Homélie prononcée par le Chanoine Alban Denis, lors de la messe pour les familles, enfants et pastoureaux (Igny, 11h45).


DSC04481.JPG«S’il vous plait, dites-le nous…quel est votre secret ? Comment cela se fait-il, comment y arrivez-vous…à gagner autant d’âmes, à susciter autour de vous autant d’énergies, s’il vous plaît Don Bosco dites-nous quel est votre secret ?»
« Eh bien mon secret mes chers amis, il est bien simple… à la jeunesse je ne lui parle que d’une chose : je lui parle du Ciel ! »

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il !

Chers Messieurs les abbés,
Frères très aimés,
Chers amis du Ciel et de ces voix enchanteresses et divines qui, seules, souvent, sont en mesure de modifier le cours d’une vie.

C'est la voix chaude et puissante de Saint Ambroise qui saisit le cœur d’un jeune homme à la vie dissolue, qui vient l’écouter EN CACHETTE dans la cathédrale de Milan. Ce jeune homme, c'est le futur Saint Augustin qui, par cette voix, par la voix de Saint Ambroise, se laissera toucher par le Christ.

C'est la voix de Saint Bernard qui fait VIBRER une foule de Seigneurs, de chevaliers et d’étendards le Saint jour de Pâques de l’année 1146, un 31 mars exactement. Notre saint est au pied du versant nord de la colline de Vézelay, car l’église paroissiale est trop petite pour contenir le grand concours du peuple. Bernard évoque la terre promise, Jérusalem, la Cité Sainte, appelle à sa délivrance. Il appelle à se croiser à l’humilité, à l’obéissance et au sacrifice. Après son prêche enflammé, on raconte que certains se mirent à lui arracher des morceaux de sa tunique pour en faire des reliques.

C'est la voix de Sainte Marguerite, celle de Sainte Catherine. La voix de Saint Michel bien-sûr !, qu’entend pour la première fois la petite Jeannette, à peine âgée de 13 ans, au fond du jardin de son père, attenant à l’église de Domrémy.

C'est la voix de Madame Sainte Anne, douce et engageante, qui, le 25 juillet 1624, apparaît au milieu de la nuit dans une clarté surnaturelle à un humble paysan breton du pays d’Auray : «Yves Nicolazic, ne craignez pas. Je suis Sainte Anne, Mère de Marie. Dites à votre recteur que, dans la pièce de terre appelée « Bocenno », il y a eu autrefois, même avant qu’il n’y ait eu un village, une chapelle dédiée à mon nom. Je désire qu’elle soit rebâtie au plus tôt… parce que Dieu veut que j’y sois honorée. » Cette nuit-là, les chroniqueurs disent que notre voyant se recoucha le cœur brûlant et dormit paisiblement.

C'est la voix de Maman Marguerite, la mère du grand Saint Jean-Bosco qui s’adresse à son fils prêtre le jour de son ordination : « Jean, lui dit-elle, souviens-toi que ce qui honore un clerc ce n’est pas l’habit, mais la vertu. Monter à l’autel, c'est monter au Calvaire ! »

C’est la voix de bronze de l’abbé Huvelin qui résonne dans l’église Saint-Augustin une matinée d’octobre 1886 : « Jésus a tellement pris la dernière place que jamais personne n’a pu la lui ravir ». Dans l’assistance un certain Charles de Foucault est au bord d’une conversion impressionnante et radicale. Entré là par hasard, comme attiré par l’invisible, son âme est profondément atteinte par la voix de ce prêtre. A la fin de la messe, il se précipite dans la sacristie, comme un assoiffé qui réclame à boire : « monsieur l’abbé, s’il vous plaît !, donnez-moi la foi ! ». « Si vous voulez croire mon bon ami, alors commencez par vous mettre à genoux et confessez-vous ! »

C’est la voix, unique et sans pareille, de la Sainte Vierge qui s’adresse à Saint Dominique. Alors que celui qui deviendra le grand apôtre du XIIIe siècle s’était retiré dans une forêt au sud de Toulouse, pour y faire pénitence, tourmenté qu’il était par le salut de son prochain, voici qu’au terme de trois jours d’angoisse et de larmes, trois jours de solitudes et de prières mes frères !, voici que la Madone, accompagnée de trois princesses du Ciel, lui livre son TRESOR : « Mon doux fils, vous labourez un sol qui n’a pas été labouré par la pluie ! Sachez que lorsque Dieu voulut renouveler le monde, il envoya d’abord la pluie de la salutation angélique – la pluie des Ave Maria – et c’est ainsi que le monde fut racheté. Exhortez donc Dominique !… Exhortez donc les hommes dans vos sermons à réciter le rosaire – qui est comme mon psautier – et vous en recueillerez beaucoup de fruits pour les âmes. Cette prière est pour vous une arme contre les ennemis visibles et invisibles. L’Ave Maria, c’est le signe de Mon Amour pour les Chrétiens. »

Mais maintenant, frère très aimés, écoutez cette voix.

Non pas la mienne ! Assurément ! Mais écoutez celle de St Jean-Baptiste que l’Incarnation, thème de ce samedi pour notre pèlerinage, nous renvoie en écho. Mes amis, comme Saint Augustin et Sainte Jeanne d’Arc, comme les croisés de l’an mille et le voyant de Sainte Anne, comme saint Dominique et le Bienheureux Charles de Foucault, comme Saint Jean-Bosco avec sa mère, gonflez votre cœur d’espérance et de courage, irradiez-le de zèle et d’enthousiasme, en écoutant Saint Jean-Baptiste qui vous parle :

« Je suis la voix qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Que tout ravin soit comblé, toute montagne ou colline abaissée, que les passages tortueux deviennent droits, que les chemins raboteux soient nivelés. ET TOUT HOMME VERRA LE SALUT DE DIEU.

Mes chers amis, n’est-ce pas bouleversant ce qui se passe ici, dans cette page d’évangile ? Nous sommes un peu au Nord de l’embouchure du Jourdain et aux environs de l’oasis de Jéricho, et voici que la voix de Saint Jean-Baptiste, la voix du précurseur !, vient réveiller notre espérance de conversion ! Et ça y est mes frères ! L’attente va bientôt être comblée. Le Seigneur-Roi va venir. Le "Jésus-Christ sauveur du monde" ne demande qu’une chose, qu’à rentrer dans l’histoire. Dans notre histoire, la vôtre et la mienne !

Ecoutez cette voix qui crie dans le désert. Cette voix qui crie dans le désert de notre âme. Ah nos âmes… Nos âmes… Chers amis des voix enchanteresses… Nos âmes, avouons-le… Nos âmes, il arrive qu’elles soient trop éloignées du Ciel ou trop habituées du Bon Dieu, ce qui revient à peu près au même.

Trop éloignées du Ciel par le péché non combattu, nos tristesses non surmontées. Voyez-vous, accueillir le Christ, laisser naître en nos âmes l’enfant Jésus réclament tout de même de notre part qu’on lui permette d’entrer chez nous en rendant droits les passages tortueux qui mènent au cœur de notre cœur. Mais il arrive aussi que nos âmes soient trop habituées du Bon Dieu. Par notre ingratitude et notre suffisance. Par notre manque d’entrain également.

Oh certes ! Nous sommes fidèles à notre messe dominicale, mais on y arrive souvent en retard. On se confesse mais de temps en temps… mais pas trop souvent quand même. On prie bien mais surtout quand on a besoin du Ciel ou qu’on est dans la peine.

Mais… mais de l’essentiel, il arrive que l’on passe à côté parce qu’on subit ! Parce qu’on supporte notre Foi ! Comme on supporte un voisin inopportun ! On subit notre Foi, au lieu de la brandir comme une bannière et de l’offrir comme un océan de chaleur et de lumière à ceux qui nous entourent… ceux que le Seigneur a placés à nos côtés dans le mystère sacré de sa sainte Providence. On est baigné dans une atmosphère toute chrétienne MAIS pas au point que toutes les fibres de notre être soient imprégnées de Jésus.

Frères très aimés, à l’école des voix de la chrétienté, nous sommes appelés justement !, aujourd'hui et durant notre marche à redresser notre cœur. Avant d’apercevoir les flèches de la cathédrale de Chartres se dresser vers le Ciel, il est encore temps de les imiter. A nous d’y mettre du zèle, du feu et de l’amour. Saint François de Sales écrivait :

« Le zèle, c'est l’amour en ardeur ou plutôt c'est l’Ardeur de l’amour. » Attention chers pèlerins, la grande erreur serait d’être ardents parce que nous penserions être les meilleurs. De grâce ne tombez pas dans cet écueil. Rien de plus faux, de plus trompeur, rien de plus fallacieux ni de plus orgueilleux que de se croire les meilleurs. Nous ne sommes pas les meilleurs.

« Mais alors ? » me direz-vous ! « Mais alors monsieur le chanoine, comment faire pour avoir dix cœurs et cent bras ? » La réponse est limpide et fondamentale : ce qui nous donne du cœur à l’ouvrage et un élan missionnaire, c’est de savoir que nous avons reçu le meilleur.

Si nous sommes pleins d’assurance, ce n’est pas parce que nous sommes sûrs de nous, mais parce que nous sommes sûrs de Dieu ! Et la différence est de taille ! C’est parce que nous savons qu’Il nous aime. Qu’Il s’est incarné. Nous savons qu’Il est descendu sur la terre, car Il ne veut qu’une chose : nous SAUVER et faire la Joie de Dieu le Père.

Ah mes amis ! Ah mes frères ! Si vous saviez comme il est facile de se sanctifier. Il faut seulement un petit peu de bonne volonté. Et si Jésus découvre ce minimum de bonne volonté dans notre âme, il se hâte de se donner à elle. Et rien ne peut l’arrêter, ni nos fautes, ni nos chutes ! Absolument rien ! Parce que le Christ est pressé d’aider notre âme et si nous sommes fidèles à cette grâce alors nous pourrons, en peu de temps soyez-en certains, parvenir à la plus haute sainteté qu’une créature puisse atteindre ici-bas. Je vous le promets ! Dieu est très généreux et ne refuse sa grâce à personne. Il donne même plus que nous ne demandons. « La voie la plus courte, affirme sainte Faustine, c’est la fidélité aux inspirations de l’Esprit-Saint ! ».

A l’aube de ce 33ème pèlerinage de chrétienté, l’âge divin par excellence, l’âge du Sacrifice et de la Résurrection, nous nous apprêtons à prendre la route avec en bandoulière autour de notre cœur nos ravins à combler, nos collines à abaisser, nos étoiles à retrouver.

Tels sont nos défis. Avec l’aide de Notre-Dame de la Sainte Espérance, de Saint Joseph, avec le secours de nos amis les anges et les saints, demandons humblement mais fermement la grâce de nous convertir, parce que nous avons tous nos parts d’ombre et nos blessures. Demandons la grâce de nous laisser saisir par le « Sauveur du monde » de façon à nous attacher à ne vivre QUE pour Dieu.

Frères très aimés, si vous n’aviez qu’une phrase à retenir dans ces flots de parole, de grâce, ne retenez que celle-ci : « La sainteté ne consiste pas tant à faire davantage, que mettre davantage Jésus dans ce que l’on fait déjà ! »

Vous tremblez ? Vous désespérez de vous-même ? Vous craignez de ne pas y arriver ? Alors écoutez pour terminer et pour vous consoler la voix chétive en même temps que sublime d’une intime du Ciel,

Ecoutez la voix de sainte Bernadette ! Devenue religieuse chez les sœurs de la Charité, exilée à Nevers, loin de sa grotte, voici que les troubles de la guerre de 1870 viennent frapper aux portes de la ville. Le maire, tout inquiet du devenir de sa cité, court au couvent et demande un parloir avec la voyante de Lourdes. Qui sait si ayant vu la Sainte Vierge elle saura lui prodiguer de bons conseils. Désemparé et rongé par l’angoisse, le maire a beau expliquer à Bernadette la situation critique, l’avancée des allemands, notre sainte reste calme et paisible. Exaspéré par tant de sérénité, le maire finit par s’agacer et lui lance : « Ma sœur ! Vous ne craignez donc pas l’arrivée des prussiens ? » Et Sainte Bernadette de lui répondre avec un regard aussi clair que l’eau de sa source : « sachez cher monsieur, que je ne crains qu’une chose : un catholique sans espérance »

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Ainsi soit-il !