vendredi 15 février 2019

La paix est la tranquillité de l'Ordre

 « La paix est la tranquillité de l’Ordre » nous rappelle St Augustin. Mais de quel Ordre s’agit-il ? En fait, cet Ordre en regroupe trois : l’ordre qui doit être en nous, celui au sein de notre famille et celui de la Cité. Cette trilogie nécessaire à l’équilibre implique donc de développer une éthique personnelle, une éthique familiale et une éthique politique, elles-mêmes directement tributaires d’une sagesse personnelle pour se gouverner soi-même, d’une sagesse économique pour le gouvernement de la maison familiale et d’une sagesse politique pour le gouvernement de la cité. Ces trois sagesses « pratiques » sont toutes directement issues de la sagesse philosophique, théologique et mystique.

Parce que la paix est d’abord une paix intérieure dans l’âme, elle ne peut exister que si la multitude des passions de l’âme est maîtrisée. « En votre patience, vous posséderez vos âmes » (Lc 21:19) Cette paix intérieure dans la possession de l’âme dont parle Notre-Seigneur, c’est une maîtrise de toutes les passions de celle-ci ; c’est une maîtrise de tous les mouvements de l’affectivité sensible et spirituelle. La paix est dans mon âme parce que je maîtrise les mouvements de l’amour, de joie, de haine, du désir, de fuite, d’espoir, de désespoir, de crainte, d’audace, de tristesse, de colère en mon affectivité sensible et spirituelle. Cette maîtrise requiert toutes les vertus naturelles et surnaturelles. Elle requiert par-dessus-tout la charité.

Entre toutes les affections, entre tous les amours de notre cœur, entre toutes les vertus, la charité doit « présider et régner sur toutes les affections, voire même sur l’entendement et la volonté.

« Entre tous les amours, celui de Dieu tient le sceptre, et a tellement l’autorité de commander inséparablement unie, et propre à sa nature, que s’il n’est le maître incontinent il cesse d’être et périt. » Traité de l’Amour de Dieu, livre I, chap.6

« Les vertus sont en l’âme pour modérer ses mouvements, et la charité, comme première de toutes les vertus, les régit et les tempère toutes, non seulement parce que le premier en chaque espèce des choses sert de règle et mesure à tout le reste, mais aussi parce que Dieu ayant créé l’homme à son image et ressemblance, veut que comme en lui tout y soit ordonné par l’amour et pour l’amour. » Traité de l’Amour de Dieu, livre I, chap.6

Institut du Christ Roi

jeudi 14 février 2019

Un pamphlet contre l'Eglise (Correspondance européenne)

 Le titre en est Sodome et l’auteur, Frédéric Martel, un activiste LGBT français bien connu. Le livre est cependant né au Italie au cours d’un entretien entre l’auteur et l’éditeur Carlo Feltrinelli, fils de Gian Giacomo, l’éditeur terroriste mort le 14 mars 1972 alors qu’il posait une bombe sur un pylône à haute tension de l’ENEL à Segrate. Sodome sera présenté au cours des tous prochains jours en huit langues et une vingtaine de pays. Le lancement officiel se fera le 21 février en concomitance avec l’ouverture au Vatican de la réunion de haut niveau dédiée aux abus sexuels sur mineurs. Il s’agit donc d’une puissante opération médiatique qui a comme cible l’Eglise catholique. L’auteur du libre, Frédéric Martel, présenté par la presse sous les titres de fois en fois de sociologue, chercheur, historien, est parvenu à une certaine popularité grâce à son dernier essai, traduit en diverses langues, Global gay – publié en Italie par Feltrinelli – dédié à l’actuelle marche triomphante du mouvement homosexualiste dans le monde entier.

Impliqué directement dans de nombreuses associations actives dans la diffusion du programme LGBT Frédéric Martel est engagé depuis des années en première ligne dans le processus de promotion et de « normalisation » de l’homosexualité. Le militantisme LGBT de l’auteur de Sodome l’a porté à être l’un des principaux promoteurs de la loi n°99-944 du novembre 1999 (Du pacte civil de solidarité et du concubinage), sur ce qu’il est convenu d’appeler les PACS, qui introduisirent en France les unions civiles. Au cours des années suivantes, l’activiste LGBT a continué à apporter sa contribution à la cause homosexualiste en dédiant de nombreux articles à l’introduction du pseudo mariage homosexuel en France, jusqu’à sa légalisation complète intervenue le 18 mai 2013.

Frédéric Martel affronte maintenant la sodomie au sein de l’Eglise, en affirmant avoir conduit une enquête de terrain d’une durée de 4 ans, en interrogeant quelques 1.500 personnes au Vatican et dans différents pays du monde. En réalité, ce dont le livre manque cruellement est justement la documentation. Nous ne savons rien, en effet, après sa lecture, de plus que ce que nous ne savions auparavant sur la diffusion de l’homosexualité dans l’Eglise. Ce très grave problème, placé sous les projecteurs par le témoignage de S.Exc. Mgr Carlo Maria Viganò, a été analysé de manière scientifique et documentée par deux chercheurs polonais, les Pères Dario Oko et Andrzej Kobyliński, auteurs d’études qui ont été ignorées par la presse internationale. Cependant Frédéric Martel ne cherche pas la vérité. Il a une thèse idéologique à démontrer et il ne démontre rien au fil de ses pages. Il ne fait que suggérer, insinuer, calomnier, dénigrer.

Mgr Battista Ricca, qualifié par le vaticaniste Sandro Magister de « prélat du groupe de pression homosexuel » lui ouvre les portes du Vatican. « Il m’indique minutieusement comment franchir le contrôle des gendarmes puis celui des gardes suisses. Je croiserai souvent ce prélat aux yeux liquides, un franc-tireur proche de François qui a connu la gloire et la chute. C’est à lui que je devrai, comme on le verra, de pouvoir loger dans l’une des résidences du Vatican ». L’auteur raconte s’être installé à Rome une semaine par mois, « logeant même régulièrement à l’intérieur du Vatican grâce à l’hospitalité de hauts prélats qui, parfois, se révélaient être eux-mêmes « de la paroisse »";  "Une quarantaine de Cardinaux et des centaines d’Evêques, de monsignori, de prêtres et de « nonces » (les ambassadeurs du pape) ont accepté de me rencontrer. Parmi eux, des homosexuels assumés, présents chaque jour au Vatican, m’ont fait pénétrer leur monde d’initiés ».

Parmi ses informateurs, se trouve le Père Antonio Spadaro « un jésuite considéré comme l’une des éminences grises du pape, avec lequel j’ai régulièrement discuté au siège de la revue La Civiltà Cattolica, dont il est le directeur ». C’est lui qui lui explique que « le cardinal Burke a pris la tête de l’opposition au pape ». S.Em. le Cardinal Raymond Leo Burke, auquel Frédéric Martel dédie un chapitre de son livre, représente logiquement l’une de ses cibles. Sa faute ? Condamner de manière catégorique l’homosexualité. La thèse de Frédéric Martel est que derrière tout homophobe se cache en réalité un homosexuel mais, dans la mesure où rien de ce genre ne peut être démontré vis-à-vis du Cardinal américain, l’activiste français se contente d’une description minutieuse et caricaturale du très normal appartement du Cardinal. « Le cardinal – écrit-il – évoque irrésistiblement dans ses accoutrements vestimentaires et son allure insolite une drag-queen ». Toutefois Frédéric Martel  admet : « Burke est l’un des rares à avoir le courage de ses opinions », comme par ailleurs Mgr Viganò, qui lui semble « comme un témoin fiable et sa lettre irrécusable »"; « il me semble néanmoins – ajoute-t-il    que le geste de Viganò est plus irrationnel et solitaire qu’on ne l’a cru : c’est un acte désespéré, une vengeance personnelle, qui est d’abord le fruit d’une blessure intime profonde ».

De quoi sont coupables les ecclésiastiques homosexuels ? Non pas d’avoir violé la loi morale mais d’être hypocrites et de ne pas avoir rendu publiquement témoignage de leur vice. « Qu’il soit bien clair que, pour moi, un prêtre ou un cardinal ne doit avoir aucune honte à être homosexuel ; je pense même que ce devrait être un statut social possible, parmi d’autres ». Les hommes d’Eglise devraient dire : nous sommes homosexuels et nous nous en vantons et l’Eglise dire : je me suis trompée en condamnant l’homosexualité.

C’est la raison pour laquelle Frédéric Martel est un partisan de la « réforme » du Pape François : « La démission de Benoît XVI et la volonté de réforme du pape François contribuent à libérer la parole ». « Ce pape latino est le premier à avoir employé le mot « gay » – et non plus seulement le mot « homosexuel » – et on peut le considérer, si on le compare à ses prédécesseurs, comme le plus « gay-friendly » des souverains pontifes modernes. Il a eu des mots à la fois magiques et retors sur l’homosexualité : « Qui suis-je pour juger ? » Et on peut penser que ce pape n’a probablement pas les tendances ni l’inclination qu’on a attribuées à quatre de ses prédécesseurs récents. Pourtant, François fait l’objet aujourd’hui d’une violente campagne menée, en raison même de son libéralisme supposé sur les questions de morale sexuelle, par des cardinaux conservateurs qui sont très homophobes – et, pour la plupart d’entre eux, secrètement homophiles ». « Ce qui insupporte François, ce n’est pas tant cette homophilie si répandue que l’hypocrisie vertigineuse de ceux qui prônent une morale étriquée tout en ayant un compagnon, des aventures et quelquefois des escorts. Voilà pourquoi il fustige sans répit les faux dévots, les bigots insincères, les cagots. Cette duplicité, cette schizophrénie, François les a souvent dénoncées dans ses homélies matinales de Santa Marta. Sa formule mérite d’être placée en exergue de ce livre : « Derrière la rigidité, il y a toujours quelque chose de caché ; dans de nombreux cas, une double vie ».

Frédéric Martel, comme le Pape François, est convaincu que derrière chaque homophobe se cache un homophile, un homme attiré ou obsédé par l’homosexualité, qu’il la pratique ou non. « On peut même dire qu’il y a une règle non écrite qui se vérifie presque toujours à Sodome : plus un prélat est homophobe, plus il a de chances d’être lui-même homosexuel ». « Plus un prélat est véhément contre les gays, plus son obsession homophobe est forte, plus il a de chances d’être insincère et sa véhémence de nous cacher quelque chose ».

Le but de ce livre ? Abattre la Bastille de la morale catholique : « Cinquante ans après Stonewall, la révolution gay aux Etats-Unis, le Vatican est le dernier bastion à libérer ! Beaucoup de catholiques ont désormais l’intuition de ce mensonge, sans avoir encore pu lire la description de Sodome ».

Les étapes à réaliser sont : appuyer et encourager la réforme du Pape François, disqualifier les hommes d’Eglise fidèles à la Tradition, empêcher qu’au sein de l’Eglise ne soit discutée la plaie de l’homosexualité, surtout lors de la prochaine réunion de haut niveau de ce mois de février. Il faut remarquer cependant que l’appui du mouvement LGBT au Pape François ne l’aidera certes pas dans la situation de grave difficulté dans laquelle il se trouve. Les Cardinaux et Evêques démonisés dans le livre sortiront renforcés après cette attaque si mal conduite et si les Présidents des Conférences épiscopales mondiales ne devaient pas traiter de l’homosexualité, la réunion du 21 au 24 février se soldera par un échec. Cependant, ce qui peut d’ores et déjà être considéré comme un flop est le pamphlet de Frédéric Martel.

Roberto de Mattei – Correspondance européenne

 

 

Pèleriner pour le retour de la Chrétienté

Notre pèlerinage de Pentecôte est un pèlerinage «de chrétienté» non comme un pèlerinage parmi d'autres dans une chrétienté qui, hélas, n'existe plus, mais comme un pèlerinage qui souhaite le retour, la restauration de la chrétienté - Demain la chrétienté, selon le beau titre de Dom Gérard - et qui agit, prie et combat en ce sens.

La chrétienté, selon la définition de Gustave Thibon, c'est un «tissu social où la religion pénètre jusque dans les derniers replis de la vie temporelle (mœurs, usages, jeux et travaux...), une civilisation où le temporel est sans cesse irrigué par l'éternel». C'est une alliance du sol avec le ciel, une alliance des nations avec la Sagesse éternelle. C'est le régime politique au sens large qui, inspiré spirituellement par l'Église, mais temporellement autonome, permet à la double et unique loi de Dieu de régner : celle du Décalogue (résumé de la loi naturelle) et celle de l'Évangile (avec sa loi d'Amour et sa charte des béatitudes). C'est la proclamation de la royauté de Jésus-Christ sur les âmes, sur les institutions et sur les mœurs. C'est le corps charnel de l'Église ...

Notre pèlerinage est en outre «de chrétienté», comme «parabole vivante» (Dom Gérard), modèle de «microsociété», appliquant pro domo les principes de la chrétienté. Il ouvre en somme la voie en commençant par lui. Outre la conversion indispensable des âmes, la finalité propre du pèlerinage de chrétienté est donc le bien commun temporel et surnaturel de la cité charnelle, dans une juste distinction et (sub) ordination du temporel et du spirituel. C'est un pèlerinage de laïcs responsables du temporel, militants du temporel chrétien dans l'Église militante et dans leur nation.

Car la chrétienté et sa restauration passent par la nation - Jeanne d'Arc en témoigne - et particulièrement par la nation française, comme l'avait désiré Péguy : «Il faut que France et chrétienté continuent !». Selon l'adage classique, si ce sont les prêtres qui prêchent la croisade, ce sont les fidèles qui la font avec des chefs laïcs pour la diriger.

Ainsi en va-t-il du pèlerinage de chrétienté, croisade pour la chrétienté, qui rompt à cet égard avec la mauvaise habitude d'une certaine Action Catholique où les curés, faute d'un pouvoir temporel chrétien du laïcat, s'arrogeaient abusivement ce pouvoir, mettant indûment les laïcs sous leur tutelle. «Il y a un aumônier sur chaque navire mais on ne lui demande pas de fixer la ration de vivres de l'équipage ni de faire le point», résume à sa façon Jean Anouilh dans Becket ou l'honneur de Dieu. Il en est de même dans nos chapitres et, en dehors du pèlerinage, dans nos combats de la cité. Le but de notre pèlerinage c'est aussi rétablir le pouvoir temporel du laïcat chrétien.

A l'échelle du pèlerinage, et selon le modèle de la chrétienté, "l'ordre chrétien" se divise en deux pouvoirs : le temporel, qui revient essentiellement aux chefs de chapitre (sous la direction du Président) dans une juste autonomie, quasiment une souveraineté même si elle est limitée, et le "spirituel" qui revient aux aumôniers (sous la direction de l'aumônier national) soumis à l'autorité de l'Église. C'est la «sainte alliance» entre le clerc et le laïc dans ce binôme chef-aumônier - qu'on retrouve dans le (vrai) scoutisme catholique, lequel constitue lui aussi, comme le pèlerinage, et à sa façon un retour en chrétienté.

Il y a en outre dans l'ordre temporel du pèlerinage (comme dans le scoutisme) une application pro domo de la doctrine sociale de l'Église avec le «système des chapitres» (analogue au système des patrouilles du scoutisme) qui applique admirablement le principe de totalité (selon lequel l'être de la partie est pour l'être du tout) et le principe de subsidiarité (selon lequel l'autorité supérieure, qui dirige, harmonise et supplée, doit s'interdire, par une ingérence mal-heureuse, de retirer aux groupements d'ordre inférieur les fonctions qu'ils sont en mesure de mieux remplir eux-mêmes). Ce que je nomme le «système des chapitres» (par affinité régionale et sans distinction de classes, d'âges et de mouvements) illustre bien la conception organique que se fait le pèlerinage de la société et de son ordre hiérarchique (conformément à la doctrine sociale et à la philosophie réaliste) aux antipodes d'une conception totalitaire, mécaniciste.

Le rôle-pivot (médiateur) du chef de chapitre (qui a charge d'âmes) est à cet égard le rôle essentiel du pélé (comme le chef de patrouille dans le scoutisme) entre les pélerins et l'état-major du pèlerinage qui oriente l'ensemble. Enfin, autre héritage de la Cité catholique, le pèlerinage de chrétienté est une œuvre auxiliaire, qui se refuse, depuis son origine, à être un mouvement parmi les autres. Limitant son organisation, son encadrement et son «suivi» à sa seule finalité de pèlerinage de chrétienté, il est en revanche au service des mouvements, des partis, des organisations militantes, de tous ceux qui, dans le respect de la diversité des initiatives, ont le souci de la complémentarité des forces. «Au-dessus des partis», par sa finalité temporelle et spirituelle, il propose à tous ceux-là, dans l'esprit de l'Amitié française, de venir se ressourcer, voire se réconcilier, dans une marche de chrétienté. Marche où les partis disparaissent et se fondent, pour trois jours, dans le cadre des provinces et des chapitres locaux et familiaux.

Ces chapitres reproduisant comme des corps intermédiaires naturels (fondés sur la géographie et un réseau social : villes, paroisses..), d'où est exclu toute dialectique artificielle. Cellule de base du pèlerinage, le chapitre est sensé reconstituer socialement, pour lui-même aussi, une microchrétienté (comme on dit analogiquement que la famille est une Église domestique). D'où l'importance d'éviter précisément, dans la mesure du possible, les regroupements unitaires par âges (à l'exception du «chapitre enfants» pour des raisons évidentes), par mouvements, par secteurs professionnels (selon l'expérience malheureuse aussi de l'Action Catholique...) pour susciter la solidarité des générations, des classes sociales, etc... Disons, pour terminer ce volet, que c'est la chrétienté qui vient principalement spécifier notre pèlerinage. Si la tradition et la mission sont aussi des éléments essentiels, constitutifs de son être, ils peuvent en effet se retrouver dans d'autres pèlerinages qui ne sont pas de chrétienté. On voit mal en revanche comment un pèlerinage de chrétienté aujourd'hui, dans notre monde sécularisé et désorienté, pourrait ne pas être de tradition et de mission, de résistance et de reconquête.

Conférence de Rémi Fontaine aux Assises Nationales de Notre Dame de Chrétienté le 8 décembre 2001

mercredi 13 février 2019

Comment se passe la formation de nos chefs de chapitres

« On ne peut donner que ce que l’on a reçu »… Bien conscient du rôle majeur des chefs de chapitre, Notre-Dame de Chrétienté organise tous les ans des récollections de formation pour ses chefs de chapitre dans les différentes régions NDC : moment de développement de la logique du thème du pèlerinage et de l’articulation des trois journées autour de ce thème, moment d’amitié entre chefs de chapitre, religieux et bénévoles de l’association, courte bouffée d’oxygène spirituel aussi, car l’Essentiel y a bien la première place… 

Voici en bref la récollection 2019 des chefs de chapitre d’Ile de France qui précède celle de chacune des régions !

9h15 – l’Abbé , siffle la fin de la récré… Messe célébrée par l’Abbé Damaggio (FSSP) dans la chapelle de l’Immaculée Conception à Versailles. Fermement agrippé à ses béquilles, l’Abbé de Massia (FSSP) souligne dans son sermon l’importance de la prière des chefs, source de tout apostolat. Cette journée de récollection, c’est la précieuse première partie du « contemplare et contemplata aliis tradere »…

Un café pour la vaillance des troupes – l’organisateur de la journée, Hugues Moreau responsable des chapitres d’Ile-de-France, connaît la nature humaine… - puis, le directeur des pèlerins, donne quelques chiffres sur l’évolution du nombre de pèlerins, leur origine (mondiale, oui oui !), les perspectives pour les années à venir. Occasion pour la cinquantaine de chefs présents de découvrir l’ampleur du chapitre des « anges gardiens », pèlerins non marcheurs qui se réunissent en groupe locaux. Des groupes se forment dans des abbayes, des paroisses, des maisons de retraite…et jusqu’à des prisons ! 

La suite devient très studieuse. Présentation de la Doctrine sociale de l’Église par l’Abbé de Massia avec un développement sur la dignité de l’homme. C’est une plaidoirie pour l’homme, « la plus digne des créatures visibles », considéré dans le plan de la grâce tel que Dieu l’a révélé par son Église : « l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Je suis image de Dieu par mon âme et ses facultés d’intelligence et de volonté ; je suis à la ressemblance de Dieu par la grâce, qui me rend « participant de la nature divine » - Deo gratias !

L’Abbé Garnier (FSSP), Aumônier Général de Notre-Dame de Chrétienté, poursuit l’étude avec une analyse du bien commun, notion largement galvaudée. Il faut commencer par savoir de quel « tout » l’on parle, auquel convient ledit bien commun, en fonction de la finalité du « tout ». Le « tout » compris comme somme de ses parties conduit à l’individualisme et aux sociétés constituées par un agrégat de minorités ! Le « tout »compris comme un corps – le « tout moral » – est une meilleure voie pour la recherche du bien commun : unité fondamentale et subsistance propre de chaque partie…

Le déjeuner donne naissance à des discussions plus approfondies et aux retours d’expériences de la part des chefs aguerris par un ou deux pèlerinages ! La parole est ensuite donnée au Père Chalufour, Aumônier de la région Paris Nord. Qu’est-ce que la loi ? Comment s’opèrent les changements de la loi ? Qui ordonne ? Une conversion est nécessaire dans notre rapport à la loi pour passer d’une loi négative (« Tu ne commettras pas d’adultère ») à une loi positive (« Heureux les cœurs purs »), autrement plus ardue – sans le soutien du Bon Dieu. « Reçois tous les jours Celui dont tu as besoin tous les jours »…

Hervé Rolland, Directeur Général de Notre-Dame de Chrétienté, tient l’ensemble des chefs de chapitre suspendus à ses lèvres au sujet de la responsabilité sociale des entreprises. Le programme de toute organisation devrait être le Beau, le Vrai, le Bien. Chaque individu trouve son harmonie entre « une partie réservoir » – où s’accroissent les vertus théologales (Foi, Espérance, Charité) – et « une partie canal » où il met en pratique les vertus cardinales (prudence, force, tempérance, justice). Plus on prie, meilleur on est professionnellement – à mettre en pratique ! …

Un chef de chapitre

mardi 12 février 2019

La zizanie

Connaissez-vous Tullius Detritus?

Ce personnage fictif de l'époque romaine possède un pouvoir particulier. Un pouvoir redoutable. Dès qu'il arrive en un lieu... c'est le désordre. Disputes, contentions, discordes, divisions, guerres, injustices jaillissent sur son passage. Mis en prison, condamné aux bêtes fauves pour trouble public... il reste finalement en prison... Oui, les lions eux-mêmes se sont entre dévorés à son entrée dans l'arène! Ensuite, ses geôliers se divisent... Puis l'entourage de César qui l'a convoqué, puis l'équipage du bateau qui le conduit en Gaule... Et même un célèbre village gaulois manque de succomber à cet envahisseur... Bref,... il sème la zizanie.

Zizania, cela désigne l'ivraie, la mauvaise herbe.

La mauvaise herbe, c'est le mal.

Le champ, c'est l'Eglise, et plus largement encore le monde créé. Et aussi notre communauté paroissiale, nos familles, nos écoles, unités scoutes, etc...

Le bon grain, ce sont les dons de nature et de grâce dispensés largement par Dieu aux hommes.

Si vous êtes tenté de cynisme, d'amertume ou de découragement, je vous invite à relire le début et la fin de la parabole du bon grain et de l'ivraie. Si, au contraire vous êtes un « optimiste de 4 sous », comme le Pangloss de Voltaire, tenté d'illusions, d'irénisme, je vous invite à relire le milieu de la parabole.

« D'où vient l'ivraie ? » Pourquoi le mal ? D’où vient cette obscurité, ce bruit envahissant du mal ? Dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité, et jusque dans notre propre cœur, parfois ?

« C'est mon ennemi qui a fait cela ». Dieu répond, si toutefois on veut bien l’écouter. Notre époque a mis Dieu en procès au nom du mal.

Si le mal existe, alors pas de Dieu, ou bien un dieu impuissant à l'empêcher.

Si le mal existe, alors pas de Dieu, ou un dieu indifférent, voire mauvais.

Terrible accusation. Terrible tentation aussi qui peut traverser même le cœur de l'âme fidèle ; « j'ai dit ; est-ce donc en vain que j'ai gardé mon cœur dans la justice, et lavé mes mains parmi les innocents! Seigneur, jusqu'où souffriras-tu ce que tu vois? »

Or que veut Dieu ?

Que le mal arrive? Non.

Que le mal n'arrive pas? Non plus.

Dieu ne veut et ne cause le mal, ni directement, ni indirectement.

Il veut permettre que le mal arrive.

Il le permet en laissant exister et agir celui qui cause le mal ; le démon, et ceux qui le servent. La liberté créée est donnée en vue du bien. Pourtant, désormais, elle peut pencher des deux côtés. Les maux les plus durs qui ravagent le champ du Seigneur, son Eglise, mais aussi les familles, les communautés sont les péchés contre l'unité. En particulier l'unité de foi et de charité... hérésies, schismes, scandales.

« Laissez… » Dieu ne vous demande pas d’appeler le bien mal, et le mal bien. C'est la théorie proposée par le bouddhisme et le New Age. Dieu n'approuve pas le mal. Il n'approuve pas non plus la complicité au mal ; le silence coupable, le consentement, l'entrainement au mal. Jésus a même prié pour que vous en soyez préservés… Il nous a appris à demander humblement et fortement ; délivrez-nous du mal. Dieu demande parfois que l’on supporte le mal. Mais seulement si on ne peut empêcher sans causer le pire.

« Au temps de la moisson... » : C'est une vérité de notre foi. L'injustice peut durer un certain temps, mais elle n'entre pas dans l'éternité. Dieu ne laisse pas le péché impuni, mais il patiente envers le pécheur. Ses plus grands saints, parfois furent grands pécheurs. Saint Augustin sema bien de l’ivraie avant que de semer du bon grain.

Dieu permet le mal, mais aussi Il le limite et le contient. Il peut tirer d’un mal un bien meilleur et supérieur. La condamnation injuste d’un innocent a ainsi été occasion du salut de toute l’humanité. Une mise à mort atroce a été occasion de résurrection et de vie. De la mort d’un martyr vient la conversion d’un bourreau. Sur une vie d’égarement vient une conversion plus profonde, un amour plus ardent pour Dieu et le prochain. Sur l’hérésie, l’erreur, le relativisme et la confusion ambiante, Dieu peut susciter un goût plus sublime pour les vérités de foi dans les âmes. Un amour prononcé, éprouvé, pour la Vérité. Enfin ceux qui servent le mal demeurent pour éprouver les justes. Ils sont instruments de salut et de sanctification.

« Laissez croître ensemble… » C'est le résumé de toute l'histoire, cela. L'extension du mystère d'iniquité, de péché – mais aussi l'extension du mystère de bonté, de piété divine. Il faut se garder de l'un et servir l'autre. Alors lorsque le mal dure ou grandit, lorsque notre âme chavire, et bien reprenons les psaumes 35 à 37 ;

« Mon âme, n'envie pas le bonheur des méchants,

Ne jalouse pas ceux qui font l'injustice !

Mets ta confiance dans le Seigneur, fais le bien !

Reste en paix dans la terre du Seigneur,

Attache-toi à la justice, place ton bonheur en Dieu»

 

Abbé Alexis Garnier - 10 février 2019

Lundi 11 février 2019

Comment tendre vers la paix sociale?

 La paix est un grand bien, que tous les hommes désirent. Et pourtant rien n'est plus difficile à obtenir et à préserver qu'une vraie paix. Quand on regarde l'histoire, on voit que le monde est rempli de violences, de crimes, de guerres... et ceci depuis Caïn et Abel jusqu'à aujourd'hui. Il est même probable qu'il en sera ainsi, hélas, jusqu'à la fin du monde !

La paix n'est d'ailleurs pas simplement l'absence de guerre. Il y a des sociétés qui ne sont pas en conflit ouvert avec d'autres nations ou en état de guerre civile, mais dans lesquelles une violence sournoise agresse les hommes, surtout les pauvres, les petits, les faibles. C'est le cas de notre société occidentale, où la vie du corps et de l'âme des petits n'est pas respectée : violence de l'avortement légalisé, qui tue des centaines de milliers d'êtres humains ; violence des agressions visuelles, par la pornographie, par des publicités qui attentent à la pudeur, par une « éducation sexuelle » dévoyée ; violence des « structures de péché », dans l'ordre économique et social, qui poussent les hommes au mensonge, à l'injustice, à l'égoïsme, etc.

La vraie paix est « la tranquillité de l'ordre » (S. Augustin). Elle suppose que la société soit fondée sur la justice. « Le fruit de la justice sera la paix " (Is 32, 17). Il faut donc que les principes de la loi naturelle soient reconnus par tous ; que les droits de chacun soient garantis et que les intérêts particuliers soient subordonnés au bien commun. La recherche par tous du bien commun produit d'ailleurs une multitude de bienfaits qui rejaillissent sur tous et chacun. Au contraire, l'égoïsme ne fait qu'engendrer des conflits et détruit la société : « Si chacun pense uniquement à ses propres intérêts, le monde ne peut qu'aller à sa ruine », disait Benoît XVI dans son message de Noël en 2008.

La recherche de la justice ne suffit pas, si elle n'a pas pour compagne la charité : l'amour désintéressé; le pardon qui répare les blessures et arrête la spirale de la vengeance et de la violence ; la bonté qui soigne toutes les misères imprévues et qui est à l'origine de tant d'œuvres extraordinaires de bienfaisance - pensons à saint Vincent de Paul, à la bienheureuse Mère Teresa et à tant d'autres bienfaiteurs de l'humanité... Mais comment établir de façon solide cet ordre social fondé sur la justice et la charité ? Comment soutenir cet édifice ? Une maison doit être construite sur le roc pour résister aux tempêtes (cf. Mt 7,25). Le roc, le fondement de tout l'ordre social, c'est Dieu et sa Loi. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent » (Ps 126, 1). Une société qui rejette Dieu ne pourra jamais établir un ordre juste et une paix durable. « Il n'y a pas de paix pour les impies » (Is 48, 22).

Lorsque la société refuse de reconnaître Dieu et l'ordre qu'il a inscrit dans les choses, que l'on nomme l'ordre naturel, alors elle se construit sur le sable du relativisme. Les principes qui gouvernent les nations ne sont plus que le fruit d'un contrat, d'un accord d'une majorité instable qui ne repose plus sur la vérité objective, mais sur des opinions ou intérêts fluctuants. Tout peut être remis en cause. La « majorité » peut s'arroger n'importe quel droit, y compris celui de décider de la vie ou de la mort (avortement, euthanasie...). Inversement, lorsqu'un peuple, dans sa grande majorité, cherche Dieu, prend pour principes de sa conduite les commandements de Dieu, alors on peut voir s'épanouir une véritable paix. Frédéric Le Play, sociologue au XIXe siècle, a montré que les sociétés les plus prospères et les plus heureuses étaient celles où l'on respectait le Décalogue.

Bien sûr, même dans une société qui cherche Dieu, tout n'est pas parfait, car les hommes restent des hommes pécheurs. C'est pourquoi la grâce du Christ est absolument nécessaire pour guérir et vivifier sans cesse les hommes et le tissu social. Ainsi peut s'établir une société où le Christ règne, une « chrétienté », dans laquelle les hommes connaissent paix et bonheur, autant qu'il est possible sur cette terre. La société française du XIIIe siècle, par exemple, a connu cette prospérité et a pu être appelée le siècle d'or, le siècle des cathédrales ou le siècle de saint Louis : elle le doit en bonne part à son chef, un roi juste et saint, qui voulait servir Dieu avant toutes choses. Réciproquement, le saint roi est le fruit d'une chrétienté qui l'a formé. Y aurait-il eu un Saint Louis sans sa mère, Blanche de Castille, sans St Dominique, St François, St Thomas d'Aquin, ses contemporains ?

La paix reste toujours fragile et menacée, à cause des conséquences du péché originel, de la faiblesse humaine et de la tendance au relâchement. A chaque époque, ce sont les saints qui tirent les hommes vers le haut, qui réparent le tissu social, qui instaurent un ordre juste dans lequel les hommes peuvent vivre dans une certaine paix et tendre ainsi plus facilement vers leur fin surnaturelle, le bonheur du Ciel. Un des principaux paradoxes de l'Evangile est que, pour parvenir au bonheur, il faut passer par la Croix : « Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Evangile la sauvera » (Mc 8, 35). Celui qui veut capter le bonheur de façon égoïste, s'enferme sur lui-même et n'aboutit qu'au malheur. Au contraire, celui qui se donne généreusement à Dieu et aux autres trouve la vraie joie qui vient de la charité. « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », disait Jésus (parole rapportée par saint Paul, Ac 20, 35). « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).

Cette loi vaut aussi bien pour nos vies personnelles que pour la société entière. La vraie civilisation ne peut se construire que sur la recherche de Dieu et l'amour de Dieu par-dessus toutes choses. Comme l'a dit saint Augustin : « Deux amours ont donc bâti deux cités : l'amour de soi- même jusqu'au mépris de Dieu, celle de la terre, et l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même, celle du ciel. » (La Cité de Dieu, 14, 28.) Benoît XVI l'a rappelé : « Chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n'est pas moins nécessaire aujourd'hui que par le passé. Ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à l'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable. » (Discours au collège des Bernardins, 12 septembre 2008).

Cherchons donc à accomplir la volonté de Dieu en toutes choses, à bien remplir nos devoirs envers Dieu d'abord, et envers notre prochain comme envers nous-mêmes. Ainsi nous travaillerons efficacement à restaurer un ordre social et politique meilleur, fondé sur les principes de l'ordre naturel et de l'Evangile. Alors pourra s'établir, autant qu'il est possible ici-bas, « la paix du Christ dans le règne du Christ » (Pie XI).

Fraternité Saint-Vincent-Ferrier

Dimanche 10 février 2019

Vous êtes le sel de la terre...

Quel est ce sel mystérieux qui nous donne le goût de la Sagesse divine et qui nous fraie la route de la vie éternelle ?

Au début du IXème siècle, un Archevêque de Sens, ami de Charlemagne, nous donne la clé de ce mystère du sel : "On reçoit du sel dans le sacrement du baptême. Ce sel nous fait percevoir le goût de cette nourriture qu'est la Sagesse. Il nous empêche de perdre le goût de la saveur du Christ. Car, si nous perdons ce goût, nous devenons à la fois insipides et sots. D'ailleurs, si par notre nature, nous sommes sots et niais, par la grâce du Christ nous avons de plus en plus de saveur en tout".

Les Grecs, comme les Latins, considèrent que l'homme sage est tout à la fois celui qui a du goût (il est savoureux et il aime les choses savoureuses) et qui est sensé. Pour eux, le sot est un fade. L'Evangile et Saint Paul pensent de même. Celui qui a le sel de la Sagesse est lui-même savoureux et il donne sa saveur aux autres : "Vous êtes le sel de la terre".

Mais, si le sel s'évente, s'il perd sa force et sa saveur, il n'a plus aucune utilité. Mesurons toute la portée de ces paroles du Seigneur. Le sel évanescent c'est l'image du chrétien qui, par degré, devient à la fois fade et sot - sot parce que fade. Il ne devient pas fou à proprement parler. Il y a eu des fous de génie qui ont eu quelque chose de sublime. Non, celui qui ne sait plus goûter le Christ, l'Eglise, les Saints devient fade et sot. La véritable traduction des phrases passionnées de saint Paul serait : "le langage de la Croix est ineptie et fadaise pour ceux qui vont à la perdition... N'est-il pas vrai que Dieu a frappé d'ineptie et de fadaise la sagesse du monde...Un Christ crucifié : ineptie et fadaise pour les païens".

Voilà les "malins", comme les appelait Bernanos à la suite de Péguy, qui ne voient, dans la folie d'amour de la Croix, qu'une religion inepte et sans saveur. Que faire pour échapper, nous aussi avec tous les Saints, à cette "Sagesse" du monde ? Ouvrir nos cœurs à la force du Saint-Esprit. Le Don de Sagesse est le Don le plus haut ; c'est celui de l'union forte, stable, permanente, joyeuse et heureuse à Dieu. Cette union est une union d'amour. On goûte Dieu grâce à l'amour répandu dans nos cœurs par son Saint-Esprit, et on le fait goûter aux autres.

Comme le connaisseur qui goûte les vins et dont l'expérience est telle qu'il distingue les moindres nuances de saveur, ainsi le Saint, uni à Dieu, goûte toute la saveur de Dieu et des œuvres de Dieu : la Création et la Rédemption. Quel saint plus savoureux, par exemple, que Saint François de Sales, et quelle saveur il a su donner à ses écrits ! D'où vient cette saveur ? De son immense charité, de l'onction du Saint Esprit..

Le Don de Sagesse a un autre effet, si important actuellement : il nous permet de juger tout, hommes et événements, à la lumière de Dieu, et d'adopter sur l'histoire humaine et sur l'histoire de l'Eglise le point de vue de Dieu. On connaît le titre d'un opuscule resté célèbre : "Pagaïe dans l'Eglise ou Mystère de la Croix". Les vitraux n'ont toute leur vérité et toute leur splendeur qu'à l'intérieur de l'église et par temps de grand soleil. Ainsi du Don de Sagesse : il nous mène au cœur de la vie de l'Eglise et il nous dit que l'Eglise c'est surtout "Jésus-Christ répandu et communiqué" ; il nous mène au cœur de l'histoire humaine, et il nous montre que la vie sociale n'est heureuse que si elle se met à l'école de l'Evangile et de l'Eglise.

Que tous puissent recevoir, grâce au Saint Esprit, le sel de la Sagesse de Dieu, le sel de la Sagesse de l'Eglise, le sel de la Sagesse des Saints. Trône de la Sagesse, O Notre-Dame, obtenez-nous d'être des sages selon Dieu.

Un moine Abbaye de Fontgombault

samedi 09 février 2019

Prière dans la Cathédrale de Chartres - Charles Peguy

Prière de résidence

Ô reine voici donc après la longue route,
Avant de repartir par ce même chemin,
Le seul asile ouvert au creux de votre main,
Et le jardin secret où l’âme s’ouvre toute.

Voici le lourd pilier et la montante voûte ;
Et l’oubli pour hier, et l’oubli pour demain ;
Et l’inutilité de tout calcul humain ;
Et plus que le péché, la sagesse en déroute.

Voici le lieu du monde où tout devient facile,
Le regret, le départ, même l’événement,
Et l’adieu temporaire et le détournement,
Le seul coin de la terre où tout devient docile,

Et même ce vieux cœur qui faisait le rebelle ;
Et cette vieille tête et ses raisonnements ;
Et ces deux bras raidis dans les casernements ;
Et cette jeune enfant qui faisait trop la belle.

Voici le lieu du monde où tout est reconnu,
Et cette vieille tête et la source des larmes ;
Et ces deux bras raidis dans le métier des armes ;
Le seul coin de la terre où tout soit contenu.

Voici le lieu du monde où tout est revenu
Après tant de départs, après tant d’arrivées.
Voici le lieu du monde où tout est pauvre et nu
Après tant de hasards, après tant de corvées.

Voici le lieu du monde et la seule retraite,
Et l’unique retour et le recueillement,
Et la feuille et le fruit et le défeuillement,
Et les rameaux cueillis pour cette unique fête.

Voici le lieu du monde où tout rentre et se tait,
Et le silence et l’ombre et la charnelle absence,
Et le commencement d’éternelle présence,
Le seul réduit où l’âme est tout ce qu’elle était.

Voici le lieu du monde où la tentation
Se retourne elle-même et se met à l’envers.
Car ce qui tente ici c’est la soumission ;
Et c’est l’aveuglement dans l’immense univers.

Et le déposement est ici ce qui tente,
Et ce qui vient tout seul est l’abdication,
Et ce qui vient soi-même et ce qui se présente
N’est ici que grandesse et présentation.

C’est la révolte ici qui devient impossible,
Et ce qui se présente est la démission.
Et c’est l’effacement qui devient invincible.
Et tout n’est que bonjour et salutation.

Ce qui partout ailleurs est une accession
N’est ici qu’un total et sourd abrasement.
Ce qui partout ailleurs est un entassement
N’est ici que bassesse et que dépression.

Ce qui partout ailleurs est une oppression
N’est ici que l’effet d’un noble écrasement.
Ce qui partout ailleurs est un empressement
N’est ici qu’héritage et que succession.

Ce qui partout ailleurs est une rude guerre
N’est ici que la paix d’un long délaissement.
Ce qui partout ailleurs est un affaissement
Est ici la loi même et la norme vulgaire.

Ce qui partout ailleurs est une âpre bataille
Et sur le cou tendu le couteau du boucher,
Ce qui partout ailleurs est la greffe et la taille
N’est ici que la fleur et le fruit du pêcher.

Ce qui partout ailleurs est la rude montée
N’est ici que descente et qu’aboutissement.
Ce qui partout ailleurs est la mer démontée
N’est ici que bonace et qu’établissement.

Ce qui partout ailleurs est une dure loi
N’est ici qu’un beau pli sous vos commandements.
Et dans la liberté de nos amendements
Une fidélité plus tendre que la foi.

Ce qui partout ailleurs est une obsession
N’est ici sous vos lois qu’une place rendue.
Ce qui partout ailleurs est une âme vendue
N’est ici que prière et qu’intercession.

Ce qui partout ailleurs est une lassitude
N’est ici que des clefs sur un humble plateau.
Ce qui partout ailleurs est la vicissitude
N’est ici qu’une vigne à même le coteau.

Ce qui partout ailleurs est la longue habitude
Assise au coin du feu les poings sous le menton,
Ce qui partout ailleurs est une solitude
N’est ici qu’un vivace et ferme rejeton.

Ce qui partout ailleurs est la décrépitude
Assise au coin du feu les poings sur les genoux
N’est ici que tendresse et que sollicitude
Et deux bras maternels qui se tournent vers nous.

Nous nous sommes lavés d’une telle amertume,
Étoile de la mer et des récifs salés,
Nous nous sommes lavés d’une si basse écume,
Étoile de la barque et des souples filets.

Nous avons délavé nos malheureuses têtes
D’un tel fatras d’ordure et de raisonnement,
Nous voici désormais, ô reine des prophètes,
Plus clairs que l’eau du puits de l’ancien testament.

Nous avons gouverné de si modestes arches,
Voile du seul vaisseau qui ne périra pas,
Nous avons consulté de si pauvres compas,
Arche du seul salut, reine des patriarches.

Nous avons consommé de si lointains voyages,
Nous n’avons plus de goût pour les pays étranges.
Reine des confesseurs, des vierges et des anges,
Nous voici retournés dans nos premiers villages.

On nous en a tant dit, ô reine des apôtres,
Nous n’avons plus de goût pour la péroraison.
Nous n’avons plus d’autels que ceux qui sont les vôtres,
Nous ne savons plus rien qu’une simple oraison.

Nous avons essuyé de si vastes naufrages,
Nous n’avons plus de goût pour le transbordement,
Nous voici revenus, au déclin de nos âges,
Étoile du seul Nord dans votre bâtiment.

Ce qui partout ailleurs est de dispersion
N’est ici que l’effet d’un beau rassemblement.
Ce qui partout ailleurs est un démembrement
N’est ici que cortège et que procession.

Ce qui partout ailleurs demande un examen
N’est ici que l’effet d’une pauvre jeunesse.
Ce qui partout ailleurs demande un lendemain
N’est ici que l’effet de soudaine faiblesse.

Ce qui partout ailleurs demande un parchemin
N’est ici que l’effet d’une pauvre tendresse.
Ce qui partout ailleurs demande un tour de main
N’est ici que l’effet d’une humble maladresse.

Ce qui partout ailleurs est un détraquement
N’est ici que justesse et que déclinaison.
Ce qui partout ailleurs est un baraquement
N’est ici qu’une épaisse et durable maison.

Ce qui partout ailleurs est la guerre et la paix
N’est ici que défaite et que reddition.
Ce qui partout ailleurs est de sédition
N’est ici qu’un beau peuple et dès épis épais.

Ce qui partout ailleurs est une immense armée
Avec ses trains de vivre et ses encombrements,
Et ses trains de bagage et ses retardements,
N’est ici que décence et bonne renommée.

Ce qui partout ailleurs est un effondrement
N’est ici qu’une lente et courbe inclinaison.
Ce qui partout ailleurs est de comparaison
Est ici sans pareil et sans redoublement.

Ce qui partout ailleurs est un accablement
N’est ici que l’effet de pauvre obéissance.
Ce qui partout ailleurs est un grand parlement
N’est ici que l’effet de la seule audience.

Ce qui partout ailleurs est un encadrement
N’est ici qu’un candide et calme reposoir.
Ce qui partout ailleurs est un ajournement
N’est ici que l’oubli du matin et du soir.

Les matins sont partis vers les temps révolus,
Et les soirs partiront vers le soir éternel,
Et les jours entreront dans un jour solennel,
Et les fils deviendront des hommes résolus.

Les âges rentreront dans un âge absolu,
Les fils retourneront vers le seuil paternel
Et raviront de force et l’amour fraternel
Et l’antique héritage et le bien dévolu.

Voici le lieu du monde où tout devient enfant,
Et surtout ce vieil homme avec sa barbe grise,
Et ses cheveux mêlés au souffle de la brise,
Et son regard modeste et jadis triomphant.

Voici le lieu du monde où tout devient novice,
Et cette vieille tête et ses lanternements,
Et ces deux bras raidis dans les gouvernements,
Le seul coin de la terre où tout devient complice,

Et même ce grand sot qui faisait le malin,
(C’est votre serviteur, ô première servante),
Et qui tournait en rond dans une orbe savante,
Et qui portait de l’eau dans le bief du moulin.

Ce qui partout ailleurs est un arrachement
N’est ici que la fleur de la jeune saison.
Ce qui partout ailleurs est un retranchement
N’est ici qu’un soleil au ras de l’horizon.

Ce qui partout ailleurs est un dur labourage
N’est ici que récolte et dessaisissement.
Ce qui partout ailleurs est le déclin d’un âge
N’est ici qu’un candide et cher vieillissement.

Ce qui partout ailleurs est une résistance
N’est ici que de suite et d’accompagnement ;
Ce qui partout ailleurs est un prosternement
N’est ici qu’une douce et longue obéissance.

Ce qui partout ailleurs est règle de contrainte
N’est ici que déclenche et qu’abandonnement ;
Ce qui partout ailleurs est une dure astreinte
N’est ici que faiblesse et que soulèvement.

Ce qui partout ailleurs est règle de conduite
N’est ici que bonheur et que renforcement ;
Ce qui partout ailleurs est épargne produite
N’est ici qu’un honneur et qu’un grave serment.

Ce qui partout ailleurs est une courbature
N’est ici que la fleur de la jeune oraison ;
Ce qui partout ailleurs est la lourde armature
N’est ici que la laine et la blanche toison.

Ce qui partout ailleurs serait un tour de force
N’est ici que simplesse et que délassement ;
Ce qui partout ailleurs est la rugueuse écorce
N’est ici que la sève et les pleurs du sarment

Ce qui partout ailleurs est une longue usure
N’est ici que renfort et que recroissement ;
Ce qui partout ailleurs est bouleversement
N’est ici que le jour de la bonne aventure.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la réserve
N’est ici qu’abondance et que dépassement ;
Ce qui partout ailleurs se gagne et se conserve
N’est ici que dépense et que désistement.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la défense
N’est ici que liesse et démantèlement ;
Et l’oubli de l’injure et l’oubli de l’offense
N’est ici que paresse et que bannissement.

Ce qui partout ailleurs est une liaison
N’est ici qu’un fidèle et noble attachement ;
Ce qui partout ailleurs est un encerclement
N’est ici qu’un passant dedans votre maison.

Ce qui partout ailleurs est une obédience
N’est ici qu’une gerbe au temps de fauchaison ;
Ce qui partout ailleurs se fait par surveillance
N’est ici qu’un beau foin au temps de fenaison.

Ce qui partout ailleurs est une forcerie
N’est ici que la plante à même le jardin ;
Ce qui partout ailleurs est une gagerie
N’est ici que le seuil à même le gradin.

Ce qui partout ailleurs est une rétorsion
N’est ici que détente et que désarmement ;
Ce qui partout ailleurs est une contraction
N’est ici qu’un muet et calme engagement.

Ce qui partout ailleurs est un bien périssable
N’est ici qu’un tranquille et bref dégagement ;
Ce qui partout ailleurs est un rengorgement
N’est ici qu’une rose et des pas sur le sable.

Ce qui partout ailleurs est un efforcement
N’est ici que la fleur de la jeune raison ;
Ce qui partout ailleurs est un redressement
N’est ici que la pente et le pli du gazon.

Ce qui partout ailleurs est une écorcherie
N’est ici qu’un modeste et beau dévêtement ;
Ce qui partout ailleurs est une affouillerie
N’est ici qu’un durable et sûr dépouillement.

Ce qui partout ailleurs est un raidissement
N’est ici qu’une souple et candide fontaine ;
Ce qui partout ailleurs est une illustre peine
N’est ici qu’un profond et pur jaillissement.

Ce qui partout ailleurs se querelle et se prend
N’est ici qu’un beau fleuve aux confins de sa source,
Ô reine et c’est ici que toute âme se rend
Comme un jeune guerrier retombé dans sa course.

Ce qui partout ailleurs est la route gravie,
Ô reine qui régnez dans votre illustre cour,
Étoile du matin, reine du dernier jour,
Ce qui partout ailleurs est la table servie,

Ce qui partout ailleurs est la route suivie
N’est ici qu’un paisible et fort détachement,
Et dans un calme temple et loin d’un plat tourment
L’attente d’une mort plus vivante que vie.

mercredi 06 février 2019

La vie chrétienne est une marche

Chers pèlerins,

Vous voilà enfin rassemblés en compagnie de vos anges gardiens, présents eux aussi par milliers, que nous saluons avec affection et reconnaissance, au terme de cet ardent pèlerinage, plein de prières, de chants et de sacrifices, et déjà certains d'entre vous ont retrouvé la robe blanche de l'innocence baptismale. Quel bonheur !

Vous voilà rassemblés par une grâce de Dieu dans l'enceinte de cette cathédrale bénie, sous le regard de Notre-Dame de la Belle Verrière, une des plus belles images de la Très Sainte Vierge. Image devant laquelle nous savons que saint Louis est venu s'agenouiller après un pèlerinage accompli pieds nus. Est-ce que cela ne suffit pas à nous rendre le goût de nos racines chrétiennes et françaises ? Nous vous remercions, chers pèlerins, parce que, en l'honneur de cette Vierge sainte, vous vous êtes mis en marche par milliers, et ce sont des milliers de voix, sortant de milliers de poitrines, de tous les âges et de toutes les conditions, qui nous donnent ce soir la plus belle et la plus vivante image de la chrétienté. Nous vous remercions de vous présenter ainsi chaque année comme une parabole vivante ; car lorsque vous vous avancez au cours de ces trois jours de marche vers le sanctuaire de Marie, en priant et en chantant, vous exprimez la condition même de la vie chrétienne qui est d'être un long pèlerinage et une longue marche vers le paradis ! Et cette marche aboutit dans l'église, qui est l'image du sanctuaire céleste.

La vie chrétienne est une marche, souvent douloureuse, passant par le Golgotha, mais éclairée par les splendeurs de l'Esprit. Et qui débouche dans la gloire. Ah ! on peut bien nous persécuter, cependant j'interdis qu'on nous plaigne. Car nous appartenons à une race d'exilés et de voyageurs, douée d'un prodigieux pouvoir d'intervention, mais qui refuse - c'est sa religion - de laisser détourner son regard des choses du Ciel. N'est-ce pas ce que nous chanterons tout à l'heure à la fin du Credo : Et exspecto, - et j'attends - Vitam venturi sæculi, - la vie du siècle à venir. Oh ! non pas un âge d'or terrestre, fruit d'une évolution supposée, mais le vrai paradis de Dieu dont Jésus parlait en disant au bon larron : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis ! »

Si nous cherchons à pacifier la terre, à embellir la terre, ce n'est pas pour remplacer le Ciel, c'est pour lui servir d'escabeau. Et si un jour, face à la barbarie montante, nous devions prendre les armes en défense de nos cités charnelles, c'est parce qu'elles sont, comme le disait notre cher Péguy, « l'image et le commencement et le corps et l'essai de la maison de Dieu ». Mais avant même que ne sonne l'heure d'une reconquête militaire, n'est-il pas permis de parler de croisade, du moins lorsqu'une communauté se trouve menacée dans ses familles, dans ses écoles, dans ses sanctuaires, dans l'âme de ses enfants ? Aussi bien, chers amis, nous n'avons pas peur de la révolution : nous craignons plutôt l'éventualité d'une contre-révolution sans Dieu !

Ce serait rester enfermés dans le cycle infernal du laïcisme et de la désacralisation ! Il n'y a pas de mot pour signifier l'horreur que doit nous inspirer l'absence de Dieu dans les institutions du monde moderne ! Voyez l'ONU : architecture soignée, aula gigantesque, drapeaux des nations qui claquent dans le ciel. Pas de crucifix !

Le monde s'organise sans Dieu, sans référence à son Créateur. Immense blasphème ! Entrez dans une école d'État . les enfants y sont instruits sur tout. Silence sur Dieu ! Scandale atroce ! Mutilation de l'intelligence, atrophie de l'âme - sans parler des lois permettant le crime abominable de l'avortement.

Ce qu'il y a de plus triste, mes chers frères, et de plus honteux, c'est que la masse des chrétiens finit par s'habituer à cet état de chose. Ils ne protestent pas ; ils ne réagissent pas. Ou bien, pour se donner une excuse, ils invoquent l'évolution des moeurs et des sociétés. Quelle honte !

Il y a quelque chose de pire que le reniement déclaré, disait l'un des nôtres, c'est l'abandon souriant des principes, le lent glissement avec des airs de fidélité. Est-ce qu'une odeur putride ne se dégage pas de la civilisation moderne ?

Eh bien ! contre cette apostasie de la civilisation et de l'État qui détruit nos familles et nos cités, nous proposons un grand remède, étendu au corps tout entier ; nous proposons ce qui est l'idée-force de toute civilisation digne de ce nom : la chrétienté !

Qu'est-ce que la chrétienté ? Chers pèlerins, vous le savez et vous venez d'en faire l'expérience : la chrétienté est une alliance du sol et du ciel ; un pacte, scellé par le sang des martyrs, entre la terre des hommes et le paradis de Dieu ; un jeu candide et sérieux, un humble commencement de la vie éternelle. La chrétienté, mes chers frères, c'est la lumière de l'Évangile projetée sur nos patries, sur nos familles, sur nos moeurs et sur nos métiers. La chrétienté, c'est le corps charnel de l'Eglise, son rempart, son inscription temporelle. La chrétienté, pour nous autres Français, c'est la France gallo-romaine, fille de ses évêques et de ses moines ; c'est la France de Clovis converti par sainte Clotilde et baptisé par saint Rémi ; c'est le pays de Charlemagne conseillé par le moine Alcuin, tous deux organisateurs des écoles chrétiennes, réformateurs du clergé, protecteurs des monastères. La chrétienté, pour nous, c'est la France du XIIe siècle, couverte d'un blanc manteau de monastères, où Cluny et Cîteaux rivalisaient en sainteté, où des milliers de mains jointes, consacrées à la prière, intercédaient nuit et jour pour les cités temporelles !

C'est la France du XIIIe siècle, gouvernée par un saint roi, fils de Blanche de Castille, qui invitait à sa table saint Thomas d'Aquin, tandis que les fils de saint Dominique et de saint François s'élançaient sur les routes et dans les cités, prêchant l'Évangile du Royaume. La chrétienté, en Espagne, c'est saint Ferdinand, le roi catholique, c'est Isabelle de France, soeur de saint Louis, rivalisant avec son frère en piété, en courage et en .intelligente bonté.

La chrétienté, chers pèlerins, c'est le métier des armes, tempéré et consacré par la chevalerie, la plus haute incarnation de l'idée militaire ; c'est la croisade où l'épée est mise au service de la foi, où la charité s'exprime par le courage et le sacrifice. La chrétienté, c'est l'esprit laborieux, le goût du travail bien fait, l'effacement de l'artiste derrière son oeuvre. Connaissez-vous le nom des auteurs de ces chapiteaux et de ces verrières ?

La chrétienté, c'est l'énergie intelligente et inventive, la prière traduite en action, l'utilisation de techniques neuves et hardies. C'est la cathédrale, élan vertigineux, image du ciel, immense vaisseau où le chant grégorien unanime s'élève, suppliant et radieux, jusqu'au sommet des voûtes pour redescendre en nappes silencieuses dans les cours pacifiés. La chrétienté, mes frères, - soyons véridiques - c'est aussi un monde menacé par les forces du mal ; un monde cruel où s'affrontent les passions, un pays en proie à l'anarchie, le royaume des lis saccagé par la guerre, les incendies, la famine, la peste qui sème la mort dans les campagnes et dans les cités. Une France malheureuse, privée de son roi, en pleine décadence, vouée à l'anarchie et au pillage. Et c'est dans cet univers de boue et de sang que l'humus de notre humanité pécheresse, arrosé par les larmes de la prière et de la pénitence, va faire germer la plus belle fleur de notre civilisation, la figure la plus pure et la plus noble, la tige la plus droite qui soit née sur notre sol de France : Jeanne de Domrémy !

Sainte Jeanne d'Arc achèvera de nous dire ce qu'est une chrétienté. Ce n'est pas seulement la cathédrale, la croisade et la chevalerie ; ce n'est pas seulement l'art, la philosophie, la culture et les métiers des hommes montant vers le trône de Dieu comme une sainte liturgie. C'est aussi et surtout la proclamation de la royauté de Jésus-Christ sur les âmes, sur les institutions et sur les moeurs. C'est l'ordre temporel de l'intelligence et de l'amour soumis à la très haute et très sainte royauté du Seigneur Jésus.

C'est l'affirmation que les souverains de la terre ne sont que les lieutenants du roi du Ciel. « Le royaume n'est pas à vous, dit Jeanne d'Arc au Dauphin. Il est à Messire. - Et quel est votre Sire ? demande-t-on à Jeanne. - C'est le roi du Ciel, répond la jeune fille, et il vous le confie afin que vous le gouverniez en son nom. »

Quel élargissement de nos perspectives ! Quelle vision grandiose sur la dignité de l'ordre temporel ! En un trait saisissant, la bergère de Domrémy nous livre la pensée de Dieu sur le règne intérieur des nations.

Car les nations, - et la nôtre en particulier - sont des familles aimées de Dieu, tellement aimées que Jésus-Christ, les ayant rachetées et lavées de son sang, veut encore régner sur elles d'une royauté toute de paix, de justice et d'amour qui préfigure le Ciel.
« France, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » interrogeait le pape il y a cinq ans.

Très Sainte Vierge Marie, Notre-Dame de France, Notre-Dame de Chartres, nous vous demandons de guérir ce peuple infirme, de lui rendre sa pureté d'enfant, son honneur de fils. Nous vous demandons de lui rendre sa vocation terrienne, sa vocation paysanne, ses familles nombreuses penchées avec respect et amour sur la terre nourricière. Cette terre qui a su produire, au cours des siècles, un pain honnête et des fruits de sainteté.

Très Sainte Vierge, rendez à ce peuple sa vocation de soldat, de laboureur, de poète, de héros et de saint. Rendez-nous l'âme de la France !

Délivrez-nous de ce fléau idéologique qui violente l'âme de ce peuple. Ils ont chassé les crucifix des écoles, des tribunaux et des hôpitaux. Ils font en sorte que l'homme soit éduqué sans Dieu, jugé sans Dieu et qu'il meure sans Dieu !

C'est donc à une croisade et à une reconquête que nous sommes conviés. Reconquérir nos écoles, nos églises, nos familles.

Alors, un jour, si Dieu nous en fait la grâce, nous verrons au terme de nos efforts, venir à nous le visage radieux et tant aimé de celle que nos anciens appelaient la douce France. La douce France, image de la douceur de Dieu !
Nous sera-t-il permis, ce soir, devant quelques milliers de pèlerins de parler de la douceur de Dieu ?
C'est une moine qui vous parle. Et la douceur de Dieu, vous le savez, récompense au delà de toute prévision les combats que ses serviteurs livrent pour le Royaume. Douceur paternelle de Dieu. Douceur du crucifié ! O douce Vierge Marie, enveloppez d'un manteau de douceur et de paix nos âmes affrontées à de durs combats. L'an prochain, c'est à toute la chrétienté que nous donnons rendez-vous aux pieds de Notre-Dame de Chartres, qui sera désormais notre Czestochowa national. Que le Saint-Esprit vous illumine, que la Très Sainte Vierge vous garde et que l'armée des anges vous protège.

Ainsi soit-il !

Hoémlie de Dom Gérard - 1985

mardi 05 février 2019

Le création du pèlerinage en 1982 par Rémi Fontaine

" C'est donc au Mesnil-Saint-Loup, que Bernard Antony, fondateur et président du Centre Charlier, m'a demandé de concevoir et d'organiser, pour les trois jours de la Pentecôte, ce pèlerinage à pied de Paris à Chartres, baptisé «de chrétienté», avec l'équipe de jeunes que comprenait alors le Centre – citons notamment Bernard Long, Alain Brossier, François-Xavier Guillaume (=), François-Xavier Renaud, Maurice Rémond... - auxquels Max Champoiseau bien sûr, les frères Le Morvan et beaucoup d'autres apportèrent leur précieux renfort. 

La première édition du pèlerinage contenait déjà les constantes et les idées qui seront reprises dans les suivantes, même si elles se sont précisées avec le temps. La marche pendant trois jours en chapitres, soutenus par une logistique sans faille (grâce à Max Champoiseau), avec deux nuits de bivouac, en constituait la trame matérielle. Quant à l'intention, d'emblée le pèlerinage de chrétienté se présentait comme un pèlerinage de tradition organisé par des laïcs engagés dans le temporel, à la fois dans une volonté de résistance nationale et chrétienne (à l'exemple de Czestochowa) et dans un esprit missionnaire et de réconciliation.

Le pèlerinage devait se nourrir de plusieurs inspirations : l'héritage des Charlier et de Péguy bien sûr, avec la tradition étudiante (entretenue alors par le MJCF), mais aussi la tradition scoute (avec l'exemple du Puy notamment, en 1942), celle des "pèlerinages majeurs" comme Compostelle et surtout l'exemple contemporain de Czestochowa en Pologne dont quelques-uns d'entre nous revenaient, émerveillés par la ferveur d'un peuple qui associe sa marche religieuse au sort de la nation.

CHRÉTIENTÉ, TRADITION, MISSION

Ces trois concepts pris ensemble simultanément, mais non sans un certain ordre, comme les volets d'un triptyque, allaient cependant, dès le début et jusqu'à aujourd'hui, en faire un pèlerinage spécifique, unique en son genre dans le monde contemporain, et certainement «dérangeant» pour les cléricaux de l'aggiornamento conciliaire comme pour ceux (dans une moindre mesure) d'un certain conservatisme. 

Rémi Fontaine - Conférence aux Assises Nationales de Notre Dame de Chrétienté - 8 déc 2001

Dimanche 03 février 2019

Pourquoi bénit-on les chandelles ?

Nous fêtons aujourd’hui la « chandeleur »… et dans « Chandeleur », il y a chandelle. Le prêtre bénit ces petits cierges avant de faire une belle procession. Ces chandelles sont allumées durant l'Evangile et le Canon. Ensuite, vous les gardez, et elles sont allumées au chevet des malades ou des mourants, ou lors des intempéries... (La neige, par exemple)

Pourquoi une chandelle bénie? « Sa cire blanche représente le Corps très pur de Jésus - la mèche unie à la cire représente son Ame unie à son Corps - la flamme qui consume l’un et l’autre représente la Divinité de Jésus ». Cette belle lumière représente Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, la vraie lumière du monde.

40 jours après Noël nous faisons une procession dans l’église pour rappeler l’entrée du Seigneur Jésus, porté par la Sainte Vierge et St Joseph dans le Temple. La présentation de Jésus au Temple est comme l'offertoire. Offertoire de son sacrifice. Offertoire de la Croix, de la Messe.

Le sacrifice est une chose rendue sacrée, par une action sacrée. L'acte le plus fort, le plus haut, le plus noble de la religion, de la relation entre l'homme et Dieu. La finalité, le but d'un sacrifice, c'est tout simplement d'être accepté par celui à qui on l'offre. Que cette offrande puisse entrer dans le monde de Dieu, dans son domaine. Ce que représente le Temple. Seulement, voilà... Il y a le péché originel. Et depuis, rien ni personne n'entre dans l'autre Jérusalem céleste, ce temple invisible où Dieu habite. Nulle créature humaine n'a accès et faveur auprès de Dieu. Personne ne peut plus offrir à Dieu le culte agréable auquel Il a droit. Jésus rend cela possible, de nouveau. Il atteint ce but. Sur la croix, sur l'autel. Par la Passion, par la Messe. Adorer Dieu, lui rendre grâce. Et puis, pour nous, obtenir la rémission des péchés et demander les biens spirituels et temporels nécessaires à notre salut.

Pourquoi est-ce si important, cela? Deux choses constituent le sacrifice : la réalité offerte à Dieu, et la disposition de celui qui offre. Sous ces 2 rapports, Jésus offre un sacrifice parfait. Car Il est offert à Dieu : Il est l'Hostie immaculée, la victime sainte. Il est l'Agneau de Dieu, l'agneau immaculé. Mais aussi, Il s'offre à Dieu :  Il est le prêtre parfait. Dès le premier instant de sa vie humaine, Jésus s’offre Lui-même à Dieu. Jésus Enfant ne parle pas encore, mais avant la parole sur ses lèvres, il y a cette offrande d'amour parfait en son Sacré Coeur. « Vous n’avez voulu ni sacrifices ni holocaustes, vous n’avez pas accepté les oblations. Mais vous m’avez donné un corps. Alors j’ai dit, me voici, ô Dieu, je viens pour accomplir votre volonté ». Et en voyant cette disposition parfaite de son Fils unique, le Père répond ; « Tu es mon Fils, mon Fils bien aimé, Tu as toute ma faveur, mon agrément ».

Un jour du temps, ce sacrifice est intérieur et extérieur, il est complet, lorsque son Heure est venue ; c'est... La Croix. Tous les jours du temps ensuite, ce sacrifice complet renouvelé sur l'autel est parfait, car c'est le même Jésus qui est offert, et qui offre ; c'est... La Messe. Déjà, au Temple, Jésus s’offre en sacrifice pour nous sauver. Il commence son sacrifice intérieurement, Il en célèbre l'Offertoire. Déjà Il nous rachète.

En résumé, donc… Pour qu'il y ait sacrifice, il faut qu'il y ait agrément, acceptation du côté du destinataire, Dieu. Le seul apte à offrir un sacrifice parfait, accepté en justice par Dieu, c'est Jésus. Notre sacrifice n'est acceptable devant Dieu que parce qu'il rejoint celui du Christ.

Cette jonction nécessaire, c'est à l'Offertoire qu'elle s'opère : « Que NOTRE sacrifice s'accomplisse aujourd'hui devant Vous, de manière à vous être agréable … Venez Dieu tout puissant et éternel, sanctificateur, et bénissez CE sacrifice préparé pour votre Saint Nom … Priez mes frères pour que MON sacrifice qui est aussi LE VÔTRE soit acceptable devant Dieu. Que le Seigneur reçoive de vos mains LE sacrifice, pour la louange et la gloire de son Nom, pour notre profit et celui de toute l'Eglise».

Cette jonction de Dieu et de nous rendue possible est un point névralgique de la foi : cette alliance rétablie dans l'unique médiation, l'unique sacrifice de Jésus. Alors, il nous est donné de partager l'émerveillement du vieillard Syméon, et de goûter un peu mieux le mystère de la Messe et de sa liturgie. Simple préférence esthétique ? Bonne pratique parce qu'obligatoire ? Non... C'est beau parce que c'est vrai. C'est obligé parce que c'est bien, c'est parfait même.

Ne regrettez pas un seul des efforts faits pour assister à la Messe, pour venir au pied de l'autel. Le dimanche, mais aussi en semaine. Ne regrettez pas un seul des sacrifices consentis ensuite pour vivre et demeurer "en état de Messe" (Bienheureux Père SEVIN, SJ).

 

Abbé Garnier – 3 février 2019

samedi 02 février 2019

Histoire et Tradition de la Chandeleur

À l'occasion de la Chandeleur, toutes les bougies de la maison devraient être allumées. C’est aussi le jour où l’on défait la crèche, puisque c’est la dernière fête qui constitue le cycle de la Nativité.

Fête de la purification de la Vierge (Février, vient de februare qui signifie purifier), de la Présentation de Jésus au Temple et de sa reconnaissance par Syméon comme "Lumière d'Israël, la Chandeleur a lieu 40 jours après Noël et se manifeste par une bénédiction des cierges suivie d’une procession dans l’église, les fidèles étant amenés à rapporter la chandelle chez eux pour habiter leur foyer de la Lumière du Christ.

Le nom de cette fête « Chandeleur », ou « fête des chandelles », a une origine latine et païenne : la festa candelarum  qui fait mémoire de la recherche au cœur de ténèbres, éclairée par une torche, de la déesse de la Lumière Perséphone enlevée par le roi Hadès , par sa mère la déesse de la Vie Déméter . La fête des chandelles symbolise le retour de la Lumière., expression dans laquelle on retrouve candela qui signifie la chandelle.

Chez les romains , on fêtait également les Lupercales aux environs du 15 février , fêtes inspirées de Lupercus , dieu de la fécondité et des troupeaux. On associe aussi la Chandeleur à la sortie de l’hibernation de l’Ours chez les germains et les scandinaves à la fin du mois de Janvier dans la majeure partie de l’Europe. Il s’agissait du moment où l’ours sortait de sa tanière pour voir si le temps était clément. Cette fête était caractérisée par des déguisements ou travestissements en ours, et des simulacres de viols ou d’enlèvements de jeunes filles.

 Même si la Présentation de Jésus au temple était déjà célébrée dès le IVème siècle à Jérusalem, le pape Gélase 1er, pour éradiquer ces cultes païens lui  donne un nouvel essor dès 472 en organisant le 2 février le fête des chandelles, reprenant les  processions aux flambeaux païennes, mais cette fois symbolisant la Lumière du Christ. En 1372 , cette fête sera également associée à la Purification de la Vierge, autrement dit ses relevailles . L’origine de la fête païenne a perduré dans le vocable utilisé car Du xiie au xviiie siècle, la chandeleur était encore appelée « chandelours » dans de nombreuses régions (notamment Alpes, Pyrénées, Ardennes)  où le souvenir du culte de l'ours était encore très présent.

Pourquoi fait-on des crêpes ?

La tradition attribue cette coutume au pape Gélase 1er  qui faisait distribuer des crêpes aux pèlerins arrivant à Rome, mais on peut aussi voir dans cette cérémonie la coutume des Vestales  qui lors des Lupercales faisaient l'offrande de gâteaux préparés avec le blé de l'ancienne récolte pour que la suivante soit bonne. 

Les crêpes avec leur forme ronde et leur couleur dorée rappelleraient le soleil enfin de retour après la nuit de l'hiver, ce qui expliquerait que l'on confectionne des crêpes à ce moment de l'année où les jours s'allongent de plus en plus vite. C’est également la période à laquelle les semailles d’hiver commençaient. On se servait donc de la farine excédentaire pour confectionner ces crêpes, qui sont un symbole de prospérité pour l’année à venir.

A la coutume des crêpes, s’associe celle de la pièce d'or : les paysans faisaient sauter la première crêpe avec la main droite tout en tenant une pièce d'or dans la main gauche. Ensuite, la pièce d'or était enroulée dans la crêpe avant d'être portée en procession par toute la famille jusque dans la chambre où on la déposait en haut de l'armoire jusqu'à l'année suivante.

Bonne fête de la Chandeleur ! 

vendredi 01 février 2019

D'où vient le pèlerinage de Chartres?

 

Nous sommes en 1852...

"Le jeune curé de Mesnil-Saint-Loup en était donc là, faisant de vigoureux, efforts pour remuer le petit pays qui lui avait été confié dans la froide Champagne, mais ne parvenant pas encore à le saisir pour le retourner, quand un facteur surnaturel intervint qui changea la face des choses. 


Durant la troisième année de son pastorat, il se décida, avec la permission de son évêque, à partir pour Rome. Il était profondément romain. Il voulait implorer une bénédiction du Souverain Pontife sur son ministère. Il se met en route. 
Tout à coup, au début même de son voyage, une lumière très vive se fait dans son esprit. Il se sent formellement invité à demander au Pape, qui était alors Pie IX, non pas une simple bénédiction, mais le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance pour la Vierge honorée dans son église. L’autorité de l’intimation d’en haut excluait toute hésitation. L’abbé André n’hésita pas ; il s’arma d’une foi, d’une confiance intrépide. Il se présenta devant Pie IX, il lui exposa son humble et filiale requête, et contre toute vraisemblance, par-dessus toutes les règles établies, il obtint tout ce que comportait cette requête: tout, le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, une fête en son honneur pour la paroisse de Mesnil-Saint-Loup, et une indulgence plénière pour la fête. C’était complet. 


Il revint en sa paroisse que la sainte Vierge lui rendait si chère. Il avait reçu le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance le 5 juillet 1852 ; il attendit au 15 août pour divulguer son précieux trésor, pour annoncer le don fait à la paroisse du nom et du patronage béni de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. En quels termes fit-il cette communication ? Son coeur débordait tellement, que son auditoire fondit en larmes et en sanglots. Puis on pria, on invoqua Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Les invocations furent multiples : mais il en est une qui se dégagea des autres, qui jaillit par-dessus toutes les autres, qui fut adoptée par tous les coeurs. Cette invocation fut la suivante : Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous. 


Désormais toute la vie du jeune curé fut suspendue à ce titre, à cette invocation, qui produisit des merveilles de grâce. Il se fit des conversions admirables : véritables transformations d’âmes, retournements de bas en haut, de tout en tout. Elles ne firent pas la majorité dans la paroisse ; toutefois il y en eut tout d’abord un bon nombre, et ce nombre s’accrut. C’était une vie nouvelle, qui partait du fond des coeurs, qui s’exprimait par une humble contrition et d’ardentes prières, qui se déclarait prête à tout faire de ce qui plairait à Dieu. 


Le jeune pasteur était confondu à ce spectacle qui le ravissait. Voilà donc l’oeuvre de Dieu marquée au coin de la vérité. Ce n’était plus un retour superficiel ; c’était une vraie conversion qui rompt les attaches du péché et qui gravite en s’élevant toujours dans l’amour de Dieu. C’était bien évidemment le salut pour les âmes. Il était fixé : désormais il travaillerait purement dans le sens de la sainte espérance. Le facteur surnaturel qui l’inspire, qui le dirige, qui lui apprend ce qui plaît à Dieu, qui lui donne de le réaliser, c’est Marie elle-même sous le nom de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Ce nom est un programme: toujours les visées de l’éternité ! 


L’âme n’est acquise à Dieu que si elle le prend pour sa fin dernière, si elle met le monde de côté, si elle s’étudie par-dessus tout à lui plaire. Tant que l’âme n’en est pas là, rien n’est encore fait. Ah ! ne diminuons pas la capitale importance que revendique Marie, Mère de la sainte espérance dans la formation pastorale du père Emmanuel. Il nous crie avec force : « Sans elle, je n’étais rien, je ne voyais pas, je ne pouvais pas. Si j’ai fait quelque chose, c’est par elle que je l’ai fait. Elle m’a donné de comprendre ce que c’est qu’un chrétien, de travailler dans le sens du baptême, de mettre en valeur les richesses qu’il contient. Ayant eu des chrétiens, j’ai eu une chrétienté. Auparavant, j’avais à façonner une matière amorphe, des hommes faisant quelques œuvres chrétiennes mais païens d’âme. Dieu a fait surgir de ce fond obscur et troublé une terre ferme et consistante, apte à fructifier pour la vie éternelle. » 
La dévotion à Notre-Dame de la Sainte-Espérance fit éclore une confrérie, qui ne tarda pas à être érigée en archiconfrérie. Elle fut dénommée : De la prière perpétuelle à Notre-Dame de la Sainte-Espérance. Elle se composait de séries de douze associés chacune, auxquels on assignait les douze heures du jour et même de la nuit, et qui prenaient l’engagement de dire chacun à son heure la prière : Notre-Dame de la Sainte-Espérance, convertissez-nous, avant et après un Ave Maria. Il arrivait que par le roulement des heures la prière ne cessait pas, qu’elle était vraiment perpétuelle, les associés la disant alternativement les uns pour les autres. Elle réalisait pour Marie une Laus perennis (louange perpétuelle) qui rappelait la Laus perennis des anciens moines. Cette archiconfrérie devint l’instrument d’innombrables grâces de conversions (…), son développement fut d’autant plus merveilleux, qu’il se fit sans réclame et sans bruit. C’était comme un parfum céleste qui se répandait d’âme en âme. On était profondément touché, on priait, on pleurait, dans un sentiment de contrition sans doute, mais aussi par l’infusion d’une joie inconnue à la terre. Le père Emmanuel appelait l’invocation : La petite prière que l’on pleure. C’était une prise de contact avec le Coeur immaculé et tout aimant de Marie. 
L’extension rapide de l’archiconfrérie fut pour le jeune curé l’occasion d’un travail énorme, mais combien joyeux ! Certaines semaines, il n’enregistra guère moins de cent séries : c’était un millier de noms à inscrire avec indication de leur provenance, un millier de billets à rédiger et à distribuer, toute une correspondance à tenir. L’intrépide serviteur de Marie faisait face à tout d’une manière qui tenait du prodige. 

Cette histoire racontée par Dom Bernard Maréchaux en 1925 nous conduit en 1982, dans ce même village du Mesnil Saint-Loup lors de l'Université d'été du Centre Henri et André Charlier où prit corps l'idée de relancer un pèlerinage à pied, de Paris à Chartres, sur les pas de Charles Péguy et de tous ceux qui l'avaient précédé. Ce pèlerinage, "pour que France et Chrétienté continuent", était marqué par l'exemple de la résistance spirituelle polonaise autour du pèlerinage de Czestochowa. 
C'est tout naturellement que les fondateurs placèrent le pèlerinage sous la protection de Notre-Dame de la Sainte-Espérance. C'est pourquoi, depuis 37 ans, la Sainte Vierge est honorée et invoquée lors de notre pèlerinage par les paroles mêmes jaillies du coeur inspiré du Père Emmanuel : Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous ! 

La Sainte Vierge demande à son divin Fils les miracles qu'Il veut faire pour nous. Miracles d'abord de conversion. Mais aussi « miracles » d'engagement pour la Cité Catholique ou la Chrétienté, car Notre-Dame sait bien combien la paix véritable dans les sociétés civiles est nécessaire pour la conversion du plus grand nombre

 

jeudi 31 janvier 2019

la vie humaine et ses valeurs doivent toujours être le principe et l'objectif de l'économie.

En plus du postulat de base qu’est de placer l’homme au centre de son dispositif, pour être humaine l’économie se doit d’être une économie de besoins, c'est-à-dire d’abord ordonnée à la satisfaction des besoins primordiaux de l’homme (nourriture, vêtements, logement, santé, culture, éducation…) et non pas une économie de faux besoins. Il s’agit avant tout de « proportionner la production à la consommation, sagement mesurée aux besoins et à la dignité de l’homme » (Pie XII).  

Ce n’est donc pas la production pour l’argent et le profit comme dans le capitalisme, de même que ce n’est pas la production pour la puissance de l’Etat comme dans l’économie de l’Etat totalitaire. Ce n’est pas non l’homme au service de la production qui le rabaisserait à l’état d’objet.

Dans son discours auprès des jeunes entrepreneurs le 20 Mai 2007, le pape Benoît XVI rappelle de manière lumineuse la finalité de l’économie : «  Il est indispensable que la référence ultime de chaque intervention économique soit le bien commun et la satisfaction des attentes légitimes de l'être humain. En d'autres termes, la vie humaine et ses valeurs doivent toujours être le principe et l'objectif de l'économie. Dans cette optique, la fonction du profit, comme indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise, acquiert sa juste valeur. Le Magistère social de l'Eglise en reconnaît l'importance, en soulignant dans le même temps la nécessité de sauvegarder la dignité des personnes qui, à divers titres, participent à l'entreprise. Même dans les moments de crise majeure, le critère qui gouverne les choix de l'entreprise ne peut être uniquement la promotion d'un plus grand profit. Le Compendium affirme à ce propos:  "Les entrepreneurs et les dirigeants ne peuvent pas tenir compte exclusivement de l'objectif économique de l'entreprise, des critères de l'efficacité économique, des exigences du soin du "capital" comme ensemble de moyens de production:  leur devoir précis est également le respect concret de la dignité humaine des travailleurs qui œuvrent dans l'entreprise". "Ces derniers - poursuit le texte - constituent le "patrimoine le plus précieux de l'entreprise", le facteur décisif de la production. Lors des grandes décisions stratégiques et financières, d'achat ou de vente, de réduction ou de fermeture d'usines, dans la politique des fusions, on ne peut pas se limiter exclusivement à des critères de nature financière ou commerciale" (n. 344). Il est nécessaire que le monde du travail redevienne  le milieu dans lequel l'homme puisse réaliser ses potentialités, en mettant à profit ses capacités et sa créativité personnelle, et il dépend en grande partie de vous, entrepreneurs, que soient mises en place les conditions les plus favorables pour que cela ait lieu. Il est vrai que tout cela n'est pas facile, le monde du travail étant marqué par une crise profonde et persistante, mais je suis certain que vous n'épargnerez pas vos efforts pour sauvegarder l'emploi, en particulier des jeunes. Afin de construire leur avenir avec confiance, ils doivent en effet pouvoir compter sur une source de revenus sûrs pour eux et leurs proches. (…) Un autre thème important que vous avez souligné est le phénomène complexe de la mondialisation. Un phénomène qui, d'une part, alimente l'espérance d'une participation plus vaste au développement et à la diffusion du bien-être, grâce à la redistribution de la production à une échelle mondiale, mais qui, de l'autre, présente divers risques liés aux nouvelles dimensions des relations commerciales et financières, qui vont dans la direction d'un accroissement de l'écart entre la richesse économique de quelques personnes et la pauvreté croissante de la majeure partie d'entre elles. Il faut, comme l'affirma de manière incisive mon Prédécesseur Jean-Paul II, "assurer une mondialisation dans la solidarité, une mondialisation sans marginalisation" (Message pour la Journée mondiale de la Paix 1998, n. 3) ».

Utopie ou objectif possible ? La mission du Pape est de rappeler aux hommes, au nom de la morale, ce qui doit être, du moins l’idéal vers lequel il faut tendre le plus possible. Si cela parait utopiste dans une réalisation à court terme, il n’en reste pas moins que les nécessités matérielles d’un peuple, le constat évident de devoir d’utiliser de manière plus rationnelle les ressources naturelles, ne peuvent que conduire un jour où l’autre les dirigeants à revenir à plus de raison.

mercredi 30 janvier 2019

L'économie humaine au coeur du grand débat ?

Au cœur du grand débat, il semble urgent de redéfinir les fondamentaux de l'économie humaine.

On ne peut parler d’approche humaine sans hommes, si bien que le premier critère semble celui du primat de l’homme dans le dispositif économique. L’économie ne doit pas se résumer à une mécanique ou une science, elle doit encore moins conduire à la financiarisation car la productivité ou la richesse, même si elles sont nécessaires pour assurer une répartition suffisante, ne doivent en aucun cas être une fin en soi. Il y a un ordre à respecter : l’homme au centre, l’économie à son service. Pie XII met en garde contre le désordre si « cette productivité est obtenue par une concurrence effrénée et par un usage sans scrupule de la richesse ou par l’oppression et l’exploitation despotiques du travail et des besoins particuliers au profit de l’Etat ».  

Pourquoi l’homme doit-il être premier dans le dispositif ? Parce que sa nature humaine et sa personne sont dignes. L’économie humaine est donc celle qui tient compte de son être corporel (besoin de nourriture, d’hygiène, de santé, de repos), de son être spirituel et raisonnable (vie spirituelle, morale, culturelle, religieuse qui l’empêche de devenir esclave de ses instincts, qui l’élèvent pour devenir homme et vivre sa filiation avec Dieu) et de son être social (basé sur la solidarité qu’il entretient au sein de sa famille, ses amis, sa vie professionnelle et associative, son pays, et de manière plus générale, le monde).

Enfin, une économie humaine est celle qui rend l’homme LIBRE de s’entendre et de s’unir avec les autres hommes dans le choix des moyens pour tendre ensemble au vrai but de l’économie sociale, celui du bien commun, loin de toute forme de domination ou centralisation qui ne tiendraient pas compte des différences locales, régionales et/ou qui n’associeraient pas assez les membres de la communauté nationale à la construction de la Cité.

mardi 29 janvier 2019

Comment réagir face aux inégalités ?

Le principe absolu de l’égalité entre les hommes a beau être une vérité pleine et entière, nous ne pouvons que constater des inégalités quotidiennes dans tous les domaines qui semblent déstabiliser le principe de base, voire lui faire perdre toute crédibilité.

A commencer par les inégalités individuelles puisque nous naissons avec des différences de sexe, de santé, de force, d’intelligence, de talent…qui viennent se complexifier avec les inégalités de fonctions (publiques, privées) qu’implique la bonne organisation d’une société, et celles des biens (matériels, culturels, de positions sociales, réseaux et relations...). On peut y ajouter les inégalités cde malice qui font que la vie profite parfois (ou souvent) mieux aux profiteurs sans scrupule, inhumains, qui arrivent à leurs fins par tous les moyens, ceci étant encore renforcé par l’inégalité de répartition des richesses et des biens sur la terre.

Alors que propose la Doctrine Sociale pour appréhender ces inégalités ? Elle va toujours chercher à découvrir ce qu’est le plan de Dieu…

En ce qui concerne l’inégalité des sexes, la Doctrine Sociale de l’Eglise affirme l’égalité des hommes et des femmes dans leur dignité de personne mais voit en chacun des dons différents et complémentaires, générant des rôles distincts. C'est tout le contraire du féminisme dont la lutte repose sur l'opposition (combat pour l'égalitarisme), là où l'Eglise parle de communion basée sur l'égalité fondamentale. Il en est de même pour les inégalités liées à l’intelligence, la force, l’âge…particulièrement portées par le pontificat de Saint Jean-Paul II et dont nous voyons aujourd'hui plus encore tous les enjeux (avortement, eugénisme, euthanasie, transhumanisme...).

Pour ce qui est des inégalités sociales, liées aux différences de fonctions et de professions dans la société, l’Eglise les reconnait utiles et bienfaisantes, dès lors que la justice et la charité sont respectées : « dans un peuple digne de ce nom, toutes les inégalités, qui dérivent non du libre caprice, mais de la nature même des choses, inégalités de culture, d’avoirs, de position sociale, sans préjudice bien entendu de la justice et de la charité mutuelles, ne sont nullement un obstacle à l’existence et à la prédominance d’un authentique esprit de communauté et de fraternité » . Parce qu’ils sont complémentaires et ont besoin les uns des autres, les hommes sont entrainés à s’aimer, à s’aider, et doivent tous collaborer ensemble au bien commun de la société.

C’est cette entraide qui va rééquilibrer les inégalités des biens, de la culture, de l’avoir, du niveau de vie par le droit de chacun un certain degré de culture intellectuelle, morale et physique (Encyclique Divini illius Magistri) et le droit à l’usage des biens matériels dans le cadre d’une recherche commune de bien commun, de justice et de charité sociale.

Quant aux inégalités liées à la malice d’hommes profiteurs, Léon XIII les a condamnées sévèrement dès son encyclique In Plurimis : « de la contagion du premier péché ont dérivé tous les maux, et notamment cette perversité monstrueuse par laquelle il y a eu des hommes qui, perdant le souvenir de leur fraternelle communauté d’origine, au lieu de pratiquer, sous l’impulsion de la nature, la bienveillance et le respect mutuels, n’ont écouté que leurs passions et ont commencé à considérer les autres hommes comme leur étant inférieurs, et à les traiter par conséquent comme des animaux nés pour le joug ».

Enfin, les inégalités liées à la mauvaise répartition des richesses ont été dénoncées également par Léon XIII et tous les papes qui lui ont succédé, considérant que si le constat de l’inégalité des richesses pouvait s’expliquer pour partie par une répartition inégale des biens naturels de la terre, l’Eglise s’opposait à l’accumulation de ces biens dans les mains d’un petit nombre au détriment de populations totalement paupérisées et aux conditions économiquement indignes de l’être humain, au nom de l’égalité fondamentale entre les hommes.

Des sujets d’une actualité brûlante en France, pour lesquels il conviendrait probablement de revenir aux fondamentaux historiquement posés par l’Eglise et continuellement rappelés par ses papes…  

Pèlerinage 2019 : découvrez l'affiche!

Nous vous invitons à découvrir l'affiche de notre prochain pèlerinage, auquel nous vous attendons nombreux les 8, 9 et 10 juin 2019. 
Les inscriptions seront ouvertes à partir du dimanche 14 avril (dimanche des Rameaux). 

 

Lundi 28 janvier 2019

Connaissez-vous les Anges gardiens de Chartres ?

Pourquoi  le pèlerinage de Chartres des « anges gardiens » ?
Les « anges gardiens » concernent les religieuses et les religieux, les parents de jeunes enfants, les malades et les personnes trop âgées pour parcourir les 100 km du pèlerinage, les expatriés, les marins et les militaires en opération, …. En résumé, tous ceux qui sont retenus par leur devoir d’état ou empêchés par leur condition physique. C’est le pèlerinage pour tous finalement ! 

Pourquoi faire le pèlerinage de Chartres des « anges gardiens » ?
En ces temps où les valeurs chrétiennes sont très directement menacées, il y a urgence à élargir et intensifier le mouvement de prière et de pénitence que constitue le pèlerinage de Chartres. Nul ne doit être empêché de prendre part à ce mouvement. La prière des « anges gardiens » unis à la colonne montera vers le Père pour implorer sa Miséricorde, intercéder pour l’Église et pour notre société, convertir les cœurs et les âmes et les grâces du pèlerinage retomberont sur tous. 

Quel est l’esprit du pèlerinage de Chartres des « anges gardiens » ?
Comme pour les marcheurs, le pèlerinage de Chartres des « anges gardiens » repose sur les trois piliers que sont : Tradition, Chrétienté, Mission. « Nous sommes des nains montés sur des épaules de géants » disait Bernard de Chartres au XIIe siècle : appuyés ainsi sur la Tradition – doctrinale, liturgique et sacramentelle de l’Eglise, avec l’usage du rit tridentin auquel nous sommes attachés – nous pouvons à notre tour apporter notre pierre à l’édification du XXIe siècle. 
Cela passe notamment par la restauration de la Chrétienté. Il ne s’agit pas là d’une notion passéiste, de faire revivre un temps révolu : la chrétienté est entendue comme la réalisation de la « royauté du Christ sur toute la création et, en particulier, sur les sociétés humaines » (CEC n° 2105). Le philosophe Gustave Thibon le traduisait comme « une civilisation où le temporel est sans cesse irrigué par l’éternel ». 
La Mission en découle, tout naturellement, comme étant la suprême charité faite à autrui. Le Pape François nous invite à « une nouvelle étape d’évangélisation dans la joie », avec « un vrai dynamisme ». Il ajoute : « La vie s’obtient et se mûrit dans la mesure où elle est livrée pour donner la vie aux autres » (Evangelii gaudium, n° 11) ; les « anges gardiens », par leur prière, en feront directement l’expérience. 

Comment faire le pèlerinage de Chartres des « anges gardiens » ?
Les « anges gardiens » pèlerins de Chartres prendront des engagements simples, clairs et adaptés à leur situation : récitation quotidienne de la prière du pèlerinage et du chapelet (ou autre prière mariale), et temps de méditation, auxquels pourront s’ajouter, en fonction des possibilités de chacun : messe, confession, œuvre de charité ou acte de pénitence, etc. 
La prière du pèlerinage, récitée par tous, constituera un lien tangible entre les « anges gardiens » et la colonne. Les « anges gardiens » recevront le livret du pèlerinage et pourront suivre, presque heure par heure, les méditations qui seront lues par les marcheurs. Ils prieront aux intentions du pèlerinage au rythme qui leur convient et, réciproquement, pourront confier aux chapitres de la colonne leurs intentions de prières. Localement, les « anges gardiens » pourront prendre l’initiative de se retrouver pour prier ensemble. 

 

Comment s’inscrire ?

Sur notre site, dès que les inscriptions 2019 seront lancées. Mais vous pouvez déjà contribuer en vous investissant pour la coordination des Anges Gardiens : Notre Dame de Chrétienté recherche des bénévoles responsables de groupes locaux et un responsable des communautés.

Nous recherchons également toute l’année des pèlerins à l’étranger susceptibles de nous aider à faire rayonner cette belle  et bonne initiative ! Contact : angesgardiens@nd-chretiente.com 
 

Ils l’ont fait, ils en parlent…

Une étudiante infirmière enthousiaste
Je souhaite vous faire part de ma très grande joie d'avoir pu faire partie de ce chapitre des Anges Gardiens! Vraiment, j'ai eu l'impression d'être auprès de mes frères pèlerins sur la route de Pairs à Chartres. Merci pour cette initiative remarquable !
Et je vous suis reconnaissante de nous avoir fait part de ce compte-rendu si réjouissant ! Il y a de l'espérance en terre de France et l'Anneau de la pucelle est là pour nous le rappeler!
"Messire Dieu premier servi!"

De l'utilité des vidéoformations
Je viens de découvrir votre site ce matin , après avoir vu la vidéo du Père Guilhem de Labarre sur le Saint Esprit, je cherchais comment me préparer à la fête de Pentecôte et comment partager avec ceux qui sont autour de moi . En me rendant sur le site je découvre une richesse extraordinaire qui vient remplir mon cœur de joie ! et je remercie l’Esprit Saint de m’avoir invitée !!
Et voilà comment en même temps, je réalise que je vais pouvoir vivre dans la prière, la communion et la charité un pèlerinage alors que physiquement je ne pourrai être présente ! Devoir d’état, d’une mère de famille, seconder mon époux et notre fils dans le travail de la ferme. Quelle grâce.

Un couple qui s'inscrit déjà pour l'année suivante
Bravo pour votre organisation professionnelle !!! Recevoir le livret (et même l'autocollant) du pèlerinage, celui des anges gardiens quelques jours avant pour s'organiser, s'y préparer ....comme c'est appréciable !!!! 
Merci pour les méditations retrouvées par internet, merci pour la retransmission de la messe du Lundi ....merci pour les instructions ....
Nous étions de tout cœur avec les pèlerins, apportant notre prière et ....recevant beaucoup dans cette union à tous .
Oui, nous recommencerons l'année prochaine !

Un ancien pèlerin qui ne peut plus marcher
Je ne me sens pas être capable de ressembler à mon cher Ange Gardien qui m’aide tous les jours, mais votre initiative me plaît beaucoup…Je me souviens encore de mes ampoules aux pieds sur la route interminable de Chartres.
Je me souviens des Grâces reçues … de la joie de l’arrivée, de la Messe extraordinaire dans cette extraordinaire cathédrale au petit matin. Je souhaite donc me joindre à vous en tant que simple Chrétien, en tant que priant avec vous, pour vous et vous priant pour moi…
En vieillissant, je me rends compte du cadeau extraordinaire que le Seigneur nous fait de La Foi. Je veux me joindre à vous afin que ma prière augmente en nous La Foi. En nous tous. Afin que le Seigneur donne La Foi au plus grand nombre.

La bannière Anges gardiens : une nouveauté appréciée
Le fait qu'il y ait une bannière "Anges Gardiens", apporte un peu plus de communion avec tous les pèlerins 
Notre pays a tellement besoin de prières, ainsi que les familles. Je suis partante pour l'année prochaine.

En union de prière grâce au livret et à internet
A 5h le samedi matin, je pensais à tous les participants qui se préparaient à rejoindre Notre-Dame de Paris……et à 15h lundi, devant mon écran, quelle émotion lors de la procession d’entrée dans la cathédrale de Chartres à la vue de tous ces jeunes gens et jeunes filles si nombreux. J’attendais ce moment et cette messe après ces trois jours de prières, de méditations, le livret du pèlerinage est si riche en beaux textes que je continue à relire et sans doute à faire lire. Mes pensées m’ont souvent permis de rejoindre les marcheurs, de sentir l’air de la Beauce, d’imaginer les chants, le spectacle des bannières agitées par le vent….
Merci pour ce beau pèlerinage, pour la richesse du livret, pour les méditations du chapelet…. pour le fascicule propre aux anges gardiens. Tout est bien présenté, facile à exploiter.

Pensées pour nos frères persécutés
J'ai été heureuse d'entendre mentionnés plusieurs fois, les chrétiens d'Irak et du Moyen-Orient, de reconnaître leur drapeau… 

Comment vivre la Doctrine sociale de l'Eglise dans sa vie professionnelle ?

Quelle est la base d’une politique de reconnaissance des personnes ?

Dans notre monde d'aujourd'hui, pour beaucoup d'entreprises la réussite est mesurée en termes de chiffre, en termes de ratios financiers, en termes de cours de l'action, en termes de chiffre d'affaires. Est-ce que c'est nécessairement le quantitatif, le chiffre qui doit être la finalité d'entreprise ? La question de la finalité de l'entreprise est une question essentielle parce que la finalité c'est ce à quoi tout devrait s'ordonner.

Quand on pose la question en micro trottoir « quelle est la finalité l'entreprise ? » les gens interrogés répondent spontanément « c’est le profit ». L’idée selon laquelle l'entreprise n'existerait que pour faire du profit est très largement répandue. Or, il me semble que c'est une erreur. Il ne faut pas confondre l'entreprise en tant qu'institution, dont la raison d’être est de répondre aux besoins d'un client, avec les motivations de ses dirigeants et actionnaires qui expriment des exigences de résultats financiers. En tant qu’institution, toute entreprise a pour finalité de répondre au besoin d'un client, sous forme de produit, de service, de fonction, que le client n’est pas capable de réaliser lui-même. Pour y parvenir, l’entreprise mobilise tout un ensemble de ressources et de moyens de toutes natures au service de cette finalité, en veillant à sa viabilité économique. Naturellement toute entreprise a besoin d’être gérée avec rigueur, avec ambition et il faut des chiffres pour en assurer le pilotage. Toute entreprise doit être profitable, sous peine de mourir. La difficulté consiste à maintenir dans la durée un équilibre entre les attentes des clients, les attentes du personnel, celles des dirigeants et actionnaires. Lorsque cet équilibre est rompu l'entreprise est en grand danger. Cela peut être le cas lorsque la motivation des dirigeants d'entreprise soit exclusivement la recherche d’un profit personnel, et qu’elle détourne la finalité institutionnelle de l’entreprise. Cet état de fait crée un désordre, crée une instabilité, qui met en danger l’entreprise.

Comment peut-on remettre la personne au cœur de l'entreprise ?

Pour mettre la personne au cœur de l'entreprise, il faudrait d'abord reconsidérer la nature du travail proposé. Les entreprises sont des lieux où l’on travaille individuellement et collectivement. Chaque personne ne peut accomplir son travail qu’en coopération, en collaboration avec les autres. Si on veut respecter la dignité de chaque personne au travail, il faudrait : - pouvoir proposer un travail qui soit pleinement humain pour chaque personne - et en même temps créer les conditions permettant de développer les meilleures relations de travail possibles avec tous les partenaires qui entourent chaque personne dans l'entreprise.

Pourquoi justement la qualité, le qualitatif est au cœur de la performance?

Le besoin de qualitatif s’observe très bien de façon expérimentale. Il suffit d’interroger les collaborateurs d'une entreprise en leur posant une question tout à fait simple : « pour bien faire le travail qui vous est demandé, qu’attendez des gens qui vous entourent ? » c’est à-dire de vos subordonnés, vos collègues, ou vos chefs. Partout où ces questions sont posées, indépendamment des cultures, indépendamment des pays, indépendamment des niveaux hiérarchiques, les gens répondent toujours de façon similaire : • j'aimerais qu'on me fasse confiance, • j'aimerais qu'on m'écoute, • j'aimerais que les autres soient fiables, • j'aimerais que quand j'ai besoin d’aide il y ait quelqu'un pour me donner un coup de main, • j'aimerais que les informations circulent de façon fluide, exacte et rapide • j'aimerais obtenir des réponses à mes questions • j'aimerais que mon travail soit reconnu • j'aimerais que mon chef soit un chef qui soit attentif, qui m'aide en cas de coup dur et non pas qu'il cherche à m'enfoncer quand je suis en difficulté...

Toutes choses qui sont indépendantes des compétences techniques mais qui ont tout à voir avec des qualités de comportements, des attitudes et des relations. Ce que les gens expriment de façon constante doit être pris au sérieux : ce dont ils ont absolument besoin pour réussir dans les missions qui leur sont confiées est d'ordre qualitatif et donc leurs dirigeants devraient y répondre en favorisant des espaces où la qualité du travail, la qualité des relations entre les personnes va pouvoir se développer.

Comment peut-on reconnaître les personnes qui sont orientées vers la qualité ou comment peut-on évaluer de façon objective la contribution d'une personne sans mettre en doute la confiance qu'elle a en elle ?

La première question est : quelles sont les attentes formulées par les dirigeants ? Il faut commencer par-là, car il ne peut y avoir de reconnaissance sans qu’au préalable il n’y ait des critères de reconnaissance. Et ces critères de reconnaissance s'expriment d'abord par rapport à des attentes formulées. Quelles sont donc les attentes formulées ? Est-ce que ce sont exclusivement des attentes de résultat quantitatifs, autrement dit, faites ce que vous voulez pourvu que le résultat soit là, les résultats chiffrés. On connaît bien les effets pervers de ce genre d’exigence de résultat. La loi du plus fort, du plus malin, du plus tricheur finit par s'imposer... Par contre si, ce que nous avons souligné précédemment, c'est à dire l'importance des comportements, des attitudes, de tous vis à vis de tous dans l'entreprise, est quelque chose d'essentiel pour l'obtention de la performance, il faut être cohérent et retrouver ces attitudes et comportements dans les critères d'évaluation. Non pas en tant que souhaits mais en tant qu’exigences. Alors ensuite, on se demandera comment évaluer de façon juste. Parce que ce qui doit être évalué n’est pas mesurable mais représentatif de ce que les gens vivent et peut être observé.

Ces réalités de la vie professionnelle ne seraient-elles pas trop subjectives ?

Comment faire pour évaluer de façon juste quelque chose qui est subjectif ? Beaucoup renoncent en disant qu’il est impossible d’être impartial et qu’on finira par récompenser les gens à la tête du client. D'autres disent « mais allons ! La subjectivité c’est nous, c'est tout un chacun. C’est l’humain ! » Nous sommes des êtres subjectifs et dans le travail la dimension subjective, comme on l’a montré est essentielle. Donc, nous devons en tenir compte. Comment en tenir compte sans commettre trop d'erreurs ? Un bon moyen consiste à se mettre à plusieurs pour évaluer les services rendus. Ne jamais évaluer seul une personne. Soumettre son évaluation à un tiers. Aller rechercher des données factuelles qui renvoient a de l'expérience, du vécu, du vécu commun. Et je peux dire que dans les entreprises qui fonctionnent de cette façon-là, on est étonné de voir qui que cela se passe très bien et que les contestations des évaluations produites par les chefs sont microscopiques.

Comment replacer la personne au cœur de l’attention ?

Il faut être cohérent. Si l’on pense que le développement des qualités comportementales est essentiel pour l'obtention de la performance collective, il faut en tenir compte. Cette tâche ne peut pas être confiée à des ordinateurs, ni à des systèmes, ni à des procédures, on ne peut confier cette mission là qu’à des hommes. Et donc dans une entreprise où on veut replacer l'humain au cœur de l’attention, il faut confier des hommes à d'autres hommes à qui on va faire confiance pour exercer pleinement leur métier d'encadrement.

Tiré de la Video Formation de Xavier Hennequart avec Nicolas Jeanson, vice-président fondateur de l’Institut de Formation de Management respectueux des Personnes (IFMP.