jeudi 02 avril 2020

Compte rendu de la recollection des chapitres Nord-Normandie

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Samedi 14 mars a eu lieu, à Rouen, la récollection de préparation du pèlerinage pour les régions Nord et Normandie.

Cette journée s’est tenue dans le contexte inédit que connaît la France, frappée par l’épidémie de Covid-19 ? Nous rendons grâce d’avoir pu maintenir cette journée, quelques jours avant l’annonce du confinement de notre pays.

 

Pour la 5ème année consécutive, les portes du presbytère Saint Patrice nous ont été ouvertes. Le Chanoine de Beaurepaire, de l'Institut du Christ-Roi, nous a encore une fois chaleureusement accueillis, nous permettant de nous retrouver pour cette journée de formation en vue du 38ème pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté (NDC).

 

Les cadres de NDC présents ont eu la chance d’être entourés de l’abbé Bonechi (FSSP – aumônier NDC pour la Normandie), du chanoine de Beaurepaire ainsi que du Directeur des soutiens de NDC, Denis Pinoteau, venu spécialement nous rencontrer. Nous avons regretté l’absence du chanoine Pinoteau malheureusement retenu par ses obligations liées à l’épreuve que nous connaissons tous.

 

Les chefs de chapitres et leurs adjoints ont pu profiter d’une présentation du pèlerinage et de l’association NDC, rappelant l’histoire et les fondements de notre pèlerinage. Cette présentation de Guillaume Roland-Gosselin (CDR Nord) est venue compléter le propos de Denis Pinoteau nous présentant la direction des soutiens, son fonctionnement et ses besoins. D’un point de vue plus spirituel, notre journée s’est déroulée autour des 3 topos des prêtres présents sur le thème de notre prochain pèlerinage, « Saints anges, protégez-nous dans les combats ! » Conférences éclairantes sur les mauvais anges et les bons anges, notamment nos anges gardiens et leur rôle, avec une présentation plus précise des 3 Archanges. Quelques conseils et rappels pratiques pour organiser au mieux nos trois jours de marche ont également été donnés.

 

Moment convivial qui a donné l’occasion de se retrouver, cette journée avait pour charnière la messe le matin en l’église Saint Patrice et le chapelet médité dans la chapelle du Saint Sacrement de la Cathédrale Notre-Dame de Rouen. 

 

Nous remercions particulièrement nos prêtres qui ont permis l’organisation de cette journée, Denis Pinoteau de sa présence et tous ceux qui se sont rendus disponibles pour notre récollection.

Aujourd’hui confinés, privés de la messe et des sacrements, nous sommes plus que jamais unis par la prière, pour nos malades et ceux qui œuvrent pour l’éradication de cette épidémie. Gardons l’espérance ! Animés de cette confiance, nous vous donnons rendez-vous le 30 mai prochain pour prier sous le regard de Notre-Dame ! La Normandie et le Nord seront présents !

 

mardi 31 mars 2020

Mgr Athanasius Schneider commente l'arrêt de la célébration publique de la messe

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Mgr Athanasius Schneider vient d'accorder un important entretien à Diane Montagna, publié cette nuit par The Remnant. Il répond à ses questions sur la cessation quasi globale de la célébration publique de la messe, et sur les ordres donnés aux prêtres par de nombreux évêques de ne pas donner les sacrements aux fidèles. Et de mettre tout cela en perpective avec les nombreuses profanations de la sainte Eucharistie et le manque de foi en la Présence réelle qui a envahi l'Eglise depuis cinquante ans. Il n'hésite pas à faire le lien avec les annonces de l'Apocalypse. C'est un appel à la pénitence et à la foi en ce temps de « dictature sanitaire ».

Les prêtres doivent-ils obéir aux ordres qui leur sont donnés de fermer leurs églises ? Non, répond Mgr Schneider, qui les invite à la « créativité » pour célébrer publiquement la messe en respectant les précautions d'hygiène liées à l'épidémie du coronavirus.

En voici la traduction intégrale par mes soins, relue et approuvée par Mgr Schneider. – J.S.

Diane Montagna : Excellence, quelle est votre impression générale sur la manière dont l’Eglise gère l’épidémie de coronavirus ?

Mgr Schneider : J’ai l’impression que la majorité des évêques a réagi de façon précipitée et par panique en interdisant toutes les messes publiques et – ce qui est encore plus incompréhensible – en fermant les églises. Ces évêques ont réagi davantage comme des bureaucrates civils qu’en pasteurs. En se concentrant trop exclusivement sur toutes les mesures de protection hygiénique, ils ont perdu une vision surnaturelle et ont abandonné la primauté du bien éternel des âmes.

Le diocèse de Rome a rapidement suspendu toutes les messes publiques pour se conformer aux directives du gouvernement. Les évêques du monde entier ont pris des mesures similaires. Les évêques polonais, en revanche, ont demandé que davantage de messes soient célébrées afin que les congrégations soient plus petites. Que pensez-vous de la décision de suspendre les messes publiques pour empêcher la propagation du coronavirus ?

Tant que les supermarchés sont ouverts et accessibles et que les gens ont accès aux transports publics, on ne voit pas de raison plausible d’interdire aux gens d’assister à la messe dans une église. On pourrait garantir dans les églises des mesures de protection hygiénique identiques, voire meilleures. Par exemple, avant chaque messe, on pourrait désinfecter les bancs et les portes, et tous ceux qui entrent dans l’église pourraient se désinfecter les mains. D’autres mesures similaires pourraient également être prises. On pourrait limiter le nombre de participants et augmenter la fréquence de la célébration des messes. L’exemple de vision surnaturelle en temps d’épidémie donné par le président tanzanien John Magufuli devrait nous inspirer. Le président Magufuli, catholique pratiquant, a déclaré le dimanche 22 mars 2020 (dimanche de Laetare), à la cathédrale de Saint-Paul, dans la capitale tanzanienne de Dodoma : « J’insiste auprès de vous, mes frères chrétiens et même auprès de vous, les musulmans : n’ayez pas peur, ne cessez pas de vous rassembler pour glorifier Dieu et le louer. C’est pourquoi, en tant que gouvernement, nous n’avons pas fermé d’églises ou de mosquées. Au contraire, elles devraient toujours être ouvertes pour que les gens puissent chercher refuge auprès de Dieu. Les églises sont des lieux où les gens peuvent chercher la vraie guérison, car c’est là que réside le vrai Dieu. N’ayez pas peur de louer et de chercher le visage de Dieu dans l’église. »

Faisant référence à l’Eucharistie, le Président Magufuli a également prononcé ces mots encourageants : « Le coronavirus ne peut pas survivre dans le corps eucharistique du Christ ; il sera bientôt brûlé. C’est exactement pour cela que je n’ai pas paniqué en recevant la sainte communion, parce que je savais qu’avec Jésus dans l’Eucharistie, je suis en sécurité. C’est le moment de renforcer notre foi en Dieu. » (Le discours du président Magufuli peut être consulté en swahili ici).

Pensez-vous qu’un prêtre agirait de manière responsable en célébrant une messe privée en présence de quelques fidèles laïcs, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires ?

Ce serait responsable, mais aussi méritoire ; cela constituerait un acte pastoral authentique, à condition bien sûr que le prêtre prenne les précautions sanitaires nécessaires.

Les prêtres sont dans une position difficile dans cette situation. Certains bons prêtres sont critiqués pour avoir obéi aux directives de leur évêque de suspendre les messes publiques (alors qu’ils continuent à célébrer une messe privée). D’autres cherchent des moyens créatifs d’entendre les confessions tout en cherchant à préserver la santé des gens. Quels conseils donneriez-vous aux prêtres pour vivre leur vocation en ces temps difficiles ?

Les prêtres doivent se rappeler qu’ils sont avant tout pasteurs des âmes immortelles. Ils doivent imiter le Christ, qui a dit : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est pas pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s’enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 11-14) Si un prêtre observe de manière raisonnable toutes les précautions sanitaires nécessaires et fait preuve de discernement, il n’est pas tenu d’obéir aux directives de son évêque ou du gouvernement lui ordonnant de suspendre la Messe pour les fidèles. De telles directives sont une pure loi humaine, alors que la loi suprême dans l’Église est le salut des âmes. Les prêtres dans une telle situation doivent être extrêmement créatifs pour assurer aux fidèles, même pour un petit groupe, la célébration de la sainte messe et la réception des sacrements. Tel était le comportement pastoral de tous les prêtres confesseurs et martyrs au temps des persécutions.

Est-il jamais légitime que les prêtres défient l’autorité, en particulier l’autorité ecclésiastique (par exemple, si un prêtre se voit enjoindre de ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants) ?

Si une autorité ecclésiastique interdit à un prêtre d’aller rendre visite aux malades et aux mourants, il ne peut pas obéir. Une telle interdiction constitue un abus de pouvoir. Le Christ n’a pas donné à l’évêque le pouvoir d’interdire la visite des malades et des mourants. Un vrai prêtre fera tout ce qu’il peut pour rendre visite à un mourant. De nombreux prêtres l’ont fait même lorsque cela signifiait mettre leur vie en danger, soit en cas de persécution, soit en cas d’épidémie. Nous avons de nombreux exemples de tels prêtres dans l’histoire de l’Église. Saint Charles Borromée, par exemple, donnait la sainte communion de ses propres mains sur la langue de mourants infectés par la peste. À notre époque, nous avons l’exemple émouvant et édifiant de prêtres, en particulier de la région de Bergame, dans le nord de l’Italie, qui ont été infectés et sont morts parce qu’ils s’occupaient de patients mourants atteints de coronavirus. Un prêtre de 72 ans atteint de coronavirus est mort il y a quelques jours en Italie, après avoir abandonné le respirateur, dont il avait besoin pour survivre, et avoir permis qu’il soit donné à un patient plus jeune. Ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants est un comportement qui relève plus du mercenaire que du bon pasteur.

Vous avez passé vos premières années dans l’église clandestine soviétique. Quel point de vue ou perspective aimeriez-vous partager avec les fidèles laïcs qui ne peuvent pas assister à la messe, et dans certains cas, ne peuvent même pas passer du temps devant le saint sacrement parce que toutes les églises de leur diocèse ont été fermées ?

J’encouragerais les fidèles à faire des actes fréquents de communion spirituelle. Ils pourraient lire et contempler les lectures quotidiennes de la Messe et l’ordo entier de la Messe. Ils pourraient envoyer leur saint Ange gardien pour adorer Jésus-Christ dans le tabernacle en leur nom. Ils pourraient s’unir spirituellement à tous les chrétiens qui sont en prison au nom de leur foi, à tous les chrétiens qui sont malades et alités, à tous les chrétiens mourants qui sont privés des sacrements. Dieu remplira de nombreuses grâces ce temps de privation temporelle de la sainte messe et du Saint-Sacrement.

Le Vatican a récemment annoncé que les liturgies de Pâques seront célébrées en l’absence des fidèles. Il a précisé par la suite qu’il étudie « des moyens de mise en œuvre et de participation qui respectent les mesures de sécurité mises en place pour prévenir la propagation du coronavirus ». Quel est votre avis sur cette décision ?

Étant donné la stricte interdiction des rassemblements de masse par les autorités gouvernementales italiennes, on peut comprendre que le pape ne puisse pas célébrer les liturgies de la Semaine Sainte en présence d’un grand nombre de fidèles. Je pense que les liturgies de la Semaine Sainte pourraient être célébrées par le Pape en toute dignité et sans qu’on les abrège, par exemple dans la Chapelle Sixtine (comme c’était la coutume des papes avant le Concile Vatican II), avec la participation du clergé (cardinaux, prêtres) et d’un groupe choisi de fidèles, auxquels des mesures de protection hygiénique seraient préalablement appliquées. On ne voit pas la logique d’interdire l’allumage du feu, la bénédiction de l’eau et le baptême lors de la Veillée pascale, comme si ces actions risquaient de propager un virus. Une peur quasi-pathologique a vaincu la raison commune et la vision surnaturelle.

Votre Excellence, que révèle la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’Église sur l’état de l’Église et en particulier de sa hiérarchie ?

Elle révèle la perte d’une vision surnaturelle. Au cours des dernières décennies, de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ont été surtout immergés dans les affaires séculières, intérieures et temporelles et sont ainsi devenus aveugles aux réalités surnaturelles et éternelles. Leurs yeux ont été remplis de la poussière des occupations terrestres, comme l’a dit un jour saint Grégoire le Grand (voir Regula pastoralis II, 7). Leur réaction face à l’épidémie du coronavirus a révélé qu’ils accordent plus d’importance au corps mortel qu’à l’âme immortelle des hommes, oubliant les paroles de notre Seigneur : « En effet, que servirait à l’homme de gagner le monde entier et de perdre son âme ? » (Marc 8, 36). Les mêmes évêques qui tentent aujourd’hui de protéger (parfois par des mesures disproportionnées) le corps de leurs fidèles de la contamination par un virus matériel, ont tranquillement laissé le virus des enseignements et pratiques hérétiques se répandre parmi leur troupeau.

Le cardinal Vincent Nichols a récemment déclaré que nous aurons une faim nouvelle de l’Eucharistie après la disparition de l’épidémie du coronavirus ? Êtes-vous d’accord avec cela ?

J’espère que ces paroles se vérifieront chez de nombreux catholiques. C’est une expérience humaine commune que la privation prolongée d’une réalité importante enflamme le cœur des gens qui la désirent ardemment. Cela s’applique, bien sûr, à ceux qui croient et aiment vraiment l’Eucharistie. Une telle expérience aide également à réfléchir plus profondément sur la signification et la valeur de la sainte Eucharistie. Peut-être que les catholiques qui étaient si habitués au Saint des Saints qu’ils en sont venus à le considérer comme quelque chose d’ordinaire et de commun connaîtront une conversion spirituelle et comprendront et traiteront désormais la sainte Eucharistie comme extraordinaire et sublime.

Le dimanche 15 mars, le pape François est allé prier devant l’image du Salus Populo Romani à Santa Maria Maggiore et devant le Crucifix miraculeux qui se trouve dans l’église de San Marcelo al Corso. Pensez-vous qu’il soit important que les évêques et les cardinaux réalisent des actes de prière publique semblables pour que prenne fin l’épidémie du coronavirus ?

L’exemple du pape François peut encourager de nombreux évêques à accomplir des actes semblables de témoignage public de foi et de prière, et à donner des signes concrets de pénitence qui implorent Dieu de mettre fin à l’épidémie. On pourrait recommander que les évêques et les prêtres traversent régulièrement leurs villes et villages avec le Saint-Sacrement dans l’ostensoir, accompagnés d’un petit nombre de clercs ou de fidèles (un, deux ou trois), selon les réglementations gouvernementales. De telles processions avec le Seigneur Eucharistique transmettront aux fidèles et aux citoyens la consolation et la joie de ne pas être seuls au moment de la tribulation, de savoir que le Seigneur est vraiment avec eux, que l’Église est une mère qui n’a ni oublié ni abandonné ses enfants. Une chaîne mondiale d’ostensoirs portant le Seigneur eucharistique dans les rues de ce monde pourrait être lancée. De telles mini processions eucharistiques, même si elles ne sont réalisées que par un évêque ou un prêtre seul, imploreront des grâces de guérison physique et spirituelle, et de conversion.

Le coronavirus a fait son apparition en Chine peu de temps après le synode de l’Amazonie. Certains médias croient fermement qu’il s’agit d’une punition divine après les épisodes de la Pachamama au Vatican. D’autres croient qu’il s’agit d’un châtiment divin à la suite de l’accord entre le Vatican et la Chine. Pensez-vous que l’une ou l’autre de ces positions soit tenable ?

L’épidémie de coronavirus est sans aucun doute, à mon avis, une intervention divine pour châtier et purifier le monde pécheur et aussi l’Église. Nous ne devons pas oublier que Notre Seigneur Jésus-Christ considérait les catastrophes physiques comme des châtiments divins. Nous lisons, par exemple : « En ce même temps, il y avait là quelques hommes, qui lui annonçaient ce qui était arrivé aux Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Et prenant la parole, il leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de telles choses ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement. Comme ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé, et qu’elle a tuées : pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement » (Luc 13, 1-5)

La vénération cultuelle de l’idole païenne de la Pachamama à l’intérieur du Vatican, avec l’approbation du Pape, était à coup sûr un grand péché d’infidélité au Premier Commandement du Décalogue, c’était une abomination. Toute tentative de minimiser cet acte de vénération ne peut résister au barrage des preuves évidentes et de la raison. Je pense que ces actes d’idolâtrie ont été le point culminant d’une série d’autres actes d’infidélité par rapport à la sauvegarde du dépôt divin de la Foi par de nombreux membres de haut rang de la hiérarchie de l’Église au cours des décennies passées. Je n’ai pas la certitude absolue que l’apparition du coronavirus est une rétribution divine pour les événements de la Pachamama au Vatican, mais envisager une telle possibilité ne serait pas tiré par les cheveux. Déjà au début de l’Église, le Christ a réprimandé les évêques (les « anges ») des églises de Pergame et de Thyatire en raison de leur connivence avec l’idolâtrie et l’adultère. La figure de « Jézabel », qui séduisait l’Église pour l’amener à l’idolâtrie et à l’adultère (voir Apocalypse 2, 20), pourrait également être comprise comme un symbole du monde d’aujourd’hui – avec lequel flirtent de nombreuses personnes ayant des responsabilités au sein de l’Église.

Les paroles suivantes du Christ restent valables pour notre époque également : « Voici, je vais la jeter sur un lit de douleur, et ceux qui commettent l’adultère avec elle seront dans une très grande tribulation, s’ils ne font pénitence de leurs œuvres. Je frapperai de mort ses enfants, et toutes les Eglises sauront que je suis celui qui sonde les reins et les cœurs, et je rendrai à chacun de vous selon ses œuvres » (Apocalypse 2, 22-23). Le Christ a menacé de châtiment, et Il a appelé les églises à la pénitence : « Mais j’ai quelque peu de chose contre toi : c’est que tu as là des hommes qui tiennent à l’enseignement… pour les faire manger la nourriture sacrifiée aux idoles et les faire tomber dans la fornication… Fais pareillement pénitence ; sinon je viendrai bientôt à toi, et je combattrai contre eux avec l’épée de ma bouche. » Je suis convaincu que le Christ répéterait les mêmes paroles au pape François et aux autres évêques qui ont permis la vénération idolâtre de la Pachamama et qui ont implicitement approuvé les relations sexuelles en dehors d’un mariage valide, en permettant aux personnes dites « divorcées et remariées » qui sont sexuellement actives de recevoir la sainte communion.

Vous avez cité les Évangiles et le Livre de l’Apocalypse. La façon dont Dieu a traité son peuple élu dans l’Ancien Testament nous permet-elle de mieux comprendre la situation actuelle ?

L’épidémie de coronavirus a provoqué une situation au sein de l’Église qui, à ma connaissance, est unique, c’est-à-dire une interdiction quasi mondiale de toutes les messes publiques. Cette situation est en partie analogue à l’interdiction du culte chrétien dans la quasi totalité de l’Empire romain au cours des trois premiers siècles. La situation actuelle est cependant sans précédent, car dans notre cas, l’interdiction du culte public a été prononcée par des évêques catholiques, devançant même les ordres gouvernementaux correspondants.

D’une certaine manière, la situation actuelle peut également être comparée à la cessation du culte sacrificiel du Temple de Jérusalem pendant la captivité babylonienne du peuple élu de Dieu. Dans la Bible, le châtiment divin était considéré comme une grâce, par exemple : « Heureux l’homme qui est châtié par Dieu. Ne rejette donc pas la correction du Seigneur. Car c’est lui qui blesse et qui donne le remède ; il frappe, et ses mains guérissent » (Job 5, 17-18), et : « Ceux que j’aime, je les reprends et les châtie ; aie donc du zèle, et fais pénitence. » (Ap. 3, 19). La seule réaction adéquate face à la tribulation, aux catastrophes, aux épidémies et autres situations similaires – qui sont autant d’instruments entre les mains de la Providence divine pour réveiller les gens du sommeil du péché et de l’indifférence envers les commandements de Dieu et la vie éternelle – est la pénitence et la conversion sincère à Dieu. Dans la prière suivante, le prophète Daniel donne aux fidèles de tous les temps un exemple du juste état esprit qu’ils doivent avoir, et de la façon dont ils doivent se comporter et prier en temps de tribulation : « Tout Israël a transgressé votre loi et s’est détourné pour ne pas entendre votre voix… Abaissez, mon Dieu, votre oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux, et voyez notre désolation et cette ville sur laquelle votre nom a été invoqué ; car ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons humblement nos prières, mais à cause de vos abondantes miséricordes. Exaucez-nous, Seigneur ; apaisez-vous, Seigneur ; soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, mon Dieu, pour vous-même, parce que votre nom a été invoqué sur cette ville et sur votre peuple » (Dan 9, 11,18-19).

Saint Robert Bellarmin a écrit : « Signes sûrs concernant la venue de l’Antéchrist… la plus grande et la dernière persécution ; et le sacrifice public (de la Messe) cessera complètement » (La prophétie de Daniel, pages 37-38).

Pensez-vous que ce qu’il évoque là est ce à quoi nous assistons actuellement ? Est-ce le début du grand châtiment prophétisé dans le livre de l’Apocalypse ?

La situation actuelle offre suffisamment de motifs raisonnables pour penser que nous sommes au début d’un temps apocalyptique, qui comprend des châtiments divins. Notre Seigneur s’est référé à la prophétie de Daniel : « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne » (Mt 24,15). Le livre de l’Apocalypse dit que l’Église devra pendant un certain temps fuir dans le désert (voir Ap 12, 14). L’arrêt presque total du Sacrifice public de la Messe pourrait être interprété comme une fuite dans un désert spirituel. Ce qui est regrettable dans notre situation est le fait que de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ne voient pas la situation actuelle comme une tribulation, comme un châtiment divin, c’est-à-dire comme une « visitation divine » au sens biblique. Ces paroles du Seigneur s’appliquent également à de nombreux membres du clergé au milieu de l’épidémie physique et spirituelle actuelle : « Tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée » (Luc 19, 44). La situation actuelle de cette « épreuve du feu » (cf 1 Pierre 4:12) doit être prise au sérieux par le pape et les évêques afin de conduire à une profonde conversion de l’Eglise entière. Si cela ne se produit pas, alors le message de cette histoire de Søren Kierkegaard sera également applicable à notre situation actuelle : « Un incendie éclate dans les coulisses d’un cirque. Le clown apparaît et tente d’avertir le public. Chacun croit à une blague et rit. Il répète, on rigole encore plus fort. Ainsi la fin du monde se produira au milieu des vivats et chacun pensera : Quelle bonne blague ! »

Excellence, quel est le sens profond de tout cela ?

La situation de la cessation de la célébration publique de la messe et de la sainte communion sacramentelle est si unique et si grave que l’on peut découvrir derrière tout cela une signification plus profonde. Cet événement survient près de cinquante ans après l’introduction de la communion dans la main (en 1969) et une réforme radicale du rite de la Messe (en 1969/1970) avec ses éléments protestants (prière de l’Offertoire) et son style de célébration horizontal et axé sur l’instruction (moments de liberté, célébration en cercle fermé et vers le peuple). La pratique de la communion dans la main au cours des cinquante dernières années a conduit à des profanations involontaires et volontaires du Corps eucharistique du Christ à une échelle sans précédent. Pendant plus de cinquante ans, le Corps du Christ a été (la plupart du temps involontairement) piétiné par les pieds du clergé et des laïcs dans les églises catholiques du monde entier. Le vol des Hosties consacrées a également augmenté à un rythme alarmant. La pratique consistant à communier directement avec ses propres mains et doigts ressemble de plus en plus au geste par lequel on prend la nourriture ordinaire. Chez de nombreux catholiques, la pratique de recevoir la communion dans la main a affaibli la foi en la Présence réelle et en la transsubstantiation, la foi au caractère divin et sublime de la sainte Hostie. La présence eucharistique du Christ est devenue, au fil du temps, inconsciemment, pour ces fidèles une sorte de pain ou de symbole sacré. Maintenant, le Seigneur est intervenu et a privé presque tous les fidèles d’assister à la sainte messe et de recevoir sacramentellement la Sainte Communion.

Les innocents et les coupables endurent ensemble cette tribulation, puisque dans le mystère de l’Église, tous sont mutuellement unis en tant que membres : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Co 12, 26). La cessation actuelle de la sainte messe publique et de la sainte communion pourrait être comprise par le pape et les évêques comme une réprimande divine pour les cinquante dernières années de profanations et de banalisations de l’Eucharistie et, en même temps, comme un appel miséricordieux à une authentique conversion eucharistique de toute l’Église. Que l’Esprit Saint touche le cœur du Pape et des évêques et les pousse à édicter des normes liturgiques concrètes afin que le culte eucharistique de toute l’Église soit purifié et orienté à nouveau vers le Seigneur.

On pourrait suggérer que le Pape, avec les cardinaux et les évêques, réalise un acte public de réparation à Rome pour les péchés contre la sainte Eucharistie, et pour le péché des actes de vénération religieuse des statuettes de la Pachamama. Une fois la tribulation actuelle terminée, le pape devrait édicter des normes liturgiques concrètes, dans lesquelles il invitera toute l’Église à se tourner à nouveau vers le Seigneur dans la manière de célébrer, c’est-à-dire que célébrants et fidèles soient tournés dans la même direction pendant la prière eucharistique. Le Pape devrait également interdire la pratique de la communion dans la main, car l’Église ne peut pas continuer à traiter le Saint des Saints dans la petite Hostie consacrée de manière aussi minimaliste et l’exposant ainsi au danger.

La prière suivante d’Azariah dans la fournaise ardente, que chaque prêtre dit pendant le rite de l’Offertoire de la Messe, pourrait inspirer le Pape et les évêques à des actions concrètes de réparation et de restauration de la gloire du sacrifice eucharistique et du Corps eucharistique du Seigneur : « En esprit d’humilité et le cœur contrit, puissions-nous être accueillis par vous, Seigneur : et que notre sacrifice ait lieu aujourd’hui devant vous de telle manière qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu. Car ceux qui ont confiance en vous ne seront jamais confondus. Et maintenant, nous nous consacrons à vous de tout notre cœur, nous vous craignons, et nous cherchons votre visage. Ne nous couvrez pas de honte ; mais traitez-nous selon votre mansuétude et selon l’abondance de voire miséricorde. Délivrez-nous par un de vos prodiges, et donnez la gloire à votre nom, ô Seigneur ! » (Dn 3, 39-43, Septante).

 

Source : https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2020/03/mgr-athanasius-schneider-commente.html

vendredi 27 mars 2020

Le Vatican approuve de nouvelles préfaces pour la messe en rite extraordinaire

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Le Vatican a approuvé sept nouvelles préfaces pour la célébration de la Messe dans la forme extraordinaire du rite romain. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié un décret à cet effet ce mercredi. Un deuxième décret régit les célébrations des saints canonisés après 1960.

Quatre des formules de prière nouvellement approuvées ont été tirées du missel de la forme ordinaire du rite romain, mais elles proviennent essentiellement de sources liturgiques anciennes, selon un texte explicatif de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les trois autres préfaces sont des prières qui étaient d'usage général avant la réforme liturgique et qui ont été autorisées par la suite dans les diocèses français et belges. Désormais, elles peuvent être utilisées dans le monde entier pour la célébration de la messe sous la forme extraordinaire.

En outre, la Congrégation pour la doctrine de la foi a fait en sorte que les saints canonisés après 1960 soient intégrés dans le canon de la messe sous la forme extraordinaire du rite romain. Le canon liturgique était en effet auparavant déterminé par les livres liturgiques valables en 1962, c'est pourquoi les saints canonisés plus tard n’étaient pas mentionnés.

Une démarche dans la continuité de Summorum Pontificum

Le pape Benoît XVI avait de nouveau largement autorisé la célébration du rite pré-conciliaire avec son Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007. La liturgie selon les livres de 1962 - avec quelques mises à jour - a depuis lors été appelée "forme extraordinaire du rite romain" et elle est préférée par un nombre minoritaire mais croissant de fidèles catholiques liés par la tradition.

Le rite romain, qui est le plus répandu des 23 rites de culte différents de l'Église catholique (les autres rites étant pratiqués par des Églises orientales en communion avec Rome), compte donc une forme ordinaire elle-même sujette à quelques adaptations locales (par exemple à Milan, avec le rite ambrosien), et une forme extraordinaire pratiquée par des catholiques de sensibilité traditionnelle, mais ces formes correspondent à un seul et même rite, pleinement reconnu par l’Église catholique.

Le décret sur les nouvelles préfaces pour la forme extraordinaire du rite romain est intitulé Quo magis, celui des célébrations liturgiques en l'honneur des saints est appelé Cum sanctissima. Tous deux sont datés du 22 février 2020, date de la fête de la Chaire de Saint-Pierre, et ont été élaborés par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Une section de ce dicastère est responsable des fidèles orientés vers la tradition et de leurs communautés. À la demande du Pape François, elle a repris les attributions de l'ancienne Commission Ecclesia Dei.

mercredi 25 mars 2020

Sermon de l'Annonciation par l'Abbé Le Coq

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Ecoutez-les ces cloches! 

 

Ce ne sont pas celles de Pâques qui annonceraient la joie de la Résurrection : 

la joie du Christ Sauveur! 

La Joie du Christ vainqueur! 

Ce temps n’est pas venu… 

La Victoire n’est pas là… 

La Victoire attendra…

Ecoutez-les ces cloches! 

Celles-là mêmes qu’on a voulu faire taire dans nos villes et nos villages pour ne pas « déranger » la triste tranquillité des hommes endormis : pauvre sérénité des consciences ensevelies. 

Elles sonnent ce soir… 

Elles sonnent… comme jamais! 

Jusqu’à faire trembler les murs des maisons d’aujourd’hui : ces maisons construites sur le sable de la vie qui passe, et qui s’enfuit.

Ecoutez-les ces cloches! 

Ce ne sont pas les cloches des grandes joies paroissiales, ni les beaux carillons qu’on fait entendre les jours de fête, les jours de mariages et les jours de baptêmes. 

Les mariages et les baptêmes ne sont plus. 

TOUTES NOS JOIES SE SONT TUES. 

Ces cloches qui résonnent et que, ce soir, le monde sera obligé d’entendre, c’est le son grave des temps de guerre, c’est le tocsin qui annonce le Feu et les drames. 

Ce soir ce sont les cloches de l’appel aux armes. 

Et de l’appel aux larmes. 

Ecoutez-les ces cloches. 

Ecoutez-bien! 

Ecoutez-mieux! 

Tendez l’oreille. 

Tendez le coeur ! 

C’est un cri! 

Un cri déchirant qui rejoint la longue plainte des Saints Innocents. 

Nos cloches de ce soir « c’est le cri de Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus. " (Mt 2, 13-18)

À nos clochers, ce soir, c’est le Glas des jours de peine et des jours de deuil.

Ce soir les églises gémissent! 

Et il n’y a pas qu’elles! 

Car, à toutes ces églises vides, se joignent tous ceux qui, normalement, les remplissent et en sont empêchés.

Et il y a plus encore! 

Car ces « nations affolées et désemparées » (comme l’annonçait le Christ) ; Ces hommes « mourant de peur dans l’attente de ce qui doit arriver », ce monde abasourdi de se retrouver au bord d’un précipice vertigineux:  peut être bien que ce soir, s’unissant à nos cloches, tous s’uniront à notre prière! 

Oui l’Eglise prie, et supplie.

L’Eglise lance sa prière et sa supplication. 

De la terre jusqu’au Ciel. 

Jusqu’à ce Ciel méprisé par certains, oublié par beaucoup, et depuis si longtemps! C’est vers le Ciel que les regards se tournent désormais et que les coeurs espèrent… 

Car si la terre est confinée, enfermée, le Ciel lui, est ouvert!

 Plus que jamais. 

Pour combler les espoirs humains la terre a dit son dernier mot et ce n’est pas assez. Elle n’a plus rien a dire, elle n’a plus rien à donner. 

Mais les âmes, elles, ont encore largement besoin de recevoir et d’écouter. 

Nous avons cru que l’issue de secours des homme serait la terre elle-même. 

Nous avons idolâtrer la terre comme si elle était Dieu alors qu’elle n’était que le tremplin vers Dieu. 

Maintenant nous le savons, la terre n’a pas les paroles de la vie éternelle. 

La «  déesse terre » nous a bernés. 

« Adjutorium notrum in Nomine Domni »  = « notre secours est dans le nom Seigneur »  ! 

Les cloches de ce soir, c’est le son de l’humble pardon des péchés de chacun, des péchés de la France, des péchés de l’Eglise, et du péché du monde  : comme un lot détestable que nous avouons tous et dont on veut être lavé. 

C’est le son de ceux qui veulent être pardonnés… 

La cloche de ce soir c’est aussi celle l’Angélus, la cloche qui prévient que Dieu vient et intervient dans l’histoire de son peuple. 

C’est la cloche qui annonce et qui promet que Dieu aime chacun et que le Bon Dieu nous appelle tous depuis le début du monde jusqu’à la fin des temps, à la vie éternelle.  

Alors que notre Foi sonne, que notre Foi résonne! 

Que notre espérance hurle en haut vers notre Père et se répande partout vers nos frères ! 

Courage! Car un jour, « toutes les larmes seront asséchées » ( Apocalypse 21, 4) 

Un jour, l’homme sera sauvé. 

Un jour finira de sonner le grand clocher : car, enfin, nous serons arrivés.

mardi 24 mars 2020

Pèlerinage : un enthousiasme qui ne faiblit pas !

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Alors que des questions se posent sur la possibilité de mener à bien le pèlerinage de Pentecôte de Paris à Chartres dans sa forme actuelle (en principe prévu les 30-31 mai et 1er juin 2020), le président de l’association qui l’organise, Notre-Dame de Chrétienté, répond à nos questions, nous l’en remercions.

 

La Nef – Vous allez organiser le 38e pèlerinage de Paris à Chartres ! On admire une telle longévité : comment faites-vous pour éviter l’essoufflement ou de tomber dans une certaine routine qui tue la créativité ? Autrement dit, quoi de nouveau sous le soleil… de Chartres ?


Jean de Tauriers – L’enthousiasme que suscite ce pèlerinage rend impossible la lassitude. Les pèlerins viennent toujours plus nombreux, les générations se succèdent. NDC (le Centre Henri et André Charlier au début) forme une grande famille, heureuse de se retrouver chaque année. Personnellement, j’attends avec impatience le Salut du Saint Sacrement dans la nuit le dimanche soir, un moment exceptionnel. Cette année, nous attendons quelques événements comme le développement du chapitre des évangélisateurs (Emmaüs), le chapitre de pèlerins gabonais et bien sûr quelques surprises que nous préparons.

Avant d’aller plus loin, la question que tout le monde attend : le pèlerinage peut-il être annulé en raison de l’épidémie du coronavirus ?
NDC est en relation très étroite avec les autorités et fera savoir en mai ce qu’il en est de la possibilité ou non de faire le pèlerinage sous sa forme actuelle. Quoiqu’il arrive, le pèlerinage aura lieu, sous une forme marchante ou non, avec différentes options sur lesquelles nous travaillons. Cette œuvre de pénitence, de conversion aura lieu comme tous les ans. Je demande à tous les pèlerins de réserver les 30, 31 mai et 1er juin pour la plus grande gloire de Dieu.

Votre public grandit quelque peu chaque année et touche majoritairement des jeunes : avez-vous observé une évolution des pèlerins, d’un point de vue religieux, sociologique ou autre ? Et parvenez-vous à assurer un suivi des pèlerins entre deux pèlerinages ?


Autour du pèlerinage nous organisons un ensemble d’activités tout au long de l’année (récollections, Journée d’Amitié chrétienne, formations, vidéos-formation, publications, retraites…). L’année dernière, nous avons réalisé un sondage sur plus de 4 000 d’entre eux. Nos pèlerins sont très jeunes (50 % ont moins de 20 ans), à 97 % pratiquants (en France, seulement 1 % des jeunes est pratiquant). Ils assistent pour 60 % régulièrement à la messe traditionnelle. La cohabitation des pèlerins ordinaire/ extraordinaire se fait très naturellement au pèlerinage. Tous viennent pour la spiritualité de la messe traditionnelle, la formation solide, la présence des communautés, l’esprit NDC. Le pèlerinage est une chrétienté marchante au service de l’Église, une œuvre missionnaire grâce à la liturgie tridentine avec plus de 14 000 pèlerins en 2019 à Chartres, plus de 8 % de hausse annuelle depuis 5 ans.

Du côté des prêtres, parvenez-vous à attirer au-delà du monde traditionnel attaché à la forme extraordinaire du rite romain ? L’interdiction de la célébration en privé de la forme ordinaire durant le pèlerinage n’est-il pas un obstacle important pour toucher davantage de prêtres non traditionalistes ?


Notre vocation est la Mission par la Tradition dans la Chrétienté. Les pèlerins, les clercs viennent tous pour ce beau programme. Les prêtres qui ne savent pas célébrer dans la forme tridentine, l’apprennent tout simplement après une formation. Je les ai souvent entendus dire que la célébration en forme extraordinaire changeait complètement leur façon de célébrer en forme ordinaire. N’est-ce pas l’esprit du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI ?

Pouvez-vous nous dire un mot du thème de cette année et nous dire qui célébrera la messe de clôture à Chartres ?


Le thème sera « Saints Anges, protégez-nous dans les combats ! » La messe du lundi sera célébrée par Mgr Descourtieux, responsable de l’ex-commission Ecclesia Dei. Nous aurons la joie le dimanche d’avoir comme célébrants, le RP Louis-Marie de Blignières, supérieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, et le samedi à Saint-Sulpice, l’abbé Fournier, chapelain militaire et sapeur pompier.

Votre association est attachée à la « chrétienté » qui figure dans son nom, terme qui, aujourd’hui, peut donner lieu à des interprétations bien différentes selon notamment que l’on entend une irrigation ou imprégnation du temporel ou un « État confessionnel » : comment vous situez-vous sur cette question, pour quoi militez-vous concrètement ?


Nous militons pour que SA « volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ». C’est cela la chrétienté. Le Catéchisme de l’Église catholique le définit clairement au n°2105 : « l’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines. » Je suis très étonné que cet enseignement soit quasiment abandonné aujourd’hui. L’enfouissement des catholiques serait la solution pour exister dans nos sociétés laïcardes ? C’est un nouveau quiétisme et rien ne me semble plus faux. Tout au contraire, les catholiques doivent manifester qu’ils veulent Dieu dans leurs familles, écoles… Nous sommes de plus en plus nombreux à la Pentecôte sur la route de Chartres pour ce combat essentiel pour la survie de nos pays chrétiens. Rappelons-nous les mots de Saint Jean-Paul II : « Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire. »

Propos recueillis par Christophe Geffroy

samedi 21 mars 2020

Journée de récollection préparatoire au pèlerinage de la région Bretagne

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La région Bretagne a tenu sa journée de récollection préparatoire au pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, le samedi 14 mars à la maison Sainte Anne de Rennes.

Nous étions 12, représentant 5 chapitres à nous retrouver quelques mois avant la Pentecôte pour profiter de ce moment consacré à la prière et à l’enseignement spirituel. Cette très conviviale journée a été ponctuée par la Sainte Messe puis 3 enseignements sur la nature des Anges et leurs rôles, les Anges et les démons mais aussi les 3 Archanges de Dieu. L’occasion pour nos chanoines de nous redire combien il est important de prier les Anges qui peuvent intercéder pour nous en agissant par suggestion sur notre partie sensible, sans bien sûr forcer notre volonté ni en bien ni en mal, ce qu’ils ne peuvent faire.

Le livret de préparation des chefs de chapitre, qui est bien parvenu en région Bretagne (merci la DIRPEL !) ainsi que le catéchisme des Anges (éditions Sainte Madeleine) seront des aides de grandes valeurs pour la préparation de ce pèlerinage.

Après avoir abordé les questions logistiques et pratiques de ce pèlerinage de Chrétienté, rappelé l’importance des chapitres non-marcheurs Anges-Gardiens et prié le chapelet, chacun est reparti gonflé à bloc pour ce 3e pèlerinage de Chrétienté.

jeudi 19 mars 2020

Procession invisible de lumières

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Pour confier la France, ses évêques, ses prêtres et ses familles à l'intercession de saint Joseph et de la Vierge Marie, nous pouvons mettre des bougies aux fenêtres de nos maisons le 19 mars au soir, à partir de 19h et le 25 mars au soir.a partir de 19h. Une procession invisible éclairera notre pays, signe de la lumière de Pâques qui approche.Nous nous unirons à la prière de toute l Église en chantant les litanies de st Joseph et de la Vierge et en priant le chapelet dans nos maisons et si nous le pouvons a nos fenêtres. Par la neuvaine préparatoire (17-25 mars), unies aux sanctuaires de Lourdes, nous implorons la Vierge de nous délivrer de ce fléau, de protéger particulièrement  les femmes enceintes, les.enfants et les personnes âgées. Que la Belle.Dame de Massabielle nous tienne par la main dans cette épreuve et nous en délivre.Rendez-vous le 19 et le.25 mars depuis chez vous ! 

Soeur Laetitia et les soeurs du Rosier de l Annonciation).

samedi 14 mars 2020

NOTRE-DAME DE CHRÉTIENTÉ A BESOIN DE BONNES VOLONTÉS POUR LE PÉLERINAGE 2020 !

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Amis pèlerins, 
 
Les préparatifs de notre pèlerinage vont s'accélérer dans les semaines qui viennent ; la Direction des Soutiens a besoin de renforts bénévoles pour vous assurer un accueil chaleureux, sain et sécurisé.
 
La Logistique du pèlerinage  recherche des plombiers ou toute personne possédant une forte expérience dans le domaine pour prêter main forte à l’équipe des fontainiers : 
- Installation du réseau d’alimentation des lavabos et cuisine sur chaque bivouac
- Vérification du bon fonctionnement du dispositif et intervention si besoin (fuite, problème de pression…)
- Participation à la désinstallation du dispositif

Qualités requises :
- Disponible, rigoureux
- Appétence pour le travail en équipe
- Connaissance du pèlerinage
 

Les plombiers seront assistés de fontainiers, également très recherchés, pour l'installation des lavabos sur les bivouacs.

 

Le pôle santé recherche des kinésithérapeutes, pour renforcer le dispositif de secours de l’Ordre de Malte, au cours de la journée tout au long de la colonne des pèlerins et le soir au sein du poste médical avancé (PMA).

Le kinésithérapeute assure sur prescription des médecins, les soins essentiellement de massage auprès des pèlerins afin de traiter leurs douleurs en vue de la poursuite du pèlerinage. Sous l’autorité du médecin responsable du pôle santé de Notre-Dame de Chrétienté, l’équipe de deux kinésithérapeutes se déplace en véhicule le long de la colonne des pèlerins selon les indications données par le PC Malte et se positionne à côté d’une ambulance, au niveau des points de ramassage et des haltes selon les plans fournis. Le soir, le kinésithérapeute assure, sur prescription du médecin, les soins des pèlerins enregistrés par les secouristes de l’Ordre de Malte.

 
Nous vous remercions d'avance de votre aide en présentant votre candidature à responsable.rh@nd-chretiente.com ou en communiquant ce mail à votre entourage.

mercredi 11 mars 2020

IN MEMORIAM LOUIS FONTAINE

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Amis pèlerins,

nous avons appris le rappel à Dieu de Louis Fontaine, le 7 mars dernier, en la fête de Saint Thomas d'Aquin.

Il s'est éteint muni des sacrements de l'Eglise, en sa 92ème année.

Louis Fontaine a été un fidèle soutien du pèlerinage et de l'association Notre Dame de Chrétienté, depuis ses débuts.

Pour les scouts et amateurs de bonne litterature, la figure de Louis Fontaine est indissociable des éditions de l'Orme Rond, qu'il avait fondées sous la belle devise; "Seigneur, rattachez-moi à,l'arbre dont je suis" (A. de St Exupery). Il proposait de bonnes pages pour tous, au service de la nouvelle évangélisation mais sans rupture avec le passé. 

Son fils Rémi, lui aussi présent parmi les premiers étudiants pèlerins de Chartres, avait repris le flambeau en s'illustrant dans le journalisme, l'édition et l'écriture. 

Les jeunes d'hier auront lu avec bonheur la trilogie de Louis Fontaine; "Les aventures d'un petit tambour - Vive le Roi quand même - le lys et les coquelicots", aux éditions Elor. Et ceux d'aujourd'hui pourront lire ses autres ouvrages plus récents; "100 ans de scoutisme", "Contes de Noël", "Le Sang et la Gloire"... 

Nous voulons redire de tout coeur nos prières et nos condoléances à sa famille. 

Ses obsèques seront célébrées vendredi 13 mars à 11 heures, en l'église Saint André de St Maurice (94410).

Et nous faisons nôtres les mots de son fils:

"Que Notre-Dame de la Route et des Eclaireurs reçoive son scout dans la Maison du Père ! 

Et que tous les saints scouts du Paradis, puissent l'accueillir !"

 

Abbé Alexis Garnier,
Aumônier Général de Notre Dame de Chrétienté.

Lundi 09 mars 2020

DES VOLONTAIRES POUR... SOULEVER LES MONTAGNES AVEC NOUS ?

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DES VOLONTAIRES POUR... SOULEVER LES MONTAGNES AVEC NOUS ?

 

"Ayez foi en Dieu. 

En vérité je vous le dis, si quelqu'un dit à cette montagne : Soulève-toi et jette-toi dans la mer, 

et s'il n'hésite pas dans son coeur, mais croit que ce qu'il dit va arriver, cela lui sera accordé.

C'est pourquoi je vous dis : 

tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. » 

(Marc XI, 22-26).

 

Chers amis pèlerins, avons-nous cette foi à soulever les montagnes

Si oui, alors tant mieux, c'est le moment de l'exercer.

Si non, … alors tant mieux aussi, c'est le moment de la demander.

 

Nous pouvons légitimement être préoccupés par la situation actuelle de notre pays ; 

le Seigneur n’a-t-il pas pleuré sur le sien ?

Nous sommes sans doute inquiets, ou touchés par le nombre des victimes, l’extension de l’épidémie et l’impuissance à l’enrayer ; 

le Seigneur n’a-t-il pas été touché par les malades et les souffrants qu’il croisait ?

L’agitation médiatique, l’explosion d’informations vérifiées ou non peuvent ajouter, - hélas - à cette préoccupation légitime… ; les apôtres n’ont-ils pas été secoués par les vagues et la tempête du lac de Tibériade ?

Et puis nous sommes nombreux à nous demander ; le pèlerinage 2020 aura-t-il lieu ? Sera-t-il maintenu ? 

 

Alors…demandons à … Dieu lui-même !

 

« Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; 

et quelle que soit leur détresse, s'ils crient vers moi, 

je les exaucerai et je serai leur Seigneur pour toujours »

 

Je puis vous rassurer, les bénévoles sont à l'ouvrage, confiants que « les hommes d'armes doivent batailler ». Entre agitation et inertie stériles, nous avons choisi l'information solide et l’action paisible. Mais parce que nos actions ne sont rien si Dieu ne les inspire, ne les soutient et ne les mène à bonne fin, alors nous prions, et nous vous invitons à prier. « Et Dieu donnera la victoire ».

 

… Priez avec humilité, confiance et perseverance !

… Priez Dieu d’éloigner de notre pays la menace de cette épidémie, de rendre aux malades la santé, de consoler les personnes et les familles éprouvées !

… Priez pour que le pèlerinage de Chrétienté aie lieu cette année encore !

... Priez pour « prendre au mot le divin Maître ».

 

Combien de fois déjà l’histoire de notre pays et du pèlerinage n'a tenu qu'à un fil... 

Mais ce fil est solide. 

Ce fil est tissé de vos prières, de vos mains jointes, de la prière des enfants en particulier. 

Ce fil est tenu, par en-haut. Il est tenu par main de la Sainte Vierge. Et à côté d'elle, il y a Saint Joseph, le maître des affaires et des soucis temporels … qu'il connait le premier. 

C'est le saint de la confiance. 

C'est le saint du dernier instant et de l'impossible à vue humaine. 

C'est le saint qui espère contre toute esperance. 

 

Nous commençons aujourd'hui la neuvaine en l'honneur de St Joseph. 

Alors nous allons suivre son exemple... 

Nous allons agir, comme si tout dépendait de nous. 

 

Et nous allons prier comme si tout dépendait de Lui !

 

Calme, courage, confiance... Et prière!

 

Vd abbé Alexis Garnier, Aumônier Général de Notre Dame de Chrétienté.

 

PRIERE DE LA NEUVAINE POUR LA TENUE DU PELERINAGE DE CHRETIENTE 2020

a dire chaque jour du 10 au 18 mars 2020, seul ou en commun.

 

 

O glorieux saint Joseph, chef de la Sainte Famille de Nazareth, 

si zélé à pourvoir à tous ses besoins, 

étendez sur notre pays, nos malades et notre pèlerinage votre tendre sollicitude. 

Prenez sous votre conduite toutes ces affaires spirituelles et temporelles, 

et faites que leur issue soit pour la gloire de Dieu et le salut de nos âmes. Amen. 

 

 

Seigneur Jésus qui avez dit ; 

tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l'avez déjà reçu, et cela vous sera accordé, 

Nous voulons garder nos mains appliquées à vous servir, jointes à vous prier.

Mais pour cela, nous Vous confions notre désir, notre vœu et notre demande pressante;

Seigneur, placez-nous sous la protection de vos saints anges, 

à qui Vous avez donné ordre de nous garder en toutes nos voies !  

Délivrez notre pays de l’épidémie, protégez les malades et les personnes fragiles, consolez les éprouvés!

Faites que notre pèlerinage de Chrétienté 2020 puisse se tenir !

Il est de vous, Il est avec vous, Il est pour vous ; 

pour votre Règne en nos cœurs et dans le monde qui nous entoure.

Alors, Seigneur, nous redisons avec confiance ; 

pas à nous, Seigneur, pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire ! 

Et par dessus-tout, Seigneur, que votre volonté soit faite, et bien faite, amen ! 

Une belle Messe de préparation au ‘pélé’ pour les pèlerins des Hauts de Seine !

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L’église St-Jean Baptiste de Neuilly était pleine, le mardi 3 mars, pour la Messe pontificale de préparation au prochain pèlerinage de Pentecôte, Messe célébrée par Mgr Rougé, évêque des Hauts-de-Seine.

Mgr Rougé connaît bien le pèlerinage, ayant déjà eu l’occasion de célébrer la Messe d’envoi en la cathédrale ND de Paris. Surtout, Mgr Rougé est un pèlerin de Chartres lui-même, marcheur et confesseur. L’an passé, il est venu saluer et bénir les pèlerins, avec une attention légitime à ceux de son diocèse (ils sont nombreux), lors de la halte du parc Henri-Sellier, au Plessis-Robinson.

Dans un très beau sermon, il a commenté le passage de l’évangile du Christ chassant les marchands du Temple. Nous rappelant que nous devons être le temple de l’Esprit saint, il nous a recommandé de « chasser les marchandages spirituels de notre esprit ». Une intention primordiale en ce début de Carême et de montée vers Pâques.

L’évêque des Hauts-de-Seine a également demandé à tous de prier tout spécialement pour les vocations, sacerdotales et religieuses, en général et tout spécialement pour son diocèse.

 

L’abbé Garnier, aumônier général, a remercié Mgr Rougé et la dizaine de prêtres présents, dont Mgr Aybram, vicaire épiscopal et curé de St-Jean-Baptiste, lui aussi bien connu des pèlerins de Chartres.

 

A l’issue de la Messe, Mgr Rougé a passé un long moment avec les pèlerins présents au cocktail qui clôturait la soirée.

 

mercredi 04 mars 2020

Epidémie du coronavirus ou épidémie de peur ?

https://catholique-belley-ars.fr/notre-diocese/notre-eveque-et-ses-conseils/textes-de-mgr-roland/en-2020/epidemie-du-coronavirus-ou-epidemie-de-peur/image_albumphotos

 

Plus que l’épidémie du coronavirus, nous devons craindre l’épidémie de la peur ! Pour ma part, je me refuse de céder à la panique collective et de m’assujettir au principe de précaution qui semble mouvoir les institutions civiles.

Je n’entends donc pas édicter de consignes particulières pour mon diocèse : les chrétiens vont-ils cesser de se rassembler pour prier ? Vont-ils renoncer à fréquenter et à secourir leurs semblables ? Hormis les mesures de prudence élémentaire que chacun prend spontanément pour ne pas contaminer les autres lorsqu’il est malade, il n’est pas opportun d’en rajouter. 

Nous devrions plutôt nous souvenir que dans des situations bien plus graves, celles des grandes pestes, et alors que les moyens sanitaires n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, les populations chrétiennes se sont illustrées par des démarches de prière collective, ainsi que par le secours aux malades, l’assistance aux mourants et la sépulture des défunts. Bref, les disciples du Christ ne se sont ni détournés de Dieu ni dérobés au semblable. Bien au contraire ! 

La panique collective à laquelle nous assistons aujourd’hui n’est-elle pas révélatrice de notre rapport faussé à la réalité de la mort ? Ne manifeste-elle pas les effets anxiogènes de la perte de Dieu ? Nous voulons nous cacher que nous sommes mortels et, nous étant fermés à la dimension spirituelle de notre être, nous perdons pied. Parce que nous disposons de techniques de plus en plus élaborées et plus performantes,  nous prétendons tout maîtriser et nous occultons que nous ne sommes pas les maîtres de la vie ! 

Au passage, notons que l’occurrence de cette épidémie au moment des débats sur les lois de bioéthique nous rappelle fort heureusement notre fragilité humaine ! Et cette crise mondiale présente au moins l’avantage de nous rappeler que nous habitons une maison commune, que nous sommes tous vulnérables et interdépendants, et qu’il est plus urgent de coopérer que de fermer nos frontières !

Et puis nous semblons tous avoir perdu la tête ! En tous cas nous vivons dans le mensonge. Pourquoi focaliser soudainement notre attention sur le seul coronavirus ? Pourquoi nous cacher que chaque année, en France, la banale grippe saisonnière fait entre 2 à 6 millions de malades et provoque environ 8.000 décès ? Nous semblons avoir également évacué de notre mémoire collective le fait que l’alcool est responsable de 41.000 décès par an, tandis qu’on estime à 73.000 ceux qui sont attribués au tabac ! 

Loin de moi donc, l’idée de prescrire la fermeture des églises, la suppression de messes, l’abandon du geste de paix lors de l’Eucharistie, l’imposition de tel ou tel mode de communion réputé plus hygiénique (ceci dit, chacun pourra toujours faire comme il voudra !), car une église n’est pas un lieu à risque, mais un lieu de salut. C’est un espace où l’on accueille celui qui est la Vie, Jésus-Christ, et où par lui, avec lui et en lui, on apprend ensemble à être des vivants. Une église doit demeurer ce qu’elle est : un lieu d’espérance ! 

Faut-il se calfeutrer chez soi ? Faut-il dévaliser le supermarché du quartier et constituer des réserves afin de se préparer à tenir un siège ? Non ! Car un chrétien ne craint pas la mort. Il n’ignore pas qu’il est mortel, mais il sait en qui il a mis sa confiance. Il croit en Jésus qui lui affirme : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vite et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 25-26). Il se sait habité et animé par « l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Romains 8, 11).

Et puis un chrétien ne s’appartient pas à lui-même, sa vie est donnée, car il suit Jésus, qui  enseigne : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile la sauvera » (Marc 8, 35). Il ne s’expose certes pas indûment, mais il ne cherche pas non plus à se préserver. A la suite de son Maître et Seigneur crucifié, il apprend à se donner généreusement au service de ses frères les plus fragiles, dans la perspective de la vie éternelle.

Alors, ne cédons pas à l’épidémie de la peur ! Ne soyons pas des morts-vivants ! Comme dirait le pape François : ne vous laissez pas voler votre espérance !

+ Pascal ROLAND

vendredi 28 février 2020

Face aux abus, restaurer l’intelligence catholique - Abbé Christian Venard

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Contrairement à beaucoup de ceux qui se sont exprimés ces derniers jours, je ne connaissais pas Jean Vanier, je ne l’ai jamais rencontré, pas plus d’ailleurs qu’un certain nombre d’icônes du catholicisme français des années 1980 – 2000, en passe toutes, d’être déboulonnées du piédestal sur lequel les avaient placés ceux-là même qui, aujourd’hui, pleurent leurs errances. L’air du temps aidant, on peut certes parler d’ « indignation », de « sidération », d’ « émotion », mais je crois qu’il faut surtout parler de raison, et avoir le courage d’examiner, avec lucidité et recul, comment tant de figures dites charismatiques du dernier quart du XXe siècle, se retrouvent désormais au pilori, sans que la gravité des actes qu’elles ont commis – de la pédocriminalité systématique aux dérapages ponctuels sur fond d’emprise psychologique ou spirituelle – ne soit bien sûr remise en cause.

Ce qui est choquant au premier chef, dans cette triste litanie de fondateurs devenus prédateurs,  ̶  à L’Arche, à Point-Cœur, aux Béatitudes, aux Légionnaires du Christ, à la Communauté Saint-Jean, aux Fraternités monastiques de Jérusalem, au Foyer Sainte-Marie de Douvres, et sans doute à d’autres encore non connus  ̶ , c’est autant le sordide des faits que l’affreux silence complice qui les a entourés des années durant, le relativisme moral de certaines autorités ecclésiales, ou encore le contexte délétère d’une Église de France en perte de repère. Car, il faut bien se remettre dans le contexte des terribles années de l’après Concile, quand il était plus important pour les supérieurs de pourchasser les prêtres en soutane ou en clergyman, les réfractaires au grand n’importe quoi liturgique qui tenait lieu de messe, que de soutenir les fidèles dans la foi catholique et de réprimer les prêtres, religieux et autres figures charismatiques aux mœurs déviantes.

Que l’on se rappelle les années de plomb de l’Église de France. Ces années, où trouver une messe ressemblant à ce qu’indiquait le missel romain, relevait du défi dans nombre de diocèses ! Ces années où le clergé  ̶  y compris le haut  ̶  en France n’hésitait pas à critiquer ouvertement les positions magistérielles des papes, où le catéchisme est devenu un gloubiboulga humanitaire à peine digne d’une loge maçonnique théiste, où la confusion à tous les niveaux régnait en maîtresse et était publiquement soutenue par l’épiscopat. Dans ces années-là, quelques personnalités se sont élevées contre ce chaos organisé, ce sabbat diabolique où les hommes d’Église flirtaient avec le monde. C’est là que, face à l’incurie des autorités légitimes, au milieu de ces personnalités forcément aux caractères plus que trempés pour avoir le courage de résister, de s’opposer, se sont aussi glissés des « pervers », des « manipulateurs ». Leur tâche a été d’autant aisée, que le pauvre peuple chrétien, ou ce qu’il commençait à en rester, a vu en eux des planches de salut. De là, ont pu naître en effet des « idolâtries », parce que le peuple voulait des guides, quitte à s’en remettre de manière aveugle à des loups déguisés en bergers et parce que les bergers légitimes eux n’enseignaient plus la foi catholique et favorisaient le désordre et la désobéissance.

Que l’on ne s’y trompe pas. Ce n’est pas la trop grande sacralisation du clerc qui a été la source de ces déviances ; mais bien au contraire sa désacralisation, qui dérivait à la fois de la perte du sens du sacré dans le trésor le plus précieux de l’Église, sa sainte liturgie, et des mouvements idéologiques qui traversaient la société occidentale tout entière. Ceci est bien illustré dans les cas où les manipulateurs se sont révélés être des laïcs ! Le pape François a désigné le cléricalisme sous toutes ses formes comme une expression et une cause majeure de ces dysfonctionnements dans la vie des communautés chrétiennes. Le cléricalisme, ̶  à bien distinguer du « sacré », au risque une fois de plus de tomber dans des errements déjà connus ̶ , est avant tout une tournure d’esprit, qui frappe en premier lieu les clercs dans l’Église, du fait de la charge de gouvernance qui leur est confiée par le droit canon et la tradition. Mais, il peut toucher les laïcs aussi en ce qu’il est avant tout une manière de considérer cette charge comme un exercice de pouvoir (potestas) et non un service d’autorité (auctoritas). Pour le dire avec d’autres mots : est cléricaliste toute manière d’exercer une charge – aussi minime soit-elle, comme les fleurs de la paroisse !  ̶ en la considérant comme propriété personnelle au profit premier, et parfois unique, de soi-même…

Tirer les leçons de ce triste passé récent de notre Église de France est une urgence. Prions pour que nos évêques d’aujourd’hui aient le courage de l’affronter, de l’assumer, loin de la langue de buis et du déni de réalité qui leur sont trop souvent reprochés. Restaurer l’intelligence catholique des fidèles en est une autre, ainsi que leur réapprendre la vraie liberté intérieure. Cette dernière est toujours plus exigeante et inconfortable qu’une pseudo obéissance qui camoufle difficilement paresse et panurgisme ! Nous ne devons d’obéissance inconditionnelle qu’à notre conscience (à charge pour nous précisément de l’éclairer), au Christ et à ses enseignements transmis par la tradition et le magistère authentique, au pape vicaire du Christ à la tête de son Église. Pour le reste… bon sens, prudence, libre obéissance, discernement, sensus fidei, seront toujours les meilleurs guides. Dieu le Père n’invite pas le chrétien à être infantilisé dans des institutions humaines, seraient-elles ecclésiales, mais à devenir son enfant en Jésus-Christ, afin de parvenir, au jour ultime de la rencontre avec son Créateur, à la stature d’homme glorifié.

 

Source : https://blogdupadrevenard.wordpress.com/2020/02/27/face-aux-abus-restaurer-lintelligence-catholique/

Lundi 17 février 2020

Querida Amazonia : pour une sorte d’« Église laïque »

https://www.hommenouveau.fr/medias/moyenne/images/blog/billets-2015/querida_amazonia.png

 

Cet article est la traduction du texte du Père Pio Pace (que les lecteurs de Res Novæ ont pu lire à différentes reprises) publié sur le blog Rorate Cæli.

Va-t-on ordonner des viri probati mariés ? Cette question, avant pendant et après l’assemblée du Synode sur l’Amazonie, a polarisé toute l’attention, les évêques du Synode allemand se tenant comme en embuscade, prêts à s’emparer du thème pour la transformation institutionnelle de l’Église. Pour toutes sortes de raisons politiques et tactiques, l’exhortation apostolique tant attendue n’en parle pas. Elle ne rejette pas la possibilité, comme on l’a dit trop hâtivement : elle n’en parle pas. En fait, elle va plus loin, vers une Église laïcisée, où le sacerdoce commun des baptisés absorbe largement le ministère sacerdotal en se confondant avec lui.

Car le texte, sous des allures modestes, est très ambitieux. Il faut lire avec beaucoup d’attention le début de l’Exhortation : elle se présente comme « un cadre de réflexion », qui est une invitation à lire le document final du Synode (qui parle d’ordonner des diacres mariés), mais en s’élevant à des considérations plus fondamentales et assurément plus radicales. Le passage central concerne « l’inculturation de la ministérialité » (nn. 85-90), suivi de considérations sur les communautés (nn. 91-98), puis sur le rôle des femmes (nn. 99-103).

Le rédacteur principal (parmi les hypothèses, ce pourrait être le subtil P. Spadaro, jésuite, directeur de La Civiltà Cattolica) propose au nom du Pape une vision laïcisée de l’Église, fondamentalement hostile au « cléricalisme », et qui, par le fait, dépasse, et éventuellement inclut, la problématique des prêtres mariés dans une perspective plus large.

L’inculturation explique-t-il, doit aussi s’exprimer dans « l’organisation ecclésiale et la ministérialité ». Le ministère sacerdotal doit être repensé. Il ne se réduit pas au prêtre-clerc, dont le pouvoir spécifique est de consacrer et de pardonner les péchés, lequel est indispensable pour assurer « une plus grande fréquence de la célébration de l’Eucharistie, même dans les communautés les plus éloignées et cachées ». En revanche, le pouvoir hiérarchique dans l’Église, qui appartient au ministère sacerdotal, n’est pas propre au ministère ordonné : des laïcs, restant laïcs, pourront exercer cette autre face du ministère sacerdotal et « annoncer la Parole, enseigner, organiser leurs communautés, célébrer certains sacrements, chercher différentes voies pour la piété populaire et développer la multitude des dons que l’Esprit répand en eux ».

Certes, les communautés auront besoin de la célébration de l’eucharistie et du pardon des péchés, car « il est urgent d’éviter que les peuples amazoniens soient privés de cet aliment de vie nouvelle et du sacrement du pardon ». C’est ici, au n. 90, qu’intervient ce qui a été ressenti – à tort – comme une douche froide par toutes les instances progressistes et comme un immense soulagement par les conservateurs : le Pape, au lieu de parler d’ordination de diacres mariés, invite seulement à prier pour les vocations sacerdotales, tout en précisant qu’il convient de « réviser complètement la structure et le contenu tant de la formation initiale que de la formation permanente des prêtres, afin qu’ils acquièrent les attitudes et les capacités que requiert le dialogue avec les cultures amazoniennes »

Mais, continue-t-il, il faut des diacres permanents plus nombreux, des religieuses et des laïcs qui assument des responsabilités importantes pour la croissance des communautés. Il faut que ces laïcs « arrivent à maturité dans l’exercice de ces fonctions grâce à un accompagnement adéquat ». Au-delà donc de l’« objectif limité » d’une plus grande présence de ministres ordonnés pouvant célébrer l’eucharistie, il s’agit de promouvoir des laïcs « mûrs » qui, eux aussi ministres sacerdotaux mais comme laïcs, prendront en charge la communauté. Ceux qui font une fixation sur l’ordination d’hommes mariés sont en somme accusés de cléricalisme, alors qu’il est beaucoup plus important de promouvoir une sorte d’« Église laïque » : cela demande « une capacité d’ouvrir des chemins à l’audace de l’Esprit, pour faire confiance et pour permettre de façon concrète le développement d’une culture ecclésiale propre, nettement laïque [souligné dans le texte] ».

Rien n’exclut cependant que, parmi ces laïcs pleinement « mûrs », on puisse juger utile d’en ordonner certains pour les besoins de l’Eucharistie. Mais comme le faisait remarquer Élodie Blogie, dans le quotidien belge Le Soir, du 12 février, le Pape fait « une réponse très jésuite », et sur cette question, « très subtilement », ne dit ni oui, ni non : il ne dit rien, et en fait il dit plus.

Et de manière un peu semblable, il remarque que les femmes baptisent, annoncent la Parole, sont missionnaires, et qu’elles doivent exercer des pouvoirs. D’abord comme femmes laïques, avec toute leur féminité. Mais, « penser qu’on n’accorderait aux femmes un statut et une plus grande participation dans l’Église seulement [c’est moi qui souligne] si on leur donnait accès à l’Ordre sacré » serait « réductionniste ». Cela « limiterait les perspectives, nous conduirait à cléricaliser les femmes »

Sur ce point, tout de même, on touche peut-être à la part un peu « réactionnaire » de la pensée du Pape qui, en présentant le projet d’une recomposition (amazonienne, puis allemande, etc.) du visage de l’Église dont serait éradiqué le cléricalisme, fait la leçon aux féministes, qu’il supporte fort mal : il ne faut pas « nous enfermer dans des approches partielles sur le pouvoir dans l’Église » ; les femmes qui doivent prendre en charge l’Église, et sans laquelle l’Église s’effondrerait, doivent le faire de manière féminine. 

 

Source : L'Homme Nouveau : http://www.hommenouveau.fr/3064/res-novae/querida-amazonia---brpour-une-sorte-d--eglise-laique-.htm

jeudi 13 février 2020

« Hommage au Pr Jean de Viguerie (1935-2019) : la foi et le savoir »

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« Hommage au Pr Jean de Viguerie (1935-2019) : la foi et le savoir »

 

par Lydwine Helly, agrégée d’histoire, docteur en histoire médiévale, enseignant-chercheur

 

31 janvier 2020

 

Deux citations d’Augustin d’Hippone († 430) traduisent la synthèse entre foi et raison, intimement vécue par le Pr Jean de Viguerie, récemment décédé le 15 décembre 2019. La première est célèbre, elle signifie que la foi chrétienne est une ouverture à la vérité :

« Crede ut intelligas : Crois pour comprendre ». 

Mais cette première formulation ne fonctionne pas sans la seconde, immédiatement ajoutée par saint Augustin pour clore le sermon XLIII :

« Intellige ut credas : comprends pour croire ».(1)

L’un des plus célèbres Pères de l’Église distinguait foi et raison, mais il ne les séparait pas : la tension vers la vérité mène à Dieu. À la suite du saint d’Hippone, les théologiens ont glosé sur l’alliance de la foi et du savoir, et sur l’équilibre à trouver : en se méfiant tout à la fois de l’ignorance, porte ouverte aux déviances et à l’hérésie, et de la libido dominandi (2), véritable emprise peccamineuse sur celui qui n’a d’autre but que la domination d’autrui. 

Le Pr Jean de Viguerie laisse une œuvre considérable (cf Encart bio-bibliographique),composée de recherches historiques sur les XVIe-XVIIIe siècle et d’une réflexion sur l’histoire du Moyen Âge à nos jours. La lecture de sa bibliographie invite à distinguer l’histoire de l’enseignement, véritable ligne de crête et préoccupation constante du grand savant (3)

 

1. Honneur aux maîtres 

Issu d’une ancienne famille enracinée dans le pays de Toulouse, Jean de Viguerie naît à Rome en 1935, comme il aimait à le dire pour exprimer le lien affectif et spirituel qu’il entretenait avec la Ville éternelle. Il répétait volontiers tout ce qu’il devait à ses maîtres, à Louis Jugnet(1913-1973), professeur de philosophie, dont il avait suivi suivit les cours à Toulouse. Le jeune homme a absorbé l’enseignement de ce philosophe réaliste et thomiste, et il a emprunté à Jugnet la manière délicate qu’avait ce maître d’aider ses élèves et de se préoccuper d’eux. Le volume de Louis Jugnet, consacré aux  Problèmes et grands courants de la philosophie(1ère éd. en 1970, 2ème éd., revue et augmentée et préfacée par Marcel De Corte, en 1974) reste une excellente entrée en philosophie, très utile pour tous ceux qui, qu’elles que soient les raisons, manquent de repères en ce domaine. Après avoir réussi l’agrégation d’histoire (1959) et passé son service militaire à enseigner les petits Algériens (1961-1962), vint le temps pour Viguerie de préparer la thèse du doctorat ès lettres. Il le fit sous la direction du Pr Roland Mousnier (1907-1993), l’un des historiens modernistes (spécialiste des XVIe-XVIIIe siècle) les plus éminents de la Sorbonne, fort hostile aux relectures idéologisées du passé des marxistes et des structuralistes.

L’obtention du diplôme supposait de produire une recherche innovante, fondée sur une documentation inexploitée. Jean de Viguerie s’attela à l’étude d’un ordre religieux (les Doctrinaires), fondé en 1592, dans le contexte post-conciliaire (Concile de Trente, 1545-1563) et dispersé en 1792. Nul n’avait encore étudié cet ordre consacré à l’éducation des enfants pauvres, et analysé l’évolution philosophique de leurs programmes : initialement thomistes, les Doctrinaires s’étaient ralliés au cartésianisme entre 1711 et 1745 (donc, assez tardivement), avant le retour à la tradition pour lutter contre le matérialisme et l’athéisme ambiant. La thèse exigeait de combiner approches sociales, religieuses et philosophiques ; elle donnait à comprendre le mouvement des idées à la veille de la Révolution. Viguerie menait de concert recherche et enseignement. Et c’est en tant qu’assistant du Pr Roland Mousnier qu’ilfit 68 à la Sorbonne. Le maître avait maintenu ses séminaires et il avait missionné son assistant à garder les livres de la bibliothèque en un temps où ils étaient jetés par les fenêtres et brûlés dans la cour. Viguerie l’a raconté d’une plume alerte dans ses Trois semaines vécues à la Sorbonne, mai-juin 1968. 

 

2. Rechercher, enseigner et écrire 

Il était conseillé aux nouveaux gradués de mener de front trois carrières : la poursuite de leurs recherches, la transmission aux plus jeunes et l’écriture. Devenu docteur ès lettres en 1973 et professeur de l’université (Angers, puis Lille), Jean de Viguerie publia sa thèse en 1976 sur Une œuvre d’éducation sous l’Ancien Régime : les Pères de la doctrine chrétienne en France et en Italie (1592-1792) et ajouta encore à sa recherche dans L’Institution des enfants : l’éducation en France, XVIe-XVIIIe siècle en 1978.

Il faut relire ce livre, dont le titre reprenait un chapitre des Essais (I, 26), où Montaigne s’élevait contre l’éducation traditionnelle fondée sur le par cœur. Ce n’était pas l’objet de Viguerie, qui exposait d’emblée les trois caractères fondamentaux de l’éducation sous l’Ancien Régime : l’enfant n’est pas un sujet d’expérience ; chaque enfant est unique ; l’éducateur doit respecter l’âme de chacun. Autrement dit, l’éducation se devait d’être le fruit de l’expérience, progressive car fonction des âges de la vie, chrétienne dans son essence, et libérale au sens où elle devait le libérer des entraves matérielles. Les enjeux de cette éducation, assumée par l’Église, étaient terrestres (hic et nunc) et célestes (salut). Les maîtres ne doutaient pas de la légitimité de l’enseignement, appelée alors, le mot est révélateur, la « nourriture », aussi vitale pour l’enfant que l’alimentation. La documentation de cette recherche sur la réalité de cette éducation ne manquait pas, mais il avait fallu rassembler un corpus éclaté, constitué par les nombreux traités pédagogiques, les mémoires, les biographies, les manuels de classe, les textes des programmes, les règlements et les archives des écoles, les correspondances familiales. 

Viguerie organisa cette masse en un plan simple : Qui éduquait ? Qu’enseignait-on ? Comment les éduquait-on ? Au terme de L’institution des enfants, l’historien concluait : 

« L’ancienne éducation est politique. Elle est l’apprentissage de la vie en société. Elle est ordonnée au bien commun de la cité ».

Et il datait les infléchissements touchant la discipline et la substance de l’enseignement aux années 1660. Citons les principaux traits de la nouvelle pédagogie, qui tend à faire de la pédagogie  une science, alors qu’elle était un art, fait de contenus et de savoir-faire appliqués au réel. Les nouvelles théories empruntent à Descartes la conviction que l’esprit humain ne saisit directement que sa propre pensée, le reste étant affaire de démonstration. L’intellect de l’enfant est passif, il faut le façonner. Les seules études dignes de ce nom sont celles qui sont utiles : le faire l’emporte sur l’être. On peut encore mesurer l’influence de cette doxa sur les expériences pédagogiques contemporaines. 

 

Conclusion

La liste non exhaustive des publications atteste qu’il n’y a pas de retraite pour les universitaires. Jean de Viguerie n’a cessé de poursuivre ses recherches et de transmettre, y compris aux plus jeunes comme l’attestent ses conférences faites dans les écoles primaires (4). L’attention de ces publics les plus divers s’expliquait aussi par le tempo de sa voix et le sens qu’il avait de la musicalité des phrases. L’histoire (Clio) n’était-elle pas sœur de la poésie (Calliope) ? En décembre 2001, il fut élu « mainteneur » (défenseur des règles de la poésie) à la très ancienne et prestigieuse Académie des Jeux Floraux (Toulouse). 

À l’exemple de ses maîtres, Viguerie éprouvait gratitude et piété pour ceux qui avaient été les passeurs de la foi et du savoir, et empathie pour ceux qui, à leur tour, transmettent aux plus jeunes. Maîtres d’hier, d’aujourd’hui et de demain forment une communauté. Il nous disait qu’il avait ses listes, celles des défunts et des vivants pour lesquels il priait. Le passé ne meurt pas pour ceux qui se souviennent que « L’histoire enfin, [est] témoin des temps, lumière de vérité, vie de la mémoire, maîtresse de vie, messagère du passé » (5)

 

1 Saint Augustin, Sermons, XLIII, 9, à partir du verset d’Isaïe (7, 9) : Si vous ne croyez vous ne comprendrez pas.

2 La libido est un désir, une envie, une passion (au sens de ce qui a une emprise sur la créature) chez saint Augustin comme chez saint Thomas d’Aquin.

3 Jusqu’au livre posthume, corrigé par son ami Patrick de Beaucaron : La Dégradation de l’école en France, éditions de L’Homme Nouveau, 2020.

4 Lire l’hommage à Jean de Viguerie que lui a consacré L’Homme nouveau, n° 1702, janvier 2020, p. 26-30, et en particulier celui de Christophe Dickès qui écrit « qu’une de ses plus belles leçons fut de me dire que le chercheur ne devrait jamais oublier la simplicité des jours, des travaux quotidiens de sa propre maison, tout comme la joie de ses amitiés » (p. 27).

5 « Historia vero testis temporum, lux veritatis, vita memoriae, magistra vitae, nuntia vetustatis » (Cicéron, De oratore, II, 9) 

 

Encart bio-bibliographique (non exhaustif)

24 février 1935 naissance à Rome

1959 agrégation d’histoire 

1961-1962 service militaire en Algérie - Croix du combattant 

1968 Trois semaines vécues à la Sorbonne, mai-juin 1968, Les Dossiers du Centre d’Études politiques et civiques (CEPEC), 23, 1968. 28 pages.  

1973 Docteur ès lettres

1976 Une œuvre d’éducation sous l’Ancien Régime : les Pères de la doctrine chrétienne en France et en Italie (1592-1792), Paris, Nouvelle Aurore, 1976. 702 pages (Prix Marcelin Guérin de l’Académie française).

1978 L’Institution des enfants : l’éducation en France, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Calmann-Lévy, 1978 (épuisé).

1986 Christianisme et Révolution : cinq leçons d’histoire de la Révolution française, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1986 ; nouv. éd., 1988.

1988 Le Catholicisme des Français dans l’ancienne France, Paris, Nouvelles éditions latines, 1988.

1995 Histoire et dictionnaire du temps des Lumières 1715-1789, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1995.

1998 Les Deux Patries : essai historique sur l’idée de patrie en France, Bouère, Dominique Martin-Morin(DMM), 1998 (Prix des Intellectuels indépendants) ; nouv. éd. 2004 et éd. poche en 2017.

2000 Itinéraire d’un historien : études sur une crise de l’intelligence, XVIIe- XXe siècle, Bouère, DMM, 2000.

2001 L’Église et l’éducation, Bouère, DMM, 2001 ; 2e éd. augm, 2010.

15 décembre 2001 élection au 26ème fauteuil de l’Académie des Jeux Floraux (discours de réception en ligne).

2003 Louis XVI, le roi bienfaisant, Monaco, éd. du Rocher, 2003.

2007 Filles des Lumières : femmes et sociétés d’esprit à Paris au XVIIIe siècle, Bouère, DMM, 2007.

2010 Le Sacrifice du soir : vie et mort de Madame Élisabeth sœur de Louis XVI, Paris, Éditions du Cerf, 2010.

2012 Les Pédagogues : essai historique sur l’utopie pédagogique, Paris, Éditions du Cerf, 2012.

2014 Histoire du citoyen, Versailles, Via Romana, 2014.

2016 Le passé ne meurt pas, Versailles, Via Romana, 2016.

2017 Liber amicorum. Jean de Viguerie, dir. Philippe Pichot-Bravard, Versailles, Via Romana. 648 pages. 

2018 « Racine, poète religieux, traducteur des hymnes du bréviaire romain », Sedes sapientie, 143, Printemps 2018, p. 60-28.

15 décembre 2019 décès à Montauban 

2020 La Dégradation de l’école en France, Paris, Éditions de L’Homme Nouveau, 2019.

 

 

mercredi 12 février 2020

Ils célèbrent la messe vers l’orient

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MAGAZINE – Des prêtres diocésains disent parfois la messe en direction de l’est. Ils nous expliquent les raisons de ce choix.

Joseph Ratzinger

• « La prière vers l’orient est de tradition depuis l’origine du christianisme, elle exprime la spécificité de la synthèse chrétienne, qui intègre cosmos et Histoire, passé et monde à venir dans la célébration du mystère du Salut. »
• « Dans la prière vers l’orient, nous exprimons donc notre fidélité au don reçu dans l’Incarnation et l’élan de notre marche vers le second avènement. »

Extraits de L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001.

 

Ils ne sont pas « tradis », n’ont pas adopté la forme extraordinaire du rite romain, mais célèbrent pourtant de temps à autre la messe ad orientem. Traduisez « tournés vers Dieu ». D’aucuns disent « dos au peuple » (voir encadré ci-dessous).

« Je célèbre habituellement la messe face au peuple, mais j’ai toujours considéré que c’était naturel de célébrer vers l’orient », indique l’abbé Vincent de Mello, aumônier du patronage du Bon Conseil à Paris. « Je le fais systématiquement pour certaines messes : celle de l’aurore, à Noël, celle de l’Ascension, pour signifier que nous sommes tournés vers le Christ monté en gloire et que notre vocation est d’aller au Ciel, et lorsque c’est la fête d’un saint représenté sur la mosaïque placée derrière l’autel de la chapelle. » Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, déclare célébrer « assez régulièrement » la messe ad orientem dans les églises de son diocèse, selon l’emplacement de l’autel qui s’y trouve : « À travers cette disposition, je signifie que le prêtre et la communauté sont dirigés dans la même direction qu’est le Christ. »

Tandis que, pour prier, les juifs et les musulmans se tournent vers un lieu spirituel (Jérusalem, La Mecque), les chrétiens ont pris l’habitude de se tourner vers l’orient, d’où, selon les Écritures, le Christ est venu sur Terre et d’où Il reviendra. « Comme l’éclair part de l’orient et brille jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du Fils de l’homme », nous dit saint Mathieu (24, 27).

Sur la base notamment d’une interprétation de la « participation active » des fidèles, souhaitée par Vatican II (Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, 1963), cette pratique de célébrer la messe vers l’orient a été très largement abandonnée dans l’Église catholique après le Concile. Abandonnée, mais pas abolie, nuance l’abbé de Mello. « Après le concile, l’Église n’a pas absolutisé une manière de faire. Célébrer face au peuple est une permission. Dans le missel rénové de 1969, les rubriques précisent qu’à certains moments le prêtre doit se tourner vers l’assemblée, ce qui signifie que la messe doit être célébrée dos au peuple. Ce sont les éditions françaises successives du missel romain qui ont supprimé ces mentions, mais je constate qu’elles ont été réintroduites dans l’édition du missel à paraître en novembre prochain. »

Une tradition très ancienne

Fondateur de la communauté Aïn Karem et auteur d’une Initiation à la liturgie romaine (Ad Solem), le Père Michel Gitton explique que la célébration ad orientem est très ancienne et que les premières églises étaient déjà orientées vers l’est. « Cela a été remis en cause dans les années 1930 par le Mouvement liturgique sur la base d’études sans doute incomplètes montrant que le prêtre était tourné vers le peuple dans les premiers temps de l’Église. Certains ont alors commencé à célébrer face au peuple. Le concile Vatican II n’a pas tranché cette question, mais cette nouvelle pratique s’est généralisée dans les années qui l’ont suivi, avant que l’on retrouve, notamment sous l’influence du cardinal Joseph Ratzinger, l’importance de la célébration versus dominum. »

Dans un ouvrage sorti en 2000, le futur pape Benoît XVI souligne notamment que « l’orientation versus populum (face au peuple) implique une conception nouvelle de l’essence de la liturgie : la célébration d’un repas en commun », ce qui procède, dit-il « d’une compréhension pour le moins approximative de ce que fut la sainte Cène ». Pour Mgr Rey, cette mise au point était nécessaire. « On a quelquefois sous-estimé la dimension sacrificielle de la messe. L’autel est certes le lieu de l’Incarnation (les quatre côtés symbolisent les points cardinaux) et du partage fraternel, mais il est aussi celui du sacrifice eucharistique, que manifeste la célébration ad orientem face au tabernacle, en direction duquel le prêtre et l’assemblée se tournent après la liturgie de la Parole. »

Devant le mystère de Dieu, il faut rester humble, et la meilleure façon de l’être est de se tourner face au Seigneur.

 Père Allain Nauleau

Par la suite, en 2016, le cardinal Robert Sarah, préfet pour la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a invité les prêtres à « retourner aussi vite que possible à une orientation [...] vers l’est ou du moins vers l’abside [...] dans toutes les parties du rite où l’on s’adresse au Seigneur ».

Pour les prêtres qui ont répondu à cet appel, il ne s’agit pas seulement de se tourner symboliquement vers l’est, mais aussi, en se mettant dans la même direction que les fidèles, de redonner à la messe sa dimension théocentrique. « Cela aide à mieux comprendre que ce que l’on célèbre nous dépasse », explique le Père Allain Nauleau, 65 ans, prêtre à Blanzay, dans le diocèse de Poitiers. « Devant le mystère de Dieu, il faut rester humble, et la meilleure façon de l’être est de se tourner face au Seigneur, comme le reste de l’assemblée, afin de ne pas en être le centre d’attention. »

 

 

 

« La célébration orientée est moins cléricale »

C’est un « point majeur » pour le Père Christian Lancrey-Javal, curé de Notre Dame-de-Compassion (Paris) : « Autant durant la liturgie de la Parole, être face à l’assemblée s’impose, puisque le prêtre est dans une fonction d’enseignement, autant dans ce qui est le grand mystère de la consécration, l’exposition du ministre face à l’assemblée est gênante. Elle rend plus difficile notre présence au Christ au moment le plus intime et le plus sacré de la messe. En outre, cette trop forte exposition du prêtre renforce le cléricalisme. Je pense même qu’elle peut constituer chez certains un élément d’inquiétude, voire un obstacle à la vocation sacerdotale. La célébration orientée est moins cléricale, et la symbolique du pasteur situé en tête du troupeau pour emmener le peuple vers le Christ est magnifique. »

Qu’en pensent les fidèles qui assistent occasionnellement à ces messes ? Olivier, 33 ans, les trouve en effet « plus centrées sur Dieu ». « Lorsque le prêtre est face à Dieu, il est comme un premier de cordée qui nous emmène vers le sommet. C’est plus vertical. Il s’efface devant le mystère qu’il célèbre, ce qui favorise notre acte d’adoration. Avec le face-à-face, la relation est plus horizontale et nous avons tendance à juger la messe en fonction du charisme du célébrant. »

Lorsque le prêtre est face à Dieu, il est comme un premier de cordée qui nous emmène vers le sommet. C'est plus vertical.

 Olivier

 

« Quelque chose de précieux »

Constance, 29 ans, reconnaît avoir été plusieurs fois touchée par le visage du prêtre lors de la consécration, « des yeux levés, graves, qui canalisent et éduquent le regard à se tourner vers le Christ », décrit-elle. Elle trouve cependant le face-à-face parfois perturbant, « car le prêtre peut faire écran, et l’on doit se concentrer pour penser à l’essentiel ». Pour son mariage, elle a demandé au prêtre une messe ad orientem. « Le chantre et les mariés attirent déjà le regard de l’assemblée, c’est le meilleur moyen pour mettre l’eucharistie au centre de la messe », justifie-t-elle.

D’autres fidèles, généralement les plus âgés, apprécient moins le retour de cette pratique. « J’ai dû renoncer à célébrer la messe ad orientem pour des raisons purement pastorales, se désole le Père Lancrey-Javal. J’ai senti que cela bouleversait certains de mes paroissiens, ceux qui ont déjà connu le changement de l’après-concile. Bien qu’ils ne soient pas progressistes, ils ne veulent pas être à nouveau bousculés. »

Lorsqu’il célèbre sa messe ad orientem, Mgr Rey prend toujours soin d’en expliquer le geste à l’assistance au préalable, pour ne pas créer de tensions ou d’incompréhensions. Il note toutefois que la jeune génération est réceptive à cette catéchèse mystagogique (qui initie aux mystères). « Elle est sensible à la ritualité et la sacralité dans un monde sécularisé. »

Pour l’abbé de Mello, il est important d’offrir ce patrimoine liturgique à tous les fidèles. « En ne le faisant jamais, on les prive de quelque chose de précieux. »

Tournés vers Dieu ou dos au peuple ?

Les prêtres disant la messe ad orientem préfèrent dire qu’ils célèbrent « face à Dieu » que « dos au peuple », qui a une connotation plus péjorative. Notons toutefois que les deux expressions ne recouvrent pas toujours une même réalité. On peut célébrer vers l’orient sans être dos au peuple, comme c’est le cas à Saint-Pierre-de-Rome, dont l’abside, pour des raisons topographiques, fait face à l’ouest. Pour célébrer vers l’orient, le célébrant se retrouve donc face au peuple. De même qu’il peut arriver à certains prêtres de privilégier la célébration « dos au peuple » sans qu’elle coïncide avec une orientation vers l’est pour des raisons purement pratiques – autel latéral collé au mur et non orienté, ou volonté du prêtre d’éviter un tête-à-tête lorsqu’il célèbre la messe en présence d’un petit nombre de fidèles.

Élisabeth Caillemer

 

Source : Famille Chrétienne

Lundi 10 février 2020

Le Grand 8 de Jean de Tauriers

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Chers amis pèlerins,

 

Chacun connaît les positions du Père Paul Valadier, jésuite éminent de 87 ans, professeur de philosophie au Centre de Sèvres (faculté jésuite de Paris), ancien rédacteur en chef de la revue Etudes et auteur de nombreux livres. Il représente et incarne une tendance qui a été puissante dans l’Eglise dans les années soixante et qui retrouve de vives couleurs sous le pontificat de François.

En écoutant notre bon Père le 6 février sur Radio Notre-Dame dans la très bonne émission de Louis Daufresne, « Le grand témoin », il fallait accrocher sa ceinture et se préparer « à du lourd » comme dirait Fabrice Lucchini. Je n’ai pas été déçu, ce sera l’objet de ce petit mot. Pour bien documenter mes propos, je vous indiquerai le minutage précis sinon vous ne me croiriez pas.

(19.24) au sujet de Saint Jean-Paul II accusé d’« idéologie » avec l’encyclique Veritatis Splendor (1993) :

Père Valadier : Il faut toujours s’adapter à la situation de celui auquel on parle et pas donner la splendeur de la vérité qui vous tombe dessus et vous écrase.

Louis Daufresne : Jean-Paul II, c’était cela alors ?

Père Valadier : Un peu, oui, malheureusement oui. C’est d’ailleurs pourquoi il a été si peu entendu parce que ces vérités qui vous tombent de haut et que personne n’est capable de suivre, c’est pas des vérités mais de l’idéologie… Sa vérité morale de « Vérité et splendeur », c’est quand même lui. Il prétend que c’est la tradition catholique. C’est pas vrai, c’est lui. C’est pas la tradition catholique, il oublie complètement ce que vous disiez, la tradition casuistique, qui est énorme dans la tradition morale.

(21.24) au sujet des divorcés remariés et donc d’Amoris Laetitia et sa fameuse note 351 donnant la possibilité de communier aux personnes « dans une situation objective de péché ». Le Père Valadier s’éloigne de l’enseignement de l’Eglise en défendant la loi de gradualité récemment fermement condamnée par Jean-Paul II.

Père Valadier : Oui, ils savent très bien leur situation. Simplement, les circonstances les ont amenés à. Alors, il faut les aider dans cette situation à vivre leur vie chrétienne aussi bien que possible ou le moins mal que possible. Ils ne vont pas tout de suite sauter à la sainteté. Ils vont tenter d’affronter la situation difficile qui est la leur. 

Louis Daufresne : Mais quand vous entrez dans le dur, l’accès à la communion. Il y a bien un moment où il faut dire oui ou il faut dire non ?

Père Valadier : Oui bien sûr.

Louis Daufresne : La casuistique, elle trouve ses limites, non ?

Père Valadier : La communion n’est pas le tout, c’est la vie chrétienne qui est le tout. Vous pouvez vivre la communion dans la vie chrétienne vous dévouant, en aidant les autres, à aimer vos enfants. C’est là-dessus que la vie chrétienne se juge et non seulement sur le fait de passer à la communion. Au contraire, la communion peut être un pharisaïsme extraordinaire si vous ne la vivez pas dans le concret de votre vie.

Louis Daufresne : Donc là, vous inversez le jugement que l’on peut porter sur le sujet.

Père Valadier :  Il nous est demandé de vivre la vie chrétienne, de vivre la charité dans le quotidien et les sacrements sont là pour nous aider à ça. Et c’est pas l’inverse qui est vrai.

(29.00) Pour être objectif le Père Valadier dira des choses justes et courageuses sur la situation du cardinal Barbarin et le traitement de cette affaire par les médias.

(34.46) Le Père se lâche avec violence sur le dernier (et excellent) livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah (‘Des profondeurs de nos cœurs’) :

Père Valadier : Je crois que c’est un livre malhonnête. C’est à se taper la tête contre les murs. C’est un homme malhonnête qui a certainement trompé Benoît XVI. Il ne faut pas lire ce genre de littérature. Malheureusement très lu. Si vous allez à la Procure ici à Paris, vous voyez des piles d’ouvrages de Sarah (sic) alors que c’est un homme tout à fait contestable. On aurait envie de lui conseiller de balayer devant sa porte au lieu de s’occuper de l’Amazonie et de faire de grands discours pseudo-spirituels. Qu’il regarde ce qui se passe en Afrique avec le célibat des prêtres. Et puis après on pourra en parler.

Louis Daufresne : Père Valadier vous parlez du « débat permanent » et vous ne voulez pas débattre à l’intérieur de l’Eglise avec des personnes qui pourraient ne pas partager vos positions.

Père Valadier : Vous croyez que le cardinal Sarah veut parler. Il condamne ceux qui ne pensent pas comme lui. … C’est un homme qui nuit à l’Eglise…. On baigne dans le pseudo spirituel qui n’a aucun sens… Sarah est fermé à l’intelligence des choses.

(38.45) Il regrette ensuite que le pape Benoît XVI continue « à se déguiser en blanc » (sic) et « entretient ainsi la confusion » (resic) !

*

* *

Ces propos sont choquants, blessants, sans aucune charité et très faux. Pour avoir eu le bonheur de croiser le cardinal Sarah pendant tout un pèlerinage avec vous tous, ces mots suscitent une immense tristesse. 

Je sais bien que certains d’entre nous considérent qu’il ne faut pas parler de ces interviews et que le Père Valadier a désormais 87 ans et raconte n’importe quoi. De plus, il est bien connu pour ses excès. 

Vaut-il se taire, étouffer le scandale ? Faut-il regarder ailleurs, positiver ? Je pense qu’il faut regarder la situation en face, être courageux, affronter le réel et apprendre à argumenter devant de telles erreurs.

Le Père Valadier est représentatif d’une génération de prêtres qui a consacré tout son sacerdoce (en donnant toute sa vie d’ailleurs) à l’adaptation de l’Eglise au monde moderne.

Est-il possible de juger de l’œuvre de cette génération avec quelques chiffres ? C’est bien sûr impossible d’un seul point de vue naturel qui ne peut être que le nôtre. 

Pourtant, et comme conclusion, je présenterai quelques chiffres sur les fruits de toutes ces dérives. Ce ne sont que des chiffres mais ils sont plus éloquents qu’un long discours, et permettent de se faire une idée de l’arbre qui les a générés :

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Dimanche 09 février 2020

Se comporter en chrétien dans un monde qui ne l’est plus

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Journaliste à Valeurs Actuelles, chroniqueuse sur CNews, Charlotte d’Ornellas ne dissimule pas sa foi. Elle se confie sur la façon de se comporter en chrétien dans un monde qui ne l’est plus beaucoup. Profond et très stimulant.

Sur France Inter, vous avez fait les frais d’attaques concentrées sur votre foi. Êtes-vous parvenue à jeter un regard chrétien sur ceux qui vous roulaient dans la boue ?

Je ne vais pas faire croire que se faire insulter, en des termes franchement sales, sur le service public, est agréable ou réjouissant. C’est humiliant. Mais je crois très honnêtement que l’auteur de cette chronique, comme de beaucoup d’autres qui ne me concernent pas, s’est plus sali lui-même qu’il ne m’a atteinte. Passée la stupéfaction, j’avais très sincèrement de la peine pour lui.

Dans ce genre de situation, il faut en revenir à ses principes, et à l’enseignement choisi et reçu. Il faut apprendre à pardonner, et à prier pour ses adversaires. Ce n’est pas facile, mais il faut essayer. Il est nécessaire, je crois, de faire la différence entre la faiblesse et la charité. On peut dénoncer l’absence de réactions, l’insulte que cet homme ne se serait permise avec personne d’autre, sans pour autant vouloir de mal à cet homme. En l’occurrence, l’attaque était trop pitoyable et bien trop personnelle pour mériter la révolte.

Quel est le juste regard que les chrétiens doivent adopter face à ceux qui, en public, les détestent ou les raillent ?

C’est une question difficile. Je crois qu’il faut vraiment distinguer les attaques. La moquerie, l’insulte, la dégradation ou la profanation sont des choses différentes, et leur gravité n’est pas égale. Il faut se tenir droit, exiger que la justice soit rendue, formuler le scandale et se garder de la faiblesse. Ensuite, il faut aussi avoir conscience que la foi est un choix exigeant, difficile et que nous croyons en un Dieu qui a donné son fils pour racheter nos péchés. Tous nos péchés, ceux de nos adversaires, mais les nôtres aussi.
Il ne faut pas perdre de vue que le péché – la moquerie gratuite en est un – ne nous fait horreur que par amour pour le pécheur. Quand nous nous défendons, il faut défendre un bien universel et non sombrer dans la victimisation. Il faut relire saint Thomas d’Aquin sur le blasphème, il est lumineux !

En revanche, il faut avoir à l’esprit aussi que la défense d’un patrimoine, d’une culture et d’une partie de notre identité française ne relève pas de la foi, mais du droit à la continuité historique. Pour les catholiques évidemment, mais aussi pour tous les Français. Et je crois que l’évangélisation passe aussi par les paysages, les œuvres, ce que l’on entend et voit. Le combat se situe alors sur un terrain différent : là, je crois qu’il nous faut relever la tête et défendre ce qui est attaqué dans l’indifférence générale. Par charité.

Plusieurs journalistes chrétiens évoluent désormais sur les plateaux de radio ou de télévision. Y a-t-il une évolution favorable ? Ou servent-ils de caution de pluralité à un système plus intolérant que jamais ?

Il est difficile de répondre pour une raison simple : le système médiatique est une réalité, mais il est composé de personnes qui réagissent différemment. Le témoignage de foi génère des moqueries ou des insultes, comme depuis 2 000 ans, mais il peut aussi engendrer des conversations incroyables. Il y a surtout une grande méconnaissance de ces sujets religieux, et tout particulièrement au sujet du catholicisme. On ne «  connaît  » l’Église que par d’atroces scandales, on imagine que la foi se résume à une doctrine morale dépassée…

Le système n’est pas plus intolérant que jamais, il suffit de se pencher sur l’histoire de France, du christianisme, ou même de regarder ce que subissent les chrétiens persécutés à travers le monde. Il se peut en revanche que nous nous soyions nous-mêmes affadis par confort, par crainte, par volonté de respectabilité… Alors il faut se souvenir de sainte Bernadette : «  Nous ne sommes pas chargés de le faire croire mais de le dire.  »

On peut craindre d’être une «  caution  » sur le terrain politique ou idéologique. Mais sur celui du témoignage de foi, qui est un trésor que l’on rêve de partager, c’est impossible. Notre foi nous enseigne que seul Dieu sauve, et il faudrait avoir assez peu confiance en Lui pour imaginer qu’un système médiatique ait le dessus. Ni ce système-là ni un autre n’ont jamais réussi à empêcher la grâce de passer. Il faut simplement avoir à l’esprit que les voies de Dieu sont décidément impénétrables… Et essayer d’être témoins, qui se dit martyr en grec… 

mercredi 05 février 2020

Recollection préparatoire des chefs de chapitre de la Province Ile-de-France

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« Saints Anges, protégez-nous dans les combats ! » 

 

Le samedi 25 janvier, les chefs de chapitre des régions Ile-de-France se sont réunis au foyer Don Bosco pour une journée de récollection préparatoire au trente-huitième pèlerinage. 

Le thème d’année a été remarquablement introduit par la prédication du Père Chalufour :  en méditant sur les Anges, nous apprenons à leur suite à rendre à Dieu la gloire et l’adoration qui lui sont dues. 

Après un petit-déjeuner bien garni et de joyeux échanges, le directeur des pèlerins, a rappelé aux chefs de chapitre l’importance d’une perpétuelle formation. Seule une élite, en effet, entendue au sens de ce petit nombre à la fois levain, sel et lumière, en tout exemplaire, sera capable d'ébranler une foule. « Les gens d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire » : prenons donc les armes de la formation et préparons avec ardeur cette trente-huitième édition du pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté ! Grâce à la présentation du chapitre des Anges Gardiens (plus de 3000 en 2019), nous comprenons combien leur soutien et leurs prières sont précieuses pour la fécondité du pèlerinage. 

 

Quatre enseignements ont ponctué la journée, dispensés par les différents aumôniers de région et par l’abbé Garnier, aumônier général. M. l’Abbé de Massia a tout d’abord interrogé la nature même des anges et les causes du « non serviam ». Puis M. l’Abbé Damaggio a rappelé le rôle des bons anges envers les hommes, et surtout la « présence, la bienveillance et la bonne garde » (saint Bernard) de notre Ange Gardien. 

Le déjeuner fut l’occasion pour les nouveaux chefs de chapitre de bénéficier des conseils avisés des chefs les plus expérimentés. Après la méditation du chapelet, M. l’Abbé Garnier nous fit réfléchir, à force d’images frappantes et avec beaucoup d’humour, au rôle des mauvais anges envers les hommes. Il nous faut apprendre à reconnaitre l’action des Esprits mauvais, et à nous servir du grand arsenal à notre disposition pour les vaincre !

Enfin, M. l’Abbé Lefer a explicité le rôle des trois archanges, en s’appuyant sur les Saintes Ecritures : leur histoire, leur mission spécifique, leur culte et l'enseignement qu'ils peuvent nous apporter.

 

Après une présentation chiffrée très enthousiasmante du pèlerinage et des nouveaux défis à relever pour les années à venir par la Direction des pèlerins, la journée s’est achevée par le Salut du Saint Sacrement. Nous sommes rentrés davantage conscients de l’importance de la charge prise, fortifiés spirituellement et mieux formés doctrinalement, prêtsà préparer de notre mieux ce pèlerinage qui s’annonce riche en grâces ! « Saints Anges, protégez-nous dans les combats ! » 

 

Un chef de chapitre

mercredi 29 janvier 2020

La PMA et l’effacement du père

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La PMA et l’effacement du père

I. Le processus d’élargissement de la PMA et ses racines

A. LA PMA : DESCRIPTION ET PROBLÈMES ÉTHIQUES

En 1978, Louise Brown, le premier « bébé éprouvette », était conçue. C’était l’invention de la Fécondation in Vitro (FIV), nouvelle technique de ce qu’on appelle la Procréation Médicalement Assistée (PMA, parfois aussi dénommée AMP = Assistance Médicale à la Procréation), qui était limitée jusque-là à l’insémination artificielle (injection de sperme dans le corps de la femme).

La FIV se déroule en quatre étapes.

1. Stimulation hormonale : on procède d’abord à une stimulation hormonale pour activer la production des gamètes de la femme (ovules).

2. Recueil des gamètes : on prélève des ovules de la femme et le sperme du conjoint ou bien celui d’un donneur.

3. Fécondation : Deux méthodes sont privilégiées :

a. Technique conventionnelle : on effectue une série de fécondations artificielles en éprouvette en mettant en contact le sperme et les ovules (c’est la FIV au sens strict).

b. Technique avec injection intra-cytoplasmique (ICSI) : on force la pénétration de spermatozoïdes dans des ovules avec une micropipette.

Dans les deux cas, un certain nombre d’embryons sont ainsi conçus. Tous sont congelés.

4. Transfert des embryons dans l’utérus : à la suite d’une sélection, certains embryons sont destinés à être implantés dans l’utérus de la femme. On procède à la décongélation et à l’implantation. Souvent, on implante plusieurs embryons, car il n’est pas certain que l’embryon réussisse sa nidification. Enfin, si plusieurs embryons nidifient et se développent, on procédera fréquemment à une « réduction embryonnaire », c’est-à-dire à un avortement sélectif, pour ne conserver que le ou les embryons désiré(s).

 

Le premier « bébé éprouvette » français a été conçu en 1982 [1]. On estime que, fin 2019, le nombre d’enfants ainsi conçus par PMA en France atteindra 400 000 (le nombre de naissances par FIV chaque année est estimé à 12 000). Il faut savoir que la technique est loin de réussir à tout coup [2]. Le taux de réussite moyen par rapport au nombre d’embryons implantés est estimé à 17 %. De plus, comme on vient de le dire, le nombre d’embryons conçus est très supérieur à celui des embryons implantés. En moyenne, on aboutit, pour l’année 2015, en France, à 18 embryons conçus pour un seul implanté [3]. Les autres sont congelés en attendant d’être implantés à nouveau chez la femme, ou bien donnés à un autre couple, ou bien à la recherche, ou enfin détruits. Comme disait Jean-Louis Touraine, le député LREM qui propose d’étendre la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes vivant à deux, à propos de cette élimination massive d’embryons humains : « Éthiquement, ça trouble un peu [4] ».

Effectivement, c’est un peu « troublant » ! Il y a de nombreuses raisons qui rendent la PMA inacceptable sur le plan éthique :

1. La première et la principale : elle fait de l’embryon humain un objet fabriqué par la technique humaine. Or une personne ne se fabrique pas, elle s’engendre. Elle ne peut pas être « livrée » comme une chose dont on passerait commande, mais seulement accueillie comme un don gratuit qui dépasse absolument celui qui le reçoit, et cela dans un contexte de relations humaines intimes et profondes, au sein du couple. Seule cette manière de procréer convient à une personne humaine. En effet, toute personne humaine est, par nature et indépendamment du regard que l’on porte sur elle, douée de  raison et, par suite, du libre usage d’elle-même et de certains biens extérieurs. C’est ce qui fonde sa dignité inaliénable : elle est un sujet autonome de pensée et d’action libre. Cette autonomie est certes relative et non absolue, puisque la personne humaine est en relation constante, d’abord avec son Créateur, de qui elle dépend en tout et absolument, ensuite avec d’autres personnes humaines, dotées de la même dignité qu’elle, et dont elle dépend aussi sous certains rapports. Mais c’est une autonomie réelle, en ce sens que toute personne humaine est une source singulière de pensée et d’amour, irréductible à tout autre, et capable de marquer le monde d’une empreinte qui lui est propre. Une personne humaine n’est donc jamais interchangeable avec une autre, elle est unique et possède, à ce titre, une valeur inestimable, en quelque sorte infinie. Chaque personne humaine possède d’ailleurs, pour ainsi dire, la signature biologique de son caractère unique : c’est l’unicité absolue de son patrimoine génétique et la manière également unique dont celui-ci sera mis en œuvre au cours de sa vie.  

Cette dignité intrinsèque à la personne humaine, sa valeur unique et irremplaçable, a une conséquence éthique capitale : on doit toujours la traiter comme un sujet de droits, jamais comme l’objet d’un droit. Je peux agir sur une personne, mais pas prendre pouvoir sur elle comme je le ferais d’un quelconque objet. Et, bien sûr, cette exigence s’impose dès la conception, puisque le statut de personne lui appartient dès le début de son existence : la première cellule de l’embryon (le zygote) possède déjà tout son patrimoine chromosomique singulier, même s’il n’est pas tout de suite pleinement actif. Il n’a pas encore l’exercice de la raison et de la liberté, mais il en a déjà la capacité radicale (un peu comme un homme endormi a encore la capacité radicale de raisonner, même s’il ne peut s’en servir) [5].

Par conséquent, le simple fait de « fabriquer » un embryon in vitro constitue un déni objectif de sa dignité de personne humaine. Inévitablement, l’embryon ainsi manipulé est ravalé au rang des choses, des réalités totalement maîtrisables par nous, parce que faites par nous. Il ne s’agit nullement de méconnaître l’amour très sincère que ses futurs parents peuvent lui porter ni le dévouement de médecins et d’infirmières qui ne demandent qu’à soulager une souffrance parfois épouvantable chez certains couples atteints d’infertilité. Mais il faut bien comprendre que ni la bonne intention ni l’heureux résultat ne suffisent à garantir la bonté éthique d’un acte, c’est-à-dire sa pleine adéquation au bien intégral de la personne. Il faut voir s’il n’y a pas, dans l’acte même, une réalité objectivement contraire à ce bien. Car, dans ce cas, en posant l’acte, j’ai l’intention objective de procurer un mal. En l’occurrence, ce mal consiste à « réifier » la personne, à la réduire au rang d’un objet fabriqué. C’est comme si, en pratiquant une FIV, avec toutes les manipulations embryonnaires qu’elle exige, j’envoyais ce message implicite : une personne humaine peut, dans certaines circonstances, être produite à l’instar d’un simple objet, comme un ordinateur. Mais alors, j’ouvre la boite de Pandore, car plus rien ne m’empêchera d’aller aussi loin que je le jugerai bon : un objet fabriqué n’a pas de droits, il est à ma disposition et je peux aller jusqu’à le détruire, s’il me semble que mon bien personnel l’exige. C’est d’ailleurs ce qui se produit, en fait, dans la FIV, pour nombre d’embryons humains : on reconnaît à certains le droit de vivre, à d’autres non. Qu’on veuille bien y réfléchir et l’on s’apercevra que c’est déjà une transgression éthique vertigineuse, sans parler de toutes celles qui pourront s’ensuivre.

C’est un aspect du problème qui échappe au Dr Testart, l’un des promoteurs du « bébé éprouvette ». Dans une interview publiée dans Valeurs Actuelles, Charlotte d’Ornellas lui demandait s’il lui arrivait de penser que c’est lui qui a fait le premier pas de la marche à l’eugénisme en réalisant en France la première FIV. Il répond : non, car la FIV, contrairement au transhumanisme, ne propose pas d’améliorer l’espèce, voire de dépasser la condition humaine. Elle ne guérit même pas, mais elle offre une solution alternative à un couple qui ne peut pas concevoir normalement. Cependant, il ajoute : « Je sais aussi que s’il n’y avait pas eu la FIV, il n’y aurait pas eu la suite [6]… » N’y a-t-il pas là une incohérence ? En fait, à partir du moment où la technique humaine se donne le droit de se substituer au processus naturel de la génération humaine, alors on sort de la génération humaine proprement dite, pour entrer dans la fabrication. La conception d’une personne n’est plus foncièrement différente de la fabrication d’un ordinateur. Donc, il n’y a plus de différence essentielle entre la personne, sur laquelle je n’ai pas tout pouvoir, et l’objet fabriqué, sur lequel j’ai tout pouvoir.

À cette objection éthique fondamentale, on peut en ajouter d’autres, qui ne sont que la conséquence du déni de dignité personnelle pour l’embryon impliqué par la PMA :      

 

2. La FIV soumet la personne de l’enfant à la dictature du désir des adultes. Le mot « dictature » pourrait sembler excessif et blessant pour ceux qui ont recours à cette technique. Encore une fois, nous ne jugeons pas l’intention subjective des demandeurs, mais nous nous interrogeons sur la signification objective de la FIV, le regard qu’elle induit par elle-même sur l’enfant. À cet égard, il y a bien une différence profonde entre poser un acte conjugal avec l’espoir qu’une conception s’en suivra et demander à la technique de fabriquer des embryons puis de les sélectionner. Dans le premier cas, le désir d’enfant – en lui-même très légitime – reste entièrement subordonné à un processus naturel qu’on ne prétend nullement maîtriser. L’enfant est espéré, attendu comme un don imprévisible et non programmable, nullement comme un dû. Dans le second cas, il devient l’objet d’une prestation de service ; on le programme et on le sélectionne sur certains critères dans lesquels entre une bonne part de subjectivité. Dès lors, l’enfant est subordonné à la satisfaction d’un désir, il devient, en quelque façon, un dû. Comment ne pas voir qu’il y a là un très dangereux narcissisme ? Ce narcissisme peut aller jusqu’à l’absurde, comme dans le cas de ces deux lesbiennes sourdes de la banlieue de Washington qui ont obtenu, par insémination, une enfant comme elles le voulaient : sourd [7].

 

3. La FIV réduit les gamètes au rôle de matière première manipulable et ouvre ainsi la voie à la marchandisation des éléments du corps humain (toujours officiellement interdite en France, mais déjà pratiquée dans d’autres pays). 

 

4. La FIV institue, sans le dire, une pratique eugéniste, puisqu’il faut bien, dans la sélection des embryons, se servir de critères pour discerner lequel est « meilleur » qu’un autre. Or, comme l’explique le Dr Testart, le but de la médecine est d’avoir des individus sains. Mais, avec les progrès de la médecine, la barre du « normal » en matière de santé s’élève toujours plus haut. Qu’est-ce qu’un « enfant sain » ? Très vite, on passe de « l’enfant sain » à « l’enfant plus performant » à tout point de vue, et on se prend à rêver de l’enfant « parfait ». Après le « bébé à tout prix », on en vient à vouloir le « meilleur bébé ». De l’eugénisme négatif (« bébé sans défaut »), on bascule sans s’en apercevoir dans l’eugénisme positif (« le bébé le meilleur »), comme l’explique bien Blanche Streb [8].

 

5. Enfin, la FIV peut être source de blessures psychologiques pour l’enfant qui apprend qu’il a été conçu de cette façon. Certains psychothérapeutes commencent déjà à tirer la sonnette d’alarme. Il semble que les enfants nés de PMA soient susceptibles, plus que d’autres, de développer certaines pathologies psychiques, comme par exemple un sentiment de toute-puissance (« Je suis le plus fort, tout m’est possible, puisque j’ai passé la sélection de la FIV »), le refus de respecter l’autre (« J’ai le droit de manipuler, puisque je suis moi-même né d’une manipulation »), ou bien un sentiment de culpabilité morbide (« Pourquoi suis-je en vie alors que tant d’autres ont été éliminés au cours du processus ? ») [9].

 

 

B. LA PMA ÉLARGIE : POURQUOI ON VEUT ALLER TOUJOURS PLUS LOIN

En 1994, la loi bioéthique valide et encadre le recours à la PMA (tout en interdisant la GPA). On précise que les deux membres du couple doivent être vivants et en âge de procréer. Le but de cette autorisation est double :

  • remédier à l’infertilité médicalement diagnostiquée d’un couple ;

  • ou bien éviter la transmission à l’enfant d’une maladie particulièrement grave, même si le couple demandeur est fertile.

On constate donc que, déjà, l’usage de la PMA va s’élargissant. Avant cet encadrement légal, les scientifiques promoteurs de la PMA ne parlaient que de venir en aide aux couples infertiles. Mais déjà, avec l’intervention du législateur, la PMA devient accessible à des couples fertiles.

Un pas de plus est franchi en 2014 : un arrêt de la Cour de cassation reconnaît l’adoption d’enfants par « l’épouse » d’une femme qui a conçu illégalement à l’étranger par PMA. C’est un premier pas vers la « PMA pour tous ». Evidemment, le vote de la loi Taubira en 2013 n’est pas pour rien dans cette évolution.

En 2017, Macron annonce l’ouverture des états généraux de la bioéthique et d’une concertation nationale sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Les états généraux ont eu lieu en 2018 et se sont révélés très largement défavorables à cette ouverture. Cependant, il est probable qu’elle aura lieu bientôt, puisqu’un projet de loi dans ce sens a déjà été présenté.

On constate donc qu’il existe une logique apparemment irrésistible du « toujours plus » en matière de bioéthique. Ce qui est possible sous certaines conditions doit l’être un peu plus tard (le moins tard possible) sans conditions. Ce qui est ouvert à certains doit l’être à tous. Pourquoi ? Quelles sont les racines de cette sorte d’emballement ?

1. La fascination pour la technique et le pouvoir qu’elle donne jouent un grand rôle. Les scientifiques, les gouvernants et le simple quidam sont pris d’une ivresse de toute-puissance. Le Dr Testart lui-même estime que de plus en plus de gens mettent dans la science tous les espoirs, toutes les attentes qui étaient, jusqu’alors, pris en charge par la religion. On n’attend plus seulement de la médecine qu’elle améliore ou prolonge la vie physique, il faut qu’elle élimine totalement la souffrance et la mort. Donc aucune limite à la recherche n’est tolérable.

2. L’aspect économique est aussi très important : le « marché de la vie », par exemple à travers le commerce des gamètes, est de plus en plus rentable.

3. Il y a, plus profondément, l’idée sous-jacente que la vie s’identifie au mouvement. Celui qui ne change plus meurt. Toute nouveauté est bonne en elle-même. Demain amènera forcément mieux qu’aujourd’hui. Cette idéologie, qui imprègne profondément les mentalités contemporaines, a été très bien analysée dans un bel essai de F.-X. Bellamy [10].

4. Il existe une cause encore plus profonde : la dissociation complète de la nature et de la liberté, comprise elle-même dans un sens totalement individualiste. Dans une vision réaliste, la nature est la base d’opérations indispensable à un exercice de la liberté sain et constructeur de la personne. Je suis libre, donc je peux faire certains choix personnels, mais sur la base du consentement à ce que je suis par nature : être humain, homme ou femme, de tel pays, à telle époque, etc. Ma nature met des limites à mon pouvoir, elle m’oblige à discerner entre des désirs réalisables et des désirs irréalisables, des désirs constructeurs ou des désirs destructeurs de mon bien personnel et du bien commun. Les deux ne sont pas séparables, puisque l’homme est un « animal social ».

Mais, depuis la fin du Moyen Âge, s’est mise en place une dissociation progressive entre la nature et la liberté : d’abord avec le nominalisme, qui coupe l’intelligence du réel : l’accès à la nature des choses devient problématique. L’intelligence n’a plus vraiment accès au vrai (sauf par la foi, dans la mesure où la révélation divine offre une garantie absolue de véracité) et la volonté n’a plus d’orientation naturellement fixée vers le bien. Puis vient la Réforme protestante, qui ferme l’homme à la grâce et proclame la primauté du jugement individuel sur toute autorité en matière religieuse. La liberté individuelle se met ainsi au-dessus de la révélation elle-même. Ensuite, avec les « Lumières », la raison achève de divorcer d’avec la foi, tandis que la liberté devient une sorte d’autonomie absolue. Les lois civiles (il n’existe plus de loi naturelle) et même la liberté d’autrui ne sont plus que des contraintes imposées à ma liberté : « Ma liberté commence là où s’arrête celle d’autrui ». Ces contraintes sociales ne sont qu’un mal nécessaire, il faut les réduire le plus possible pour faire plus de place à la liberté.

Il y a pourtant un domaine où la nature semblait garder l’intégralité de ses prérogatives : celui de la transmission de la vie. Jusqu’à une époque récente, il était admis qu’en ce domaine la liberté humaine reste très limitée. Je peux choisir d’avoir ou de ne pas avoir de relations sexuelles, mais je ne peux pas choisir mon propre sexe. Je peux souhaiter avoir des enfants, mais, s’il y a un obstacle biologique insurmontable, je n’ai plus qu’à faire mon deuil de ce désir irréalisable. Je peux souhaiter, si un enfant s’annonce, que ce soit un garçon ou une fille, qu’il ait telle couleur d’yeux ou de cheveux, mais ce n’est pas moi qui en déciderai. Tout cela, c’est l’affaire de la nature ou de la providence.

Seulement voilà : si la « nature » n’est rien d’autre qu’une contrainte, une limite à ma liberté ; si mon désir ne veut pas connaître d’autre loi que la sienne ; si toute frustration est, par définition, intolérable, pourquoi tolérer cette limite-là ? La science me donne le pouvoir, par la contraception et l’avortement, de ne pas avoir d’enfant, si je n’en veux pas : je le prends. Elle me donne, par la PMA, le pouvoir d’avoir des enfants quand je veux (en théorie), sans considération de sexe ou d’âge : je le prends. Elle commence à me donner même le pouvoir d’avoir le genre d’enfant que je veux, grâce à la sélection des embryons : je le prends.

En somme, du moment que la nature ne joue plus son rôle fondamental d’orientation et de régulation des désirs individuels, il est logique que la liberté individuelle revendique un pouvoir sans limites : mon désir est ma loi. Nous entrons dans l’ère du « désir roi ». C’est une sorte de délire narcissique collectif. Mais il y a forcément des victimes de ce désir prétendument tout-puissant. D’abord les enfants, bien sûr, et, plus généralement, les petits, les faibles, les dépendants, comme Vincent Lambert. Mais aussi les parents, et singulièrement le père.

 

II. L’effacement du père et le sens symbolique de cet effacement

A. L’EFFACEMENT PROGRESSIF DU PÈRE DANS LES DÉRIVES BIOÉTHIQUES

Il est frappant de constater qu’avec l’évolution des lois bioéthiques, de plus en plus libertaires, le père est le grand perdant. Déjà avec la contraception chimique : concevoir ou ne pas concevoir devient avant tout l’affaire de la femme, puisque c’est elle qui a le pouvoir (un pouvoir d’ailleurs bien fragile, qui la soumet à mille contraintes) sur les processus hormonaux dont dépend sa fécondité. Le corps de la femme, en se fermant à la vie, commence déjà à se fermer à l’homme, qui n’est plus un père potentiel.

Ensuite, plus gravement, avec la PMA pour couples au sens propre : le père n’est plus qu’un donneur de sperme, comme la mère n’est plus qu’une donneuse d’ovocytes. La fécondation n’est plus une rencontre de personne à personne, par le contact des corps, elle est une fabrication à l’aide d’éléments biologiques tirés des corps (qui se voient ainsi réduits au rang de pièces détachées d’une machine). Et, bien sûr, une fécondation par le sperme d’un tiers devient possible. Dès lors, le lien biologique avec le père est déjà brisé, même si ce père existe et peut être éventuellement recherché. L’enfant aura au moins un père d’intention, mais qui n’est pas son géniteur. Le lien charnel est tenu pour insignifiant. Mais, s’il a si peu d’importance, pourquoi de plus en plus de gens nés d’un don anonyme de sperme souhaitent-ils tellement retrouver leur géniteur ?

Avec la « PMA pour toutes », c’est-à-dire pour « couples [11] » de femmes ou pour femmes seules, c’est la paternité d’intention qui devient impossible. Elle est, dès le départ, refusée à l’enfant. Il aura sans doute un géniteur, mais pas de père, il ne saura pas, concrètement, ce qu’est un père.

Bien sûr, les conséquences psychiques pour l’enfant sont dramatiques. Tous les pédopsychiatres les reconnaissent. Le Dr Lévy-Soussan expliquait, en octobre 2018, à l’occasion des auditions menées par l’Assemblée Nationale pour la révision des lois bioéthiques, que, pour se construire, tout enfant a besoin d’une « scène originaire », c’est-à-dire une image mentale de sa propre origine. Dans le cas d’une parenté naturelle, la filiation biologique et la filiation symbolique concordent. L’enfant est donc dans les meilleures conditions pour constituer sa « scène originaire ». Dans le cas d’une adoption ou d’une PMA dans un couple normal, il aura plus de peine, car il devra réassocier ce qui a été dissocié. Dans le cas, enfin, d’une PMA sans père, l’enfant est privé de toute possibilité de se représenter son origine à partir d’un homme et d’une femme [12].

 

B. L’EFFACEMENT DU PÈRE OU LE REFUS DE L’ALTÉRITÉ

Maintenant, demandons-nous : pourquoi est-il si grave, pour l’enfant, de ne pas pouvoir dire qui est son père ? Pourquoi le lien de filiation avec la mère, qui est pourtant si fort, ne lui suffit-il pas ? La réponse est la suivante : seul le père peut donner pleinement à l’enfant le sens de l’altérité. Contrairement à la mère, le père est, par son corps, radicalement distinct de l’enfant dès le départ. Il n’est pas dans une relation fusionnelle avec lui. Il est donc beaucoup mieux placé que la mère pour faire comprendre à l’enfant, lui faire même « sentir », éprouver dans son corps, dans sa sensibilité, que, dans le monde, il n’y a pas que le sacro-saint « moi » avec ses besoins, ses désirs, ses phantasmes. Il y a, distinct du « moi », impossible à réduire au « moi », l’immense domaine de l’autre, c’est-à-dire ce réel que je n’ai pas fait et que je ne peux pas plier à tous mes caprices. « Prenez vos désirs pour des réalités », disait le slogan de mai 68. Le père est justement celui qui apprend à l’enfant à ne pas faire cette sottise, à accepter que tous ses désirs ne soient pas réalisables.

Faisons un dernier pas : quelle est l’altérité fondamentale et fondatrice de toutes les autres que le père doit aider l’enfant à découvrir ? Elle est double :

a) C’est d’abord ce qu’on pourrait appeler une altérité immanente à l’enfant lui-même, à savoir la nature humaine. Car, s’il est vrai que je suis une personne, douée de liberté, je ne peux exercer cette liberté que sur la base des facultés que m’offre la nature humaine, et en tenant compte des orientations qu’elle m’indique. Or cette nature, je ne l’ai ni choisie, ni produite, je l’ai reçue d’un autre, avec tous ses caractères communs et individuels. Par rapport à ma volonté libre, la nature est la première altérité, la première réalité non maîtrisable à laquelle je dois consentir pour construire ma personne. Mais, si je veux, au contraire, n’être qu’un sujet de désirs tout-puissants et de droits sans limites, alors il faut absolument que je « tue » le père, ce gêneur dont la seule existence me rappelle que j’ai une origine extérieure à moi et que j’en ai reçu une nature qui limite ma liberté tout en la fondant.

b) C’est ensuite l’Autre par excellence, la toute première des réalités autres et extérieures, à savoir le Créateur, l’origine première de ma nature comme de ma personne. Le père est, pour l’enfant, la première image de Dieu en tant qu’il est le Tout Autre. Ce n’est pas un hasard si, dans la Bible, Dieu est parfois appelé « père », mais jamais « mère ». On dira parfois qu’il est « comme une mère » pour ceux qu’il aime, qu’il a des manières d’agir analogues à celles d’une mère, qu’il est « pris aux entrailles » par la pitié, qu’il console, qu’il réconforte [13]. Mais jamais il n’est dit être mère, alors qu’il est dit être père pour Israël (cf. Ex 4, 22-23 ; Dt 33, 6 ; Os 11, 1), pour Jésus-Christ et pour tous ceux qui croient en lui (cf. Jn 20, 17 : « Je monte vers mon Père et votre Père »). Pourquoi ? Parce qu’il est capital de faire comprendre aux hommes que Dieu est l’Autre par excellence, le Transcendant, l’Être avec lequel aucun rapport fusionnel n’est concevable, même s’il nous appelle à participer à sa nature et à sa vie divine.

 

En somme, la grande question que posent la PMA et toutes les dérives en matière de bioéthique est celle-ci : qui est, en définitive, le maître de la vie, la source du réel ? Dieu ou nous ? Robert G. Eward, inventeur de la FIV, dans un discours prononcé le 24 juillet 2003, pour le 25e anniversaire de Louise Brown, le premier « bébé éprouvette », a ces paroles révélatrices : « La FIV a été une réalisation extraordinaire, mais elle ne touchait pas seulement à l’infertilité […]. Je voulais trouver qui avait le dernier mot : était-ce Dieu ou bien les chercheurs dans leur laboratoire [14] ? » M. Eward aurait dû savoir – mais il ne voulait pas le savoir – qu’un être humain, issu d’un homme et d’une femme, qui a reçu d’eux sa nature, ne peut pas avoir le « dernier mot » s’il entreprend une lutte absurde pour s’émanciper de cela-même qui le constitue dans son humanité. Dans ce domaine, toute « victoire » n’est qu’une défaite de plus, et la victoire totale signifierait la destruction totale.

Face à ces épouvantables phantasmes de toute-puissance, ce délire narcissique collectif, les pères ont un rôle capital. Ils sont en première ligne pour défendre les droits de Dieu, de la nature, de l’autre, face aux agressions du « désir-roi ». Ils ont cette mission irremplaçable : apprendre à l’enfant qu’il doit ajuster ses désirs au réel, et non pas l’inverse. Que sa liberté lui est donnée pour se construite et non pour se détruire. Que le plus bel usage de sa liberté ne consiste pas à choisir ce qui est moins grand que lui et qu’il tient en son pouvoir, mais à consentir à ce qui n’est pas en son pouvoir, parce que c’est plus grand que lui. Et qu’en fin de compte, le plus beau de tous les consentements, le seul qui puisse le rendre pleinement vivant et pleinement heureux, c’est le consentement à l’amour que Dieu lui porte et qu’il lui demande, au projet sur lui de Celui qui est à la fois le plus lointain et le plus proche, son Père éternel. 

 

A.-M. Crignon

 

Présentation auteur :

Le père Albert-Marie Crignon, religieux de la Fraternité Saint Vincent Ferrier, est docteur en théologie biblique. Il a publié, en juin dernier, une thèse centrée sur le thème de la filiation dans le livre de la Genèse : Qui es-tu mon fils ? La vie prophétique de Jacob et Rachel, Gn 25-35, Paris, Cerf, Lectio Divina 274, juin 2019.

 

 

 

 

[1] Le 24 février 1982 dans une clinique de Clamart.

[2] Cf. Blanche Streb, Bébés sur mesure. Le monde des meilleurs, Artège, 2018, p. 165 : « Citons par exemple le fait que beaucoup d’embryons ne survivent pas aux parcours de FIV ou ne s’implantent pas une fois transférés dans l’utérus, que près de la moitié des embryons ne résistent pas à la décongélation, que lors de grossesses multiples induites par stimulation ovarienne ou par implantation de plusieurs embryons, des interruptions sélectives de grossesse (appelées aussi réductions embryonnaires) sont pratiquées. Il y a beaucoup de déchets d’embryons, y compris d’embryons sains ». La FIV soumet les embryons à beaucoup de violences et impose à la mère (comme à son conjoint) ce qui est souvent ressenti comme un « parcours du combattant » pour aboutir, hélas, à un échec dans trois quart des cas.

[3] Pour ces chiffres, cf. Blanche Streb, op. cit, p. 18. Nous recommandons vivement la lecture de ce livre très éclairant, tant sur les aspects techniques de la manipulation embryonnaire que sur les graves problèmes éthiques qu’elle soulève.

[4] Cf. « PMA : ce que le débat ne nous dit pas », Charlotte d’Ornellas, Valeurs Actuelles, 14 février 2019, p. 26.

[5] Ce statut de personne n’est pas reconnu à l’embryon par le droit français. Juridiquement, on n’est une personne qu’à partir de la naissance. Si la personnalité juridique est reconnue à l’embryon, ce sera comme par un effet rétroactif une fois cette personnalité acquise par la naissance. Cet étrange décalage aboutit à ce paradoxe : « Une femme enceinte, se déplaçant en Europe, au gré des frontières traversées, porte en elle, tantôt un être humain sujet de droits, tantôt une chose indéfinie » (Blanche Streb, op. cit, pp. 229-230). Pourtant, comme le remarque encore Blanche Streb, nul ne conteste que l’embryon fasse partie, dès sa conception, de l’espèce humaine. Il est donc, au minimum, un être humain. Dès lors « faut-il vraiment persister à vouloir faire une distinction entre l’être humain et la personne humaine ? […] A-t-on déjà vu un embryon humain devenir autre chose qu’une personne humaine ? » (Blanche Streb, op. cit, p. 230).

[6] Cf. « L’eugénisme s’affirme comme projet de société », interview du Dr Testart par C. d’Ornellas, Valeurs Actuelles, 14 février 2019, p. 24.

[7] Cf. Pascal Riche, « Un couple de sourdes fait naître un enfant sourd », Libération, 10 avril 2002.

[8] Blanche Streb, op. cit., pp. 34-35.

[9] Cf. Blanche Streb, op. cit., pp. 163-168.

[10] François-Xavier Bellamy, Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Grasset, 2018.

[11] En bon français, deux femmes ou deux hommes forment une « paire » ou un « duo », pas un « couple », qui suppose deux éléments hétérogènes. Il y a là un brouillage du langage qui n’est pas neutre.

[12] Cf. https:// www.lesalonbeige.fr/recherchons -desesperement-pedopsychiatre-favorable-a-la-pma-sans-pere/

[13] Voir par exemples ces paroles du livre d’Isaïe, qui ont vivement frappé sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et l’ont aidée à découvrir sa voie d’enfance spirituelle : « Vous serez portés sur les bras et caressés sur les genoux. Comme un fils que sa mère console, moi aussi je vous consolerai » (Is 66, 12-13).

[14] Robert G. Eward, discours du 24 juillet 2003, cité in B. Streb, Bébés sur mesure, pp. 19-20.