mardi 18 juin 2019

Vers une contre-révolution catholique ?

À une semaine d’intervalle deux signaux, en apparence contradictoires, ont été émis par les catholiques de France.

D’une part, le score électoral très modeste de François-Xavier Bellamy aux élections européennes, même dans les isolats catholiques votant traditionnellement à droite de l’ouest parisien, atteste qu’une part notable de la bourgeoisie catholique accorde plus d’importance à la défense de ses intérêts matériels qu’aux principes moraux défendus par l’Église.

D’autre part, la nouvelle progression très sensible du nombre de participants  au pèlerinage de Pentecôte Paris-Chartres (14 000 participants, moyenne d’âge : 21 ans), atteste qu’une part siginificative, et la plus jeune, du catholicisme contemporain est capable de sacrifier trois journées de vacances pour prier, souffrir, être enseignée, vivre en autarcie une micro-chrétienté itinérante, participer à une liturgie sublime et immémoriale et écouter les paroles de feu et de combat d’un évêque, Mgr Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, : qu’il n’aurait été possible d’entendre, il y a quelques décennies, que dans la bouche de… Mgr Lefebvre. Les fidèles de ce dernier rassemblant de leur côté 4 000 marcheurs dont 1 600 pour la colonne enfants-adolescents, aux mêmes dates, mais en sens inverse.

Deux catholicismes se font face

Deux catholicismes se font face. Un catholicisme vieillissant, sociologiquement installé, bourgeois, résiduel qui a d’autant plus pris son parti du monde tel qu’il est qu’il y a, confortablement, trouvé sa place. C’est le catholicisme institutionnel, dominant, de la conférence des évêques de France, de l’enseignement catholique, de la direction de l’ICES.

Là-contre, émerge, chaque jour plus puissant, un catholicisme que dans un passionnant essai, intitulé Une contre-révolution catholique. Aux origines de la Manif Pour Tous, le sociologue Yann Raison du Cleuziou a qualifié de « catholicisme observant ». Ce catholicisme observant, autrefois on aurait dit « intransigeant », se fixe comme objectif prioritaire la transmission intégrale de la foi catholique et n’a pas renoncé à féconder la société civile des valeurs de l’Evangile. Il est un fait que depuis une cinquantaine d’années les deux structures privilégiées de transmission de la foi qu’étaient l’Eglise et l’école catholique ont largement renoncé à leur mission. Le catéchisme n’est plus enseigné, une liturgie désacralisée fait l’impasse sur la transcendance de Dieu et ses mystères, etc. N’ont réussi à transmettre le dépôt sacré de la foi, sauf exceptions, que les familles qui ont trouvé en elles-mêmes les ressorts moraux, intellectuels et spirituels de la transmission. À l’aune de ce constat, le catholicisme s’est réduit à une partie de la bourgeoisie catholique, accompagnée par quelques prêtres, qui avait les moyens intellectuels de résister à l’apostasie immanente des « nouveaux prêtres » selon l’expression de Michel de Saint-Pierre. Yann Raison du Cleuziou, comme avant lui Guillaume Cuchet dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien, confirme que seules ces familles observantes ont transmis et transmettent encore la foi. Le catholicisme de gauche est mort, même si son cadavre bouge encore dans les officines épiscopales.

Des lieux de rencontre

La Manif pour Tous, comme le Pèlerinage de Chrétienté à la Pentecôte, a été le lieu de rencontre de ces différentes familles « observantes » soit : la mouvance charismatique (Emmanuel, Béatitudes), les néo-classiques (communautés Saint-Jean, Saint-Martin), les traditionalistes (communautés Ecclesia Dei et Fraternité Saint Pie X). Les uns et les autres acceptent de vivre en opposition avec les valeurs dominantes de la société post moderne, par fidélité à la loi de Dieu. Le point de clivage le plus apparent entre ces différentes mouvances est, bien sûr, la question liturgique. Les jeunes générations sont, d’un côté comme de l’autre, moins sensibles à cette ligne de fracture sans doute amenée à s’estomper au fil du temps au bénéfice d’une liturgie réformée resacralisée voire de la liturgie traditionnelle. Aujourd’hui 25% des ordinations sacerdotales en France sont effectuées selon la forme extraordinaire du rite romain alors que les traditionalistes ne représentent que 3 ou 4 % des catholiques. De nombreux évêques, que leur histoire ne prédisposait guère à célébrer cette forme du rite romain, s’y mettent peu à peu. Citons Mgr Cattenoz à Avignon, Mgr Rey (de la communauté de l’Emmanuel) à Toulon, Mgr Aillet (de la communauté Saint-Martin) à Bayonne. La fécondité « vocationnelle » de la messe traditionnelle est un fait qui n’est plus à démontrer, uniquement contredit par l’essor de la communauté Saint-Martin. Ce tableau des catholiques observants serait incomplet si n’était notée leur relation « décomplexée » avec l’épiscopat français, fruit d’une histoire tumultueuse. La communauté Saint-Martin trouve son origine à Gênes car son fondateur, l’abbé Guérin, était persona non grata en France malgré son acceptation de la réforme liturgique. Pendant plusieurs années, de 1983 à 1989, les pèlerins de la Pentecôte à Chartres n’ont pas eu le droit de faire célébrer la messe dans la cathédrale. Tout est « oublié, pardonné » mais… Inexorablement, pour des raisons simplement biologiques, le poids des catholiques observants est amené à croître dans l’Eglise de France. Qui sauvera le diocèse de Montauban dont l’évêque, Mgr Ginoux, vient de confier à l’Homme Nouveau que la moyenne d’âge de son clergé est de 78 ans et que sur les 30 prêtres actifs de son diocèse la moitié sont étrangers, essentiellement africains ?

Quelle manifestation politique ?

L’émergence politique des catholiques observants s’est faite à l’occasion des manifestations pour la défense du mariage naturel. Traditionnellement ces catholiques étaient la chasse gardée du Front national. Les catholiques traditionalistes étaient nombreux au bureau politique du FN, la fête annuelle des BBR commençait par la célébration de la messe traditionnelle, le programme était très inspiré de la doctrine sociale de l’Eglise rappelant le caractère sacré de la vie humaine innocente, refusant la banalisation de l’avortement, promouvant le chèque scolaire, favorisant la liberté d’enseignement, etc. Sous la conduite de Marine Le Pen ce programme a été sensiblement édulcoré, le Rassemblement national ayant, désormais, sur l’avortement, l’euthanasie, la loi Léonetti des positions très politiquement correctes. Comme l’ont montré ses entretiens avec Samuel Pruvost, dans son livre 2017 Les candidats à confesse, la présidente du Rassemblement national semble entretenir un lourd contentieux non avec la foi, dit-elle, mais avec les chrétiens, ce qui ne simplifie pas les choses.

François-Xavier Bellamy, figure nouvelle de la vie politique, vrai ou faux ingénu, l’avenir le dira, intellectuellement très supérieur à l’ensemble de ses rivaux a accepté une mission impossible : assumer des valeurs conservatrices et, disons sommairement, de droite à la tête d’une organisation politique qui depuis des décennies trompe ses électeurs. Signe patent de la confusion des esprits : le successeur, provisoire, de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains est Jean Léonetti, promoteur de la loi portant son nom rendant possible l’arrêt de l’hydratation et de l’alimentation de Vincent Lambert contre laquelle s’est élevé… François-Xavier Bellamy. Le fait est que le résultat des élections européennes n’a en aucune façon constitué un frein aux « avancées sociétales » puisque l’extension de la PMA est au menu de la rentrée parlementaire et que la GPA suivra inéluctablement.

Politiquement, ou plutôt électoralement, les catholiques observants se sentent un peu orphelins. Les sujets de société qui leur tiennent à cœur, car ce sont eux qui assurent la pérennité et la stabilité d’une société et d’une civilisation, ne leur semblent réellement portés par personne.

Vers un catholicisme religieux ?

Ces catholiques ont également conscience d’être une toute petite minorité (2% de pratique religieuse). Cependant l’émoi suscité par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a révélé qu’il existait encore, enfoui au fond de l’âme de bien des Français, un catholicisme latent, historique, identitaire et patrimonial. Est-ce que le défi de la contre-Révolution catholique pour les années à venir ne serait pas de faire évoluer cette religiosité d’inspiration catholique, somme toute essentiellement sociologique et affective, vers un catholicisme personnel et religieux. Voilà, peut-être, un bon sujet pour la prochaine réunion des évêques de France ?

Jean-Pierre Maugendre

 

Une contre-révolution catholique. Aux origines de La manif Pour Tous, Yann Raison du Cleuziou, éditions Seuil, 384 pages, 23 €

"Sois fort et garde courage ! " Mgr Leproux

«  Sois fort et garde courage », soyez forts et gardez courage : cette parole a résonné dans le cœur de Josué quand il passait du monde de la loi au monde de la grâce ;  c'est avec cette parole que le pèlerinage de l'entrée en terre promise s’est vécu : « sois fort et garde courage ».

Marcher pour passer d'un monde à un autre, pour passer de ce monde où la loi est au-dehors à ce monde où la loi est intérieure, inscrite dans l'âme, donnant à notre volonté l'énergie d'accomplir les commandements de notre Seigneur. Nous célébrons aujourd'hui ce don tout particulier de la force de Dieu qui permet à nos vies d'accomplir ce pour quoi elles ont été créées.age ! 

En marchant humblement, courageusement, vous allez vous mettre sur les pas de tous les saints, qui de l'Ancienne à la Nouvelle Alliance ont expérimenté la force de Dieu, ont transmis à leur corps et à leur âme toute la puissance du sacrement de la confirmation, toute la puissance des dons de l'Esprit Saint. On ne saurait cheminer dans la foi en s'appuyant sur nous-mêmes ;  on ne saurait avancer dans la foi et mûrir dans la connaissance de Dieu, sans reconnaître que nous ne sommes pas appuyés sur nous-mêmes, sur nos forces mais sur cette force de Dieu.

Sois fort et  garde courage…

Nous ne sommes pas face à des adversaires de chair et de sang ; notre adversaire, nous le savons bien, c'est le diable, esprit jaloux, esprit menteur, celui qui provoque la division, celui qui est l'auteur de la mort, celui qui peut conduire à la mort éternelle. Cet adversaire n'est ni de chair de sang, cet adversaire est d'esprit, et c'est avec l'Esprit de Dieu que nous pouvons résister à Satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions. C'est avec la puissance de l’Esprit Saint que nous pouvons résister à la puissance de ce lion qui rugit, cherchant qui dévorer : oui, en marchant, vous allez apprendre à vous appuyer sur la puissance de l'Esprit Saint pour résister à cet esprit jaloux, à cet esprit menteur, source de toutes divisions : divisions des familles, divisions des couples, divisions du monde, sources de guerres, de haines et de tensions.

En cheminant vous apprendrez avec l'Esprit Saint, à être artisans de paix et serviteurs de l'unité, à cheminer dans l'Esprit de Dieu pour ne pas succomber à l'esprit du diable, à laisser votre âme envahie par la charité pour écarter de votre volonté tout ce qui pourrait l'entraver dans son désir d'aimer, et de rendre à Dieu, cette humanité qu'il a créée pour sa gloire.

Cet esprit du diable nous le savons bien est entré dans le monde, et en marchant, en cheminant, vous apprendrez aussi à résister à ce qu'on appelle l'esprit du monde, ou encore à ce qu'on appelle la vanité. Car la ruse du démon est de nous avoir projetés au-dehors de nous-mêmes, pensant que c'est sous le regard des hommes que nous sommes jugés, et cheminant davantage dans le reflet narcissique que les autres nous projettent, plutôt que dans la force intérieure, d’être sous le regard de Dieu.

C'est en réalité une grâce d'humilité que vous allez demander tout au long de cette route, pour ne pas sombrer dans ce drame de l'homme qui se regarde lui-même, qui s'évalue, qui se juge et qui à l'extérieur, imagine que la vie apparaît. Non, nous ne sommes pas des êtres de l'extériorité, nous ne sommes pas à la surface de nous-mêmes dans ces apparences qui tuent, mais nous vivons à l'intime de notre conscience dans ce lieu secret où ce ne sont pas les hommes qui nous jugent, mais Dieu seul, qui est témoin de notre âme.

Marcher, en priant, en silence, se confesser, adorer, écouter la Parole, se laisser enseigner, c'est prendre le chemin de son intériorité, c'est retourner dans son âme pour retrouver le Maître intérieur, l'Esprit Saint qui s'unit à notre esprit pour que nous échappions à la tentation de la vanité, à cet orgueil qui peut abîmer les plus belles causes, qui peut corrompre les plus belles générosités.

Heureux celui qui donne tout ce qu'il est, avec cette humilité gracieuse que le Seigneur avait accordé à la Vierge Marie, et que vous demanderez à Notre-Dame, pour qu'elle vous garde de sortir au-dehors... Pour rester à l'intime, dans ce murmure intérieur qui consiste à être avec Dieu, pour ne pas vivre sous le regard des hommes. L'Eglise du Christ n'est pas appelée à apparaître dans le monde comme celle qui écrase et juge, mais comme la vierge Marie, humble et profonde, capable d'éclairer tout événement, toute histoire.

Si cette marche vous donne la grâce de résister au diable, si cette marche vous donne la grâce de résister à l'esprit du monde, cette marche vous conduira, je l'espère, pour le bien de toute l'Eglise, à résister à vous-même, car nous sommes aussi confrontés à un amour de nous-mêmes, qui peut aussi nous conduire à mépriser Dieu. C'est cela aussi faire un pèlerinage : en mettant un pied devant l'autre, on apprend à se donner sans retour, à perdre sa vie plutôt que de la gagner. Il n'est pas si simple de pouvoir le jour de sa mort, donner jusqu'à son dernier souffle, et ne rien retenir pour soi-même ; il n'est pas si simple, dans la générosité la plus grande, celle d'un consacré, celle d'un prêtre, celle d'un fidèle, de se donner vraiment sans finalement se reprendre. Faire un pèlerinage, marcher, c'est se mettre humblement sous la puissance de l'Esprit Saint, pour être fort et garder courage face à l'épreuve qui consiste à se reprendre soi-même, à construire sa vie, à retourner à ses vieilles ambitions, à revenir à son désir propre, en oubliant la volonté de Dieu, en oubliant le désir du Père.

Le Seigneur nous appelle chacun à donner notre vie, toute notre vie, à la donner sans retour, dans cet élan spirituel qui consiste à ne rien garder pour soi. Que le Seigneur nous donne de ne pas être des chrétiens à moitié, de ne pas demeurer dans cette tiédeur que le Seigneur vomit, mais d'entrer dans cette radicalité évangélique, de donner tout son cœur, toute son âme, toutes ses forces, et dans l'expérience de l'épuisement, dans l'expérience de la fatigue, dans l'expérience du froid, éprouver la puissance de Dieu seul capable de nous accomplir, seul capable de nous permettre de résister au monde, seul capable de nous conduire jusqu'à Dieu.

Que le Seigneur donne à chacun la grâce de l'Esprit, que nous puissions être ensemble, forts et courageux, dans la charité, dans l'humilité, et dans l'offrande totale de notre vie. 

Homélie de Mgr Leproux - Messe d'envoi du pèlerinage - 8 Juin 2019

LA CONNEXION FRANÇAISE: Michael Matt à propos du grand rendez-vous catholique en France

La veille du pèlerinage 2019 de Paris à Chartres, le coordinateur américain, Michael J. Matt, explique l’importance du plus grand rendez-vous annuel traditionnel des catholiques dans le monde: le pèlerinage Notre-Dame de Chretiente Pentecôte à Chartres. Avec plus de 10 000 catholiques traditionnels venus du monde entier pour venir à Paris, Michael commente la nature de cette histoire, son histoire et ses prévisions pour l'avenir de l'Église catholique.  Faisant encore une fois valoir que les catholiques vont récupérer leurs bâtiments, Michael explique pourquoi ce n’est pas seulement un voeu pieux. Alors que le Novus Ordo est à l'agonie, Michael fait des prédictions surprenantes sur la base de cette démonstration massive du renouveau catholique traditionnel se déroulant le week-end de la Pentecôte en France.

Lundi 17 juin 2019

" Une culture sans culte devient une inculture"

Dédicace vient de dédicatio qui signifie consécration. La dédicace est la consécration d’une église au culte divin. Ce que nous célébrons par la dédicace chaque année, c’est la raison profonde pour laquelle la cathédrale Notre-Dame a été édifiée : manifester l’élan de l’homme vers Dieu.

La cathédrale est née de la foi de nos aïeux. Elle manifeste la confiance en la bonté du Christ, son amour plus fort que la haine, de sa vie plus forte que la mort ainsi que la tendresse de nos parents pour la Vierge Marie, sa mère, qu’il nous a confiée comme son bien le plus précieux juste avant de mourir sur la croix.

Cette cathédrale est née de l’espérance chrétienne qui perçoit bien au-delà d’une petite vie personnelle centrée sur soi pour entrer dans un projet magnifique au service de tous, en se projetant bien au-delà d’une seule génération.

Elle est née aussi de la charité, puisque ouverte à tous, elle est le refuge des pauvres et des exclus qui trouvaient là leur protection. D’ailleurs, l’Hôtel-Dieu, qui fût toujours associé à la cathédrale, était le signe de cet accueil inconditionnel des pauvres et des malades.

Avons-nous honte de la foi de nos ancêtres ? Avons-nous honte du Christ ?

Oui, cette cathédrale est un lieu de culte, c’est sa finalité propre et unique. Il n’y a pas de touristes à Notre-Dame, car ce terme est souvent péjoratif et ne fait pas droit à ce mystère qui pousse l’humanité à venir chercher un au-delà de soi. Ce bien cultuel, cette richesse spirituelle, ne peuvent être réduits à un bien patrimonial. Cette cathédrale, œuvre commune au service de tous, n’est que le reflet des pierres vivantes que sont tous ceux qui y pénètrent.

Peut-on vraiment par ignorance ou par idéologie séparer la culture et le culte ? L’étymologie elle-même montre le lien fort qui existe entre les deux. Je le dis avec force : une culture sans culte devient une inculture. Il n’est qu’à voir l’ignorance religieuse abyssale de nos contemporains en raison de l’exclusion de la notion divine et du Nom même de Dieu dans la sphère publique en invoquant une laïcité qui exclut toute dimension spirituelle visible.

Comme tout édifice, la cathédrale comprend une pierre angulaire qui porte l’ensemble du bâtiment. Cette pierre angulaire, c’est le Christ. Si nous retirions cette pierre, cette cathédrale s’effondrerait. Elle serait une coquille vide, un écrin sans bijou, un squelette sans vie, un corps sans âme.

La cathédrale est le fruit du génie humain, c’est le chef-d’œuvre de l’homme.

La personne humaine est le fruit du génie divin. C’est le chef-d’œuvre de Dieu.

Quand les deux se rejoignent en la personne de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, s’accomplit alors véritablement l’Alliance entre le transcendant et l’immanent (Ciel et terre). C’est ici et maintenant dans cette cathédrale, à chacune de nos eucharisties célébrées, que se réalise cette Alliance, quand la chair du Christ partagée par tous, nous ouvre à la vie éternelle.

C’est peu de dire que nous sommes heureux de célébrer cette messe pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à l’homme sa vocation sublime.

Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris

 

La presse internationale parle du pèlerinage (article traduit)

Par Courtney Grogan

Chartres, France, le 13 juin 2019 / 03h01 ( CNA ) .- En trois jours, plus de 14 000 catholiques ont parcouru 100 km à pied de Paris à la Cathédrale de Chartres dans le cadre d'un pèlerinage annuel de prière et de pénitence organisé à la Pentecôte.

Les pèlerins du monde entier ont parcouru la campagne française du 8 au 10 juin, priant le chapelet, chantant et parlant ensemble, ne s'arrêtant que pour la messe et pour camper pendant la nuit.

«Chaque année, c’est un grand moment car nous pouvons quitter notre travail, quitter Paris, tout laisser pour nous concentrer sur notre foi et notre prière. Je pense que c'est le sommet spirituel de notre année ", a déclaré à CNA Raphaëlle de Feydeau, une parisienne de 31 ans.

Feydeau participe depuis trente ans au pèlerinage de Chartres avec sa famille le week-end de la Pentecôte. Sa mère la portait tout au long du chemin quand elle était petite.

"Quand nous marchons, parfois nous sommes en silence, parfois nous chantons, nous prions et nous avons le temps de nous parler", a ajouté la mère de Raphaelle, Sybil Feydeau, "C'est un bon endroit pour rencontrer Christ et sa vie et décider de ce que je pourrais faire de mieux… Qu'est-ce que Dieu veut que je fasse de ma vie? "

La tradition de marcher de Notre Dame à la cathédrale de Chartres remonte au 12ème siècle comme une étape du chemin du Camino de Santiago. La cathédrale de Chartres, construite entre 1194 et 1220, a été une importante destination de pèlerinage dans l’histoire française en raison de son relique du voile de la Vierge Marie et de sa rosace bleue représentant Marie tenant le Christ.

Aujourd'hui, le pèlerinage de Chartres à la Pentecôte est le plus important de ce type en Europe occidentale, tant en nombre de participants qu'en distance parcourue.

La messe d'ouverture du pèlerinage, qui a traditionnellement lieu à Notre-Dame de Paris, a été déplacée cette année dans la deuxième plus grande église de Paris, San Sulpice, en raison des dégâts causés par un incendie qui a détruit la flèche et le toit en bois de Notre-Dame en avril.

Le pèlerinage est divisé en quatre groupes d’âges de difficulté et de rythme variables, y compris un «groupe familial» dans lequel les parents ayant des enfants de 6 ans et moins campent et marchent ensemble sur une partie du parcours.

Un grand nombre des participants au pèlerinage faisaient partie de groupes de jeunes ou de troupes de surveillance catholiques, qui marchaient ensemble portant des drapeaux représentant leur pays ou leur région, des croix et des banderoles à l'image du saint patron choisi.

Une Irlandaise de 16 ans portait le drapeau irlandais sur lequel étaient peintes les pieds d'un bébé pour représenter son intention de prière pour les enfants à naître après la légalisation de l'avortement dans son pays. Un couple de fiancés portugais a fait le pèlerinage ensemble afin de consacrer leur état de vie à Marie. Une délégation néo-zélandaise portait la bannière d’un saint français, Peter Chanel, martyrisé en tant que missionnaire en Océanie.

Des catholiques de Syrie, d'Irak, du Liban et d'autres pays du Moyen-Orient ont participé au pèlerinage avec un groupe représentant l'organisation française SOS Chrétiens d'Orient. Le groupe humanitaire a également organisé deux pèlerinages simultanés pour les catholiques en Irak et en Syrie le week-end de la Pentecôte, en solidarité avec la marche de Chartres.

Majd Kassouha, un Syrien de 26 ans, a déclaré que son intention de participer à son pèlerinage était une prière pour la paix.

«J'ai prié pour la paix, en particulier en Syrie et dans le monde entier, car je ne veux pas que d'autres personnes vivent ce que j'ai vécu, mon expérience», a déclaré Kassouha à l'AIIC. Lui et sa famille sont restés à Alep tout au long de la guerre civile dans le pays et ont déclaré avoir été témoins de la mort de nombreux amis et membres de sa famille.

«Nous devons prier… nous ne pouvons rien faire sans prier. Nous sommes si faibles. C'est mon expérience », a déclaré Kassouha, catholique melkite âgée de 26 ans. "Nous avons besoin de ce temps pour réfléchir à nos vies et faire une méditation."

On pouvait souvent voir les aumôniers des prêtres marchant derrière les groupes de pèlerinage en entendant les confessions des jeunes participants. Chaque groupe avait un aumônier qui a animé des méditations sur les saints et une catéchèse sur la doctrine sociale de l'Église et le thème du pèlerinage de cette année, «La paix du Christ à travers le règne du Christ», tout en marchant.

Depuis 1983, le pèlerinage de la Pentecôte est organisé par Notre-Dame de Chrétienté, actuellement dirigée par le laïque Jean des Tauriers et l'aumônier, le père Alexis Garnier de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre.

Parce que tant de gens sortent dans la rue pour regarder passer le pèlerinage, les organisateurs ont ajouté cette année une «équipe d'évangélisation» pour dialoguer avec les curieux, a expliqué le vice-président de Notre-Dame de Chrétienté, Hervé Rolland.

"Chaque année, des gens nous demandent s'ils peuvent nous suivre, a déclaré Rolland à l'AIIC. Il y a deux ans, une dame a été frappée par les enfants qui marchaient ... elle a demandé:" Puis-je vous suivre? " Elle l'a fait et six mois plus tard, elle a demandé à être baptisée. "

Rolland a déclaré que de nombreuses vocations avaient également été découvertes ou confirmées chez les jeunes alors qu'ils marchaient dans la prière du pèlerinage.

Trois messes ont eu lieu au cours du pèlerinage, chacune sous une forme extraordinaire, bien que de nombreuses messes privées aient également été dites. La messe de la Pentecôte a eu lieu dans un champ à la campagne au milieu des 20 kilomètres de la journée.

La messe culminante a été célébrée dans la cathédrale de Chartres par Mgr André-Joseph Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles.

«Je veux dire quelque chose aux pèlerins: l'Église catholique, peu importe ce que l'on dit, reste la plus belle multinationale du monde, la multinationale de la foi, de l'espoir et de la charité. Même si nous traversons des moments difficiles, nous devons toujours dire le credo avec conviction: je crois que l’Église est une, sainte, catholique et apostolique. Nous devons nous rappeler que c'est sacré », a déclaré l'archevêque Léonard à EWTN.

«En cette période troublée comme la nôtre, partout, mais surtout dans des pays comme la France ou la Belgique, mon pays, il y a beaucoup de confusion après la série de scandales auxquels nous avons été confrontés, les gens doivent absolument garder quelque chose de solide. Je pense qu'une initiative comme le pèlerinage de Chartres aide les gens à devenir plus forts dans la foi et dans l'espoir. ”

JD Flynn 
CNA Rédacteur en chef de 
Catholic News Agency

samedi 15 juin 2019

LA PMA sans père, c'est quoi ?

Tous les enfants naissent de l’union d’un homme et d’une femme : son père et sa mère. Elargir la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes n’est pas anodin. Étendre la PMA cela signifie fabriquer volontairement des enfants privés de leur père toute leur vie ; priver ces enfants de toute leur famille paternelle ; faire financer par l'Etat un acte médical pour des femmes a priori fécondes ; ouvrir la porte au commerce international de gamètes (puisque nous connaissons déjà une pénurie) ; Etendre la PMA aux femmes seules ou aux couples de femmes c’est rendre la France complice de pratiques indignes de la France, pays des droits de l’Homme. Et alors ! Nous, avocats, parents, députés, ministres, professionnels de l’enfance, citoyens : devrions-nous laisser faire ça en silence ?

vendredi 14 juin 2019

Boulevard Voltaire : "Au pèlerinage de Chartres, on reprend espoir pour la France !"

Alors que cette année encore, des dizaines de mosquées ont ouvert leurs portes, que deux séminaires, a contrario, ont mis la clé sous la leur, et que le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 800 actes anti-chrétiens en France, le catholicisme, moribond, est-il en train de s’effacer dans notre pays, comme on l’entend dire souvent, au profit d’une autre religion, elle bien vivace ?
Le pèlerinage de Chartres 2019, avec ses 14.000 pèlerins de 21 ans en moyenne, et qui a connu encore cette année une croissance de 10 % de ses effectifs, tend à démontrer l’inverse…
Regardez, un reportage à ne pas manquer ! Notre Dame de Chrétienté remercie chaleureusement Jean Bexon, réalisateur de ce reportage pour Boulevard Voltaire.

 

Messe d’action de grâce du pèlerinage le jeudi 20 juin 2019 à PARIS

Chers amis, 

Veuillez noter que la messe d'action de grâce pour notre 37e pèlerinage de Chartres sera célébrée par l'abbé Garnier, aumônier général du pèlerinage. Cette messe aura lieu: 

JEUDI 20 JUIN 2019 à 19h30 
Fête du Très Saint Sacrement 
en l’église Sainte Odile (
 2 avenue Stéphane Mallarmé, 75017 PARIS ) 

Venez nombreux ! Apportez vos bannières de chapitre !

A l'issue de la cérémonie tous ceux qui le souhaitent pourront se réunir pour un dîner dans la crypte. Une participation sera demandée à l'entrée (prix indicatif du dîner: 10€). 

Par ailleurs, voici quelques annonces importantes:

  1. Objets trouvés : de nombreux objets ont été rapportés au secrétariat. Ne tardez pas à nous envoyer un mail à l'adresse information@nd-chretiente.com en décrivant le plus précisément possible l'objet perdu. Evitez si possible de téléphoner au siège de l'association. 
    Pour les objets perdus dans les trains spéciaux au retour de Chartres : envoyer un mail à objetstrouves.pmp@challancin.fr en décrivant ledit objet avec le plus de précisions possibles. Une réponse sera donnée par mail dans les 3 / 4 jours. 
    A partir du vendredi 28 juin, les objes non réclamés seront donnés à des troupes scoutes ou à des associations caritatives. 
  2. Pour poursuivre la réflexion au-delà du pèlerinage, nous vous invitons : 
     à reprendre votre livret du pèlerin 2019. Vous y trouverez l’essentiel des méditations qui furent proposées au cours des trois jours,
     à consulter le site de Notre Dame de Chrétienté pour connaître les activités d'été proposées par certains chapitres (ces activités sont également indiquées dans le livret du pèlerin page 231 et suivantes), ou les dates des retraites prêchées par les communautés qui nous ont accompagnées pendant le pèlerinage.


Espérant pouvoir compter sur votre présence pour la messe d'action de grâce, 

Très amicalement, 

Notre-Dame de Chrétienté 


 

Breizh Info : retour sur le pèlerinage de Chartres ( 13/06/2019)

Cette nouvelle édition du pèlerinage de Pentecôte de Paris à Chartres a une nouvelle fois été une grande édition…

Grande édition par la taille, environ 15 000 pèlerins, tous plus jeunes les uns que les autres. Une moyenne d’âge très jeune dans les chapitres (groupes de pèlerins). Des chapitres toujours plus nombreux, 1 200 pèlerins étrangers courageusement venus de loin pour marcher sur nos routes françaises.

Grande édition par la capacité d’adaptation des services à se déployer au dernier moment à Saint-Sulpice, et non sur le parvis de Notre-Dame de Paris comme d’habitude, à pousser les limites du bivouac de Choisel et de Gas, à organiser plusieurs routes pour les chapitres enfants, familles et adultes, à servir toujours plus de soupe et de petit-déjeuner le matin avant le départ de la marche… D’autant qu’avec le nombre de pèlerins toujours croissant, c’est toujours un exploit technique de déplacer sur deux lieux, une ville comme Quimperlé sans qu’aucun incident majeur ne soit à déplorer.

Grande édition évidemment par sa dimension spirituelle, menée de main de maître par tous les acteurs, tant de l’organisation que du clergé, investis depuis un an pour la préparation de cette édition, avec la présence de Monseigneur Léonard, Primat de Belgique, de Monseigneur Christory, évêque de Chartres, et de nombreux prêtres issus des communautés traditionnelles.

Grande édition pour l’enjeu proposé : « la paix du Christ par le règne du Christ », sous les patronages de sainte Jeanne Beretta Molla, mère de famille, du bienheureux Frédéric Ozanam, fondateur de la société Saint-Vincent-de-Paul et des saints Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Ces modèles ont permis aux pèlerins d’avancer sur les thèmes de la dignité de la personne, de la primauté du bien commun, et de la responsabilité tirés de la doctrine sociale de l’Église, avec une invitation à se former pour agir.

jeudi 13 juin 2019

Sur les routes de Chartres, 14 000 pèlerins à la recherche du bien commun (Valeurs Actuelles - 13 juin 2019)

Pour sa 37e édition, le pèlerinage de Pentecôte de Notre-Dame de Chrétienté a entrainé des dizaines de milliers de pèlerins sur les chemins de Beauce en leur offrant une réflexion sur l’application de la doctrine sociale de l’Eglise dans la société.

 

« Comment nier les racines chrétiennes de la France lorsqu’on a vu l’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame de Paris ? Ce feu survenu le 1er jour de la semaine sainte est un avertissement et un appel : votre génération, chers pèlerins de Chartres, aura à reconstruire une cathédrale et une société chrétienne. Notre Dame de Chrétienté, en votre nom et avec la grâce de Dieu, y participera » déclarait ce lundi Jean de Tauriers, président de l’association Notre-Dame de Chrétienté, aux milliers de pèlerins ayant accompli le pèlerinage annuel fondé en 1984 entre Paris et Chartres, lors du week-end de Pentecôte.

  Le long des plaines de la Beauce, sur les traces de Charles Péguy, c’est plus de 14 000 pèlerins qui, cette année, ont relié les quelque 100 kilomètres séparant la capitale de la cathédrale à la verte toiture. Leur route fut ponctuée de méditations et réflexions sur le thème de l’année, la paix du Christ par le règne du Christ, qui reprend les premiers mots de l’encyclique de Pie XI Quas Primas de 1925, avec trois pans dévolus à chaque journée de marche : La dignité de la personne, la primauté du bien commun et la responsabilité. Une réflexion tout à fait d’actualité à l’heure où des Français se déchirent sur le sort de Vincent Lambert, où les gilets jaunes réclament davantage de justice sociale. Face à la « déconstruction des fondements même d’une société et d’une civilisation », Notre-Dame de chrétienté affiche son refus de renoncer aux idées de société, lois ou encore institutions publiques, notions qui furent « assumées et souvent développées par l’Eglise. » Le thème de cette année enjoint donc le chrétien à réfléchir et à « se former sur son pouvoir d’intervention », « forger les intelligences dans les vérités essentielles de la Doctrine sociale de l’Eglise ». Comme l’explique Jean de Tauriers, « il s’agit d’expliquer le terme de Chrétienté à une époque où l’on s’interroge sur nos racines chrétiennes. Il y a souvent une confusion intellectuelle sur le terme de chrétienté où l’on imagine des croisés en armure alors que celle-ci est une application de la doctrine sociale de l’Eglise dans la société. L’Eglise finit par se taire alors qu’elle a un enseignement très riche sur des sujets clefs. Cela nécessite de la pédagogie. »  

Etudiants, scouts, louveteaux, jeunes pro, mères de famille, religieux, prêtres : venus de toutes les régions de France et même de l’étranger (Etats-Unis, Vietnam Italie, Pologne, Russie, Moyen-Orient…) ces pèlerins, dont l’âge moyen est de vingt et un ans, ont usé leurs pieds, leurs cordes vocales et leurs chapelets le long des routes et des champs. Dès le samedi, à l’heure où blanchit la campagne, une colonne bariolée et animée, de six kilomètres de long, s’est mise en marche, oriflammes, drapeaux et bannières claquant au vent. Mais pour cette 37e édition, la messe d’envoi en rite extraordinaire et le départ n’ont pu se faire de la cathédrale de Paris en raison de l’incendie du 15 avril dernier. Avec l’aide des autorités civiles et religieuses, le choix s’est donc porté sur l’église Saint Sulpice, suffisamment proche de l’itinéraire habituellement emprunté pour traverser Paris et dotée d’un parvis assez vaste pour accueillir les milliers de pèlerins et les centaines de volontaires veillant à la bonne marche du pèlerinage. « Le défi est d’adapter l’organisation et les normes de sécurité au nombre toujours plus important de pèlerins », confie Jean de Tauriers. En effet, la progression est constante depuis sept ans et le nombre de pèlerins a augmenté de 50% en cinq ans. Cette année, la barre des 14 000 pèlerins a été franchie, avec une hausse des étrangers qui étaient plus de 1300. Le parisien matinal a pu ainsi voir défiler près de 280 chapitres aux dévotions variées, de Saint Georges à Saint Michel-père Hamel,  en passant par Notre-Dame de l’Ovalie. Nouveauté de l’année, le chapitre les pèlerins d’Emmaus était composé de marcheurs qui par binôme vont à la rencontre des passants ou habitants se trouvant aux abords du pèlerinage.

  C’est une jeunesse engagée et persévérante qui effectue ainsi sur le plus grand pèlerinage à pied d’Europe occidentale, dépouillée de son confort et à la merci des éléments, détrompant les pessimistes Cassandre qui ne voient en la jeunesse que des adolescents fêtards et ultra connectés. Cette jeunesse ne laisse pas de marbre et nombreux sont ceux qui été séduits par le pèlerinage. Ancien président du groupe NRJ et du club de rugby du Stade Français, Max Guazzini s’est dit « émerveillé » par le pèlerinage de Chrétienté, auquel il assiste depuis quatre ans. « Les drapeaux, les bannières, les messes majestueuses aux cérémonies qui ne videraient pas les églises témoignent d’une foi profonde. Je retrouve une France qui était entre parenthèse » confie-t-il. Lorsqu’il s’y est rendu pour la première fois, Paris était agité par les « Nuits debouts ». Max Guazzini s’est dit « stupéfait par le contraste entre la couverture médiatique dévolue à cent personnes et le silence observé autour de milliers de jeunes qui pèlerinent pendant trois jours sans le moindre incident ». Ce silence révèle peut-être une certaine gêne face à un évènement au succès croissant qui détrompe les prévisions journalistiques : une partie de la France reste christianisée, engagée, jeune, et cette année elle a prié et réfléchi sur la façon de maintenir et renforcer le bien commun dans notre société.  

Anne-Laure Debaecker 

mercredi 12 juin 2019

Découverte du nouveau chapitre missionnaire du pèlerinage de Chartres

Nous avons suivi « Les Pèlerins d’Emmaüs », un nouveau chapitre qui annonce le Christ aux passants croisés sur la route de Chartres. Du jamais vu au pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté.

Comme chaque année, ils ont parcouru près de cent kilomètres à pied en trois jours, jusqu’à la cathédrale de Chartes. Avant de parvenir place Saint Sulpice pour le départ, le chauffeur du bus annonce que son parcours est dévié « à cause d’une manifestation de scouts de France (sic) ». On mesure d’emblée l’incroyable oubli dans lequel les traditions chrétiennes les plus élémentaires sont tombées. C’est justement la raison pour laquelle un nouveau chapitre missionnaire est né comme si les vieux combats étaient périmés. L’attachement à la forme extraordinaire du rite (la marque de fabrique du pèlerinage), qui a longtemps suscité des débats chez les catholiques de France, n’est plus un sujet clivant. Face au vide, l’urgence de l’évangélisation a balayé nombre de querelles intestines et de « on n’a jamais fait comme ça ». Les « Pèlerins d’Emmaüs » sont constitués d’un petit noyau de marcheurs et de binômes qui vont rencontrer les badauds aux abords du pèlerinage. Une pratique totalement inédite, là où l’on estimait que porter publiquement sa foi avec les bannières sur le macadam suffisait. Même si ce pèlerinage a suscité nombre de conversions authentiques. Et un défi logistique, car il faut sans cesse remonter la colonne de pèlerins quand on s’est arrêté pour évangéliser.

 C’est en rejoignant le pèlerinage chaque année que Stanislas Choné, sa femme Maylis et quelques autres ont eu cette impulsion : « On se faisait arrêter dans la rue par des gens qui nous demandaient où on allait et qui nous confiaient des intentions de prière » : la population des petits matins à Paname, femmes de ménage, fêtards sortant de boîte de nuit, SDF en galère, prostituées, qui laissent peu à peu la place aux Parisiens pressés et aux touristes…

Stan et Maylis abordent leur premier badaud place Saint Sulpice. Rita est pressée, elle cherche le bureau de poste. Le pèlerinage ? Oui c’est bon, elle sait ce que c’est. « Dieu est là », dit-elle en mettant la main sur son cœur avant de réciter à brûle-pourpoint « Il a dit : “Allez, faites des disciples de toutes les nations”. » Une intention de prière ? L’armure se fend et surgit ce drame familial qui lui brûle le cœur : son fils dont le père a obtenu la garde en Guyane et qui lui a dit au téléphone : « Papa est un gros porc. » Les Pèlerins d’Emmaüs prieront ardemment pour eux pendant toute la marche. Puis nous croisons François, un sexagénaire chic du quartier qui s’attarde en regardant passer les pèlerins. On sent un brin de nostalgie pour sa jeunesse chrétienne, mais il confie avoir perdu la foi « après avoir lu les mémoires de Simone Veil : le mal, les camps, ça m’a fait douter ». Jésus qui est venu nous sauver jusqu’à se faire crucifier ? « J’y pense, mais je ne prie pas. »

« ET VOUS, VOUS ÊTES CROYANTE ? »

 Les intentions pleuvent pour les autres, les gens qui souffrent, les parents décédés, les personnes malades, mais beaucoup moins souvent pour soi. Pourtant, Stan et Maylis ne se mettent jamais en avant : « Dans notre sac à dos, nous apportons à Chartres nos problèmes et les vôtres, si vous avez une intention. » « Et vous, vous êtes croyante ? », demande notre binôme à une quadragénaire branchée qui s’extasie volontiers au passage de l’impressionnant défilé. « Un peu oui. Je mets des cierges dans les églises. » Elle trouve que « toutes les religions sont belles », mais bloque sur le fait qu’elles passent par « des personnes ». À Jésus, elle préfère le mot Dieu.

De tous ceux que notre binôme a abordés avant la sortie de Paris, ce sont les pauvres les plus réceptifs, comme Salvatore, qui embrasse l’image de la Vierge qu’on lui donne au passage, ces enfants qui arrivent à lire tout fiers l’inscription « Jésus = Dieu sauve » entourant les chapeaux de paille des Pèlerins d’Emmaüs, ou encore les trois migrants Burkinabés musulmans arrivés il y a une semaine et dont le visage s’illumine quand Stan leur dit que « nous croyons en un Dieu qui a envoyé son Fils par amour nous sauver par sa mort et sa résurrection, qu’Il vient dans nos vies, pour toute l’humanité, pour toi aussi Élias, comme pour moi ». « Ce qu’il adviendra ensuite, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint dont nous ne sommes que les pauvres instruments, dit l’abbé Augustin Cayla, un des piliers du chapitre, ancien aumônier scout de Stanislas, prêtre de la Fraternité Saint-Pierre qui officie au sanctuaire de Lourdes.

Il insiste sur l’humilité de la démarche pour ne pas qu’elle devienne un simple truc « tendance », une expérience hors-sol que certains font et pas les autres. « Un chrétien ne peut pas se dispenser du souci de la mission. L’enjeu est la Vie éternelle. Le point d’accord de toutes les initiatives missionnaires est que l’enfer existe et que le salut des âmes ne va pas de soi. Dieu peut sauver comme Il veut, mais c’est à nous de faire connaître les moyens du Salut. Jésus n’apporte pas juste un mieux-être. » Avec les membres du chapitre, il a rédigé le petit livre jaune qui est distribué aux passants qui le souhaitent : on y trouve notamment un topo sur la foi chrétienne en dix questions, miracle de clarté doctrinale. « À nous de parler plus simplement des vérités de foi, cela ne va pas “rabaisser” le message comme certains le craignent ; mettons-nous à la place des gens, ils ne nous comprennent plus. »

« LES GENS ONT SOIF »

Cet appel à évangéliser, « peut-être qu’en tant que “tradi” on l’a eu moins tôt, confie Philippe, un Pèlerin d’Emmaüs. On pensait témoigner par le fait d’être visibles, ostensibles, mais ton frère ne va pas se convertir juste parce qu’il voit passer le pélé dans la rue. Il faut l’échange personnel. Le Christ nous parle personnellement. » Sortir de sa zone de confort, c’est ce qui a été le plus dur pour ces apprentis missionnaires. Pour Ghislain, un terrassier d’une cinquantaine d’années, le détonateur a été les discussions avec les jeunes intérimaires du bâtiment, quand il a travaillé pour une communauté religieuse : « Chacun vit dans son cocon, mais les gens ont soif. On parle davantage de miséricorde maintenant. C’est très enthousiasmant d’aller vers les autres pour annoncer la Bonne Nouvelle, parler de l’amour de Jésus. On n’avait peut-être pas assez perçu ça, moi le premier. Il faut sans cesse apprendre à se laisser porter par l’Esprit Saint, ne pas lutter tout seul avec ses propres forces. »

Un autre confie : « Ça fait sortir de soi-même, toucher les gens autrement que par le raisonnement. Pour qualifier cette rencontre de l’autre, c’est le mot tressaillement qui me vient à l’esprit », dit-il en évoquant la visite de Marie à sa cousine Élisabeth. « On est dans la mission donc on s’adapte, on fait des ponts entre Pie V et Paul VI, sourit Benoît. La mission nous évite de rester entre nous comme les seuls à avoir la vérité. » Étienne ajoute : « Au début, les relations entre tradis et non-tradis étaient très tendues, c’était l’époque où la question était : “Où est ton camp ?” Il y a eu des fausses et des vraies peurs. Depuis les années 2000, il a été largement temps de panser les blessures et d’entrer dans l’espérance. » Un abbé qu’ils connaissent passe à proximité : « Et du coup, les musulmans, ils ont vu la lumière ? », lance-t-il blagueur. « On sème », répondent-ils en chœur.

Ami de Stan du temps des scouts, le jeune Gauthier est le chef du chapitre. S’il a déjà fait plusieurs fois le pélé, il a découvert l’évangélisation de rue en préparant celui-ci avec des piliers de la communauté Aïn Karem et des jeunes d’Anuncio : « J’ai trouvé ça génial d’humilité parce qu’on se met à nu et que ça nous fait toucher du doigt la France, la misère dans laquelle on est tombé, la souffrance. Je n’ai pas un talent d’orateur, je ne suis pas théologien, mais quand on voit des gens parler vingt minutes dans la rue avec les mots justes, en parlant simplement sans faire de grandes phrases, on voit la force de l’Esprit Saint. » En marchant et en évangélisant, ils avaient le cœur tout brûlant.

Propos recueillis par C.H – Famille Chrétienne – 11 Juin 2019-06-12

LA MISSION : VOIE D’UNITÉ

« La mission fait partie de la vocation de ce pèlerinage », nous confie son discret président Jean de Tauriers venu rejoindre les Pèlerins d’Emmaüs à la pause du matin. « Ce qui est plus difficile, c’est d’aller directement vers les personnes. Le pèlerinage, comme une société chrétienne en miniature, est une grande aide pour ces missionnaires aux avant-postes. » Pour lui, à 2,5 % de pratiquants réguliers en France, les catholiques ont vocation « à se soutenir, à se rapprocher, même si chacun garde ses préférences. Il y a ici une forte identité, même si les gens viennent de partout. Un attachement au rite traditionnel, même si beaucoup fréquentent le rite ordinaire de temps en temps ; un enseignement doctrinal, une grande exigence parce que 100 kilomètres c’est dur, même spirituellement »

 

mardi 11 juin 2019

Chartres 2019 : la presse en parle

Revue de presse du 37e pèlerinage de Pentecôte:

 

 

Chartres 2019 : reportage KTO

"Familles, étudiants, enfants, prêtres et consacrés, venus de toute la France et parfois de bien plus loin, ils marchent trois jours pour vivre un temps de ressourcement spirituel. Le premier bivouac est à 40 kilomètres."

Lundi 10 juin 2019

Mot de clôture de l'Abbé Garnier, Aumônier de Notre-Dame de Chrétienté

Merci cher Monseigneur, pour cette belle messe et votre homélie d'envoi en mission. Merci du long voyage consenti pour venir jusqu'ici,parmi nous! Je confie à votre prière les pèlerins rencontrés, ces visages et ces âmes que vous emporterez demain jusqu'à un autre sanctuaire marial, à ND du Laus.

Merci à vous, Monseigneur Christory, pour votre accueil paternel et bienveillant, votre présence au milieu des pèlerins hier et aujourd'hui !

Merci à vous, cher père Blondeau, recteur de cette cathédrale, ainsi qu'aux personnes mobilisées pour organiser cette belle messe de clôture.

Un chaleureux remerciement aux quelques 800 bénévoles qui ont oeuvré une fois de plus pour prendre soin de vous, chers pèlerins, des pieds à la tête en passant par le cœur.

Merci aux nombreux prêtres, séminaristes, religieux et religieuses qui ont accompagné la colonne.

 

Amis pèlerins, chers enfants, chères familles, chers jeunes et anciens,

 

Au tympan de la cathédrale, comme tant de pèlerins depuis 900 ans, vous avez salué la Majestas Domini, le Christ glorieux et paisible entre les 4 vivants, et les vieillards pleins de louange de d'adoration :

 

O Seigneur Jésus Christ, hier et aujourd'hui,

alpha et omega, principe et fin,

à Vous les temps et les siècles,

à Vous gloire, puissance, souveraineté

pour tous les siècles jusqu'à l'éternité, amen !

 

Peut-être aussi avez-vous murmuré ;

que vous rendrai-je, Seigneur, pour tout ce que Vous m'avez donné?

Maintenant, Seigneur, qu'attendez-vous de moi ?

 

Un américain disait des soldats qui engagent leur propre vie pour servir leur pays au milieu de bien des dangers;

Some of them give all for that

all of them give something for that

pour cette cause, quelques uns donnent tout,

et tous donnent quelquechose.

 

Les martyrs et confesseurs qui trônent au portail sud de la cathédrale sont ces quelques-uns qui déjà ont tout donné. De même les protecteurs et amis spirituels de ces 3 jours ; Ste Jeanne Beretta Molla, le Bienheureux Frederic Ozanam, les Saints Louis et Zélie Martin... Ils vous regardent, ils vous interpellent.

Pourra-t-on en dire autant de vous, demain, pour servir le Christ et son règne?

« Il me semble que j'ai une autre âme. Je sens que je donnerai à Dieu tout ce qu'il me demandera». Ainsi parlait Psichari, le grand converti du 20° siècle, revenu à la foi, et venu ici même, en ce lieu, pour rendre grâce.

Vous aussi, vous repartez avec « une autre âme », refaite dans l'eau vive de la grâce et la lumière de la verité, dans la force et la douceur du Saint Esprit. Vous repartez « gonflés à bloc », comme les Apôtres au sortir du Cénacle, comme les milliers de convertis de la première Pentecôte. Vous repartez dans l'action de grâce, conscients de n'être pas seuls, jamais!

Parfois, à nos regards trop humains, le règne du Christ dans l'Eglise, dans le monde, en particulier en France, cela semble si difficile et si compromis! On semble si loin de la paix du Christ, la grande paix du Ressuscité! Mais non...

Il n'est point de place faible, là où il y a des gens de cœur!

Soyez ces « gens de cœur », et vos familles, vos écoles, vos unités scoutes, vos paroisses, vos associations, vos communautés seront les places fortes du Règne de Jésus! Soyez ces « grands brûlés et grands brûlants » du Sacré Coeur. Retenez l'exemple de vie de ces martyrs et confesseurs, les mots de Psichari, et la question essentielle:

Qu'est-ce que le Christ attend de moi?

Que lui donnerai-je pour avoir tant reçu durant ce pèlerinage ?

Comment, à quelle place pourrai-je servir son règne éternel et universel, règne de vérité et de vie, règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix?

Amis pèlerins, bon retour à vos demeures! Sous le voile de Notre Dame, signe de sa protection maternelle, je dépose les fruits spirituels présents ou à venir de ce pèlerinage.

 

Ite missa est! Deo gratias !

 

 

 

Notre Dame de Chartres

Je suis noire, mais je suis belle,

Couleur des immenses labours

Dont la Providence éternelle

Nourrit le blé, couleur de jour,

Et, comme la glèbe, je porte,

À l’insu de mes laboureurs,

Le pain secret qui réconforte

Aussi bien que les corps, les coeurs.

Ce bon peuple m’a devinée,

Avant la naissance de Dieu,

Comme divine et désignée

Pour alléger le poids des cieux.

Parmi les divinités sombres

Qui régnaient sur ce vieux pays,

Filles de la peur et de l’ombre,

Je fus la seule qui sourit.

Et, suspendus à mon sourire,

Les prêtres du chêne et du vent

Entrevoyaient l’immense empire

D’un Maître plus doux et plus grand.

Ainsi s’éleva mon image

Sous le fardeau fleuri des dons

Dont ils couronnaient mon visage

Comme une offrande au Dieu sans nom,

Et nul ne se doutait encore,

En ce sourcilleux Occident,

Que je portais en moi l’aurore

En train de poindre à l’Orient.

Je suis noire, mais je suis belle,

Mon peuple a compris ma beauté.

Il fut, avant la foi, fidèle

Et je lui dois fidélité.

Sur la plaine qu’il a fouie,

Je pousserai deux hautes tours

Pour que ses moissons soient bénies

De leur grande ombre, chaque jour.

Comme une motte, sous l’église,

Je germe – et ne cesserai plus

D’enfanter la Grâce promise

À mon peuple : l’épi Jésus.

Henri Ghéon, 1875-1944

3ème méditation : travailler pour rendre possible et aisée une vie digne de l'homme et du chrétien

« Créer des conditions sociales capables de rendre à tous possible et aisée une vie digne de l’homme et du chrétien. » Pie XII (discours du 1er juin 1941 – CEC § 1942)

Est-ce bien le moment de parler « politique » ? Nous sommes en pèlerinage, pour prier, pour nous convertir. En fait, en pèlerinage comme ailleurs, l’homme reste un animal politique, un être intelligent vivant en société. C’est « dans notre ADN », si l’on peut dire... Dans notre nature. Cela concerne même notre salut, puisque, comme le disait Charles Péguy, « on ne se sauve pas tout seul, on ne va pas au ciel tout seul, il ne faut pas arriver là-haut tout seul ».

Peut-on parler politique en pèlerinage, comment, pourquoi?

« Une société est un ensemble de personnes liées de façon organique par un principe d’unité qui dépasse chacune d’elles. […] Par elle, chaque homme est constitué “héritier”, reçoit des “talents” qui enrichissent son identité et dont il doit développer les fruits (cf. Lc 19, 16. 19). À juste titre, chacun doit le dévouement aux communautés dont il fait partie et le respect aux autorités en charge du bien commun. »

L’homme vit dans des sociétés. C’est un peu une réalité en cercles concentriques, si vous voulez : famille - école - travail - relations de voisinage - associations - région - pays. Il fait aussi des lois.

À l’inverse, les sociétés dans lesquels il vit font l’homme. Elles influencent son comportement. Elles le modèlent. Elles sont une aide (ou un frein !) pour que l’homme atteigne sa fin (son but). Le but ultime de l’homme est de louer, honorer, aimer et servir Dieu. Le Pape Pie XII a repris cette vérité de façon particulièrement frappante : « De la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes. » Regardez ces champs de blés aperçus en Beauce. Si leur culture a pour but ultime le blé et la nourriture des hommes, néanmoins la terre féconde et propice en est une condition nécessaire.

Nous le constatons aussi en voyant l’état actuel de notre société. Les « structures de péché », lois, pratiques, poussent souvent au mal et empêchent le bien. La liste est longue : lois contre la vie promulguées sous prétexte d’aide aux cas de détresse... Dénaturation du mariage, devenu « union interchangeable à 2 ou 3 », entre hommes ou entre femmes... Manipulation de l’enfant à naître, conçu artificiellement (PMA)... grandi hors du sein maternel (GPA)... Terrorisme de la finance au motif du « profit à tout prix », y compris au prix de la santé, de l’intégrité physique et morale de nombreux professionnels et de familles. Le légalisme froid accélère cette perte de repères, cet affaiblissement du bon sens moral.

 

Alors que faire ?

Il ne suffit pas d’être lucide là-dessus... Et encore moins de se lamenter.

L’objectif : la chrétienté, c’est « créer les conditions… » Mais il n’y a pas de société parfaite ici-bas. La chrétienté n’est pas un rêve, une utopie, un club de happy few ! Ce n’est pas le Paradis sur terre... C’est un effort humble et sans cesse recommencé. Une action qui réunit tous les hommes de bonne volonté Cet effort n’est pas réservé aux seuls catholiques ou chrétiens. Faisons donc « cause commune » sur ce sujet ! Car tout homme de bonne volonté, ayant le souci du bien commun et poussé par le bon sens, peut rejoindre cette cause. Elle concerne la loi naturelle, inscrite dans le coeur de tout homme.

Retrouver une juste hiérarchie des valeurs

Le Catéchisme nous donne des pistes : retrouver « la juste hiérarchie des valeurs » - ne pas « chosifier les personnes humaines » - favoriser partout l’exercice des vertus. Un terrain d’action concerne le rapport du chrétien à l’argent. Aujourd’hui l’enrichissement est vu comme fin en soi (inversion fin-moyens) par quelques grandes sociétés imposant leur vue aux États-Nations. Alors l’être humain est « reprogrammé » pour devenir un producteur consommateur, une valeur relative. « Moraliser » ce domaine d’activité par une vue juste des biens, de leur valeur, de leur ordre d’importance est un possible terrain d’action.

Retrouver les règles du jeu de la vie en société : Nos sociétés humaines, grandes ou petites, ont des « règles du jeu ». Là encore, les bonnes intentions ne suffisent pas ! Il faut connaître ces règles pour (re)bâtir avec efficacité dans la durée.

Le principe de subsidiarité : la responsabilité d’une action publique, revient à l’entité compétente la plus proche de ceux qui sont concernés. Aux associations éducatives et parentales l’initiative de fonder des écoles pour la transmission du savoir... puisque ce sont leurs enfants qui sont concernés ! En cas de limite de compétence, on passera à l’échelon supérieur. Bel équilibre entre compétence et autorité d’une part, initiatives bienfaisantes d’autre part ! Chacun peut ainsi exercer sa responsabilité, et prendre part au bien commun à son niveau. C’est un principe naturel, de bon sens, mis en valeur par la Doctrine sociale de l’Église, applicable à toute société grande ou petite !

Travailler à remplacer les lois mauvaises

La conversion prioritaire du coeur ne supprime pas l’obligation d’apporter aux institutions et aux conditions de vie, quand elles provoquent le péché, les assainissements convenables. (CEC 1888) Cette action porte en priorité sur « les points non négociables » (Benoît XVI), fondations d’une société : 1) le respect de la vie de la naissance à la mort naturelle ; 2) la promotion de la structure naturelle de la famille comme union entre un homme et une femme ; 3) le droit des parents d’éduquer leurs enfants.

Nous pouvons et devons tous nous engager

Nous ne sommes pas tous appelés à devenir maire, député, ou patron d’une grande entreprise … Mais nous sommes (ou serons) tous appelés à exercer des responsabilités concrètes... responsabilités familiales, scolaires, professionnelles, associatives et politiques.

Que choisir, que viser ? Ces conditions favorables pour « bien vivre », conformément à la dignité humaine, et faciliter le salut des âmes.

Cela demande 3 qualités : 1) le réalisme : « Dieu demande plus de nous la fidélité aux petites choses qu’Il met en notre pouvoir que l’ardeur aux grandes qui ne dépendent pas de nous. », 2) la conversion personnelle : « Sans moi vous ne pouvez rien faire », dit le Christ (Jean 15, 5). Seule la vie d’amitié et d’union avec Celui qui peut tout inscrira notre action dans la durée 3) le travail et la persévérance : les principes de Doctrine sociale de l’Église

nous donneront alors les directions sûres pour adapter notre action aux réalités changeantes et l’inscrire dans la durée.

C’est la vocation des fidèles laïcs, « appelés par Dieu à travailler comme du dedans à la sanctification du monde... en exerçant leurs propres charges... » Là donc, nous pouvons « chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles mises en ordre selon Dieu

2ème méditation : ma responsabilité, faire usage du bien

« Liberté, tu es la seule vérité » chante fièrement le choeur des esclaves dans Nabucco, l’opéra de Verdi. Cette liberté est celle à laquelle aspirent les Hébreux emmenés en captivité à Babylone après la destruction du temple de Jérusalem par Nabuchodonosor. « Liberté » est aussi le premier élément du triptyque républicain inscrit au fronton de nos mairies et de nos édifices publics. Cet engouement pour la liberté conduisit le pape Jean-Paul II à déclarer : « Dans certains courants de la pensée moderne, on en est arrivé à exalter la liberté au point d’en faire un absolu qui serait la source des valeurs. » (Splendor veritatis §32).

Qu’est-ce que la liberté ?

Nos contemporains définissent souvent la liberté comme le refus de toute contrainte, de tout déterminisme, de toute limite. Est-elle une indépendance absolue vis-à-vis de toute loi physique ou morale ? Aujourd’hui, l’homme moderne veut choisir son sexe comme la couleur de sa peau mais aussi décider souverainement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Plus il est indéterminé plus il se sent libre. Chaque choix restreint sa liberté. Chaque engagement est une folie. D’où l’extrême réticence à s’engager dans le mariage, le sacerdoce ou la vie religieuse ou, de façon plus anecdotique à choisir ses témoins de mariage. Il n’est pas rare de voir chaque marié bénéficier de quatre, cinq, six témoins : refus de choisir !

Cependant personne n’aurait l’idée de critiquer la loi de la gravitation universelle qui contrarie pourtant la liberté de voler de ses propres ailes en s’affranchissant des lois de la pesanteur. C’est au contraire en ayant accepté ces lois et en ayant eu l’intelligence d’en utiliser d’autres que l’homme moderne a pu réaliser le rêve d’Icare : voler dans les airs.

La réalité est qu’il n’existe pas plus de liberté d’agir selon son gré dans le domaine moral qu’il n’en existe en astronomie, en physique, en chimie ou en physiologie.

Dès le Jardin d’Éden, Dieu a fixé la règle souveraine de tout comportement : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. » (Genèse, II,16-17).

Il existe certes une possibilité physique de transgresser la loi morale. Comme existe la possibilité physique de se jeter du premier étage de la Tour Eiffel en prétendant récuser la loi de la pesanteur. Dans un cas comme dans l’autre les conséquences sont très rapidement désastreuses. Croyant s’être libéré de la loi naturelle ou divine, l’être humain est, en réalité, devenu l’esclave de ses passions, le simple jouet de réactions physico-chimiques.

Rien ne le distingue plus alors de l’animal. Posons-nous cette question importante : pourquoi l’homme est-il différent

de l’animal ?

Parce que l’homme a 2 spécificités que l’animal n’a pas : sa raison lui montre le bien à atteindre ; sa volonté lui fait se donner les moyens d’atteindre ce bien.

 

Être libre en société

La liberté du chrétien, c’est ainsi d’être affranchi de l’esclavage du péché. Cependant, de par sa nature, l’être humain est appelé à vivre en société… Contrairement à ce qu’affirmait Jean-Paul Sartre, les autres ne sont pas l’enfer, ils sont le moyen voulu par le Créateur pour rendre plus aisée à chaque personne, dans l’ordre temporel, l’obtention de la perfection physique, intellectuelle et morale, facilitant ainsi l’atteinte de sa fin surnaturelle.

La vie en société est plus qu’un fait, elle est un bienfait. Chacun est pris par ses responsabilités inhérentes à ses différents devoirs d’État – états d’enfants, de parents, de conjoints, de membres d’une cité, de professionnels, d’amis, de voisins, etc. État également d’enfants de Dieu, de baptisés, de rachetés, « d’héritiers de Dieu et de cohéritiers du Christ » (Rom VIII,17).

Tous ces états ne s’excluent pas les uns les autres mais se complètent et se hiérarchisent. La garde de l’enfant malade dispense de l’obligation d’assister à la messe dominicale, la visite trimestrielle à la grand-mère isolée passe avant la séance de cinéma avec les copains, la révision des examens passe avant le voyage à Bali, etc. La liberté est toujours un effort, le

résultat d’un travail sur soi-même. Elle est une suite de choix assumés et éclairés par la parole du divin maître : « La vérité vous libèrera » (Jean VIII, 32). Hors de la vérité, l’homme est esclave de l’erreur et du péché.

 

L’objection de la conscience éclairée

La société moderne, à rebours de ces réalités, est par nature hostile à la famille, lieu par excellence de la transmission non choisie. Ce monde sans repères ne peut qu’être imprévisible et donc anxiogène. Il charrie avec lui son lot d’insécurité radicale (séparations, divorces, etc.), de solitude grandissante (malgré les centaines de pseudo amis sur Facebook) et finalement de souffrances et d’échecs. Le chrétien est aussi balloté par la tempête mais il dispose d’une boussole : les commandements de Dieu, explicitation simple et pédagogique

de la loi naturelle gravée au fond du coeur de tout homme. Cette loi est indiquée à chacun par sa conscience. Cependant, la conscience n’est pas la lumière, elle est l’oeil qui regarde la lumière. Il existe des consciences obscurcies comme il existe des illusions d’optique. La conscience doit à

chaque instant être purifiée et éclairée : « La conscience n’est pas un juge infaillible : elle peut se tromper » (Veritatis Splendor §62). L’obligation morale de suivre sa conscience n’est pas une revendication subjective mais un impératif de fidélité à un ordre, à des règles objectives qui nous sont extérieures mais qui sont la condition de la cohérence entre ce que nous sommes (notre destin, nos convictions) et nos actions.

Dans une société apostate, matérialiste, hédoniste, le chrétien qui souhaite rester fidèle doit accepter d’être différent des autres hommes. Il doit se préparer à poser des actes en rupture avec les valeurs dominantes du monde, par fidélité à la radicalité de l’évangile. Un acte intrinsèquement mauvais ne peut jamais devenir acceptable en fonction de son éventuelle intégration dans une bonne perspective générale (cf. Veritatis Splendor § 55) et : « Il n’est pas licite de faire le mal en vue du bien ».

Il n’est ainsi jamais légitime de recourir à l’avortement, de légitimer les unions homosexuelles, de dissocier dans l’acte, que l’on n’ose plus qualifier de conjugal, l’union de la procréation mais aussi de mentir avec la volonté de tromper une autorité légitime dans l’exercice de ses attributions, de verser un injuste salaire, de blasphémer, d’apostasier (cf. le film Silence de Martin Scorcese).

Ainsi en 1999, contre l’avis des évêques allemands, Jean-Paul II interdit aux centres d’accueil pour les femmes, gérés par l’Église catholique, d’émettre les « attestations d’entretien », nécessaires avant tout avortement en Allemagne. Il fallut attendre 2006 pour que l’épiscopat allemand obtempère. Les professions de santé (médecins, pharmaciens, infirmières, sages-femmes) sont particulièrement concernées par cette objection de conscience mais la liste n’est malheureusement pas exclusive. Ainsi de graves questions morales peuvent se poser dans les industries pharmaceutiques ou d’armement mais aussi dans des entreprises qui nuisent gravement à l’environnement, exploitent des enfants dans les pays sous-développés

ou perturbent de fragiles équilibres politiques pour « faire du business ». Sans oublier la participation à des guerres objectivement injustes ou la complicité avec un appareil d’État ennemi de la loi naturelle, au service d’intérêts particuliers et non du bien commun.

Le but de la vie de chacun sur terre est, après ce bref séjour, de mériter le Ciel. Le fait d’avoir été président de ceci ou directeur de cela sera d’une piètre utilité au moment de comparaître devant le juste Juge. Le risque d’un lent glissement sous des airs de fidélité est une réalité.

De plus, « Il faut vivre comme l’on pense, autrement l’on finit par penser comme l’on vit » (Paul Bourget). L’unité de vie est la condition de la paix intérieure qui peut être conservée même au coeur des plus furieux combats. Si, à la fin des temps, « il n’y a rien de secret qui ne doive être découvert, ni rien de caché qui ne doive être connu » (Luc XII,2), cette perspective est parfois bien lointaine. Plus prosaïquement, sommes-nous prêts à partager avec nos parents, notre conjoint, nos frères et soeurs, notre patron, nos collaborateurs, nos amis, cet acte que nous venons de poser, cette parole que nous venons de prononcer ? Si ce n’est pas le cas, peut-être sommes-nous entrés dans une zone grise qu’il convient d’éclaircir ?

Conclusion

Le drame de l’existence n’est pas de mourir mais de ne pas avoir vécu. « Les modérés survivront, seuls les passionnés auront vécu » (Antoine de Rivarol). La liberté de l’homme est la condition de sa réponse libre à l’amour infini et sans limites de Dieu. Elle est le choix de faire ce que l’on doit avec toute son âme.

1ère méditation sur la responsabilité : les saints Louis et Zélie Martin

Le pèlerinage de Chartres est certainement une occasion de faire mieux connaître les saints Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. La vie de ce foyer parle à toutes les familles du monde. Une famille « comme les autres », une maison, un commerce, une paroisse... Bienvenue chez les Martin !

Le mystère d’une rencontre

Le 22 août 1823, Louis Martin naît dans une famille profondément chrétienne. De son père soldat, il reçoit en héritage la foi et l’amour de sa patrie, la France. Sa mère lui écrit en 1842 : « Sois toujours humble, mon cher fils. » Louis fait d’abord un essai de vie religieuse. De retour à Alençon, il devient horloger, poursuivant une profonde vie spirituelle centrée sur le Christ. Rentré de l’atelier, il vit comme un moine, prenant un temps de silence et de solitude avec le Seigneur. Zélie Guérin naît le 23 décembre 1831. Souvent malade, elle reçoit peu d’affection de sa mère. Elle est marquée par le souvenir d’un oncle prêtre réfractaire, résistant à la barbarie révolutionnaire et ferme dans la Foi. Au seuil de l’âge adulte, elle nourrit le désir de se consacrer aux plus pauvres et prend contact avec les Filles de la Charité. La supérieure la dissuade de poursuivre sur ce chemin.

Zélie se lance dans la confection de dentelles, le fameux point d’Alençon. Elle va diriger jusqu’à une petite dizaine d’ouvrières. Sur le pont Saint-Léonard, en Alençon, elle aperçoit un jour Louis, venant en sens inverse. Sans le connaître, elle perçoit alors de manière certaine qu’il sera son mari. Louis et Zélie se sont vraiment rencontrés parce que, chacun de leur côté, ils avaient construit une relation vivante avec le Seigneur et Notre-Dame. Ils restaient disponibles, faisant chaque jour oraison et se donnant généreusement aux autres.

Ainsi ils ont pu découvrir la volonté de Dieu sur eux. Rien n’est le fruit du hasard : les âmes données au Christ savent assez vite se retrouver sur l’essentiel et donc peuvent s’engager en peu de temps. Le coeur ouvert aux autres, déjà, ils voulaient faire rayonner la doctrine catholique au cœur du monde.

Les causes du rayonnement de Louis et Zélie dans la cité

Dans les lettres de Zélie apparaissent trois appuis de la croissance spirituelle en famille :

la reconnaissance de la souveraineté de Dieu ;

la foi en sa Providence ;

l’abandon à sa volonté.

En bref, toute la vie du foyer s’organise en fonction de l’éternité. Rien de ce qui est terrestre ne doit occuper au point de faire oublier l’essentiel. L’aînée, Marie, écrira : «Mon père et ma mère avaient une foi profonde et, en les entendant parler ensemble de l’éternité, nous nous sentions disposées, toutes jeunes que nous étions, à regarder les choses du monde comme une pure vanité. »

L’amour pour la doctrine catholique et l’observance fidèle des commandements de Dieu et de l’Église sont source de liberté et de joie. Chaque matin, toute la famille se rend à la Sainte Messe, et, souvent dans la journée, la maison retentit de prières et cantiques.

Louis, un Chevalier soucieux du salut de ses compatriotes

Les Martin sont patriotes et royalistes. Mais ils sont avant tout soucieux d’étendre le règne social de Jésus-Christ. Ils n’hésitent pas à dénoncer la perversion de la franc-maçonnerie, la laïcisation de la société française. Louis enlèvera de force son chapeau à un mécréant qui nargue la procession du Saint-Sacrement.

Très impliqué dans la formation de doctrine sociale dans sa ville, il veut évangéliser toutes les couches de la société, sans oublier les ouvriers. Déjà les catholiques assument un combat. L’école et la mission de l’Église sont la cible des laïcistes. La franc-maçonnerie prépare l’offensive généralisée pour laïciser les institutions et expulser Dieu des consciences. Louis riposte par... sa conviction profonde, loyale, chaleureuse, et sa charité délicate et désintéressée. En d’autres termes, il comprend la foi comme unité et cohérence de tout l’être humain. Il perçoit aussi la force missionnaire irrépressible venue de l’Esprit-Saint.

Il ne connaît pas le respect humain. Il interpelle courtoisement les blasphémateurs qu’il rencontre. Il ne refuse pas une discussion quand le bien d’un homme est en jeu. Dans le cadre de son activité professionnelle, Louis est honnête et respectueux du dimanche chômé. C’est ainsi que ses affaires font de lui l’une des plus riches fortunes d’Alençon.

Son influence s’étend en ville, spécialement à tout un cercle d’amis regroupés autour de Vital Romet. Il s’attache à évangéliser les plaisirs mondains... Il entraîne ses camarades au Cercle Albert de Mun, mais aussi à la Conférence Saint-Vincent de Paul dans laquelle il est impliqué. Nombreux sont ceux qui participent avec lui à une oeuvre à laquelle il tenait

beaucoup : l’Adoration Nocturne. Chaque mois, Louis prend un long temps en pleine nuit aux pieds du Divin Maître. Il possède à un degré élevé « le charme contagieux de la charité ». Sa familiarité avec son saint Patron, le roi Saint Louis, est connue.

Zélie, au chevet de tous

Mère de famille, elle porte neuf enfants, dont cinq seulement parviendront à l’âge adulte. Zélie dirige son personnel de maison et ses ouvrières. « Il faut qu’ils sentent qu’on les aime », écrit-elle à son frère. Dans la maison Martin, la servante ne se sent ni étrangère ni mercenaire. De la même façon, les ouvrières sont choyées ! Zélie visite le dimanche après vêpres ses ouvrières malades et pourvoit à leurs besoins.

Il a été dit que le salut des âmes stimule l’ardeur des saints époux Martin. Zélie, quant à elle, se donne avec son coeur de mère, à ses enfants certes, mais aussi auprès de plus démunis. Souvent, elle est appelée auprès d’un mourant du quartier pour l’aider à se réconcilier avec Dieu... Et grâce à son intervention, beaucoup pourront recevoir le saint viatique. C’est parce

qu’elle est reliée quotidiennement à l’Eucharistie qu’elle sait reconnaître le Christ dans ses frères malades.

Le bien-être matériel de sa famille permet de ne pas compter lorsqu’on fait l’aumône. Après tout, cet argent est fait pour aider ceux qui sont dans le besoin et servir les justes causes. De son côté, Louis prend du temps pour aider les indigents dans leurs démarches administratives. Il conduit souvent les clochards qu’il rencontre à l’hospice de la ville. N’oublions pas les liens étroits de charité envers les grands-parents, qui seront reçus longuement au domicile même de la famille.

Conclusion

Les enfants Martin : Thérèse... mais aussi Léonie... et Marie, Pauline et Céline, feront des pas de géant devant un tel exemple. Plus largement, les voisins, les amis, les paroisses, la société alençonnaise goûteront la sainteté de Louis et Zélie. Ils grandissent dans cet esprit d’enracinement intérieur et doctrinal. La royauté sociale de Jésus-Christ est « le bain » dans lequel les saints époux voulaient plonger le monde…

Zélie mourra d’un cancer du sein le 28 août 1877. Quant à Louis, au terme d’une longue période de sénescence40, il finit sa vie le 29 juillet 1894. Plus d’un siècle après leur mort, leur rayonnement sur la terre ne fait que commencer…

Dimanche 09 juin 2019

Prière devant le Saint-Sacrement

Seigneur Jésus, Vous êtes là !

Et nous, pèlerins de Chartres, nous sommes là, devant Vous !

Seigneur, voici deux mille ans, Vous avez accepté de descendre des Cieux, de mourir sur une Croix, pour ensuite ressusciter et demeurer à jamais avec nous.

Nous Vous contemplons. Nous Vous adorons. Nous Vous aimons.

 

Nous aimons - et nous cherchons à aimer davantage - Celui qui est là, devant nous, offert à nos regards, à notre adoration, à nos questions peut-être.

Cette Hostie Sainte exposée à nos yeux nous dit l'incroyable abaissement de Celui qui s'est fait pauvre pour nous faire riches de Lui, Celui qui a accepté de tout perdre pour nous gagner à son Père.

Devant le Seigneur Jésus offert à notre amour, devant un pareil abaissement, devant un tel don, nous devons peut-être avouer que nous ne L’aimons pas assez, en raison de notre péché, de notre tiédeur.

Mais nous voulons ce soir en étant devant Lui, chercher à L’aimer davantage.

 

Seigneur, nous voulons vous aimer davantage en vous remerciant pour ce don immense. Nous Vous demandons souvent beaucoup de choses, mais nous pensons si peu à Vous remercier.

Merci car sans Vous, nous ne serions pas là ce soir, sans Vous nous ne serions pas du tout, sans Vous rien ne serait. Absolument rien. 

Merci pour les grâces que Vous nous avez préparées ce soir, à tous ceux qui auront fait l’effort de passer quelques instants devant Vous.  

Merci de ne pas Vous donner votre grâce à la mesure de notre pauvre amour, mais de Vous donner bien plus largement, par une miséricorde gratuite et sans limite.

 

Seigneur, nous voulons aussi Vous aimer davantage en réparant pour nos péchés, pour ceux du monde entier, comme la prière du chapelet de la miséricorde nous y invite : « Père éternel, je Vous offre le Corps et le Sang, l’âme et la divinité de Votre Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de tous nos péchés et ceux du monde entier ».

Père Très Saint, ce sont d’abord les mérites de votre Fils que nous vous offrons. Ne regardez pas nos péchés, notre misère, mais le sacrifice parfait de votre Fils livré pour nous ce soir. 

Ce sont aussi tous nos efforts que nous joignons aux mérites du Christ. Tous nos actes d’amour de cette journée de pèlerinage, si petits et fragiles qu’ils soient, nous les unissons aux mérites de Votre Fils.

 

Nous vous les offrons en réparation de nos propres péchés. Ayez pitié des pécheurs que nous sommes.

Nous les offrons aussi en réparation des péchés pour lesquels aucun pardon n’est demandé. Spécialement les péchés contre la vie, les péchés de profanation de votre Saint-Sacrement, les péchés contre les enfants.

 

Vierge Marie, nous voulons passer par votre médiation pour présenter nos prières. « Tout vient du Christ, même Marie. Tout passe par Marie, même le Christ », écrivait Benoit XVI.

Vierge Sainte, permettez aux pèlerins de Chartres de ne manquer aucune des grâces que le Seigneur veut donner ce soir. Et faites monter vers Lui notre prière d’action de grâces et de réparation.

 

Amen.

Gas : Venez adorer le Saint-Sacrement !

Chers pèlerins,

Ce soir, nous serons rassemblés pour une veillée d’adoration devant le Saint Sacrement exposé. Ce doit être, pour nous, un « temps fort » de ce pèlerinage. Et il le sera, si vous nous

y préparons soigneusement. Nul n’irait à un rendez-vous important sans s’être habillé en conséquence, sans avoir réfléchi à la conversation à tenir.

Eh bien, Sainte Thérèse d’Avila nous enseigne que l’oraison est « un entretien d’amitié, seul à seul avec ce Dieu dont nous nous savons aimés ». On n’improvise jamais une rencontre avec le plus grand des amis...

« On s’habille le coeur », comme dit Saint-Exupéry.

Mais qu’est-ce que l’adoration ? Est-ce si important ?

Oui ! C’est très important, car Dieu en a fait son premier commandement : « C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte. » (Mt IV, 10)

Adorer est un acte de l’esprit qui reconnaît en Dieu son Créateur, et donc le souverain Seigneur de sa vie. Cet acte ne peut s’adresser qu’à Dieu, car tout, absolument tout, lui appartient de droit : nos personnes, nos biens, le temps qu’Il nous donne à vivre... nous avons tout reçu, nous recevons tout de Dieu à chaque instant. Sans lui, nous ne serions rien !

Nous ne nous appartenons pas, nous rappelle Jésus : « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » (Jn XIII, 13) L’homme moderne ne sait plus adorer ; il ne veut pas “perdre de temps” avec Dieu, car à quoi cela sert-il ?

Mais quand un enfant va se blottir auprès de sa maman, se demandet- il à quoi cela sert ? Regrette-t-il de perdre du temps ? Non. C’est pour lui le plus doux des moments. C’est un besoin de son coeur d’enfant et la plus grande joie qu’il puisse offrir à sa mère. Dans ces instants bénis, gratuits, se tissent des liens éternels.

Dieu lui-même, dans la Bible, se compare à une mère : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux. » (Isaïe LXVI, 13-12)

Ou encore : « Une mère oublie-t-elle son petit enfant ? Est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. » (Isaïe XLIX, 15)

Que faire devant le Saint Sacrement exposé ?

Commençons notre adoration par un examen de conscience, sous le regard de Dieu. Demandons-nous loyalement si nous ne sacrifions pas aux idoles. Ne serions-nous pas esclave de l’un de ces faux dieux qui empêchent d’être totalement livrés au vrai Dieu : argent, télévision, internet, voiture, plaisirs défendus, loisirs effrénés, course au succès… etc. ?

Chers pèlerins, faisons alors un bon acte de contrition : brisons notre coeur. Puis, dans le silence, laissons la parole au Seigneur Jésus réellement présent dans l’Hostie. Il nous parlera au coeur, comme il s’entretient avec Moïse au Buisson ardent « Comme un homme parle à son ami » (Ex. XXXIII, 11).

Que nous dira Jésus ?

D’abord, il nous appellera par notre nom, car, nous avons beau être des milliards d’hommes, Il connaît chacun d’entre nous par son nom. Jésus est notre Bon Pasteur : « Il appelle ses brebis une à une. » (Jn X.3). Oui, Dieu a quelque chose de particulier à dire à chacun d’entre nous. Oui, Jésus a quelque chose à nous dire, à nous personnellement, qui que nous soyons : enfant, adolescent, fiancé(e), époux ou épouse, parent ou célibataire, souffrant ou bien-portant, pécheur ou disciple fervent, heureux ou malheureux. Répondons-lui alors simplement : « Parle, Maître », et tenons-nous à ses pieds, comme Marie de Béthanie qui écoutait sa Parole. (Lc X, 39)

Que pouvons-nous lui donner en retour ?

S’adressant à la Samaritaine, Jésus lui dit : « Donne-moi à boire ! » (Jn IV, 7). Cette demande s’adresse aussi à nous. Mais, que veut dire par là le Seigneur ? Tout ne lui appartient-il pas déjà ? Ce que Jésus nous demande, c’est notre coeur : « Mon fils, donne-moi ton coeur. »

Car Dieu désire, d’un désir infini, cette réponse libre de notre amour. Ferons-nous la sourde oreille ? Refuserons-nous notre amour au Seigneur Jésus qui est mort sur la Croix pour le conquérir ? Si pauvres que nous soyons, nous pouvons faire la joie de Dieu en lui donnant notre coeur.

Dieu s’occupe du reste… Il purifie, Il sanctifie, Il verse sa Joie Divine dans nos âmes, parce que l’amitié est joie partagée. Par ce Coeur à coeur, nous entrons en effet dans cette intimité de l’amitié divine. « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis », disait Notre-Seigneur à ses apôtres au soir du Jeudi-Saint (Jn XV, 15). Cette amitié nous est ouverte.

En gage de quoi, Jésus nous fait le plus grand des dons : le don même de son Esprit-Saint, reçu par les apôtres au Cénacle, que l’Église fête en ce jour de Pentecôte.

Une démarche toute simple, qui apporte beaucoup

Chers pèlerins, vous le voyez, une adoration est quelque chose de tout simple. Et soyez-en convaincus, on y reçoit beaucoup… Plus nous y ouvrirons notre âme, plus Jésus y versera.

Montrons-nous donc très simples avec lui. Demandons-Lui tout ce dont nous avons besoin.

Disons-lui, par exemple, comme l’Abbé Berto le conseillait à une petite fille : « Jésus, j’ai telle démarche à faire ; comment faut-il que je la fasse pour qu’elle soit selon vous ? J’ai tel sentiment dans le coeur, cela vous plaît-il ? J’ai tel projet ; pensez-vous qu’il soit bon ? » Et, comme l’Abbé Berto l’assurait avec raison, « Jésus répond toujours…».

Et si nous ne savons vraiment quoi dire à Jésus, rappelons-nous l’histoire bouleversante de ce petit garçon philippin. C’était un de ces milliers d’enfants des rues qui vivent d’ordures ramassées dans les décharges ou de petits travaux. Un jour d’épouvantable épreuve où il avait été victime de violence, le père Thomas, missionnaire, entra dans la chapelle déserte.

L’enfant, se croyant seul, était monté jusqu’à l’autel et il tenait l’ostensoir embrassé. Il savait que dans son malheur, un seul pouvait le secourir : Jésus, son Dieu et son ami. Nous aussi, tenons embrassés les pieds de Jésus, notre Sauveur.

Chers pèlerins, méditons en silence cette histoire bien touchante et préparons notre coeur à cette rencontre de ce soir avec Jésus Hostie.