Préface du Cardinal Robert Sarah
au livre "Pèlerinages de France" (de Guy Barrey)

« De la vitalité des sanctuaires dépend en grande partie le renouveau de la foi catholique dans le cœur de nos contemporains. »

20170611PelerinagesdeFrancecouv1.jpgLa France, le Royaume de Marie, le Jardin de Notre-Dame, est aussi le pays, que dis-je, la patrie des saints… « Là où les saints passent, Dieu passe avec eux ! » s’était exclamé le pape saint Jean-Paul II à Ars, en 1986, ouvrant ainsi la voie à ce renouveau de la foi qui est bien perceptible, de Lille à Marseille, et de Brest à Strasbourg (sans oublier la Corse et l’Outremer), grâce à des familles chrétiennes ferventes et des communautés monastiques et religieuses qui attirent de nombreuses vocations. Les prêtres eux-mêmes, dans les paroisses, qui ont maintenant la dimension d’un ou plusieurs cantons, et bien entendu les séminaristes, par la vitalité de leur vie spirituelle, sont les ambassadeurs de cette petite flamme de l’Espérance que Charles Péguy, le pèlerin de Notre-Dame de Chartres, évoquait à une époque où, déjà, elle vacillait dans les cœurs des Français aux prises avec le laïcisme du « petit Père Combes ». Oui, ce livre, que j’ai la joie de présenter, le montre amplement : de la vitalité des sanctuaires, où le Ciel est venu visiter les Français, dépend en grande partie le renouveau de la foi catholique dans le cœur de nos contemporains.

La France, Fille aînée de l’Église, est donc constellée de sanctuaires aussi divers que celui de Lourdes, mondialement connu, de La Salette, de Pontmain, Rocamadour, du Laus… et de tous ces lieux de pèlerinage, nichés dans d’humbles bourgades de montagne, sur les rivages de l’océan ou d’un lac ourlés d’enluminures, ou au creux d’un vallon boisé, qui parsèment les diocèses de la France d’autant de fleurs de sainteté, formant une gerbe multicolore à la gloire de Dieu (Les-Trois-Épis, la Délivrande, Cléry, Bétharram, Ronzières, Rougemont, Blécourt…). Ainsi, la France n’a-t-elle pas le privilège d’avoir été gratifiée des seules apparitions de saint Joseph (à Cotignac) et de sainte Anne (à Auray) reconnues par l’Église ? Et puis, que dire, au cœur du bocage normand, des flèches altières de la basilique de Montligeon, un sanctuaire unique au monde dédié à la prière pour les âmes du purgatoire ! J’ai moi-même eu le privilège d’y avoir été invité à donner un enseignement et à célébrer la sainte Messe en faveur des âmes du purgatoire qui attendent d’être purifiées par l’Amour miséricordieux de Dieu pour entrer dans la plénitude de la Vie. Les Français en sont-ils vraiment conscients, ou sont-ils comme des enfants gâtés par la Providence, qui passent, nonchalants, voire indifférents, auprès de ces lieux bénis en oubliant de rendre grâces ? L’ouvrage que nous offre M. Guy Barrey est évidemment bien plus qu’un guide touristique destiné aux estivants… Il est surtout un guide spirituel qui devrait inciter ses compatriotes à prendre conscience, mieux qu’ils ne le font souvent, que la France n’existerait pas sans son âme, c’est-à-dire sans la foi catholique qui l’irrigue depuis le baptême de Clovis. Puisse la présence de cette multitude de saints, qui ont jalonné son histoire, rappeler aux Français les racines chrétiennes de leur patrie, (…).

La France a une mission particulière

La bannière de Saint-Denis, portée fièrement par sainte Jeanne de Domremy en la cathédrale de Reims, tout comme la chlamyde offerte par saint Martin de Tours au miséreux d’Amiens, et les pétales de roses dont Thérèse de Lisieux parsème les cœurs de ceux qui se confient à elle, illustrent la gesta Francorum, c’est-à-dire la mission particulière de ce pays, celle du combat pour la liberté des peuples et la dignité de la personne humaine. Telle est la leçon que les lecteurs de ce bel ouvrage pourront méditer en visitant les sanctuaires de Notre-Dame et des saints de France, avant de repartir sur ce chemin qui, tel celui qui va du Mont-Saint-Michel à Compostelle, nous mène au « Champ des étoiles », le Ciel, où « notre cœur sera tellement perdu, noyé dans le bonheur d’aimer Dieu, que nous ne serons plus occupés ni de nous, ni des autres, mais de Dieu seul ! » (saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars).

Cardinal Robert Sarah
Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements
L’Homme Nouveau - N° 1641 du 17 juin 2017