Entretien d’Arnaud de Beauchef avec Notre Dame de Chrétienté à l’occasion de la sortie de son livre « A l’école de la Sainte Trinité » aux éditions Nuntiavit (www.nuntiavit.org).

oraison-pour-tous.jpgA l’heure de l’internet, de l’intelligence artificielle et de la réalité augmentée, y a-t-il encore un sens à penser et construire la Chrétienté de demain ?
Bien évidemment, si la Chrétienté est une « nostalgie en conserve », si elle est faite uniquement d’une relecture (parfois embellie) de l’histoire, nous percevons un hiatus profond entre cette aspiration un peu romantique et notre réalité quotidienne.

Comment sortir du dilemme ?
Il y a urgence à repenser la Chrétienté en revenant aux sources. Ce qui est proprement unique pour nous chrétiens se résume en deux points : d’une part, nous sommes à l’image et à la ressemblance de Dieu selon les termes de la Genèse et, d’autre part, nous sommes profondément aimés et sauvés par le Dieu trinitaire qui nous appelle à Sa Lumière comme nous le résume le Prologue de Saint Jean.
Cette vision de l’homme est unique dans l’histoire de l’humanité. Aucune religion ou civilisation n’est partie de ces prémisses extraordinaires. De ce fait, nous sommes en ce monde co-créateurs : nous sommes capables de Dieu. Si nous sommes limités et mortels, nous savons que notre fin est « normalement » en Dieu. C’est précisément cela qui nous rend capables de créer une civilisation harmonieuse qui n’a pas peur des évolutions techniques. L’islam, parce qu’il a rejeté ces principes dès ses origines, est incapable de sortir les peuples de la violence et de l’asservissement. Il n’y a chez lui ni dignité de l’homme habité par Dieu ni amour.

Quelle forme les chrétiens pourront-ils donner à la civilisation de demain ?
Nous n’en savons pas grand-chose. Là est le défi et le charme de la création sans déterminisme. Nous avons un moyen premier et sûr d’y parvenir : unir le cœur de l’homme à la Trinité. C’est par ce mouvement que l’homme acquiert sa maturité, remplace la violence par la miséricorde et la recherche de son intérêt personnel par la charité au service du bien commun.

Dans notre civilisation marchande la nouveauté est synonyme de profit et de consommation. L’enjeu du monde actuel est de capter l’imagination des hommes dès leur plus jeune âge, de les rendre esclaves de désirs toujours nouveaux. Les outils de communication entre les hommes se raffinent et gagnent en efficacité. Ne pas laisser un instant de répit à chacun, traquer ses moindres faiblesses pour lui proposer sans cesse une nouvelle consommation, voilà le but. Ce monde-là va au totalitarisme à grand pas. Il confond déjà homme et machine, car l’homme n’a plus de finalité propre. Devenu âgé, l’homme perdra ses vertus de consommateur et deviendra inutile, bon à être supprimé.
Cela ne veut pas dire que nous devons rejeter les innovations actuelles, mais nous devons faire nos choix sans moyen terme : voulons-nous être habités par Dieu, libres de créer pour nous élever ? voulons-nous être habités par la consommation, asservis par nos pulsions ?
Si nous voulons être habités par Dieu parce qu’Il est notre fin et qu’Il nous rend dignes de créer cette civilisation chrétienne, nous devons choisir une certaine radicalité.

Cette radicalité de l’Evangile fait toujours un peu peur. De quoi s’agit-il et comment nous rendre tout cela accessible ?
Notre problème actuellement est celui de la main ouverte et de la main fermée. Parfois, nous ouvrons nos mains au Seigneur et nous voulons vraiment qu’Il nous habite. Et puis viennent les sollicitations du monde, de nos proches... et nous refermons bien vite cette main, pour redevenir des consommateurs en mal du dernier tube sur Itunes, d’échanges avec notre tribu Facebook ou en quête d’illusions sur Youtube.
Pour sortir de cette impasse le seul moyen est de garder la main ouverte, de recourir aux sacrements et de pratiquer l’oraison quotidienne. Nous devons recourir à l’intelligence surnaturelle qui surpasse tout. Sans ces deux moyens pas d’espoir et pas de civilisation chrétienne à venir.

N’êtes-vous pas en train de nous dire que notre rôle à nous est maintenant d’aller au-delà de la question liturgique ?
Grâce à la ténacité de nos pères ces cinquante dernières années, nous sommes heureux de pouvoir bénéficier de la liturgie extraordinaire, liturgie antique héritée de la tradition apostolique la plus authentique. Grâce à elle, nous sommes « naturellement » mis face à la Trinité en dépit de nos pauvretés. Notre tâche, et l’enjeu de notre époque, est de créer cette vie d’oraison instaurant un dialogue intérieur avec Dieu.

Mais comment fait-on pour progresser dans cette vie d’oraison ?
Un élément de réponse à ce « comment » se trouve dans le livre « L’oraison pour tous à l’Ecole de la Sainte Trinité » (éditions Nuntiavit) que je viens de mettre en forme avec des prêtres de la Fraternité Saint Pierre. Ce livre est le fruit d’une école d’oraison en activité.
Créer des groupes, se réunissant et s’encourageant dans la pratique de l’oraison, contribuera à l’émergence de la Chrétienté du XXIème siècle.

Finalement, comment le pèlerinage de Chartres peut-il nous aider sur ce chemin ?
Le pèlerinage de Chartres doit être pour nous le lieu des engagements pour la vie. Il est le lieu où nous nous rappelons notre but : cheminer vers notre fin, Dieu par la Vierge. Il est le lieu où les sacrements nous fortifient chaque jour dans la connaissance de Dieu. Il est le lieu de la prière qui nous remplit le cœur. Il est le lieu de notre effort offert. Le reste, tout ce qu’il y a de mondain, est secondaire.
Pour préparer ce temps de pèlerinage à venir et en faire le moment de cette main ouverte qui s’offre à l’amour de Dieu pour faire surgir la Chrétienté de demain, commençons dès à présent la pratique des sacrements et l’oraison quotidienne : un petit quart d’heure journalier est un bon début.

Arnaud de Beauchef