Que peut-on savoir de Dieu par la raison ?

logo-ndc-bleu-512px

Que peut-on savoir de Dieu par la raison ? 
(Les attributs divins…)

De l’évidence médiate de l’existence de Dieu à son identité

Après avoir démontré l’existence de Dieu, nous pouvons affirmer que celle-ci est évidente, bien que de manière indirecte. Autrement dit, remettre en cause l’existence de Dieu reviendrait à renier le principe de non-contradiction et à choisir l’absurde.
Nous avions établi cela en développant la troisième et la cinquième des voies, résumées par saint Thomas dans sa Somme théologique.
Si Dieu est l’être absolument nécessaire et la première intelligence, comme nous l’avions conclu de nos deux démonstrations, on peut, par les autres voies de saint Thomas, établir directement qu’il est aussi le premier moteur immobile, la cause première incausée et l’être souverainement parfait.
Finalement, ces cinq voies conduisent à la découverte d’un seul et même être : celui qui est Acte pur.

De la nécessité d’un Dieu unique, unique Acte pur

Un être absolument nécessaire est un être qui ne peut absolument pas être autrement qu’il n’est ; il ne peut donc absolument pas changer et n’a aucune capacité de devenir. C’est ce que l’on entend par le terme d’Acte pur.
De même, un être qui est la première intelligence ordonnatrice de tous les autres êtres est celui dont l’être est identique à son intelligence ; sinon, il devrait être lui-même ordonné, organisé par un autre. Ainsi, chez cet être, l’intelligence n’est pas une faculté, mais sa nature même. Il en découle que cet être a pour nature d’exister ; autrement dit, il n’a aucune possibilité d’être autre : c’est l’Acte pur.
Si Dieu est Dieu, il est nécessairement unique. Dire le contraire reviendrait à affirmer soit que l’un se différencierait de l’autre (ce qui impliquerait une hiérarchie), soit que les deux seraient absolument identiques sous tous les rapports, ce qui rendrait impossible leur distinction et donc leur multiplicité.
Il est donc aussi impossible qu’il y ait plusieurs dieux qu’il y ait plusieurs Actes purs.

L’Acte pur est nécessairement transcendant

Le propre de l’Acte pur est d’être immuable (de ne pouvoir absolument pas changer), ce qui implique nécessairement qu’il soit éternel, c’est-à-dire hors du temps (le temps impliquant le mouvement) et de l’espace, qui n’existe pas sans le temps. Il est donc transcendant.
Dieu, l’Acte pur, est donc nécessairement immatériel et, par conséquent, spirituel, nécessairement doué d’intelligence et de volonté libre pour produire les effets par lesquels nous avons établi son existence.
Il est immense (présent partout) par sa causalité nécessaire et universelle, ce qui le rend conservateur de tout ce qui existe : chaque réalité demeure pour autant que Dieu le veut.
Il est également présent partout par son intelligence, qui pense tout ce qu’il veut et donc tout ce qui existe, ce qui explique son omniscience.

De la découverte de l’Acte Pur à celle de ses perfections infinies

Il est donc légitime d’attribuer à cet être appelé Dieu les propriétés générales de l’être, mais en les élevant à leur perfection suprême, sans limitation, puisque s’il n’avait pas toutes les perfections, ou s’il ne les possédait qu’à un certain degré, il ne serait pas Acte pur : il pourrait être autre et ne serait alors pas absolument nécessaire.
Pour la même raison, Dieu est absolument simple, c’est-à-dire qu’en lui il n’y a aucune composition : sa nature s’identifie à son existence, son agir s’identifie à son être.
En Dieu se trouvent toutes les perfections qui n’impliquent pas d’imperfection (comme la compassion, qui implique de pouvoir souffrir) et qui sont convertibles avec l’être.
Ainsi, Dieu est l’infiniment Vrai (connaissable), l’infiniment Bon (désirable), l’absolument Un (indivisible).
Ajoutons qu’il est tout-puissant : il peut tout faire, sauf le contradictoire (comme un cercle carré), car l’agir suit l’être, et celui de Dieu est infini.
Enfin, il est absolument provident : il gouverne sa création, faisant toute chose intelligemment (c’est-à-dire en vue d’un but). Il dirige les êtres selon leur nature afin qu’ils atteignent leur fin ultime : manifester sa bonté.
Il est à remarquer que les attributs distingués ne le sont pas réellement en Dieu[1] , ce dernier étant absolument simple puisqu’Acte pur (et donc absolument nécessaire).
Il en est de même pour tous les autres attributs que l’on peut dire de Dieu : sagesse, amour, justice, miséricorde… Ils s’identifient à lui, de telle sorte qu’il est Sagesse, Amour, Justice, Miséricorde… infinies !

D’apparentes antinomies…

Mais si Dieu est Dieu et qu’il est nécessairement tout-puissant et infiniment bon, certains objectent l’existence du mal en ce monde pour rejeter Dieu… D’autres opposent la liberté humaine à l’omniscience divine : si Dieu connaît ce que je vais faire demain, alors je ne devrais pas être libre…
Nous répondrons à ces difficultés au prochain numéro !




——————————————————–

[1] Il s’agit donc d’une distinction de raison rendue nécessaire par le mode discursif de connaissance de l’homme.