En route vers Chartres avec Saint Padre Pio



padre-pio.jpgChers pèlerins,

Benoît XVI dans un discours du 20 août 2005 disait aux JMJ de Cologne « Les reliques nous conduisent à Dieu lui-même : en effet, c’est Lui qui, par la force de Sa grâce, donne à des êtres fragiles le courage d’être Ses témoins devant le monde. En nous invitant à vénérer les restes mortels des martyrs et des saints, l’Église n’oublie pas qu’il s’agit certes de pauvres ossements humains, mais d’ossements qui appartenaient à des personnes visitées par la puissance transcendante de Dieu. Les reliques des saints sont des traces de la présence invisible mais réelle qui illumine les ténèbres du monde, manifestant que le règne de Dieu est au-dedans de nous. Elles crient avec nous et pour nous : ‘Maranath (1 Cor.16:1)’ – ‘Viens Seigneur Jésus’. »
Pour la troisième année, le pèlerinage Notre Dame de Chrétienté offre aux pèlerins la présence d’une relique. Cette année, nous prierons devant les reliques du Saint Padre Pio dans les cathédrales de Paris et Chartres. Ce moment est également l’occasion de réfléchir à la vie de ce saint canonisé par Jean-Paul II le 16 juin 2002 dont l’œuvre, nous le verrons, peut aider à élever notre vie spirituelle.
2018 est le cinquantième anniversaire du rappel à Dieu du Padre Pio et le centième anniversaire de ses stigmates. La venue des reliques du Padre Pio en France est extrêmement rare (deuxième fois en cinquante années) ; nous tenons à remercier le Supérieur du Couvent de San Giovanni Rotondo pour son autorisation ainsi que les différentes autorités ecclésiales jusqu’au Vatican. Rien n’aurait été possible sans l’entremise experte, délicate et tenace de François Brunatto, pèlerin fidèle de Notre Dame de Chrétienté, fils d’Emanuele Brunatto, lui-même fils spirituel de Saint Padre Pio. Nous avions parlé de ce projet lors de la dernière retraite de Notre Dame de Chrétienté à l’abbaye de Fontgombault un premier dimanche d’Avent sans imaginer alors combien il était complexe de le réaliser.

Pourquoi le Padre Pio est-il si cher à Notre Dame de Chrétienté ?

Saint Padre Pio est le saint du XXème siècle de la Sainte Messe, de la Confession et de la Sainte Vierge. Reconnaissez qu’un pèlerin de Chartres ne peut qu’être sensible au Padre Pio ! Notre pèlerinage a mis au cœur de sa vocation missionnaire la messe tridentine, celle justement célébrée pendant toute sa vie par le Padre Pio.
Jean-Paul II le 17 juin 2002, lendemain de la canonisation du Padre Pio : « La messe de Padre Pio ! Il s’agissait pour les prêtres d’un rappel éloquent de la beauté de la vocation sacerdotale et pour les religieux et les laïcs, qui accouraient à San Giovanni Rotondo également très tôt le matin, il s’agissait d’une catéchèse extraordinaire sur la valeur et l’importance du Sacrifice eucharistique. » Dans notre temps d’apostasie du mystère de l’Eucharistie, Saint Padre Pio incarne le lien entre le sacrifice et la miséricorde, entre les sacrements de l’Eucharistie et de Pénitence, entre la messe et le confessionnal.
Notre pèlerinage est chaque année l’occasion de milliers de confessions donnant la grâce et le pardon de Dieu. Certains pèlerins viennent au pèlerinage de Chartres uniquement pour recevoir ce sacrement de pénitence d’un prêtre, instrument de la miséricorde et de la justice de Dieu. Le Padre Pio a été un très grand confesseur, passant souvent quasiment toute la journée au confessionnal. Il avait parmi beaucoup d’autres charismes celui de lire dans les âmes, rappelant à certains pêcheurs la gravité de fautes oubliées. Il savait aussi être sévère car on ne se moque pas du Bon Dieu.
Le Père Derobert, fils spirituel du Padre Pio, a beaucoup écrit pour raconter ses rencontres avec le Padre Pio (notamment Saint Pio de Pietrelcina, transparent de Dieu aux éditions Hovine) et je n’ai jamais oublié certaines de ses conférences (disponibles sur internet). Je vous engage également à lire le Hors-Série tout récent de l’Homme Nouveau (1) (« Padre Pio, une vie pour le salut de âmes »).
Le Padre Pio avait une grande dévotion pour la Sainte Vierge. Ecoutons les mots de Saint Jean-Paul II : « Padre Pio nous invite tout particulièrement à aimer et vénérer la Vierge Marie. Sa dévotion à la Madone se manifestait à tous les moments de sa vie : dans ses paroles et ses écrits, dans les enseignements et les conseils qu’il donnait à ses nombreux enfants spirituels. Il ne se lassait pas d’inculquer à ses fidèles la dévotion à la Vierge Marie, dévotion tendre, profonde et enracinée dans la plus pure tradition de l’Église » (Regina Cæli, 2 mai 1999) et Benoît XVI à l’Angélus du 21 juin 2009 : « Comme tous les grands hommes de Dieu, Padre Pio était lui-même devenu prière, corps et âme. Ses journées étaient un chapelet vécu, une méditation et une assimilation continues des mystères du Christ en union spirituelle avec la Vierge Marie. »

Pendant ces trois jours de pèlerinage nous réciterons cette prière du rosaire que le Padre Pio a tant aimée et nous demanderons au Padre Pio de nous protéger pour nous conduire au Ciel.

Enfin, nous ferons nôtre cette phrase qu’il répétait à la fin de sa vie terrestre : « Aimez la Vierge Marie et faites-la aimer » et qui résume toute la vocation de Notre Dame de Chrétienté.

Jean de Tauriers,
Président Notre Dame de Chrétienté

(1) www.hommenouveau.fr ou 01 53 68 99 77, Editions de l’Homme Nouveau, 10 rue Rosenwald 75015 Paris.


Le mot de l'Aumônier Général.


abbe-garnier.jpgLe culte des reliques ; un bel acte de foi et d’espérance !
OBJECTION !
« Comment prier devant un morceau corporel, un reste physique ? Je trouve cela effrayant ! » Une récente discussion avec des jeunes autour du culte des reliques m'a valu cette remarque. C'est partiellement vrai. En tout cas c'est stimulant, pour redécouvrir le fondement de ce culte des reliques. Merci de cette « provocation à rendre compte avec raison » !

FONDEMENTS DU CULTE DES RELIQUES.
Déjà dans les relations humaines, nous gardons un lien avec les absents par des objets qui leur sont familiers, et qui nous les rappellent. Et bien la religion catholique a intégré cette constante dans le culte rendu aux saints. Ainsi nous vénérons leurs « reliquia », restes. Non seulement des objets leur ayant appartenu, mais aussi leurs restes corporels.

Bien sûr, à travers cette partie d'eux-mêmes, nous vénérons leur « tout », leur personne. Notre acte de dévotion passe par ces reliques, mais il va jusqu'aux saints et saintes de Dieu. C'est une médiation entre nous et eux. Cela nous fait vivre la communion des saints.

APPELES AU SALUT ET A LA SAINTETE, … CORPS ET AME.
Plus encore, le culte des reliques des saints nous rappelle l'étendue et l'impact de la rédemption, du plan de salut de Dieu. Ce plan touche premièrement nos âmes rachetées par la grâce du Christ, mais il concerne aussi nos corps, unis à l'âme durant cette vie, avant de l'être dans l'autre. « Je crois à la résurrection de la chair ! », pouvons-nous redire devant les reliques. C'est tout notre être, corps et âme, qui est touché par la puissance de la passion et de la résurrection de Jésus. C'est tout notre être qui est appelé à le suivre.

Ainsi les reliques remettent devant nos yeux tout le mystère de l'éternelle vie et des fins dernières, vers lesquelles nous marchons. Le corps y est associé comme serviteur et frère de l'âme. A la mort, il connait ordinairement la dissolution et le « retour à la poussière ». En cette vie, il est dans un état passible et mortel, sujet à la fatigue, à la maladie, à la souffrance, à la mort. Il est appelé à suivre l'âme, à la rejoindre au terme de l'histoire. Il doit lui être réuni pour le « 2° » et dernier jugement, qui viendra confirmer le « 1° » jugement (particulier) prononcé au sortir de cette vie.

Nous en avons un avant-gout et une annonce en ce temps pascal, en regardant Jésus ressuscité lors des apparitions et aussi dans sa transfiguration. Il possède un vrai corps, non fantomatique, mais son état est changé ; il est glorieux. Il possède de nouvelles qualités ; agilité et rapidité – subtilité – clarté... Il reste marqué des stigmates, plaies de sa Passion. Ils sont non plus douloureux mais glorieux, comme l'exprime les 5 clous du cierge pascal. Per sua sancta vulnera... Que par ses saintes blessures glorieuses, le christ Seigneur nous garde et nous protège !
Dans le sillage du Christ, les saints martyrs, les stigmatisés voient leurs blessures et leurs souffrances glorifiées dans le ciel, au jour de la résurrection de la chair. Ainsi les stigmates du Saint Padre Pio seront glorieux, et brilleront au ciel comme une ressemblance spéciale avec Jésus crucifié.

Quels repères pratiques pourrons-nous en retirer ?

  • D'abord, accepter cette condition présente dans la foi, avec les conséquences du péché originel et la valeur rédemptrice des épreuves ; « Je complète en mon propre corps ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps mystique qui est l'Eglise ».
  • Honorer le corps, vase de l'âme, temple du Saint Esprit... « Glorifiez et portez Dieu en vos corps ! »
  • En respecter le mystère de beauté et de pudeur... Le corps exprime l'âme. Dans les gestes de la prière, de la pénitence, de l'effort, de la charité fraternelle... Dans un sourire, une attention, un service rendu...
  • Exercer une juste maîtrise sur les mouvements de ce corps, par la tempérance et la pénitence...
  • Reconnaître ses lois, ses facultés, ses limites, ses rythmes... « Qui veut faire l'ange, fait la bête ! »
  • Désirer et espérer pour lui la résurrection glorieuse et la réunion à l'âme par la puissance divine ! « Je sais que mon Rédempteur est vivant !... Je verrai Dieu. Je le verrai, et il me sera favorable; Mes yeux le verront ! » (Job).


Ce sont des fondamentaux de la vie chrétienne. C'est aussi notre meilleure réponse aux 2 excès de l'histoire hier et aujourd'hui. Les mirages dualiste, mécaniste ou spiritualiste sur la créature humaine ont leurs tentations : adulation ou profanation, culte ou destruction du corps conçu tantôt comme une machine jetable, tantôt comme une idôle. Cor meum et caro mea exsultaverunt in Deum vivum !
Mon cœur et ma chair ont exsulté dans le Dieu vivant ! (Psaumes).

Abbé Alexis Garnier,
Aumônier Général de Notre Dame de Chrétienté.