Rencontre avec Clémentine, missionnaire avec les pèlerins d’Emmaus
Votre engagement s’est manifesté concrètement lors des pèlerinages de Chartres, qu’est-ce que la chapitre pèlerins d’Emmaus avec lequel vous avez pèleriné ?
J’ai rejoint les pèlerins d’Emmaüs lors du pèlerinage de Chartres 2022. Ce chapitre intergénérationnel va, par binômes, à la rencontre des personnes qui croisent la colonne.
Notre mission : déclencher une rencontre missionnaire en commençant par expliquer ce qu’est la colonne de pèlerins puis en questionnant la personne sur sa relation à Dieu : “Qui est Dieu pour vous ? Est-ce que vous avez déjà prié ?”. Nous cherchons à dialoguer avec la personne pour qu’elle puisse faire un petit pas de plus pour s’approcher du Bon Dieu et en annonçant la Bonne Nouvelle. Avec l’un, la conversation peut porter sur un plan rationnel avec des questions de foi ; avec d’autres, nous pouvons partager notre témoignage (qu’est ce qui fait que je suis croyant, comment Dieu a agi dans ma vie), d’autres encore sont touchés par le partage d’un verset de la Bible qui correspond précisément à ce qu’ils sont en train de vivre.
J’ai le souvenir d’échanges édifiants entre pèlerins, de beaucoup de joie et de fraternité et surtout de très belles rencontres missionnaires, notamment d’une famille musulmane de Saint Rémy les Chevreuse chez qui nous avions été invités à goûter alors qu’il pleuvait des torrents d’eau.
Quel a été votre plus beau souvenir missionnaire en tant que CDC ?
Portées par le chapitre des Pèlerins d’Emmaüs avec une amie, nous lançons un projet identique pour les JMJ, ce qui donne naissance à la création d’un nouveau chapitre à visée missionnaire au pèlerinage, Notre Dame de Fatima.
C’est dans ce cadre que nous rejoint Minh, l’année dernière. Issu d’une famille communiste il connait très peu les chrétiens, mais se mêle à nous avec entrain. Le dimanche soir à Gas, nous lui expliquons que nous allons adorer. Tout de suite il nous demande s’il faut se rhabiller “dignement” pour adorer, nous pose des questions sur le caractère sacré de cette adoration. Je l’aperçois ensuite à genoux à côté de l’un de ses amis, concentré, je ne peux pas affirmer qu’il priait mais c’était tout comme. Cette image m’a saisie.
Pouvez-vous nous parler d’une rencontre qui a vous a particulièrement marquée ?
Il y a 4 ans, je noue de premiers liens avec Thomas, camarade de classe. Ses parents ont reçu les sacrements mais lui n’est ni baptisé, ni catéchisé. Au gré des échanges, il se lie d’amitié avec plusieurs membres de notre groupe et nous rejoint de temps en temps à l’aumônerie. S’en suivent deux ans à échanger, débattre, à nous laisser questionner, bousculer par ses interrogations. Nous sommes désormais de bons amis, et vient le moment où l’un de nous, l’encourage à demander le baptême. Lorsque le moment devient opportun, Thomas commence une démarche de catéchuménat et prend peu à peu sa place dans la paroisse. Thomas a été baptisé à Pâques cette année, entouré par son parrain, le nouveau chef de Chapitre de Notre Dame de Fatima. C’est maintenant Thomas qui nous évangélise, qui nous rappelle qu’il faut creuser sa foi, être engagé dans nos paroisses et être missionnaire de l’amour de Dieu.
Son parcours m’a rappelé combien Dieu se sert de nous, nous sommes les ouvriers de sa moisson. Il nous faut accompagner nos proches qui se posent des questions et prier l’Esprit Saint pour leur proposer au bon moment, les bons lieux et les bonnes personnes pour qu’ils avancent dans leur cheminement. Comment expliquez-vous, à partir de votre expérience le regain de conversions dans l’Eglise aujourd’hui ?
Chaque histoire de conversion est différente.
J’ai l’impression que ce regain de conversions vient en partie du fait que les nouvelles générations sont en quête de paix etde vérité. Plusieurs personnes en recherche que j’ai croisées avaient des histoires marquées par la souffrance, par de grosses anxiétés,des blessures. Dieu est venu leur apporter Sa paix, sa Consolation, les relever. D’autres avaient des questions existentielles auxquelles notre monde ne donne pas de réponse, c’est par cette soif de vérité et par la raison qu’ils ont été amenés à s’approcher de l’Église. Tous ces catéchumènes sont un cadeau pour l’Eglise de France. Désormais, la mission revient à tous les chrétiens de chercher à accueillir ces chercheurs de Dieu et à les intégrer dans nos communautés.
Que diriez-vous à ceux qui ont peur de parler de leur foi ?
Souvent les cathos ont en tête qu’il faut “se cacher” pour être bien vu. Ce biais est propre à la mentalité française actuelle (contexte de déchristianisation) et hérite de l’histoire des deux générations qui nous précèdent.
Pourquoi avoir peur de voir répondre un “je ne sais pas, ça ne m’intéresse pas” alors que tellement de missionnaires dans l’histoire ont versé leur sang pour l’annonce de la foi, ça n’est pas si terrible ? Je répondrai également qu’il ne faut pas avoir
peur de ne pas être assez formé, de ne pas savoir quoi dire, nous ne le serons jamais assez. L’Esprit Saint souffle et en mission c’est en réalité Lui qui nous inspire. Par notre confirmation nous recevons les dons de l’Esprit Saint, c’est-à-dire tout ce qu’il faut pour annoncer Jésus. Cette annonce n’est pas optionnelle, cela fait partie de notre identité d’enfant de Dieu.
Nous ne sommes pas tous appelés à parler de Jésus à l’école, sur notre lieu de travail, sur les réseaux sociaux, dans la rue, il incombe simplement à chacun de trouver son ou ses lieux de mission en fonction de ses talents, capacités.
De quelle manière la prière complète-t-elle votre action ?
J’essaye de mettre la prière à l’origine, au cœur et à l’issue de toutes actions missionnaires. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai la certitude que sans ça, 70% de mes actions seraient vaines. Avant de prendre ma mission de chef de chapitre, sur les recommandations de la DIRPEL, j’avais feuilleté L’âme de tout apostolat de Dom Chautard. Je ne pourrais que recommander sa lecture à mon tour. Elle remet la prière à sa juste place dans la mission. « Nous pouvons maintenant déduire ce principe : la vie active doit procéder de la vie contemplative, la traduire et la continuer au dehors en s’en détachant le moins possible. ».
C'est dans l’oraison que Dieu convertit mon cœur, le travail pour qu’il devienne peu à peu à son image. Ces temps d’oraison modèlent l’humilité, nous appelant à croire fermement que c’est toujours Dieu qui agit, c’est Lui qui sauve, qui saisit le cœur des personnes. “Les hommes appelés à l’honneur de collaborer avec le Sauveur pour transmettre aux âmes cette Vie divine doivent donc se considérer comme de modestes canaux chargés de puiser à cette Source unique..”, L’âme de tout apostolat, Dom Chautard.
Au cours de la messe, de chapelets, de temps d’adoration, je dépose au pied du Seigneur les rencontres faites, les occasions missionnaires saisies ou ratées. La méditation des épisodes de la vie publique de Jésus et en particulier des miracles relatés par Saint Marc, m’exhorte comme Jésus, à aller à la rencontre de tous et en particulier de ceux qui ne connaissent pas le Bon Dieu pour leur partager des signes qui attestent de Sa présence dans nos vies.