Appel de Chartres

mardi 16 mai 2017

Appel de Chartres n°210


Non confundar!


abbe-garnier.jpgChers amis pèlerins,

Lorsque la France tremblait devant l'invasion prussienne, et que s'effondrait le régime de Napoléon III, des âmes inquiètes venaient interroger la petite Bernadette, cherchant auprès de la «saintoune» une lumière au milieu de l'obscurité. Elle leur répondait paisiblement ; « Il ne faut pas trop s'arrêter à la main des hommes».

Notre temps est celui des espoirs déçus. Et donc celui de l'Espérance relevée.
Paradoxe ? Jolie formule ? Non. C'est le prolongement dans la vie de l'Eglise et de nos âmes du Mystère de Jésus. Mais cette profondeur du mystère de bonté et d'iniquité nous étonne, nous déconcerte, nous effraie.
Au bout des attentes messianiques, des enthousiasmes, des tentatives de couronnement terrestre, il y eut le retournement des foules, la couronne d'épines et la condamnation à mort.
Au bout des enthousiasmes, des protestations de fidélité, il y eut les lâchetés et les abandons.
Au bout des rayons de transfiguration, il y eut l'heure de la Puissance des ténèbres, l'obscurité dans l'âme de Jésus et dans les cieux à la sixième heure. Après le Thabor, il y eut Gethsemani et le Golgotha.
« Ce que nous prenons pour la fin n'est que le commencement (1) ». Etait-ce la fin ? Non.
Et l'âme de Jésus en croix, plongée en déréliction, chantait déjà en sa partie haute le salut accompli, l'Esperance affermie. Le prélude de la résurrection.

Quelle est donc la vraie hauteur de l'Espérance ?
L'espérance porte sur un bien, et sur le secours qui permet de l'obtenir. Le principal de l’espérance est la béatitude, Bien ultime, et la toute-puissance divine, la miséricorde divine secourable. L'Espérance est permise, ensuite, du côté des homme ou des créatures, des événements, des œuvres, des institutions. Parce que tout cela nous aide à rechercher les biens ordonnés à la béatitude (2).
Donc la hauteur définitive de l’espérance est celle de Dieu. « In Te Domine speravi ».

Amis pèlerins, à quelle hauteur d'espérance vivons-nous ?
C'est la question de Jésus aux Apôtres abattus, aux lendemains de résurrection. C'est la question que nous posent les douloureux événements qui secouent la vie de l'Eglise, de nos pays, de nos familles, de nos communautés. Est-ce que notre espérance n'est pas à ce point tournée vers des biens temporels, des succès terrestres, que nous la voyons ensuite affaissée, effondrée avec l'échec ou la déconvenue à vue humaine ? Alors « l'espoir vaincu pleure (3) »... Et peut-être méritons-nous le sage conseil de la petite bigourdane ; « Il ne faut pas trop s'arrêter à la main des hommes ».

Avec Notre Dame, à bonne hauteur d'espérance.
L'Espérance plantée en nos âmes et relevée...
C'est la grâce de Notre Dame !
C'est celle du pèlerinage !
C'est celle du temps pascal !
Etre affermis dans cette Espérance qui ne déçoit pas. « Spes non confundit (4) »

« In te Domine, speravi, non confundar in aeternum (5) »
L'Esperance est une toute petite fille, souriante et paisible, qui nous attend.
Elle nous attend !
… Au bout de nos attentes et de nos espoirs humains
… au bout de nos déceptions et de nos abattements d'âme.
Alors, chers amis pèlerins, soyez plus que jamais des porteurs, des éveilleurs de cette Espérance qui ne déçoit pas. Et pour cela, venez prier, marcher (pour ceux qui le peuvent), servir, offrir, aimer durant ces 3 jours de Pentecôte prochaine. Venez tremper vos âmes dans ce flot d'espérance vraie qui coule du Coeur ouvert du Seigneur, passant par les mains et le Coeur immaculé de Marie. Et vous serez plus forts pour les défis et les luttes de ce temps... Plus fort pour vous engager au service de l'Eglise, du pays, de la famille, de l'école, du scoutisme, … et de tant d'autres œuvres de résistance.

Dans cette attente, je vous assure de ma prière à toutes vos intentions.
« In Te Domine... En Vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance, je ne serai pas déçu pour l'éternité » !

Abbé Alexis Garnier,
Aumônier Général de Notre-Dame de Chrétienté.


___
(1) Victor HUGO, Les Contemplations - A Villequier.
(2) Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, qu 17, a 4.
(3) Charles BAUDELAIRE, Spleen, LXXVIII.
(4) Romains, V, 5.
(5) Psaume 70, 1 (Vulgate).

vendredi 14 avril 2017

Appel de Chartres n°209


Message privé aux pèlerins français…


herve-rolland2012.jpgChers pèlerins (et candidats-pèlerins) français, permettez-moi de vous adresser un message direct !

Comme nous sommes dans la joie de Pâques, dans l’immensité de la Résurrection de Notre Seigneur, il m’est facile de vous proposer un programme simple : prolonger cette joie, et l’accompagner de l’envie et de la fierté. Pourquoi ces trois priorités ? Parce que ce sont celles qui nous manquent le plus en ce moment.

La joie tout d’abord,
afin que nous, Français, puissions lutter contre notre penchant favori : râler… Les Français ne font presque plus que cela ! Bien entendu, les motifs pour se plaindre sont nombreux et ces derniers mois ont vu se multiplier les mauvaises nouvelles, jusqu’à l’horreur d’un prêtre assassiné à l’autel. On peut aussi évoquer les attaques continuelles contre la Vie, la Famille, l’école, l’autorité, dénoncer la paralysie de certains responsables politiques, détailler les difficultés économiques, bref, on peut multiplier les raisons d’être inquiet.

Pourquoi râle-t-on ? Parce qu’on a peur, tout simplement. Voilà pourquoi on trouve si facilement des ‘camarades de râlerie’, grande spécialité française. Avec eux, on partage ses frustrations et on essaie de vider sa peur. Râler nous met en sécurité, surtout râler à plusieurs. Arrêter de râler, c’est changer d’état d’esprit, c’est reprendre sa vie en main. Oui, le monde est anxiogène, mais a-t-il vraiment existé un âge d’or où ‘c’était mieux avant ?’. Nos frères chrétiens durement persécutés aujourd’hui dans tant de pays (on parle de 215 millions d’entre eux !) ne subissent-ils pas un sort bien plus grave que le nôtre ?

Cette attitude de peureux et de geignards ne convient à des chrétiens : Jean-Paul II a été clair. Lui qui affronta directement la tyrannie, en fit son premier message de Pape élu: ‘N’ayez pas peur’.

Retrouvons l’envie.
L’envie de dire au monde, à nos contemporains qu’il y a aussi une Bonne Nouvelle, que Dieu nous attend dans l’éternité, qui commence aujourd’hui. Que sa Mère, la Sainte Vierge, tant de fois apparue sur notre terre de France, nous regarde et parle pour nous à son Fils. Elle qui de son ‘Fiat’ librement donné, a changé l’histoire de l’humanité. C’est elle, la Mère de Dieu, que nous prierons sur les routes de Chartres en juin.
Si nous n’annonçons pas l’Evangile, avec joie, si nous n’en avons pas envie, qui le fera ?

Nous avons envie que les choses changent ? Alors, ayons envie de partager le bonheur d’être catholiques. Pour cela, mobilisons-nous, préparons notre pèlerinage, invitons-y nos amis, des camarades d’école, d’université, de travail. Dites-leur « Venez et voyez ».

Enfin, la fierté.
On nous observe, on nous regarde passer sur les routes. Lisez les témoignages de Français convertis à l’Islam : pour la plupart d’entre eux, c’est la fierté affichée par les Musulmans qui a été déterminante. Et nous, qui portons l’amour du Christ, Dieu fait homme, celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie, montrons-nous une telle fierté ?

Français, notre patrie est ‘fille aînée de l’Eglise’, elle lui a donné tant de saints. Notre fierté, partageons-la ! A chaque Pentecôte, nous déployons nos étendards, nos croix, nos bannières, nous prions et nous chantons : parce que nous sommes heureux et fiers d’appartenir au Christ et à son Eglise, et de l’annoncer haut et fort. Et fiers d’être Français, le ‘pays que Dieu aime’.

Oui, ‘Vive le Christ qui aime les Francs’, proclame déjà la loi de Clovis.

Français, rendez-vous samedi 3 juin 6h30 à ND de Paris, avec tous ceux que vous aurez invités.

Ps : chers pèlerins étrangers qui lisez cette tribune, vous serez là aussi et nous nous réjouissons de vous retrouver !

Hervé Rolland
Délégué Général NDC

mardi 04 avril 2017

Appel de Chartres n°208


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Le pèlerinage de Chartres, un rendez-vous incontournable !


adc208-2.jpgOn me demande pour quelle raison, chaque année, à la Pentecôte, je sors de mon placard mes chaussures de marche, mon gros sac, mon tapis de sol et mon duvet.
Pourquoi, alors que les beaux jours arrivent, je décide tous les ans de marcher de Notre-Dame de Paris à Notre-Dame de Chartres.
Comme de nombreux pèlerins et pèlerines, j’ai fait de ce pèlerinage un rendez-vous incontournable car j’aime retrouver cette ferveur que tous partagent, en particulier les enfants, malgré leur fatigue. J’aime faire une pause dans un quotidien qui va toujours trop vite. J’aime me dire que Jésus est heureux de nous voir marcher en chantant, assister à la Sainte Messe et qu’Il se réjouit de toutes ces âmes qui reviennent à Lui.
Mais, par-dessus tout, je marche parce que je crois qu’il n’y a pas de prière plus efficace qu’une souffrance offerte joyeusement pour l’amour du Bon Dieu. La vie nous donne des occasions de souffrir - personne n’est épargné - mais c’est si difficile d’offrir cette souffrance à Jésus. Dans le cadre d’un pèlerinage, la douleur des pieds et la fatigue sont toutes tournées vers le Bon Dieu.
Sainte Teresa de Calcutta nous a enseigné de très jolies choses sur la souffrance : « Je dis toujours aux gens qui souffrent que la souffrance est un baiser de Jésus, un signe qu'ils sont tout près de Lui sur la croix, tellement près, que là, Jésus peut les embrasser ».
Qui pourrait désirer autre chose que cela ?

adc208-3.jpgVenir marcher sur les routes de Chartres, c’est faire en sorte de se rapprocher du Cœur de Jésus, par l’intermédiaire de sa maman qui est chantée, louée et honorée pendant trois jours. Trois jours de rosaires, de méditations, d’invitation à une plus grande intimité avec son Créateur.
Votre cœur est chargé de peine ? Alors n’hésitez plus ! Prenez à votre tour vos chaussures de marche, votre gros sac, votre tapis de sol et votre duvet.
N’ayez pas peur de ne pas y arriver, le Christ marchera à nos côtés. « Apporte toutes tes souffrances à ses pieds », nous encourage mère Teresa. « Ouvre seulement ton cœur pour qu'Il t'aime tel que tu es ; Il fera le reste ».

Faisons-lui confiance et marchons joyeusement pour la plus grande gloire de Dieu à la suite de Charles Péguy dans les bras de la Vierge Marie. « Partir, marcher droit, arriver quelque part », écrivait-il. « Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver. Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver. Avant tout arriver. Tout plutôt que de vaguer. »

Bon carême à tous !

Marine Rondot
Une pèlerine

Présentation de la Beauce à ND de Chartres


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« … Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules,
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire.

Vous nous voyez marcher sur cette route droite,
Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents.
Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
La route nationale est notre porte étroite.
Nous allons devant nous, les mains le long des poches,
Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours,
D’un pas toujours égal, sans hâte ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches.

Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille.
Nous n’avançons jamais que d’un pas à la fois.
Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois.
Et toute leur séquelle et toute leur volaille



Nous arrivons vers vous du lointain Parisis.
Nous avons pour trois jours quitté notre boutique,
Et l’archéologie avec la sémantique,
Et la maigre Sorbonne et ses pauvres petits.

D’autres viendront vers vous du lointain Beauvaisis.
Nous avons pour trois jours laissé notre négoce,
Et la rumeur géante et la ville colosse,
D’autres viendront vers vous du lointain Cambrésis.

Nous arrivons vers vous de Paris capitale.
C’est là que nous avons notre gouvernement,
Et notre temps perdu dans le lanternement,
Et notre liberté décevante et totale.

Nous arrivons vers vous de l’autre Notre Dame,
De celle qui s’élève au cœur de la cité,
Dans sa royale robe et dans sa majesté,
Dans sa magnificence et sa justesse d’âme. »

Charles Péguy

jeudi 16 février 2017

Appel de Chartres n°207


D-Pinoteau-chartres.jpgChers amis,

En ce dimanche de la Septuagésime, nous entrons dans la préparation du Carême, qui nous mènera dans seulement 70 jours vers Pâques. Puis encore 50 jours et c’est la Pentecôte. Nous voici maintenant avec notre pèlerinage en ligne de mire, dans ce temps également de préparation active et laborieuse. Et déjà le temps court jusqu’à ce rendez-vous sur le parvis de Notre Dame de Paris. Déjà, Chartres sonne, Chartres nous appelle ! Comment allons-nous vivre ces quelques 120 jours qui nous séparent de l’envoi dans la cathédrale?

Chers amis pèlerins « des Soutiens »,
Voilà déjà 7 mois que certains d’entre nous travaillent à construire notre millésime 2017. Changements dans l’itinéraire, améliorations diverses, investissements… et maintenant des règles de sécurité toujours plus présentes à mettre en œuvre. La route est encore longue jusqu’à la Pentecôte. Et nous avons encore tant de soucis et de tracas à confier à Marie, Mère de Dieu, que notre thème de l’année nous propose justement de méditer. Nous devrons lutter et peiner pour arriver au bout, comme chaque année depuis 35 ans, et n’oublions pas de lui confier toutes nos difficultés. Demandons donc à Marie, qui comme mère de la sainte Famille devait bien organiser les choses, de nous aider à préparer nos missions, nos équipes. Vous êtes déjà plus d’une centaine à vous être fermement engagés pour être au rendez-vous, merci de votre dévouement. « Allez, vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste » nous dit le Christ ce dimanche de la Septuagésime (Matt, XX, 4). Allons encore chercher, si vous le voulez bien, de nouveaux ouvriers pour nous aider à la vigne et prendre la relève.

Chers amis pèlerins « marcheurs »,
Vous qui vous apprêtez, parfois depuis de nombreuses années, à venir vivre ces trois jours avec vos chapitres, micro-chrétientés fugaces, vous allez sans doute vous préparer en vous appropriant le thème de l’année, peut-être avec les excellentes vidéos- formations, par exemple. Alors, n’oubliez pas non plus de vous demander si vous pourriez rendre service à notre pélé, en vous engageant dans les Soutiens, un pélé sur trois, comme le conseillait notre aumônier général, l’abbé Garnier. « Mais je veux donner à ces derniers autant qu’à toi » (Matt, XX, 14), dit encore le Seigneur aux ouvriers de la première heure, dans l’évangile de ce jour. Soyez sûrs que vous serez récompensés si vous nous rejoignez cette année, autant que ceux qui soutiennent depuis des décennies. Alors n’hésitez pas !
Quant à vous, chers chefs de chapitre, que ces 120 jours vous permettent de préparer par la méditation le beau thème de l’année. Mais pendant les trois jours, vous aurez aussi des consignes d’organisation et de sécurité, beaucoup plus concrètes, à faire respecter. Si elles vous coûtent mais que vous les appliquez, alors elles ne vous apporteront que plus de mérites dans la Jérusalem céleste. Profitez-en et priez pour ceux qui doivent vous les imposer par devoir. C’est vous qui avez les mérites de l’obéissance.

Chers amis pèlerins « Anges-gardiens »,
Nous avons besoin de vos prières dès aujourd’hui. Nous rentrons avec les équipes des Soutiens dans la phase d’organisation complexe. Nous ne sommes que les instruments de la volonté de Dieu et nos mérites ne sont que des dons de Dieu. Il ne faut pas grand-chose pour remettre en question notre pèlerinage, alors priez Sainte Marie, Mère de Dieu, que des solutions apparaissent quand nous sommes bloqués. « Dressez-vous Seigneur, ne laissez pas à l’homme le dernier mot » (Ps 9), pouvions-nous entendre dans le graduel de la Messe d’aujourd’hui. Que vos prières fassent que notre grand rendez-vous de Chrétienté, le plus grand pèlerinage d’Europe, qui gêne tant de monde dans cette France moderne et déchristianisée, puisse continuer demain par la volonté de Dieu. Et priez pour nos familles qui, par leur patience et leur compréhension, sont les co-organisatrices de ce pèlerinage.

Notre Dame de Paris, priez pour nous !
Notre Dame de Chartres, priez pour nous !
Notre Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous !
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous !


Le 12 février 2017, dimanche de la Septuagésime.

Denis Pinoteau
Directeur des Soutiens

mercredi 18 janvier 2017

Appel de Chartres n°206


Que résonne dès aujourd’hui l’appel de Chartres !


Chers amis pèlerins,

Noël est déjà derrière nous, laissant le regret d’un temps très pur et si court.

Sans respiration, l’agenda pousse les jours. Sans répit, il nous précipite dans une nouvelle année chargée de bien des menaces mais riche aussi de bien des grâces.

La chrétienté de France va mal. Après une temporisation des attaques, des lois nouvelles - que n’arrêtent même pas les cris des foules rassemblées - se succèdent et rongent le socle de la Loi Naturelle sur laquelle elle est fondée.

La mémoire collective, chargée de culture chrétienne, s’efface doucement dans l’indifférence générale. Elle est remplacée par un consumérisme qui gomme les signes de toutes les traditions forgées à l’abri des paroisses et qui formaient l’armature invisible de la Fille ainée de l’Eglise. Le mot Tradition est sommé de rester au banc. Privée de forces vives, la chrétienté de France semble épuisée et condamnée à abandonner son rôle missionnaire qui tant de fois lui a permis de redresser des situations désespérées.

Au regard de tout cela, le pèlerinage de Chartres est un paradoxe qui traverse cette époque dénaturée comme la colonne traverse la Beauce. Il s’assemble un matin, dans les cantiques et les prières. Sans complexe, il traverse un Paris ahuri et sa joie réveille sa banlieue désespérée. Il avance par champs et bois, trois jours durant, qui laisseront plus de grâces dans les cœurs et le secret des âmes que de traces de pas sur les chemins.

Ce Pèlerinage est pour la terre de France un événements spirituels de masse qui porte signe visible d’Espérance. Il est le fruit des sacrifices de quelques-unes et quelques-uns qui, durant des mois, ne cessent de le préparer. Il doit aussi beaucoup à quelques centaines de chefs de Chapitres qui chaque année se chargent d’accueillir, d’entraîner, d’enseigner, de soutenir et de conduire leurs pèlerins, et à qui l’on doit mille mercis pour avoir pris ce service.

Ce pèlerinage est en lui-même une terre de mission, car il enseigne à des pèlerins, maintenant très jeunes et pour partie peu pratiquants, les fondements les plus solides d’une foi parfois bien mal transmise.

Ce pèlerinage porte pour la jeunesse de France l’oriflamme de La Tradition. Elle s’y rassemble autour de l’autel et de l’encens, pour une liturgie qu’elle aime, ou qu’elle découvre mais que jamais elle n’oubliera plus. Elle y rapprend la force des symboles temporels en regardant passer l’anneau de Jeanne d’Arc. Elle y prie, s’y sanctifie et s’y forge une identité chrétienne qu’elle découvre ou redécouvre encore. Les retours à la chrétienté quotidienne sont parfois difficiles.

Les communautés des chapitres se dissolvent bien souvent. Cette rupture empêche les grâces collectives d’amitiés de perdurer et l’effort missionnaire né du regroupement s’affaiblit. Chers chefs de chapitre, il vous revient de pérenniser ces liens tissés pendant le pèlerinage ; qu’ils se fortifient et croissent au profit de tous et de la Chrétienté. Les Chapitres qui se retrouvent pendant l’année ont des fruits d’amitiés et de conversions dont les effets enfantent d’autres beaux engagements.

Janvier est le temps des résolutions personnelles qu’il ne faut pas manquer de prendre, par crainte de perdre maintenant, par omission, des combats que nous laissons trop souvent aux autres le soin de livrer pour nous.

Le prochain pèlerinage se prépare dés hiver, dès maintenant pour tout dire. Les Chapitres seront d’autant plus soudés, joyeux et missionnaires, qu’ils se seront reconnus et rassemblés avant le parvis de Notre Dame de Paris. Les méditations toucheront d’autant plus les âmes qu’elles auront été préalablement bien préparées et partagées entre plusieurs.

L’église n’est certes plus toujours au milieu du village mais nous marchons vers Chartres aussi pour l’y remettre.

Pèlerins, adjoints route, porteurs d’eau, animateurs, adjoints chant et adjoints principaux, chefs de chapitres, cadres des chapitres des soutiens et de la direction, aumoniers préparons Chartres dès maintenant, car le pèlerinage de Chrétienté, va beaucoup plus loin que Chartres.

Il va jusqu’à la Jérusalem Céleste si l’on y part en ayant bien préparé ce voyage spirituel à l’avance en communion de Foi, d’Espérance et de Charité

Ce sera mon vœu le plus sincère pour vous tous, chers pèlerins.
Que Notre Dame renforce notre Espérance durant toute cette nouvelle année.

Didier ROUSSEAU
Chef de région Est
Pèlerin depuis 1991.

Charles Péguy « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance »

FRANCE-LITTERATURE-WW1-PEGUY« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’Espérance. La Foi ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans ma création. La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ça n’est pas étonnant. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres. Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus. La Foi va de soi. La Charité va malheureusement de soi. Mais l’Espérance ne va pas de soi. L’Espérance ne va pas toute seule. Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce. La Foi voit ce qui est. La Charité aime ce qui est. L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera. Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera. Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé. Sur la route montante. Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs, qui la tiennent par la main, la petite espérance s’avance. Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner. Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher. Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle. Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres. Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde. Et qui le traîne. Car on ne travaille jamais que pour les enfants. Et les deux grandes ne marchent que pour la petite ».

Charles Péguy (1873-1914)