Pèlerinage de Pentecôte
de Paris à Chartres

Agenda
Actualité

samedi 16 novembre 2019

Journée d'Amitié Chrétienne 2019 - Homélie de l'Abbé Alexis Garnier

https://pbs.twimg.com/media/EJfA6TvWsAI_ayg?format=jpg&name=small

 

O Dieu, 

Vous avez établi dans un ordre admirable le ministère, le service des anges et des hommes. 

Accordez-nous d'avoir pour protecteurs sur la terre 

ceux que vous avez pour compagnie et serviteurs dans le ciel.

 

Chers amis de Notre Dame de Chrétienté,

 

Jamais peut-être on n'a, de mémoire d'homme, atteint une telle confusion spirituelle et temporelle.

Alors, faut-il se lamenter de manière stérile et résignée ? Faut-il s'agiter de manière amère et desesperée ? Non. 

Mais d'abord, avant tout, s'arrêter. Se tourner vers celui qui est la source de la lumière jusque dans les ténèbres, de l'ordre jusque dans le chaos, de la paix jusque dans les troubles, de l'unité jusque dans les divisions.

Il faut un sursum corda de tout l'être, à la suite de l'intelligence soulevée par la foi.

Et pour cela, il faut se recueillir et se fixer sur une pensée juste et un grand désir. Car les mains d'abord jointes dans la prière sont ensuite plus fortes et habiles au service du bien.

 

Une pensée juste, un grand désir...

Voilà ce que fournit l'oraison en l'honneur des saints Anges. Ils seront nos protecteurs et compagnons de route au prochain pèlerinage. Mais ils sont là, déjà. Incessamment. L'échelle de Jacob reliant ciel et terre atteint jusqu'à nous, ici et maintenant. Elle relie continuellement 

l'Eglise de la terre et du ciel, 

l'autel d'ici-bas et celui de la liturgie céleste, 

notre Jerusalem spirituelle et temporelle d'ici 

avec l'éternelle Jerusalem, vision de paix bienheureuse. 

Au long de cette invisible échelle, les anges médiateurs ne cessent leur va et vient en bon ordre, avec leur rapidité spirituelle.

 

Miro ordine... Un ordre admirable, une disposition continue de sagesse divine confie le plus petit au plus grand, et le plus faible au plus fort. 

Ma civilisation, héritière de Dieu, a fait chacun responsable de tous les hommes, et tous les hommes responsable de chacun, constatait déjà avec gravité St Exupery.

 

Ainsi, le plus fort protège le plus faible, c'est un ordre de création, mais aussi de civilisation ; civilisation d'amour et de verité, bâtie par réflexe de contemplation et d'action, soutenue et maintenue par réflexe de résistance et de restauration. L'épée du chevalier, le salut du scout, la voix au cœur du politique, du chef, du père, redit sans cesse cela. Et l'ange protège la créature humaine dans ses chemins et luttes de la terre ; lutte pour la fidélité de l'Eglise et dans l'Eglise – lutte pour la tranquilité de l'ordre dans la cité temporelle, cet autre nom de la paix sociale vraie – lutte pour la vie d'union à Dieu dans l'âme, première enclave du Royaume de Dieu au-dedans de nous.

 

Mais le plus faible provoque aussi le plus fort à l'excellence. Le souci des simples, des plus pauvres spirituels a constamment guidé la sagesse de l'autorité de l'Eglise en son enseignement, son culte et son gouvernement. De même, le souci des membres les plus vulnerables de la Cité a guidé la main des politiques dignes de ce nom. Aux époques du moins où tout ceci n'était pas verbiage, slogan et discours manipulateur. 

Ôtez ce principe, il s 'ensuit une autorité vide, et assez près, assez vite, une tyrannie. 

Ôtez cet ordre édicté par la sagesse divine, ôtez le droit naturel et divin, il reste l'arbitraire d'un pseudo droit humain, instrument redoutable aux mains d'irresponsables.

Il est bon, il est juste alors d'y opposer l'attitude de prudence et de fermeté que rappelle l'Introït de ce jour ; aimer la justice, haïr l'iniquité.

 

Les anges serviteurs auprès de Dieu sont aussi nos chefs bienveillants et fidèles.

Témoins, voyants du Dieu Trinité, commencement et fin de toutes choses, ils ont ensuite égard à toute chose. Ils se préoccupent de nos destinées temporelles, de nos luttes de la terre, celles de l'Eglise, de la Chrétienté, de la civilisation ; en chaque patrie, en chaque famille, en chaque congrégation religieuse... En chaque portion de terre, d'école, d'entreprise, d'association au service du bien commun. 

Nous allons fêter le centenaire de canonisation de Ste Jehanne d'Arc, héroïne du bien commun en une époque troublée pour l'Eglise et la chrétienté. Il nous est bon, et même consolant de rappeler l'intérêt des voix du ciel aux appels légitimes de la terre. Il nous est doux d'entendre pour nous les exhortations de courage et de magnanimité de Saint Michel; 

«Va, fille au grand cœur, va !»

 

Et s'il m'est permis de conclure par une voix d'outre Manche, alors je dirais avec elle ceci; «Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté» (Winston Churchill). 

Oui les temps sont difficiles. Oui, le pessimisme, ce démon de l'à quoi bon est très fort en notre temps. Oui la confusion spirituelle et temporelle est poussée très loin. Et forte aussi la tentation de se lamenter de manière stérile et résignée, de s'agiter de manière amère et desesperée. 

Mais intacte est la présence tutelaire des bons anges, forte leur présence et leur intercession à nos côtés ; « Ceux qui vont combattre avec nous sont plus nombreux et forts que ceux qui sont contre nous ! »

 

Alors, voilà ce que nous demandons ici au pied de l'autel; la participation à cet ordre admirable, le service mutuel du plus fort et du plus faible, et l'engagement de chacun, à sa place, à son rang, dans les luttes pour le Bien commun. 

Nous demandons aussi ce que cela exige de cœur, de courage, de lucidité... ce supplément d'âme que donne le Saint Esprit, Père des pauvres et Force d'en Haut !

 

Saints Anges, protégez-nous dans les combats !

Les béatitudes - Sur nos routes d'exil - Père Calmel

https://sspx.org/sites/sspx/files/styles/colorbox-big/public/USA-District/ADS-Sidebar%20media/fr-roger-calmel-op-portrait460.jpg

On parle et on écrit beaucoup pour faire comprendre que l'Evangile doit faire sentir ses effets dans la part de la vie des hommes qui est tournée vers les choses de ce monde, comme l'économique et le politique. Mais pour manifester cette idée il n'est pas nécessaire de laisser entendre que l'Evangile concerne à égalité les choses de César et les choses de Dieu, la politique et la conversion du cœur ; il faut même suggérer ou plutôt déclarer explicitement le contraire. L'Evangile ne doit pas être soigneusement écarté des choses de César, c'est évident ; mais il est encore plus évident que l'Evangile qui se rapporte aussi aux choses de César ne se rapporte pas en premier aux choses de César. (...) La glorification du dernier jour n'est pas l'achèvement des choses de César, mais l'accomplissement des huit béatitudes. De même, si l'Evangile nous demande, lorsque du moins c'est notre vocation, d'aménager un monde dont les institutions soient justes c'est avant tout pour plaire à Dieu, par charité pour nos frères et dans l'espérance de l'éternité avec le Seigneur ; ce n'est pas dans l'espérance d'une sorte de Parousie terrestre ; je veux dire dans l'espérance de créer des techniques et de promouvoir des institutions qui seraient une approximation des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. (...) L'Espérance chrétienne concerne un ordre de choses radicalement nouveau par rapport aux progrès matériels et par rapport à la cité de César. L'Evangile s'oppose à la sécularisation de l'Espérance, comme il s'oppose à l'identification de l'Eglise et de César. (…) Pour être roi d’une cité, Jésus-Christ, en effet, demande d’abord la fidélité au droit naturel pris dans son ensemble et non pas seulement un hommage public aux ministres de sa religion et aux Sacrements de son Corps et de son Sang.

vendredi 15 novembre 2019

Un appel à la vie intérieure - Dom Gérard Calvet

https://www.barroux.org/images/stories/historique/dom_gerard/gerard_benediction_abbatiale.jpg

Conférence prononcée au Grand Séminaire de Montréal par Dom Gérard Calvet, o.s.b., de l'abbaye Sainte Madeleine du Barroux (11 mars 1999).

Pourquoi parler de la vie intérieure? Parce que, de plus en plus, nous nous apercevons que c'est la vie cachée, intérieure, qui ne se voit pas aux yeux des hommes, c'est elle qui opère le déclenchement des grands événements de ce monde.

Jésus-Christ a passé trente ans de vie cachée et personne ne savait qui il était, ce qu'il faisait. Pendant ce temps, il n'a pas prêché, il n'a pas missionné, il vivait en présence de son Père, il priait, il travaillait dans l'ombre de la face de Dieu. L'essentiel de notre vie, c'est d'être une braise sous la cendre; mais l'on sait que la braise, lorsqu'elle chauffe, est capable de faire un incendie.

Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus, la grande petite sainte est morte à vingt-quatre ans sans être sortie de son Carmel et elle a été décrétée " docteur de l'Église " et patronne des missions de l'Église universelle. Pourquoi ? Pour quelle raison les Papes ont-ils voulu cela, sinon précisément parce qu'elle a permis, par la force de sa profonde vie intérieure, faite de prière et d'intercession, d'être comme François Xavier mais d'une autre façon, la patronne des missions.

Une anecdote peut vous faire saisir quelque chose de son mystère. Parmi les moines de Montserrat, au temps de la guerre d'Espagne en 1936, les Rouges sont montés à l'assaut du monastère, ils ont enfermé les moines et il y en avait deux, chacun dans un cachot séparé et on leur portait leur pitance chaque jour. Les gardiens révélèrent plus tard un fait curieux : dans une cellule, le moine chantait, paraissait heureux, le visage ouvert; pourtant son sort semblait compromis pour toujours. Dans l'autre cellule, silence de mort, le moine non seulement ne chantait pas, mais paraissait profondément déprimé et contrarié. Or, ces deux moines bénédictins menaient depuis des années la même vie, selon la même règle, les mêmes travaux quotidiens, les mêmes observances, les mêmes prières. D'où vient que l'un faisait face à l'épreuve avec joie et que l'autre était accablé ?

Vous l'avez deviné. La vie intérieure, c'est quelque chose de tellement secret, de tellement profond qu'elle ne se découvre que dans des cas exceptionnels, quand l'heure de vérité a sonné. On touche là à quelque chose de beaucoup plus mystérieux qu'un simple élan d'enthousiasme au sens moderne du mot. Il y a une douce influence de la vertu de foi dans l'âme qui transforme la vie, qui donne une sérénité, une paix, un équilibre, une force d'âme, une piété douce et continue, un instinct surnaturel qui aperçoit la main de Dieu dans tous les événements. Il y a une sorte de réussite, de victoire de la foi qui ne se découvre que dans certaines occasions. Nous sommes tous appelés à cet épanouissement de l'âme.

La vie intérieure n'est pas un abri, ni un refuge. Elle est plutôt une rampe de lancement. Ce qui a déclenché la grande civilisation du Moyen Âge avec toutes ces oeuvres de charité extraordinaires, c'est la contemplation de quelques grands saints qui les ont inspirées comme saint Bernard, saint Thomas d'Aquin et autres. La vie secrète qui se nourrit de contemplation, de prière, a son rayonnement jusque dans l'action, jusque dans l'action apostolique et jusque dans l'action temporelle. De telles actions ne peuvent naître que dans les coeurs profondément épris de Dieu.

La vie intérieure est aussi le remède à l'affaissement de l'espérance. Quand on parle de l'espérance, on croit toujours que ce n'est que pour demain; par une espèce de vague optimisme, on pense que demain ça ira mieux. Non, ce n'est pas ça l'espérance. L'espérance a pour objet Dieu, la patrie céleste, l'union à Dieu, le bonheur éternel. Alors vous me direz : tout de même, vous n'allez pas me dire que sur terre il n'y a pas un petit peu d'espoir, Oui, mais dans la mesure où Dieu le permet pour soutenir notre regard vers Lui.

Depuis vingt siècles, les grands saints, les grands mystiques ne nous ont pas dit autre chose sinon qu'il y a une autre vie, un bien supérieur à tout ce que la vie terrestre peut nous proposer. Et ne croyez pas qu'il s'agit là simplement d'une spécialité pour " contemplatifs ". Non, les hommes qui ont été le plus plongés dans la vie du siècle, dans l'action, par exemple un saint Vincent de Paul, un saint Jean Bosco qui vivait en permanence au milieu des enfants pour les faire grandir en Dieu, tous ces saints très actifs étaient des géants de prière et ils puisaient leur générosité et leur force dans la vie contemplative, dans la vie intérieure.

Mère Teresa, un jour en entendant une personne lui dire : " Ah! Mère Teresa, c'est affreux, pourquoi tant de désordres dans le monde, et même dans l'Église? " Elle lui a répondu : " À cause de vous et à cause de moi ". Une grande petite sainte, Mère Teresa. Quand nous parlons de la vie intérieure, souvent les gens disent : Ah! C'est beau, c'est grand, mais comment y arriver ? Disons premièrement qu'il y a de grands obstacles à la vie intérieure. D'abord, il y a des gens superficiels, qui ne s'intéressent qu'à ce qui bouge, qu'à ce qui se voit, qu'à ce qui se mange, qu'à la télévision et qui, ensuite, nous demandent : comment est-ce que vous faites pour être tellement tranquilles, tellement serins, tellement heureux ? Blaise Pascal est un génie extraordinaire, en une phrase, on a l'impression qu'il a tout dit.

Exemple : " Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ". Cela ressemble à une boutade, mais c'est vrai. On bouge, on parle, on aime le bruit, on aime renouveler tout, et toujours faire du nouveau. Impossible de se stabiliser, de rester tranquille. Il faut savoir s'arrêter, faire une retraite de temps en temps. Et puis, il y a un autre obstacle qui est beaucoup plus profond encore; c'est l'amour-propre. Mais pas l'amour-propre au sens qu'a ce mot, lorsqu'une maîtresse d'école dit à un enfant : " Si vous aviez un peu d'amour-propre vous ne feriez pas tellement de taches sur votre cahier ". Elle a raison, l'amour-propre sur les lèvres de cette maîtresse, signifie le respect de soi-même, la dignité de soi. L'amour-propre désordonné de soi-même, c'est la recherche du confort, son bien, son argent, sa puissance, ses affections, on ne peut pas se donner à Jésus-Christ, on ne peut pas s'offrir, on ne peut pas imiter Jésus qui a dit : " Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et me suive! " Nous sommes tous invités, appelés à porter joyeusement la croix du Christ, chacun à sa mesure, chacun selon son état de vie et selon les dispositions de la Providence.

Dieu est là avec nous, un Dieu qui ne va pas nous tromper, qui va nous secourir tous les jours, qui va nous faire avancer, sur lequel nous pouvons donc nous reposer. C'est toute la spiritualité de la confiance, de l'abandon dans les mains de Dieu, dans l'amour divin. Sainte Marguerite Marie disait : " Le Coeur de Jésus est un trésor dont la confiance est la clé ". Seigneur Jésus, donnez-moi le chemin pour aller à vous, aidez-moi, secourez-moi, je désire entrer en Vous ". La vie intérieure est une vie éternelle commencée.

mardi 12 novembre 2019

Grave profanation en Charente-Maritime

https://www.catholiques17.fr/wp-content/uploads/2019/11/Communiqu%C3%A9-GC.jpg

Communiqué de Mgr Georges Colomb – 10 novembre 2019

L’église Saint-Etienne de Tonnay-Charente a été profanée dans la soirée du samedi 9 novembre 2019 avec la volonté délibérée de porter atteinte à l’intégrité des hosties consacrées et à la croix du Christ qui a été renversée. Le tabernacle a été fracturé, le saint sacrement a été profané (hosties dispersées sur le sol, la lunule contenant une hostie pour l’adoration a été dérobée).

Monseigneur Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, dénonce avec la plus grande vigueur la violence d’une telle agression, expression de la haine contre le Christ et son Eglise, manifestation de violence, de lâcheté et de bêtise.

Cette profanation abjecte est une blessure et une humiliation douloureuses pour l’ensemble des catholiques du diocèse.

Une messe de réparation sera célébrée le jeudi 14 novembre à 18 heures en l’église de Tonnay-Charente.

 

Source - Site du diocèse de la Rochelle

Lundi 11 novembre 2019

Sermon de l'abbé Laurent de l'église Saint-Roch

Magnifique sermon de l'abbé Laurent de l'église Saint-Roch que tout pèlerin de chrétienté devrait écouter et méditer. Il nous permet de mieux comprendre ce qu'est la Chrétienté, le règne social du Christ, au coeur de la vocation de notre pèlerinage.

 

Joseph Thouvenel : « Les dirigeants de la CFTC trahissent quand ils ignorent la doctrine sociale chrétienne »

https://www.famillechretienne.fr/var/fc/storage/images/media/images/articles/joseph-thouvenel2/24882102-3-fre-FR/joseph-thouvenel_article_large.jpg

 

Alors que la CFTC célèbre son centenaire à Marseille lors de son congrès confédéral, du 5 au 8 novembre, Joseph Thouvenel publie une histoire épique des combats de la CFTC. Il refuse que les sources du syndicalisme chrétien soient mises de côté.

100 ans après sa fondation, la CFTC revendique-t-elle toujours la doctrine sociale de l’Église de Léon XIII et tous ses développements ultérieurs ?

L’article premier des statuts de la CFTC est clair « la Confédération se réclame et s’inspire, dans son action, des principes de la morale chrétienne », de là découlent normalement nos réflexions et nos actions. D’où notre vigilance sur les conséquences des pratiques syndicales, comme la grève par exemple, celle-ci doit être le dernier recours à utiliser lorsque les autres moyens du dialogue social ont échoué, et après avoir mesuré si l’action et ses conséquences sont proportionnées aux objectifs, notamment concernant les usagers du service public, cela est dans notre ADN.

La formation est-elle au niveau pour mieux connaître cet ADN ?

Malheureusement cette formation « identitaire », socle de la connaissance des valeurs que nous devons porter, a été petit à petit réduite et a disparu au sein de certaines fédérations CFTC. Comment s’inspirer de ce que l’on ne connaît pas ? Comment s’appuyer sur ce que l’on ignore ? Aujourd’hui à tous les niveaux de la confédération, des responsables méconnaissent tout ou presque de la doctrine sociale chrétienne. J’ai tendance à considérer que c’est pire qu’une faute, c’est une trahison. Que cela soit par indifférence, mollesse d’esprit ou indolence intellectuelle c’est être infidèle à tous ceux qui se sont battu pour le syndicalisme chrétien que de ne point vivre et faire vivre « la morale sociale chrétienne » quand on exerce des responsabilités au sein de la CFTC.

Que retenez-vous des combats de la CFTC sur un siècle ?

De l’interdiction du travail des enfants, au repos dominical, en passant par la durée du travail, les retraites, ou les conventions collectives qui couvrent aujourd’hui 98% des salariés au-delà du code du travail. Que de belles choses, de nobles engagements, et de magnifiques réussites ! Je pourrai également citer la défense de l’enseignement libre ou plus récemment la reconnaissance par le MEDEF, qui jusqu’ici s’y refusait, de l’existence de pénibilités psychiques liés au travail. Notre histoire est faite d’engagement, de dévouement, de sacrifices pouvant aller jusqu’à donner sa vie comme sous l’occupation, elle est forte, elle est enthousiasmante, souvent admirable et malheureusement trop méconnue y compris en interne.

 

▶︎ À LIRE AUSSI 1er Mai : le syndicalisme en voie de disparition ?

 

A quoi peut servir la CFTC dans un univers syndical ou elle pèse seulement 10% ?

10%, c’est plus d’un demi-million de voix aux élections professionnelles, c’est 130 000 adhérents, c’est une implantation nationale et internationale.

10% ce n’est pas rien. C’est également des entreprises ou nous sommes majoritaires, des secteurs en forte progression comme le commerce, les services, la sécurité, les nouvelles technologies, l’agriculture et d’autres encore.

10% bien employés, c’est un formidable effet de levier, c’est souvent ce qui permet de former une majorité de signature ou non.

10% portant concrètement les valeurs sociales chrétiennes, c’est une clarté dans l’obscurité du matérialisme.

Mais si la CFTC abandonne son dernier C de chrétien pour être comme d’autres, se référant à un vague humanisme sans structure, sans profondeur, sans appel à la transcendance, nous n’avons aucune utilité dans le paysage social.C’est notre spécificité sociale chrétienne qui justifie notre existence, sans celle-ci, autant rejoindre plus gros, plutôt que d’encombrer le champ syndical pour des intérêts de personne.

Quel est le principal défi du syndicalisme chrétien dans la France du XXIsiècle ?

Comme tous les syndicats notre mode d’organisation, nos structures se justifiaient au XIXet au XXsiècle, plus aujourd’hui.

Les temps ont changé. La notion de subordination est de plus en plus floue, quand elle n’est pas vidée de sens. Combien de ces « indépendants » façon chauffeurs UBER ou autres prestataires de service sont-ils réellement indépendants ?

Comme les autres organisations syndicales, nous devons répondre à ces nouveaux enjeux.

Plus spécifiquement pour la CFTC le défi est simple. Être fidèle à nos valeurs ou disparaître.

Porteur des valeurs chrétiennes, nous sommes en capacité d’apporter des réponses aux défis de la numérisation, de la robotisation et des biotechnologies qui impacteront de plus en plus le monde du travail. La doctrine sociale chrétienne apporte des réponses sur ce qu’est l’Homme, il possède une conscience, il a le sens du bien et du mal, contrairement à la machine aussi sophistiquée soit-elle. L’approche matérialiste qui, structurellement, ne peut reconnaître le caractère sacré de chaque être humain n’a qu’une réponse, si c’est techniquement possible on peut le faire. Je veux un enfant, la technique le permet, le marché se met en place. Je prive volontairement cet enfant de père ou j’en fais un objet de commerce en exploitant la misère de femmes du bout du monde, c’est sans importance. Le marché est là pour répondre à cette demande et les syndicats, ONG et autres ligues de vertu sans repères, négocieront la longueur de la chaîne des nouveaux esclaves.

 

Source : Famille Chrétienne

mercredi 30 octobre 2019

Synode sur l’Amazonie - Réflexions sur la mission

https://www.france-catholique.fr/local/cache-vignettes/L901xH600/eglise_saint_antoine_de_padoue_de_sau_l__guyane_-b4b59.jpg?1572415309

 

Le synode sur l’Amazonie, qui vient de se terminer à Rome, a-t-il répondu à toutes les questions qu’il posait à ses participants ? Sans doute pas tout à fait, si l’on en croit le cardinal Christoph Schönborn, qui s’est notamment montré surpris de l’absence de réflexion sur l’essor des pentecôtistes dans cette région du monde : «  Les pentecôtistes annoncent le Christ directement, et nous, catholiques, avons parfois trop tendance à être timides dans l’annonce.  » Et l’archevêque de Vienne de citer certains propos entendus de la part de témoins directs : «  Nous nous sommes beaucoup engagés dans la défense des indigènes et sur les questions sociales, mais avons-nous continué, en même temps, à annoncer suffisamment le kérygme : Jésus mort et ressuscité pour nous ?  »

Déficit missionnaire

De fait, il n’est pas possible d’éluder la réalité massive d’une perte de substance du catholicisme d’Amérique latine, en faveur d’un évangélisme protestant. Sans doute souligne-t-on les faiblesses de ce courant, divisé en de multiples branches, avec la mobilité de fidèles qui parfois, au terme de leur parcours, retrouvent l’Église de leur baptême. Mais le déficit missionnaire catholique n’en est pas moins à examiner avec le plus grand soin.

N’est-il pas à mettre en relation avec l’échec d’une théologie de la libération où se sont investies beaucoup d’énergies sans communiquer un dynamisme analogue ? Cela ne signifie pas que la primauté du souci des plus pauvres ne doive pas être affirmée comme exigence évangélique. Mais l’annonce explicite du kérygme est la première mission que notre Église se doit d’assumer auprès des pauvres et ceux qui sont éloignés de la lumière de la Révélation.

Assumer l’universalité de l’Église

La querelle romaine qui s’est produite à propos du respect dû aux rites antiques liés aux cultures amazoniennes pourrait alimenter la polémique pentecôtiste contre le paganisme idolâtre des catholiques. Elle ne saurait être traitée à la légère. Car s’il est vrai, que, dans le passé, nos missionnaires se sont montrés intraitables avec les pratiques païennes, n’en fondant pas moins des chrétientés vivantes, il y a lieu pour l’Église d’assumer sa totale universalité.

Comme l’écrivait le Père de Lubac dans son étude célèbre sur Le fondement théologique des missions, l’Église se doit d’accueillir en son sein toute la diversité de l’effort déployé par l’humanité, dans la conviction que «  pour la mise en valeur de son propre trésor, toutes les races, tous les siècles, tous les foyers de culture ont à fournir leur part  ». Trouvera-t-on pour l’Amazonie l’équivalent de ce que l’Église africaine a réussi en fait d’intégration de la liturgie à sa diversité linguistique et sa sensibilité artistique ? On ne peut que le souhaiter.

 

Source - France Catholique

 

 

mardi 29 octobre 2019

« Communion refusée au candidat pro-avortement Biden. Une bonne chose. »

https://timedotcom.files.wordpress.com/2019/09/joe-biden-ukraine-fundraising.jpg

Voilà une bonne chose. Le prêtre de la paroisse de Florence en Caroline du Sud a refusé à juste titre la Sainte Communion à l'ancien vice-président Joe Biden, selon le can. 915. En vertu du canon 916, il n'aurait pas dû se présenter à la communion.

M. Biden a assisté aux premiers offices de l'église pendant son escale électorale au Pee Dee.

Le pasteur de l'église, le Révérend Robert E. Morey, a publié la déclaration suivante à ce sujet :

"Malheureusement, dimanche dernier, j'ai dû refuser la Sainte Communion à l'ancien vice-président Joe Biden. La Sainte Communion signifie que nous sommes unis à Dieu, aux uns et aux autres et à l'Église. Nos actions doivent en tenir compte. Toute personnalité publique qui prône l'avortement se place en dehors de l'enseignement de l'Église. En tant que prêtre, il est de ma responsabilité de servir les âmes confiées à mes soins, et je dois le faire même dans les situations les plus difficiles. Je garderai M. Biden dans mes prières."

L'équipe de campagne de M. Biden s'est refusée à tout commentaire, citant l'incident comme une affaire privée.

Source https://wdtprs.com/

Lundi 28 octobre 2019

Pèlerinage Summorum Pontificum 2019

https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/ehy2fljwsaa6udd-1050x600.jpg?x70498

Il n’y a pas que le synode sur l’Amazonie et ses Pachamama qui occupent Rome. Il y a le pèlerinage Summorum Pontificum, présidé cette année par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Samedi, à quelques centaines de mètres de la salle des débats synodaux, la longue procession des prêtres et fidèles du pèlerinage Summorum Pontificum pénétrait dans la Basilique Saint-Pierre.

https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/ehy5-ewueaezaft.jpg

https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/ehy2flawsaae5dv.jpg

Mgr Rey y célébra à l’autel de la Chaire, déclarant dans son homélie:

« Nous nous trouvons au pied de la chaire de St Pierre, expression symbolique de l’autorité exercée par l’évêque de Rome, successeur du premier des apôtres, qui est au service de la foi chrétienne, de son authenticité, de l’unité du peuple chrétien, de la charité de l’Eglise universelle. »

https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/ehy2flawsaae5dv.jpg


https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/sp-2019-rome-5-768x576.jpg

« D’où l’urgence d’une formation liturgique et mystagogique qui accompagne la redécouverte du sens et de la dignité de la liturgie, de l’ars celebrandi, qui donne aussi sa place à la célébration de la forme extraordinaire, pour qu’elle redevienne la source et le sommet de la vie de l’Eglise, pour que les fidèles puissent venir s’abreuver à ce courant d’eau vive et se laissent envahir par la “sobre ivresse de l’Esprit-Saint” »

https://www.lesalonbeige.fr/wp-content/uploads/2019/10/eh0kz5jwoaevwns.jpg

 

Source : Le Salon Beige

samedi 26 octobre 2019

Un fanatique de la GPA à la tête de la commission sénatoriale sur la bioéthique

https://www.senat.fr/fileadmin/phototheque/hemicycle/hemicycle-2017-300.jpg 

La commission spéciale chargée d’examiner au Sénat le projet de loi bioéthique sera présidée par le sénateur LR Alain Milon, favorable à l’extension de la PMA et même à la gestation pour autrui (GPA).

Le projet de loi bioéthique arrivera en janvier dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg, dominé par l’opposition de droite (celle qui se couche le plus souvent devant la gauche).

Ses rapporteurs sont Olivier Henno (centriste), Corinne Imbert (LR), Bernard Jomier (PS), et Muriel Jourda (LR).

Ses vice-présidents sont

  • Philippe Bas, président LR de la commission des Lois,
  • Jacques Bigot (PS),
  • Catherine Deroche (LR),
  • Gérard Longuet, président LR de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques,
  • Michelle Meunier (PS),
  • Élisabeth Doineau (centriste),
  • Michel Amiel (LREM),
  • Véronique Guillotin (RDSE à majorité radicale),
  • Laurence Cohen (CRCE à majorité radicale),
  • Daniel Chasseing (Indépendants).

Elle compte 37 membres au total.

 

Source : Le Salon Beige

vendredi 25 octobre 2019

Huitième édition du pèlerinage Summorum Pontificum à Rome

A l’occasion de la fête du Christ Roi commence aujourd’hui la huitième édition du pèlerinage Summorum Pontificum à Rome, sous la présidence de Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

 « Sa présence sera particulièrement appréciée des pèlerins venus de toutes les parties du monde, car il est un des rares évêques à appliquer intégralement le motu proprio de 2007. Je veux dire par là que bien des évêques acceptent certes volontiers la célébration de la messe traditionnelle dans leur diocèse, mais au titre d’une permission qu’ils accordent pour tel ou tel lieu, telle ou telle paroisse. C’est une bonne chose. Mais dans le diocèse de Fréjus-Toulon, conformément aux dispositions de Summorum Pontificum, les curés de paroisses ont toute latitude pour prendre eux-mêmes, librement, l’initiative de répondre aux demandes des fidèles ».

« En outre, la pratique conforme à l’esprit et à la lettre du motu proprio, qui est la sienne comme celle de quelques autres évêques dans le monde, doit être saluée et soutenue. La visée de Summorum Pontificum était de « banaliser » la messe d’avant le Concile, et cela doublement : d’une part, il la déclarait de soi légitime, au même titre que la messe de la réforme qui a suivi le Concile, puisque chaque prêtre de rite latin peut désormais personnellement la célébrer ; d’autre part, c’est au curé de paroisse qu’il a confié le soin de l’organisation publique de cette messe, lorsque des fidèles la demandent, au titre d’un exercice normal de sa charge pastorale. Cette normalité de l’usus antiquior est un jalon extrêmement important pour le redressement futur de la liturgie et de l’Eglise. Il est très important d’entourer les évêques qui, dans le monde, l’ont compris » expliquait l’Abbé Claude Barthe dans une interview donnée dans Religion le 30 Avril 2019.

Avant le pèlerinage une « Rencontre Summorum Pontificum » est organisée par Paix Liturgique et Una Voce, rencontre à laquelle participe également Notre-Dame de Chrétienté.

jeudi 24 octobre 2019

Dorothy Day ou la fidélité à l’Église

L’ouvrage de Terrence Wright Dorothy Day, Modèle d’amour et d’engagement chrétien, nous présente un visage neuf de Dorothy Day, cette catholique américaine en voie de béatification.

En mai 1971, Dorothy Day est une femme célèbre et influente aux États-Unis, elle est invitée à donner un discours au sujet des droits des femmes. La responsable de l’événement présente Dorothy avant son intervention et annonce que « Madame Day comprend le droit des femmes au libre choix, et que l’avortement est au cœur de l’émancipation des femmes ». La suite de l’histoire nous est contée par un témoin de l’époque : « Assise au premier rang, Dorothy s’est alors levée de sa chaise et, de toute sa stature osseuse, menaçante, a agité le doigt pour la réprimander avec colère sur la fausseté d’une telle croyance, afin de défendre la dignité des femmes et le droit de l’enfant à la vie. »
La confusion de l’organisatrice de l’événement est symptomatique d’une vision englobante du progrès social, qui d’une lutte pour un progrès ou un droit particulier en déduit l’idée générale de Progrès : sorte de « pack social » qui couvrirait toutes les revendications et les justifierait à l’aune d’un critère unique, celui de la liberté individuelle. Chez Dorothy Day, la réflexion est plus subtile : l’avortement n’est pas une affaire de progrès social, il est davantage le résultat d’une politique sociale visant à déresponsabiliser les êtres humains, à leur ôter toute conscience et en dernière instance à offrir la capacité à un être de déterminer la possibilité de vivre ou de mourir d’un autre être.
Cette pensée étonne plus d’un lecteur de Dorothy Day, et davantage le lecteur contemporain à qui l’on n’offre habituellement qu’un choix binaire : la tradition ou le progrès, le conservatisme ou le progressisme. Terrence Wright nous invite donc à entrer dans la complexité d’une pensée qui mêle élégamment le respect de la tradition doctrinale de l’Église et de ses saints avec une attention responsable aux pauvretés du monde présent

Le rapport au temps
C’est tout d’abord dans le rapport au temps que Dorothy Day nous guide : la pensée commune se plaît à catégoriser de manière binaire les penseurs, selon leur représentation du temps. Pour les uns, le présent ne serait que la prolongation d’un songe du passé, la reconstruction mythique d’un hier révolu et idéalisé, le présent s’appellerait nostalgie. Pour les autres, le présent ne serait que tension vers l’avenir, vers le lendemain naissant à peine et qui permettrait enfin de voir s’accroître les lumières du jour traversant les barreaux de la prison actuelle, et pour cela, ils souscrivent à toutes les nouveautés idéologiques qui sont considérées comme intrinsèquement bonnes parce que neuves.

 Et c’est ainsi que se définirait le schéma des luttes sociales. Dorothy Day, cependant, ne succombe pas à ces facilités systémiques, en choisissant de se fonder sur les lois naturelles. Grande lectrice de saint Thomas d’Aquin, Dorothy croit profondément que la conscience et la raison nous permettent de trouver, grâce à la lumière divine, des lois valables universellement et qui, par conséquent, ne peuvent varier selon les époques : ainsi est la loi d’amour du prochain, ainsi est l’impossibilité de choisir la vie ou la mort d’un être humain. Il ne s’agit plus alors de savoir si les revendications nouvelles sont bonnes parce qu’elles viennent abolir ce qui était dépassé, mais plutôt de juger ces nouvelles lois à l’aune des lois naturelles.

La Tradition serait alors l’ensemble de ces lois et de ces positions qui traversent le temps et que l’on respecterait, non en vertu d’un plaisir d’antiquaire pour les vieilleries, mais parce que ces doctrines ne souffrent pas de l’épreuve du temps, car elles sont aussi permanentes que l’humanité. Dorothy Day s’appuie donc sur cette Tradition chrétienne, lectrice des Pères de l’Église, des scolastiques, qu’elle découvre grâce à Peter Maurin, et lectrice aussi des encycliques des papes, surtout à partir de Léon XIII. Ainsi le chrétien, tout comme l’Église, se situe dans le temps, non pas en rêvant d’un ailleurs à venir ou déjà mort, il porte en lui l’amande de la Tradition qu’il ne tient qu’à lui de laisser germer, de nourrir par les découvertes qui lui sont contemporaines. Il n’est ni gyrovague, ni nomade, mais enraciné dans une histoire, une famille et un pays, dont il doit être responsable.
Or, cette responsabilité et cette sujétion aux lois naturelles lui permettent de désobéir à l’État lorsqu’il contrevient à Dieu, mais ne lui permettraient-elles pas aussi de désobéir à l’Église lorsqu’elle semble se fourvoyer ? « Je n’ai voulu défier l’Église sur aucune de ses positions doctrinales. J’essaie d’être fidèle à l’Église – à ses enseignements, ses idéaux. J’aime l’Église de tout mon cœur et de toute mon âme. […] L’Église est ma maison, et je ne voudrais pas être sans domicile », déclare Dorothy Day, et pourtant beaucoup la considèrent comme une dissidente privilégiant l’universalisme plutôt que la défense de la patrie, semblant créer une secte au sein même de l’Église catholique, une secte de pacifistes radicaux : moitié-hippies, moitié-trappistes.

Obéissance et fidélité à l’Église

Dorothy n’est dissidente qu’à l’égard des institutions étatiques, son rapport à l’Église est tout d’obéissance et de fidélité. Elle répétera qu’un mot de son évêque aurait suffi pour qu’elle cesse son activité journalistique. Et pourtant ses prises de position dérangent : elle proclame une neutralité absolue durant la guerre d’Espagne, elle préconise un pacifisme absolu durant la Seconde Guerre mondiale et, enfin, elle affirme que plus aucune guerre juste ne peut être possible, à cause de l’avancée technique et technologique de l’armement. Sans rappeler ses propos élogieux à l’égard de Fidel Castro …

Comment Dorothy a-t-elle pu unifier sa foi et son action sociale sans succomber à la tentation de vouloir changer l’Église ? L’exemple de l’obéissance des saints est primordial pour Dorothy et notamment saint François d’Assise. Ce saint dont la renommée ne cesse de grandir depuis l’élection de notre pape, Dorothy, pourtant, ne semble pas l’aimer pour les mêmes raisons que les nôtres. Terrence Wright affirme que Dorothy est influencée par l’encyclique du pape Pie XI, Rite Expiatis, qui célèbre le septième centenaire de la mort de saint François. Encyclique dans laquelle le pape déclare : « Lui, le héraut du grand Roi, il n’avait d’autre but que de communiquer aux hommes la sainteté évangélique et l’amour de la croix ; il se souciait fort peu d’en faire des amis des fleurs, des oiseaux, des agneaux, des poissons ou des lièvres. »


C’est ici même que se joue le nœud du progrès social et de la justice sociale : certains seront prêts à appauvrir une figure, une doctrine, en vertu d’un critère de liberté ou d’amour, afin d’établir de nouvelles lois. Expliquons-nous : la figure de saint François a été bien souvent appauvrie pour servir des intérêts écologiques détachés de toute spiritualité. Or, Dorothy Day nous invite à suivre un chemin diamétralement opposé : il faut fonder la justice sociale sur la radicalité évangélique, le physique dans la métaphysique, et les lois sociales sur les lois naturelles.
Pour revenir à l’exemple initial, celui de l’avortement, Dorothy Day pourrait, en vertu de l’amour et de la liberté individuelle, légitimer un tel acte, mais elle appauvrirait alors la notion d’amour et de liberté chrétienne. L’obéissance aux doctrines de l’Église, à ses dogmes permet donc d’éviter de sombrer dans de tels nids de vipères.

La justice sociale

Il faut donc apporter à la justice sociale une réponse chrétienne, et non apporter à l’Église des questions sociales. C’est pour cela que Dorothy écrit en 1960 : « L’Église représente tout pour moi. Elle est le Christ lui-même. Je sais bien qu’il ne peut m’être demandé de faire quelque chose contre ma propre conscience. » Elle connaît les faiblesses des hommes et des femmes qui constituent l’Église, mais elle croit en même temps à sa sainteté, à sa vocation de mère, d’éducatrice et d’épouse du Christ.
Et c’est à elle seule, servante de Dieu, qu’il appartient de conclure par ces mots : « Je déteste être utilisée comme un gourdin pour frapper sur la tête de l’Église et la hiérarchie. Je suis une catholique fidèle et, s’il plaît à Dieu, j’ai l’intention de le rester tout au long de mes jours. Je suis sans réserve lorsque je me dis réellement une catholique obéissante. […] J’ai du mal à faire comprendre ces idées aux libéraux. »

Baudouin de Guillebon – La Nef

 

mercredi 23 octobre 2019

Les pèlerins parisiens de Notre-Dame de Chrétienté ont toute leur place à St Roch

Monsieur l’abbé, les pèlerins de Chartres vous connaissent bien. Depuis la rentrée vous êtes vicaire à la paroisse Saint Roch, au cœur de Paris, pouvez-vous nous présenter cette paroisse et cette église ?

Abbé Iborra : Si l'église actuelle, construite au 17e siècle et achevée au 18e, reflète la sobriété, très classique, du baroque français, malgré les nombreuses œuvres picturales et plastiques qu’elle abrite, la paroisse est plus ancienne et elle est chargée d’histoire. Une chapelle s’élevait depuis le 13e siècle sur ce site, extérieur à la ville, et c’est là, devant la porte Saint-Honoré, que Jeanne d’Arc fut blessée lorsqu’elle chercha à prendre Paris.

L’église, très proche du palais des Tuileries et des couvents devenus clubs révolutionnaires (Feuillants, Jacobins, Cordeliers), fut mêlée de près aux troubles qui ensanglantèrent Paris lors de la Révolution : c’est sur ces marches par exemple que Bonaparte écrasa une insurrection royaliste en 1795.

La prospérité du quartier attira gens de lettres et artistes, avec la proximité du musée du Louvre, de la Comédie française et de l’Opéra. C’est pourquoi la paroisse reçut au début du 20e siècle la charge de l’aumônerie des artistes.

Aujourd’hui la paroisse ajoute aux vieilles familles d’un des quartiers les plus chics et les plus anciens de Paris les nombreux touristes qui, entre deux visites, viennent y prier. Depuis le mois de septembre elle accueille aussi la communauté de forme extraordinaire qui était jusqu’alors – historiquement parlant – en notre paroisse-mère, S. Germain l’Auxerrois.

Quelle place prend la « forme extraordinaire » à Saint Roch ? Comment s’organise la Messe de 9h30 ?

Abbé Iborra : La nécessité de trouver pour abriter les offices de la cathédrale une église proche de Notre-Dame, devenue impraticable depuis l'incendie qui l'a ruinée, a poussé l'archevêque à demander que S. Roch, toute proche, puisse accueillir les fidèles de la messe traditionnelle jusqu'alors célébrée à S. Germain. Nous avons conservé l'horaire, l'avançant d'un quart d'heure car il y a encore deux autres messes le matin à S. Roch.

La messe traditionnelle est célébrée dans le prolongement de la nef, en la magnifique chapelle baroque de l'Assomption qui peut accueillir environ 200 personnes. La schola de S. Germain l'Auxerrois en assure le chant tandis qu'une équipe d'étudiants s’occupe du service liturgique.

Notre Dame de Chrétienté compte de nombreux pèlerins parisiens, étudiants, professionnels, familles. Comment peuvent-ils mieux connaître la vie de votre nouvelle paroisse, et vous aider ? Avez-vous un message pour eux ?

Abbé Iborra : L’église est ouverte tous les jours de la semaine et deux messes au moins y sont célébrées chaque jour, en forme ordinaire. Je vais commencer, à la Toussaint, un cours d’histoire de l’Église, ouvert à tous. Il reprendra celui que je donne au séminaire de la Fraternité S. Pierre à Wigratzbad. Le curé et moi-même publions nos sermons sur le site paroissial (http://www.paroissesaintroch.fr).

La messe traditionnelle est célébrée tous les dimanches à 9h30. Ceux qui voudraient participer de plus près à notre communauté peuvent rejoindre le groupe des clercs ou la schola. Il y a également un groupe de scouts d’Europe. Des catéchumènes se préparent au baptême ou à la confirmation, sacrements qui leur seront conférés en la forme extraordinaire. Il est toujours possible de les rejoindre. Enfin, pour ceux qui voudraient aller plus loin, il est toujours possible de participer, avec les autres paroissiens, aux activités classiques d’une paroisse : catéchisme, service des pauvres, etc.

Les pèlerins de Notre-Dame de Chrétienté ont d’autant mieux leur place à S. Roch que notre saint patron, qui vécut au 14e siècle, fut lui-même pèlerin par vocation. Né à Montpellier, il se fit pèlerin, se rendit à Rome, contracta la peste sur le chemin du retour et périt, encore jeune, en Lombardie. Son corps repose aujourd’hui en l’église S. Rocco de Venise...

mardi 22 octobre 2019

Ce n’est pas l’Amazonie qui est en jeu: tout est en jeu

On commettrait une erreur fatale à penser que les promoteurs de l’actuel Synode des évêques ne se préoccupent vraiment que du bien-être des tribus indigènes des forêts amazoniennes. De toute évidence, Ils sont plutôt instrumentalisés au service d’un programme qui concerne l’Église universelle et qui plonge en grande partie ses racines dans le XIXe siècle.

Ce qui est en jeu ici, c’est la foi catholique, ni plus ni moins, la foi judéo-chrétienne pure et simple. Mais il faut d’abord se poser ici cette question décisive et fondamentale : « Qu’est-ce donc que la religion ?

On ne conteste guère que la « religion » constitue un élément essentiel de l’existence humaine. Cependant, la signification de cela n’est pas du tout claire – ou connue par le grand nombre. Il existe même des réponses contradictoires à cette question. Essentiellement, la question est de savoir si la religion est le résultat de tentatives de l’homme en vue de préserver et de gérer sa propre existence – c’est-à-dire, si elle est un produit humain et culturel – ou bien, si elle doit être comprise autrement.

Dans le premier cas, la religion trouve sa source dans la réflexion sur l’expérience des profondeurs existentielles de la personne, c’est-à-dire de sa finalité. Mais alors la religion n’est rien d’autre que la rencontre de l’homme avec lui-même. Il s’agirait alors aussi de la conséquence du culte de la raison tel qu’il a été promu par les Lumières. Apparaît dès lors – souvenons-nous de Rousseau – l’idéal du « bon sauvage », par opposition au penseur autonome européen éclairé. La religion en tant que rencontre avec soi-même propose une conception de la religion qui a en effet des conséquences considérables, dans la mesure où l’évolution de la vie d’une personne peut de soi entraîner des changements, voire des contradictions, quant à ces expériences "religieuses". C’est également ici qu’intervient la notion d’évolution, ce qui signifie que, parallèlement à la progression du développement humain, il se produit aussi un développement de la conscience (de soi) religieuse. Dès lors, les nouvelles idées changeantes peuvent alors dépasser et remplacer celles qui avaient été acquises précédemment. Ainsi, cela peut conduire à un pas en arrière – mais celui-ci sera considéré comme un progrès – un recul par rapport à la culture de l’Europe, comme dans le cas de l’Amazonie.

L’histoire de la religion judéo-chrétienne est en fort contraste avec cette conception de la religion comme autoréalisation de l’homme. Quand juifs et chrétiens parlent de la religion – avec ses formes d’expression propres quant à la doctrine, la morale et le culte – ils désignent la manière dont l’homme répond à une réalité extra ou supra-mondaine qui lui vient de l’extérieur. En langage clair, il s’agit de la réponse de l’homme à la révélation de l’auto-communication du Créateur à Sa créature, l’homme. C’est un véritable événement dialogique entre Dieu et l’homme.

Dieu parle – sous quelque forme que ce soit – et l’homme donne une réponse. C’est un dialogue. La conception religieuse du Modernisme, au contraire, revient à un monologue : l’homme reste seul avec lui-même. Cet événement dialogique a commencé par l’appel de Dieu à l’homme, comme en témoigne l’histoire du peuple d’Israël. Le discours de Dieu à son peuple élu s’est déroulé au cours d’une histoire mouvementée qui, à chaque étape, a conduit à un niveau supérieur. La Lettre aux Hébreux commence par ces mots : « Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé autrefois à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils. » L’Évangile de saint Jean appelle ce Fils le Verbe incarné du Dieu éternel. Il est et Il apporte la Révélation finale, qui peut être trouvée sous forme écrite dans les livres bibliques et dans la tradition orale authentique de la communauté des disciples choisis par Jésus-Christ, d’où l’Église est issue. Tout cela s’est produit une fois pour toutes et vaut universellement, qu’il s’agisse de l’espace ou du temps.

Mais cela signifie, en ce qui concerne notre problème concret du « Synode sur l’Amazonie », que les faits décrits ci-dessus excluent une conception de la religion soumise à des limites géographiques ou dans le temps. Mais cela signifie aussi qu’une Église amazonienne est impensable d’un point de vue théologique. C’est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique (et donc Romaine) à qui la transmission de l’Évangile et la transmission de la Grâce du Christ à tous les peuples de tous les temps ont été confiées, et à laquelle est promise la lumière et la puissance de l’Esprit Saint pour l’accomplissement de sa mission.

L’Église s’acquitte de cette mission – avec l’aide de l’Esprit Saint – en accomplissant son ministère magistériel et pastoral à travers l’histoire. Cela étant clairement posé d’emblée, il convient maintenant de relever un constat presque alarmant. L’Instrumentum Laboris du Synode ne contient – hormis cinq citations plutôt marginales – aucune référence aux Conciles et au Magistère pontifical. L’absence totale de Vatican II est particulièrement spectaculaire (à l’exception de deux références plutôt marginales). Le fait que des documents aussi importants et pertinents sur le plan thématique que le Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, Ad Gentes – sans même parler des Constitutions majeures sur la liturgie, la Révélation et l’Église – ne soient à aucun moment cités, est tout simplement incompréhensible. Il en va de même pour le Magistère post-conciliaire et les encycliques importantes.

Cette méconnaissance de la tradition doctrinale de l’Église – et le fait que, à sa place, on cite presque exclusivement le Synode latino-américain d’Aparecida de l’année 2007 – ne peut être comprise que comme une rupture spectaculaire avec l’histoire antérieure. De plus, la quasi absolutisation de cette assemblée d’Aparecida soulève aussi la question de la compréhension latino-américaine de la Communio ecclésiale au niveau universel.

Considérons enfin, au passage, une contradiction ouverte dans l’Instrumentum Laboris par rapport au Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, Ad Gentes. Ce décret stipule (n° 12) que l’Église ne veut en aucun cas (nullo modo !) s’immiscer dans la politique (c’est-à-dire la politique des pays de mission) et ne revendique donc aucune autorité matérielle. Il s’agit là d’une affirmation claire d’un document conciliaire qui, cependant, est diamétralement contredite par une grande partie de l’Instrumentum Laboris.

Bref, les auteurs de l’Instrumentum Laboris ignorent le Concile Vatican II et – comme mentionné plus haut – tous les documents du Magistère post-conciliaire qui interprètent le Concile. Mais cela constitue – comme cela a déjà été mentionné également – une rupture avec la tradition dogmatique. Et en fait aussi avec l’universalité de l’Église. Le fait que cette rupture soit, pour ainsi dire, mise en œuvre de manière « sournoise », c’est-à-dire de manière cachée et secrète, est d’autant plus inquiétant.

La méthode pratiquée ici, cependant, suit le modèle d’Amoris Laetitia-, où la tentative de faire disparaître la doctrine de l’Église se trouve dans la note 351, dont on a tant parlé.

En considérant ce qui a été dit, il est peut-être devenu évident que les différends au sujet du Synode de l’Amazonie ne concernent que très superficiellement la population indigène de l’Amazonie, qui est elle-même très peu nombreuse.

C’est plutôt cette question, effrayante, qui surgit : celle de savoir si les protagonistes de ce synode ne sont pas davantage préoccupés par la tentative secrète de remplacer la religion comme réponse de l’homme à l’appel de son Créateur par une religion naturelle panthéiste de l’homme, c’est-à-dire par une nouvelle variante du modernisme du début du XXe siècle. Il est difficile de ne pas penser aux textes eschatologiques du Nouveau Testament !

Il appartient maintenant aux évêques réunis du Synode sur l’Amazonie – et en dernière analyse au Pape François lui-même – de décider si une telle rupture avec la tradition constitutive de l’Église doit survenir malgré les conséquences inévitables et dramatiques.

Les remarques du Pape François sur le sort attendu de l’Instrumentum Laboris – peuvent-elles éveiller l’espoir ?

Par le Cardinal Walter Brandmüller

Tiré du Blog de Jeanne Smits, également traductrice du texte

Lundi 21 octobre 2019

Il faut « reconstruire les communautés solidaires »

Le colloque des 12 et 13 octobre «  Catholiques en action  » s’est interrogé sur la reconstruction de «  communautés de destin  ». Entretien avec Guillaume de Prémare, directeur général de l’association Ichtus.

Six mois après votre Appel pour un nouveau catholicisme social, vous concluez les travaux par un colloque : «  Catholiques en action  ». Dans quel but ?

Guillaume de Prémare : L’objectif est de proposer aux personnes de bien comprendre les questions sociales, de bien comprendre pourquoi elles sont liées aux questions dites «  sociétales  », puisqu’il s’est tenu une semaine après la marche anti-PMA. Pour comprendre que tout est lié, qu’il y a une globalité d’un problème de déconstruction : du lien social, anthropologique et culturel, qui crée une forme de dissociété. Il y a cette question des fractures françaises, analysées par Jérôme Fourquet dans L’Archipel français. Il y a les fractures culturelles, géographiques, sociologiques, anthropologiques, et familiales. Il y a des fractures aussi dans le monde du travail, avec la perte de sens du travail lui-même. Et on voit bien que dans tout ce contexte, il est de plus en plus difficile de faire une société, de faire une communauté, de faire un peuple. Donc il y a un travail très important à fournir pour reconstruire les communautés solidaires.

Les Gilets jaunes, La Manif pour tous… Croyez-vous à un réinvestissement des catholiques sur ces champs sociaux et politiques ?

Les catholiques doivent comprendre cette révolte de la France profonde, oubliée, laborieuse. Ce terrain d’action est extrêmement important aujourd’hui. Nous sommes affrontés à une marche du monde : si on parle de bioéthique, on va vers Le Meilleur des mondes d’Huxley, donc il faut y résister, et c’est la même logique de ce monde global, de cette mondialisation sauvage, techno-marchande, qui crée aussi les fracturations sociales. Il y a un lien entre tout cela, et il est important que les catholiques soient présents sur ces différents champs d’action.

Le sens du sacré peut-il encore parler à nos compatriotes, qui font face à des préoccupations matérielles, comme boucler une fin de mois difficile ?

La question spirituelle ne peut pas être évacuée. Il faut comprendre que les problèmes politiques auxquels nous sommes confrontés sont aussi spirituels, en ce sens où cette modernité, ce matérialisme triomphant, prive l’Homme d’une part essentielle de lui-même, de sa soif d’absolu, de sacré, de sa soif de Dieu. Il faut donc que cette action civique, politique, de terrain, soit aussi une occasion de témoigner de la présence de Dieu dans l’histoire des hommes. La France a besoin de Dieu, les gens ont besoin du Bon Dieu.

France Catholique

Dimanche 20 octobre 2019

Qu'avons-nous fait de notre dimanche ?

Certes, nous sommes souvent assez habiles pour reporter sur les autres ce qui nous accuse et, singulièrement, les trahisons de notre pratique religieuse. Or, comme saint Justin l'enseignait aux chrétiens du IIe siècle, le dimanche célèbre le Christ comme notre Dieu et, s'il est réellement notre Dieu, au moins une fois la semaine, il ne doit pas être seulement le premier servi, mais le seul servi.

Nous attendons de notre participation à la messe d'être uni à lui, de voir s'augmenter en nous la vie de sa grâce, d'éprouver l'affaiblissement de nos mauvais penchants et d'être assurés de la vie éternelle, mais, pour obtenir cela, encore faut-il qu'il soit réellement notre Dieu et que nous ne l'ayons pas défiguré à notre image égoïste.

Que venons-nous faire à la messe ? Nous servir ou le servir ? Obtenir notre salut ou œuvrer au salut du monde ? Ne nous a-t-il pas dit que celui qui cherche à sauver sa vie la perd mais que celui qui la perd au service de l'Evangile la sauve (Lc XVII 33) ? A tout le moins, notre dimanche, selon l'institution divine, est le temps privilégié de notre être chrétien, c'est-à-dire de notre qualité de fils de Dieu dans le Fils unique qui se perd lui-même pour sauver le monde. La Didascalie des apôtres, au IIIe siècle, dénonçait ceux qui diminuaient l'Eglise en n'allant pas à l'assemblée. Diminuer l'Eglise par notre absence dominicale revient à disperser plutôt qu'à amasser par le Christ, avec lui et en lui. Participer à la messe c'est réaliser l'œuvre suprême que nous proclamons dans la prière reçue du Sauveur et qui conclut la prière eucharistique (le Pater). Si, au jour du Seigneur, il s'agit de manifester que le Christ est notre Dieu et qu'en lui nous sommes et avons tout, le dimanche ne saurait se suffire de la seule messe, d'ailleurs, les commandements de l'Eglise, reprenant les termes mêmes des commandements du Sinaï, parlent, en outre, de sanctification du dimanche où nous nous attachons, dans la joie de la Résurrection, à ne faire que ce qui est agréable à Dieu et utile à l'édification de son règne, à l'exception de toute autre autre chose, étant entendu que secourir le prochain ne saurait être désagréable à celui qui guérissait le jour du sabbat (Jn VII 23).

Organiser son dimanche autrement que selon la volonté du Seigneur, revient à s'élever au-dessus des commandements divins et s'entendre poser la question que saint Michel archange crie au démon pour le pourfendre : QUI EST COMME DIEU ? Et cela vaut pour ceux qui travaillent à leurs propres intérêts comme pour ceux qui s'adonnent au péché : l'ivrogne vaut le servile. Enfin, il est bel et bien d'être dans l'assemblée comme le sarment est sur le cep, mais veillons à ne pas être de ces sarments secs et morts qui ne produisent pas de fruits car ceux-là sont coupés et jetés au feu (Jn XV 1-8). N'entrons pas dans le dimanche sans être en état de grâce, n'entrons pas dans le dimanche sans apporter à l'autel notre somme hebdomadaire d'observances, de prières, de bonnes œuvres et d'efforts. Alors, dimanche sera réellement le jour du Seigneur où, soucieux d'amasser l'or de notre obéissance, l'encens de notre vie spirituelle et la myrrhe de notre pénitence (Mt II 11), prosternés comme les mages devant notre Rédempteur, nous pourrons invoquer le ministère du saint archange Michel puisque, contrairement à nos premiers parents, nous ne voulons pas être comme Dieu que nous voulons voir, par nous, premier servi.

Abbé Christian-Philippe Chanut

samedi 19 octobre 2019

Quelles sont mes préoccupations premières ?

Se convertir vient de convertere, « se tourner vers ». Vers quoi, vers qui, suis- je tourné d'abord? Hélas, ne serait-ce pas surtout vers moi-même ? Quels sont donc les projets constants de ma préoccupation dès qu'au réveil, le matin, je reprends conscience de mon personnage ? Ne serais-je pas moi, moi seul, finalement l'unique motif de mon intérêt... ? Moi, c'est-à-dire mon plaisir d'aujourd'hui, mes soucis de ce jour, ma souffrance peut-être, et mon labeur quotidien... Tout cela cherché ou évité pour moi-même... sans référence aucune au contexte familial dans lequel ma journée va se déployer... sans souci du contexte sociologique qui va sous-tendre tout le jour mes diverses activités ? Ou bien, au contraire, suis-je amené, à mesure que ma vie s'écoule entre mes doigts, comme de l'eau qui ne revient pas, à la penser de plus en plus en fonction des autres qui vont providentiellement, tout le jour, peupler mon univers ? « Appartenir aux autres sans lassitude », et jusqu'au bout de mon existence... avouons que c'est tout un programme et aussi du très grand art !

Aussi, nul n'y parviendra, s'il ne commence et recommence à chacune de ses journées nouvelles à se tourner vers le SEUL en qui tout s'enracine, se fait et se refait sans cesse... vers le Dieu Eternel et Trinitaire qui par Jésus-Christ a voulu et veut toujours établir en chacun de nous, sa demeure. « Si quelqu'un m'aime, dit Jésus-Christ, mon Père l'aimera et nous viendrons en Lui et nous ferons en Lui notre demeure» (Jean 14-23). Ainsi, habités par l'Unique nous pourrons lui servir ensuite « d'humanité de surcroit », expression chère à Elisabeth de la Trinité, à travers laquelle II pourra sanctifier et restaurer, en Lui Seul, tous les membres de la communauté familiale et humaine qui sont, de nos jours, si gravement tentés de revenir aux sources empoisonnées... distraits - au sens pascalien du terme - de l'ESSENTIEL, ils se ruent, poussés par les médias que Satan dirige, sur les chemins faciles de l'orgueil, de la fausse « réussite », de la débauche, dans la folle poursuite de la complaisance en soi- même.

François REVEILHAC Missionnaire Apostolique

vendredi 18 octobre 2019

La prière, âme de tout apostolat

L'oeuvre du salut du monde n'est pas l'oeuvre d'un seul, c'est une coopérative de Rédemption ; chacun de nous est un morceau de chrétienté, un fragment du Corps Mystique et il a le devoir, c'est sa vocation même de membre du Christ, de jeter, dans la balance du rachat divin, le poids de son influence rédemptrice, sous une forme variable pour chacun, mais obligatoire pour tous.

 S’il n'est pas demandé à tous de s'en aller vers les contrées lointaines évangéliser les païens, il est demandé à tous au moins de s'intéresser au salut du corps entier de Jésus-Christ, et d'intercéder pour que ce corps parvienne, à l'heure voulue, à la plénitude de l'âge parfait.

Cela, personne ne peut dire qu'il ne peut pas le faire, qu'il n'en possède pas la force, ou que, se désintéressant du Vivant sublime dont il fait partie, il n'a nullement cure de ceux qui sont ou pourraient et devraient être ses membres. Personne n'a le droit de s'enfermer dans un "splendide isolement", une sorte "d'égoïsme sacré". En politique, on prouve que c'est une erreur. Ici, c'est un crime. Le dernier d'entre nous peut et doit être un collaborateur de la tâche commune le salut du monde.

"J'ai des désirs trop grands ; je voudrais régénérer le monde. Mon Dieu, du matin au soir et du soir au matin, c'est Vous que je cherche, veux et aime, pour toutes les âmes de la terre, de tous les siècles "

"Je n'ai pas une lumière, je ne reçois pas une grâce que je ne veuille la partager avec le monde entier"

"Il faut qu'une partie de la France vive à genoux pour remettre un jour la France entière debout "

" Aucun de nos actes n'est indiffèrent à l'humanité entière »

Mère Marie-Madeleine Ponnet