volonté nous permettant de choisir effectivement tel bien en conformité avec le plan de Dieu (naturel ou révélé), plutôt que tel autre pour parvenir au bonheur que nous désirons tous et qui se trouve exclusivement en Dieu, Souverain Bien ! De la même façon que nous avons des jambes pour marcher ou courir et non pour sauter du quatrième étage, de la même façon notre liberté est faite pour choisir entre tel ou tel bien (entre telle ou telle profession, tel ou tel lieu d’habitation) et non entre tel bien et tel mal.
La liberté n’est donc pas l’absence de toute contrainte mais elle s’exerce dans le choix effectif, conforme à la droite raison, de telle ou telle réalité, comme moyen de faire la volonté de Celui qui est le seul à pouvoir nous rendre totalement heureux.
Si Dieu existe, alors le mal ne devrait pas exister, donc…
La dernière objection la plus courante contre l’existence de Dieu résulte du constat de l’existence du mal physique, psychique ou moral en ce monde.
Si le mal existe, c’est que Dieu le permet.
Or un dieu qui permet le mal semble être soit mauvais pour ne pas vouloir l’empêcher, soit impuissant pour ne pas pouvoir l’empêcher.
Donc Dieu n’existe pas, car la malice ou l’impuissance sont contraires à toute nature divine.
La seule échappatoire à cette conclusion semble être la négation du mal, ce qui reviendrait à dire que les tremblements de terre ou que les meurtres sont des bonnes choses, ce qui est intenable.
Cela étant, le mal quel qu’il soit est toujours une privation, c’est-à-dire une absence de bien relative à la présence d’un bien supérieur. Autrement, le mal absolu, qui serait le néant, pourrait exister ; ce qui est contradictoire.
Le mal demeure donc paradoxalement le signe d’un bien qui domine et dont l’existence doit sa cause ultime en un être absolument nécessaire.
Si cette réfutation de l’athéisme fondée sur l’existence du mal demeure logiquement valable, l’objection de départ quant à l’apparente malice ou impuissance de Dieu demeure.
Si cette objection n’est pas résolue par ce qui précède, elle ne remet aucunement en cause la démonstration de l’existence de Dieu, au contraire !
Plus que cela, pour être concluante, l’objectant devrait prouver que la permission du mal que nous connaissons est contradictoire avec la toute-puissance et l’infinie bonté divine. Ce qui reviendrait à démontrer que Dieu ne peut pas avoir de raison de ne pas empêcher le mal que nous constatons et qu’il ne peut pas vouloir, en raison de sa bonté. Autrement dit, pour opposer à la toute-puissance ou à la bonté divine l’existence du mal permis, l’objectant devrait démontrer qu’il est impossible qu’il existe un bien supérieur à ce mal, quand bien même, Dieu seul pourrait le connaître.
On peut donc et on doit, en raison de sa nature d’être absolument nécessaire ou d’acte Pur, réaffirmer que Dieu est nécessairement la perfection même, Bonté et Puissance !
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